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Floride 2000

1. D'Outremont à Key West

Monique, Juliette et Jean-Paul Mourez
à bord du Guépard

Lundi 25 décembre 2000 : d’OUTREMONT à SACKVILLE (New-York)


À Outremont (Québec) enneigé le 25 décembre, 
Monique met la clef dans la porte...

...tandis que  Jean-Paul fait chauffer son Guépard.

Le départ prévu vers 7:00 tôt le matin est retardé par des problèmes de plomberie (rupture d’un T en plastique sur la conduite d’eau alimentant le réservoir d’eau chaude). Les réparations de fortune (car en ce jour de Noël tous les magasins sont fermés) et autres préparatifs nous font démarrer vers 16:00… Nous roulons donc toute la soirée vers le sud en empruntant la transcanadienne vers Toronto puis en bifurquant vers le sud un peu avant Kingston, mais n’irons pas plus loin que Sackville, dans le nord de l’État de New York. À 1:15 nous nous glissons tranquillement sur le stationnement d’un restaurant et nous endormons rapidement, après 8 heures et demi de route.

 

Mardi 26 décembre 2000 : de SACKVILLE à ORANGESBURG (Caroline)

Juliette prend le volant dès le réveil à 7:30 tandis que je poursuis mon somme jusqu’à 9:30. J’entends le moteur ralentir puis s’arrêter après quelques manœuvres qui me propulsent d’un bord et de l’autre : « Un Home Depot, tu pourras acheter les pièces de plomberie qui te manquent… ». Effectivement nous avons déjà atteint le Maryland à Hagerstown. Je me lève, nous faisons notre toilette et prenons le petit déjeuner. Puis il faut nettoyer le dégât causé par le décrochement du tuyau d’évacuation de la toilette qui, hâtivement remonté ces derniers jours, s’est décroché à la première manoeuvre… Aidé de ma jeune interprète, je fais ensuite le tour du grand magasin de bricolage (dont la similitude avec ses homologues québécois Réno Dépôt et français Castorama me frappe) en glanant ici et là quelques pièces de remplacement pour remettre en fonction notre petite maison à roulettes.

Finalement il est 12:30 lorsque je prends le volant pour une longue route, assez montueuse, qui suit le long plissement des Adirondacs vers le sud. La neige persiste longtemps, de plus en plus éparse sur les bords de la chaussée et sur les pentes qui nous entourent. Ciel gris, avec parfois de vagues percées de soleil, atmosphère hivernale mais de moins en moins boréale à mesure que la journée puis la soirée avance. Nous soupons peu après Charlotte, en Caroline du Sud, sur un rest area dont la végétation jaune et sèche, dans un air presque tiède, nous confirme le changement climatique : pas d’été ni d’hiver ici, mais une saison humide (le printemps et l’été) et une saison sèche (automne et hiver) dont nous goûtons pleinement l’agrément.
Juliette reprend le volant pour rouler encore 2 heures jusqu’à  Orangesburg où, dans la nuit noire, nous arrêtons sur le grand stationnement désert d’un salon funéraire pour tirer les rideaux, déplier les couchettes et nous endormir aussitôt.


À l'étape, premier souper avec Juliette 
dans la chaleur du Guépard 

Après 2 jours de "roulage" presque ininterrompu, 
on passe la frontière de la Floride !


Mercredi 27 décembre 2000 : de ORANGESBURG à KISSIMEE (Floride)

Nuit sans problème, il fait jour et la température s’est nettement radoucie lorsque nous nous éveillons. Pas de doute, le Sud approche ! La végétation déjà (eucalyptus en particulier) nous le confirme, tout comme la lumière bien plus estivale, plus jaune et chaude que celle de nos ciels septentrionaux. Autour de nous l’herbe est desséchée sur les talus tandis que les arbres arborent des feuilles persistantes vert sombre. Impression qui s’accuse au fur et à mesure que nous filons plein sud. Nous finissons par passer la frontière de la Floride et sortons de l’autoroute peu avant la grande ville de Jacksonville à l’heure du dîner pour faire le plein, débarrasser le pare-brise et les vitres de la croûte de sel qui les obscurcit encore et surtout aller pique-niquer sur une plage du côté d’Amelia Island. Mais les petites routes vaguement suivies vers l’est ne semblent mener nulle part, sinon dans des forêts de pins et des exploitations agricoles… Faute de boussole il est bien difficile de garder le cap, je finis par renoncer – temporairement ! – à mon rêve de plage et nous arrêtons sur le bord de la route, près d’une chapelle baptiste abritée sous des arbres séculaires, pour un pique-nique au grand air.

Au moment de repartir, nous décidons de nous rendre directement chez Jacques et Carol à Kissimee, les appelons pour vérifier leur disponibilité et continuons de descendre à travers forêts et terres plates et sablonneuses par l’autoroute 17 qui coupe au plus court vers Orlando. Il fait quasiment chaud, un temps de début d’automne au Canada, impression accusée par les teintes fauves et brûlées d’une bonne partie de la végétation qui n’a quasiment pas reçu d’eau depuis 3 mois. Nous nous démêlons assez bien du fouillis d’autoroutes et d’immenses développements domiciliaires entourant la mégaville d’Orlando, là où l’activité principale était la culture des oranges et l’élevage de bovins jusqu’à il y a un trentaine d’années, lorsque Walt Disney lançait son Disney World. Depuis, explosion touristique de la région (34 millions de visiteurs par an !) et développement économique intense : la population a triplé au cours des 20 dernières années. Dans le « plat pays subtropical à présent sillonné d’autoroutes en réseau serré que jalonnent chaînes d’hôtels, complexes de loisirs, restaurants et centres de loisirs » (Guide Vert), nous traçons notre route grâce aux notes laissées par Jacques sur notre vieux guide d’il y a 10 ans et finissons par arriver, vers 15:30, devant le portail de Cypres Cove. La barrière du camp de naturistes où vit l’oncle de Floride s’ouvre pour nous et nous arrêtons enfin pour quelques heures heureuses devant le petit bungalow des Jacquier.


À Kissimee Jacques encourage Jean-Paul
lors de la réparations du circuit d'eau chaude du Guépard

Jacques et Monique dans le salon 
de l'oncle de Floride

Accueil chaleureux de Jacques qui nous emmène bientôt faire un petit tour des lieux, un camp de vacance avec ses petites maisons préfabriquées dispersées sous les arbres, au milieux de fleurs et de jardinets léchés, à l’abris de l’agitation de la grande conurbation pourtant toute proche, au bord d’un vaste et superbe étang où prospère une colonie d’alligators… Visite rapide et impromptue de Carol qui se libère quelques minutes de son salon de coiffure tout neuf pour échanger et prendre un verre avec nous. Puis Jacques m’assiste tandis que je remplace le raccord brisé du système d’alimentation du chauffe-eau et consolide le support de la table qui menace de s’arracher…

En soirée nos hôtes nous offrent le souper au restaurant chinois dans un centre d’achat de Kissimee, et nous rentrons assez tôt pour nous endormir rapidement dans notre Guépard installé sur le stationnement juste devant la maison.

 

Jeudi 28 décembre 2000 : de KISSIMEE à HOMESTEAD

Une autre nuit qui s’écoule tranquille, jusqu’au lever tôt lorsque Jacques nous réveille vers 8:00 en revenant de ses travaux d’entretien du salon où Carol ne tarde pas à rejoindre ses clientes. Il nous fait faire un grand tour du domaine en appréciant une autre fois son aménagement simple mais très fonctionnel où l’on sent le pragmatisme, le goût du confort et de la vie facile à l’américaine. Ambiance sereine et bon enfant auprès de ces nudistes en mal de soleil qui viennent de toute l’Amérique (voire d’Europe) faire le plein d’une nature – bien apprivoisée ! – en laissant entre parenthèses certaines conventions de leur univers urbain, policé et affairiste du Nord pour adopter – au moins temporairement -  le rythme un peu plus ralenti et le far niente du Sud. Tout le monde ici semble connaître Jacques, un « colon » de la première heure qui a su attirer les sympathies des résidents auxquels il continue d’enseigner le tennis. Nous nous rendons ainsi jusqu’au restaurant aménagé au bord du lac où Jacques nous offre un autre copieux déjeuner continental qui, pour nous, fera office de brunch. Puis il me laisse au point d’eau destiné aux motorisés. Un boyau, de l’eau courante en abondance et une longue brosse me permettent de débarrasser le Guépard de la croûte de sel dont il est encore tout enduit, puis de faire le plein des réservoirs : me voilà paré pour la suite de notre périple. Je rejoins Monique et Juliette dans le salon de Carol qui les a coiffées, nous discutons encore un moment et faisons un tour des luxueuses installations aménagées dans l’enclos de la piscine qui semblent renouer avec la tradition des thermes romains (salles de massage, bain tourbillon, sauna, salles d’exercice, etc.). Le temps est malheureusement trop frais pour nous donner l’envie d’en profiter, aussi nous finissons par prendre congé de nos hôtes si charmants en nous promettant de nous revoir dès que possible, pourquoi pas au Québec ?

Avant de reprendre en milieu d’après-midi la route vers un Sud dont nous espérons la température plus tropicale, nous faisons un long détour vers le Camping World de Kissimee dont je veux exploiter toutes les ressources pour compléter l’équipement du Guépard. Monique et Juliette me laissent à en explorer les allées tandis qu’elles se dirigent vers un WalMart qu’elles veulent dévaliser de leur côté.  Deux heures plus tard… nanti de quelques babioles mais sans avoir pu décider seul l’achat de 2 vélos pliants dont je rêve depuis longtemps, je suis à la porte du magasin qui ferme en attendant mes deux dames. Elles finissent par arriver en pestant contre la circulation infernale dans laquelle elle sont restées prises sans pouvoir découvrir le magasin en question… D’humeur plutôt maussade après tout ce temps perdu, nous démarrons pour de bon, direction les Keys, ce chapelet d’îles paradisiaques (ce qu’on peut faire dire aux photos…!) semées à l’extrême pointe de la Floride, entre le Golfe du Mexique et la Mer des Caraïbes.

Nous quittons sans trop d’encombres sous un ciel qui s’assombrit les parages très achalandés d’Orlando pour achever la traversée du sud de cet état tout en longueur. Paysage sans relief, envahi par les cultures fruitières (oranges bien sûr, et autres agrumes) et maraîchères. Nous contournons le grand lac Okeechobee sans l’apercevoir, évitons Miami et parcourons longuement cette route monotone en partageant le volant, Juliette et moi, dans la pénombre de plus en plus profonde. Vers 22:00 nous décidons de dresser bivouac pour repartir tôt demain et aborder de jour la partie la plus intéressante du parcours dont nous approchons. Peu avant Homestead et Florida City nous quittons la Route 1 pour une petite route rurale de traverse et allons stationner sur le bas côté, devant une grande maison contemporaine au milieu des champs. Rideaux vite tirés, souper rapide, extinction des feux, nous nous endormons aussitôt en rêvant aux eaux bleues du golfe maintenant à portée…

 

Vendredi 29 décembre 2000 : de HOMESTEAD à VACA KEY

Ce sont les moteurs des tracteurs se rendant au travail en début de matinée qui nous réveillent sous un soleil aujourd’hui plus clair. Nous prenons notre temps pour démarrer dans cet environnement champêtre et paisible, pour enfin décoller vers 9:00. La route traverse Homestead dont nous étions dans les faubourgs, puis Florida City avant de s’engager bientôt sur une étroite bande de terre bordée par la mer : à gauche Crocrodile Lake, à droite le golfe du Mexique parsemé des îles et îlots de l’archipel des Keys.


 Notre route sur l'Overseas Highway
qui saute d'île en île...

...en commençant par Key Largo 
qu'elle traverse en se divisant.

Nous passons ainsi sur la première, Key Largo, où Juliette nous arrête bientôt dans une boutique de plongée pour s’enquérir des possibilités d’excursion sous-marine dans le réputé John Pennekamp Coral Reef State Park dont 90 % se trouve sous l’eau. Munie d’une poignée de prospectus, elle nous revient avec des projets précis que nous mettrons éventuellement à exécution dimanche matin, à notre retour de Key West. Nous décidons alors de prendre un moment pour profiter de la douceur de l’air et apprécier l’exotisme du paysage tropical (oiseaux, sable et palmiers…) dans le parc. En route pour le centre d’accueil dont les panneaux illustrent bien tout l’intérêt de la région, puis nous allons traîner un moment sur la plage et dans le petit sentier écologique de Mangrove Trail qui présente la végétation (arbres et arbustes) typique des hammocks (buttes boisées) des Everglades. Le temps est tiède, sans qu’il fasse vraiment chaud, nos petites laines se supportent sans inconvénient…


 Dans le John Pennekamp Coral Reef Park de 
Key Largo, Juliette et Jean-Paul sur la plage...

... avant de repartir vers Key West

Puis nous commençons le long parcours de l’Overseas Highway qui relie les différentes îles très basses les unes aux autres. Un pont fermé sur un chenal entre 2 îles provoque un bouchon d’une heure qui nous ralentit beaucoup au moment de passer sur Windley Key, si bien que nous franchissons assez tard notre premier grand pont sur le Channel Five à la sortie de Isla Morada.


Premier grand pont sur le Channel Five

Finalement l’après-midi s’achève peu après, sous un vent assez fort qui a beaucoup refroidi l’atmosphère et assombri le ciel. Il est temps de trouver un bivouac que nous découvrons sur une petite rue de traverse dans un hameau, au bord de l’eau et de la mangrove qui occupe tout le rivage de l’île que nous traversons. Stationnement paisible devant un terrain non encore bâti, environnés de maisons de vacances plus ou moins inoccupées.

 

Samedi 30 décembre 2000 : de VACA KEY à KEY WEST


Le Seven Miles Bridge et Pigeon Key

Autre nuit tranquille, sur notre rue de traverse. Le temps est encore doux mais plus ensoleillé aujourd’hui. Nous reprenons l’Overseas Highway qui nous fait bientôt traverser Marathon et nous mène au Seven Miles Bridge. Ce pont très long, qui s’appuie à peu près en son centre sur l’îlot de Pigeon Key, fut le plus long ouvrage d’art de l’Overeas Railroad construit par Flagler en 1912. Sa structure de poutrelles d’acier s’appuie sur 546 massives structures de béton ancrées dans le soubassement marin jusqu’à 8,50 mètres de profondeur. Ce remarquable exploit d’ingénierie souffrit énormément de l’ouragan de 1935 qui fit des centaines de morts dans les Keys. Il fut réparé et modifié pour supporter une route et enfin doublé en 1982 par un nouveau pont, de même longueur, mais cette fois composé de 288 sections de béton précontraint de 41 m chacune. Les deux ouvrages s’élancent parallèlement dans la mer, je passe un bon moment sur la rive entre le début des deux ponts à admirer l’audace et la raffinement technique dont ils témoignent chacun pour leur époque.


Le parc de Bahia Honda et le pont de Flagler

Puis nous nous engageons sur la chaussée qui s’élève à 20 m au dessus des eaux, séparant la Florida Bay du Straits of Florida (côté Cuba), passons Pigeon Key pour nous arrêter peu après sur Bahia Honda, un ravissant îlot sur lequel l’État de Floride a aménagé un joli parc tropical vanté par le guide. Un arrêt s’impose malgré le temps un peu maussade. Nous commençons par aller voir la superbe plage de sable, l’une des plus belles des Keys, sur laquelle nous nous promenons longtemps, en admirant la mer bleu émeraude et les vols d’oiseaux de mer. Nous perdons de vue Juliette qui profite de l’occasion pour se dégourdir les jambes et parcourt un bon bout de la côte sablonneuse et basse. Après un autre petit tour sur le Silver Palm Trail qui présente avec quelques panneaux explicatifs les différents systèmes écologiques présents sur l’île et représentatifs des Keys : motte tropicale (hammock), forêt de mangrove et boisé de palmiers et autres arbustes de terrain sec.   

La plage de Bahia Honda en été...

...et la même, vue en hiver.

Après le plein d’eau sur un robinet d’aire de pique-nique, nous gagnons l’autre extrémité du parc avec sa plage de rêve et le départ du Bahia Honda Bridge, un autre pont construit par Flagler. Maintenant inutilisé, il est sectionnés sur la largeur de quelques piliers pour laisser passer les navires de plaisance qui viennent mouiller dans la petite baie ou le port devant la plage. Un beau grand voilier passe à nos pieds qui fait l’envie de Juliette avec ses équipements destinés à la plongée et son équipage de touristes en balade…


Le pont ferriovaire sectionné de Flagler 

Le petit port de Bahia Honda 
depuis le début de l'ancien pont

Le vent et le temps couvert se poursuivent tandis que nous repartons en direction de Key West, en continuant à sauter d'île en île, soit sur d’étroites bandes de terre environnées par la mer soit dans une nature touffue et tropicale qui limite l’horizon à quelques dizaines de mètres. Nous passons le National Deer Key Refuge sans apercevoir aucun des petits cerfs spécifiques à cette île où ils sont protégés, puis après une cinquantaine de kilomètres, finissons par arriver en milieu d’après-midi dans l’agglomération de Key West, tout au bout de la route.


Au bout de l'Overseas Highway, l'arrivée dans le vieux Key West

Après la longue traversée d’une zone très urbanisée, arrêt dans un Bureau de tourisme et un magasin de plongée près du port où Juliette prends tous les renseignements pour l’excursion prévue demain midi.

Puis nous abordons la section ancienne de Key West où abondent les grandes vieilles maisons coloniales qui font tout son charme. La plupart ont été restaurées avec beaucoup de goût, et sont entourées de beaux jardins tropicaux verdoyants, touffus et fleuris. Duval Street fait office de rue principale. Son large trottoir abrité de cocotiers ou d’eucalyptus est bordé de boutiques chic et ses maisons basses nous emmènent fort loin de l’image habituelle des USA : mélange d’Europe méditerranéenne, d’Amérique centrale ou latino-américaine, dans un contexte de station balnéaire chic à la Deauville. Boutiques d’articles de plage et de souvenirs, mais aussi galeries d’art et restaurants consacrent la vocation touristique que s’est donnée la métropole des Keys. Ici on est plus proche de la Havane que de Miami, pas étonnant que l’industrie du cigare ait prospéré au tournant du siècle. Après un premier tour en voiture, nous cherchons un stationnement tout en haut de Simmonton Street.


 Duval Street, l'artère principale 
- et très achalandée -  du vieux Key West...

...tandis qu'en arrière, rosies par le soleil couchant, 
quelques Conch Houses traditionnelles

Après un premier arrêt sur une descente à bateau qui nous laisse insécures face au risque de contravention, nous préférons nous rabattre sur le grand parking gardé de l’Hôtel Hyatt. Dans le soir qui descend, nous partons alors pour une longue balade dans les rues très achalandées du Key West touristique, traînant d’abord dans les cafés terrasses et les boutiques dont un vaste étalage de coquillages et autres reliques marines. Puis nous nous enfonçons dans l’échiquier des rues résidentielles du vieux quartier bordées de grandes maisons coloniales. Architecture typique du sud avec ses longues galeries aux piliers et balustrades découpées et ajourées, hautes fenêtres à guillotine, toits pentus ou en terrasse, et surtout magnifiques jardins touffus remplis d’arbres et de plantes exotiques. Les plus belles façades sont bien mises en valeur par les projecteurs qui les illuminent maintenant mais  la plus grande partie du décor reste cachée dans l’ombre. La fraîcheur nocturne s’ajoute à la fatigue de cette longue marche pour nous faire mettre un terme à notre agréable promenade et nous ramener à notre stationnement où nous nous couchons rapidement et discrètement.

 

Dimanche 31 décembre 2000 : de KEY WEST à KEY LARGO

Un peu étonnés du calme qui nous a entourés en plein cœur de cette ville animée, nous nous éveillons vers 8:00 pour prendre douche et petit déjeuner avant de quitter notre stationnement sous l’œil étonné du gardien. Reprenant le même circuit qu’hier soir, nous contemplons cette fois dans la grande lumière façades et jardins devinés dans l’obscurité.



La maison Gato bâtie par un riche Cubain
fabricant de cigares du début du siècle


Galeries à la New Oleans...

Une grand demeure qui ne demande
qu'à retrouver son chic d'antan

Au cœur du vieux quartier se présente la vaste Curry Mansion, une ancienne résidence bourgeoise convertie en auberge et ouverte à la visite. Ses derniers propriétaires l’ont restaurée et remeublée comme au temps de son opulence dans les années 30. Si le décor parfois lourd nous étouffe un peu, la dimension des pièces et le mobilier cossu, les lourdes tentures et les papiers peints fleuris recréent de façon très crédible l’ambiance de confort et de luxe qui régnait dans ces Conch Houses habitées par des négociants de toutes sortes, des marchands récupérateurs d’épaves nombreuses sur ces côtes dangereuses, des fabricants de cigares venus de Cuba et autres hardis entrepreneurs.



Vue extérieure de la vénérable maison

L'entrée, très "cosy"


Le salon de musique


Le palier à l'étage

la salle à manger

Nous avons le temps de contempler encore quelques autres maisons et jardins étonnants du même style avant de reprendre notre Guépard et de conduire Juliette à sa base de plongée à l’entrée du port vers 12:00. Après une longue séance de choix et d’essayage de l’équipement (combinaison trop petite, trop grande, etc.) nous la voyons enfin embarquer sur le gros cruiser qui emmène une vingtaine d’amateurs comme elle sur les récifs de corail au large pour 4 heures d’exploration sous-marine.


Juliette part en expédition de plongée sous-marine


Juliette au fond

Poissons et coraux multicolores

Sur les récifs de corail, 
au large de Key West

En pleine action...

Nous avons donc largement le temps de gagner un autre secteur de la ville pour visiter la maison qu’habita Hemingway de 1931 à 1939 avec sa deuxième femme Pauline. Elle se trouve dans un autre quartier du vieux Key West que nous n’avons pas encore parcouru. Les maisons y sont plus modestes et moins soignées, la plupart appartiennent de toute évidence à des vacanciers qui y ont investi le minimum tandis que quelques unes affichent le même aspect cossu que les demeures découvertes hier et ce matin.

La maison d’Hemingway, à demi cachée derrière un mur de pierre qui clôt le grand jardin tropical, est de celles-là. Construite en 1851 par le riche chasseur d’épaves Asa Tift, elle possède de larges fenêtres et des galeries en fer forgé de style New Orleans qui la ceinturent et donnent de tous côtés sur le jardin. L’intérieur a été entièrement restauré – avec goût - par le couple Hemigway et a conservé les meubles simples mais choisis qu’il y avait installé. Au dessus de l’ancien garage autrefois relié à la chambre par une passerelle, Hemingway avait installé son bureau d'écrivain où l’on voit exposés divers souvenirs et trophées et surtout, sur la petite table au centre, sa machine à écrire Underwood d’où sont sortis ses plus grands romans. Contemplation émouvante du cadre de la création de chefs d’œuvre comme Mort dans l’après-midi, Pour qui sonne le glas, En avoir ou pas… Impression de temps suspendu, de décor riche en souvenirs mais auquel seule l’ombre légère de l’artiste qui flotte encore donne son sens (comme le montre un tableau près de l’entrée sur lequel se devine, à peine esquissée, la silhouette de l’écrivain devant sa machine à écrire…). Au détour des allées du jardin dans lequel nous flânons un moment, une pléiade de chats (une quarantaine dit-on…) commémore l’attachement particulier de l’homme de la maison pour ces animaux. Ce sont les descendants de ceux-ci qui traînent un peu partout dans la propriété, sur la terrasse devant le salon, sous les arbustes du jardin, jusque sur les toits plats et les gouttières…


Le grand salon au rez-de-chaussée

La salle-à-manger

La salle de bain et ses carrelages 
Art Déco importés de France...

La chambre à coucher

Dans le pavillon attenant, le bureau de l'écrivain

La piscine, le première de Key West, 
qui coûta une fortune à l'écrivain...

Jean-Paul dans le jardin luxuriant près de la piscine

Maison et jardin en plein hiver...

En sortant du jardin après cette visite qui nous a replongé dans un passé – relativement – récent,  nous retournons au centre du vieux Key West pour traîner encore un moment entre les vieilles maisons, admirant surtout les jardins luxuriants et les galeries à colonnades. Il nous faut plusieurs tours de bloc pour trouver l’entrée du Secret Garden caché au centre d’un pâté de maison. Fleurs exotiques et arbres touffus forment une jungle fascinante dans laquelle nous nous enfoncerions avec plaisir si un cortège de mariage n’occupait déjà les lieux pour une longue séance de photographie. Il nous sera donc impossible de découvrir cette autre attraction rare signalée par le Guide Vert.

Nous quittons alors tranquillement le centre de Key West pour aller récupérer notre fille au retour de son excursion de plongée. Sur le chemin, une boutique achalandée attire mon attention : ici on prépare avec génie (affirme la pub) la délicieuse Key lime pie, une tarte à la lime (citron vert) spécialité réputée des îles. Voilà qui constituera un dessert apprécié pour le réveillon de ce soir… Le bateau de mademoiselle étant en retard, nous avons encore le temps de passer dans un supermarché pour refaire le plein de produits frais. La nuit est tombée lorsqu’enfin aborde le cruiser sur lequel ont pris place les plongeurs : l’excursion a été plus longue que prévue car on leur a offert 2 récifs différents et distants de plusieurs miles au large de Key West. Fatiguée mais ravie de sa longue balade, Juliette se débarrasse de son lourd équipement dans la boutique sur le quai et nous prenons aussitôt la route qui franchit la suite de ponts et d’îles pour nous ramener jusqu’à notre première escale sur l’archipel à Key Largo.  


Retour vers Key Largo sur l'Overseas Highway

Les deux chaussées parallèles du  Seven Miles Bridge enserrant Pigeon Key

Nous y ferons demain matin l’excursion en bateau à fond de verre repérée avant-hier à l’aller. Les vues sur la mer et les paysages exotiques sont noyées dans l’obscurité très profonde. Après deux heures de route tranquille, nous arrêtons sur le quai juste devant la passerelle d’embarquement du Glass Bottom Boat où repose également une relique : la fameuse African Queen sur laquelle fut tourné le film mettant en vedette  Bogart et Hepburn. Mais ce terrain appartient à un hôtel propriétaire de tout le secteur, impossible d’y passer la nuit, vient nous avertir le gardien. Aimablement il nous suggère le grand stationnement vide d’un hypermarché quelques centaines de mètres plus loin. C’est là que nous finissons par aller souper et nous endormir peu après les 12 coups de minuits marquant l’arrivée du XXIème siècle.

 

Lundi 1er janvier 2001 : de KEY LARGO à FLAMINGO (Everglades)

Un grand soleil nous accueille au lever, de bon augure pour l’excursion projetée. Quelques vacanciers comme nous attendent l’embarquement en fin de matinée, et la grosse vedette s’engage bientôt dans le chenal menant à la mer libre en nous offrant le spectacle de dizaines de grandes maisons luxueuses idéalement situées le long du canal. Puis c’est le parcours vers la haute mer, dans un vent assez frisquet et le vacarme du gros diesel à pleine puissance. La côte basse est encore en vue lorsque le bateau ralentit et l’on nous invite à descendre à l’intérieur.
 


À Key Largo on embarque 

En route vers le récif de corail 
au large de Key Largo

Sous nos yeux commence alors à défiler à vitesse très réduite l’étonnant spectacle du fond marin s’étalant quelques mètres sous la coque transparente : des coraux bien sûr, dont le naturaliste nous enseigne la fragilité et les particularités, mais surtout des dizaines de poissons aux couleurs vives et aux formes originales, depuis le fuseau argenté du barracuda jusqu’à la carapace arrondie d’une tortue de mer qui dérive lentement sous nos yeux. Plus loin des rails jonchent en désordre le fond, on nous explique alors qu’ils résultent du naufrage d’un navire apportant des matériaux pour réparer la voie ferrée de Flagler détruite par l’ouragan de 1935. Pendant une demi-heure notre petit navire dérive lentement sur le récif, poursuivant la découverte de sa flore et de sa faune maintenant étroitement protégées. Puis il reprend de la vitesse et « survole » une longue prairie d’algues beaucoup moins intéressante avant de nous ramener au port de Key Largo en milieu d’après-midi.


Juliette et Jean-Paul attentifs ...

...aperçoivent une magnifique tortue de mer 
passant sous le fond de verre du bateau


Floride 2000 : 2. Le Parc national des Everglades et Miami

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