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Découverte de Terre-Neuve

Août 2000
 
Première partie

Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord du Guépard



Itinéraire



Lundi 7 août 2000 : de MONTRÉAL à MAGOG (115 km)

La nuit est déjà très noire lorsque, après des préparatifs de dernière minute (dont l’isolation de la glacière électrique achetée in extremis pour palier la défaillance soudaine de notre frigo…), je mets le contact et prends la direction de l’Autoroute des Cantons de l’Est.
 

Monique taille le gabarit dans la cuisine
Jean-Paul installe le chauffe-eau dans le Guépard

Les derniers jours ont été une course harassante pour compléter au maximum les travaux de construction et, à défaut d’achever les aménagements de notre petit camper, le rendre au moins fonctionnel pour l’essentiel. Effectivement les réservoirs se remplissent et conservent leur contenu sans aucune fuite, les pompes tournent sans à-coups, les rideaux et le réceptacle de la douche sont étanches, le chauffe-eau produit rapidement une eau - presque trop – chaude. Côté cuisine, le réchaud brûle régulièrement son propane – malgré le bris d’un des allumage piezo - et la glacière finit par atteindre un 8ºC suffisant pour conserver beurre et lait au frais. Enfin les banquettes repliables forment un lit relativement étroit (115 cm) mais suffisamment confortable pour prendre un repos réparateur après une journée bien remplie. Que demander de plus ? Évidement le train arrière du Guépard s’est beaucoup affaissé après le remplissage des 220 litres d’eau dans les réservoirs, et la plupart des rangements et coffres sont plus ou moins bien compartimentés. Mais on verra à l’usage les façons les plus économiques et les plus pratiques d'y remédier, tandis que le renforcement de la suspension attendra notre retour a Montréal.

Le Guépard dans la cour à Outremont

Dans le confort de notre camion silencieux et bien lesté, nous roulons une heure et demie pour quitter l’autoroute à hauteur de Magog et chercher un bivouac près de l’eau. Après quelques errements sur les quais et les jardins qui bordent le lac, tous interdits au stationnement nocturne, nous finissons par dégoter au dessus du petit port un parc de stationnement municipal sur lequel nous nous installons pour la nuit, seuls à côté d’un gros classe A (intégral) américain.
 

Mardi 8 août 2000 : de MAGOG à L’ÎLE SAINTE-CROIX/ST-ANDREW

Nuit paisible et assez chaude, durant laquelle une ronde de police vient apposer puis enlever (?) une contravention sur notre pare-brise sans nous déranger autrement. Il fait un temps magnifique au réveil. Aussi, après quelques vues sur le petit port tout proche, allons nous faire un tour sur la rue principale de Magog. Maisons anciennes – pour l’Amérique -, façades fleuries, animation sans excès de la petite ville de province. Nous complétons notre équipement d’un superbe balai dont le bleu/vert s’assortit presque parfaitement au revêtement laminé des placards, et Monique trouve en librairie quelques bouquins destinés à meubler les longues périodes de roulage qui s’annoncent sur la route vers Terre-Neuve.

En route vers Sherbrooke, où nous faisons un petit marché au Sobbey local, avant de poursuivre vers les " lignes " américaines franchies à Coburn Gore. Les agréables paysages vallonnés et verdoyants se font vite plus sauvages dès que nous pénétrons dans le Maine.

Flagstaff Lake (Maine) : Cathedral Pine
Au bord du Lac Flagstaff
Le douanier nous pose en français les questions d’usage et nous remet un itinéraire qui nous permettra de franchir au plus court et sans nous perdre les vastes étendues de forêts assez sauvages où les villages sont rares, reliés par des petites routes plus ou moins bien signalisées. Comme notre carte est assez grossière, nous nous fions à lui pour gagner au plus vite la frontière avec le Nouveau-Brunswick et retrouver le Canada à St-Stephen, au fond de la baie de Passamaquoddy. Un seul arrêt pour pique-niquer et admirer les grands fûts de Pine Cathedral qui abritent un confortable camping au bord du lac Flagstaff, un peu avant Stratton.

Le soir tombe lorsque nous faisons un autre plein d’essence (ici nettement moins chère) et franchissons le poste frontière établi sur la rivière Sainte-Croix. L’île Ste-Croix est à deux pas, son site fût choisi par Samuel de Champlain pour son premier - et malheureux - hivernage au Canada en 1604. Le petit observatoire établi sur la rive canadienne pour commémorer cet événement majeur de notre histoire nous servira de bivouac pour ce soir. Après quelques manoeuvres destinées à y trouver une place à peu près plate, nous nous installons sur son stationnement pour une autre nuit des plus tranquilles, tandis que la silhouette de l’île au milieu de la baie s’estompe progressivement dans le crépuscule puis continue de se dessiner, fantomatique, sous la lueur blanchâtre de la pleine lune.

 

Mercredi 9 août 2000 : de L’ÎLE STE-CROIX/St-Andrew à NORTHPORT (près d’Ahmerst) NS

Nuit excellente sur notre belvédère en vue de l’île et réveil sous le grand soleil qui illumine le paysage et réchauffe notre cabine (quoique sans excès). Nous faisons bien sûr le tour des panneaux qui expliquent de façon très claire et bien illustrée l’odyssée puis le calvaire de l’expédition de 1604 où, en l’absence de provisions suffisantes et de connaissances - apprises plus tard des amérindiens de Port-Royal-, 40 des malheureux compagnons de Champlain périrent du scorbut, ce qui sonna le glas de cette première tentative de colonisation.

Suit une demi-heure de combat avec le tiroir coincé sous le siège du passager qui refuse de livrer les guides qu’on y a entassé. Il faudra finalement démonter le fauteuil pour en venir à bout, au prix d’une bonne suée en plein soleil.
 

Entrée du Ross Memorial Museum  Nous démarrons enfin vers 9:30 pour traverser le Nouveau-Brunswick en diagonale mais en visitant auparavant le charmant village de St-Andrew : après le tour du fameux blockhaus restauré par Parc Canada, c'est celui des vieilles églises, du Musée commémoratif Ross meublé et décoré en style fin XIXème, de la maison du shérif restaurée avec gardiennes en robes d’époque… 
 Le cachet du village est indéniable, grâce aux belles grandes maisons en bois peintes en blanc ou parfois en brique, aux jardinets clos et fleuris, et grâce à la multiplicité des églises et chapelles consacrées aux cultes anglican, baptiste, presbytérien, catholique romain, etc.
Dans le jardin du Musée Ross Jean-Paul prend le frais
Le fameux blockhaus de St-Andrew Mais l’afflux des touristes dans la rue principale (Water Street) nous fait achever rapidement le tour de la petite ville. Nous repassons devant le petit blockhaus à l’entrée du village et gagnons bientôt la grande route, une superbe autoroute neuve, rapide et sûre. Nous roulons jusqu’en milieu d’après-midi pour arriver à St-John où nous espérons trouver des livres en français.

Mal renseignés par le Tourist Office qui nous dirige vers un centre d’achat de banlieue, nous renonçons, faisons un autre plein d’essence et repartons vers Moncton. Il y a probablement quelques librairies françaises dans cette capitale francophone de la province (l'unique province officiellement bilingue du Canada !)  mais à cette heure (19:30) tout est fermé. Erreur d’aiguillage en direction de l’île du Prince-Édouard, nous passons finalement la frontière de la Nouvelle-Écosse à Amherst vers 21:00. Nous décidons alors d’emprunter l’itinéraire touristique du nord (Sunrise Trail) et gagnons la côte par une petite route défoncée en quête d’un bivouac en bord de mer. Dans la nuit, nous croyons l’avoir trouvé sur le petit quai paisible de Northport, mais un énorme tracteur au puissant et bruyant moteur diesel s’installe près d’un bateau de pêche pour procéder à des réparations interminables. Découragés, nous finissons par lever le camp vers 23:00 pour aller établir nos pénates sur le vaste stationnement désert de la salle communale du village suivant…
 
 

Jeudi 10 août 2000 : de NORTHPORT (NB) à BAYFIELD (Tracadie) (NS) 424 km

Nous nous réveillons un peu tard et décollons seulement vers 12:00, la matinée ayant servi à récupérer après nos mésaventures d’hier soir. Il pleut, le ciel est plombé, les moustiques omniprésents. Ils nous ont d’ailleurs abondamment piqués cette nuit, faute d’utiliser l’insecticide en spirale et par manque de moustiquaires à nos fenêtres… Nous suivons sans enthousiasme une côte assez plate qui serait plaisante si le soleil consentait à se lever.

Pictou : le quai de construction du Hector Long arrêt à Pictou pour visiter l’exposition consacrée aux 200 immigrants écossais partis du Loch Broom à bord du Hector, une flute hollandaise, et surtout à sa réplique maintenant presque complétée sur le bout du quai. Évocation émouvante des conditions de vie pénibles des deux côtés de l’Atlantique à la fin du XVIIIème, et du voyage éprouvant de 12 semaines subi par ces familles à bout de ressources. La coque du petit navire est quasi terminée, on en achève les peintures pour le lancement en grande pompe dans un mois.
Pictou : dernières retouches sur le pont du Hector
Pictou : on en est au finitions du pont du Hector

L’après-midi est bien avancé lorsque nous rejoignons l’autoroute vers le Cape Breton ; route un peu monotone de forêts, assez vallonnée cependant mais sous un ciel qui reste gris. On aperçoit à nouveau la mer peu après Antigonish, et nous allons chercher un bivouac à proximité du rivage près du petit port de pêche de Bayfield. Stationnant sur une vaste esplanade derrière l’estacade, j’entreprends de condamner le déversoir de l’eau froide dans le réservoir d’eau chaude (qui fonctionne sans cesse faute de vanne) pendant que Monique lit. Puis nous revenons quelques centaines de mètres en arrière pour bivouaquer sur le stationnement d’un petit parc provincial à proximité de la plage de galets sur laquelle nous faisons un tour rapide – les moustiques… - à la brunante.
 

Vendredi 11 août 2000 : de BAYFIELD (Tracadie) au CAPE SMOKEY (221 km) 

Archétype de la Nouvelle-Écosse : le phare de Peggy Cove
Phare de Peggy Cove
Peggy Cove, par un temps plus habituel dans les Maritimes...
Peggy Cove dans la brume
Lever beaucoup plus tôt aujourd’hui, après une nuit des plus calmes. Je suis de moins en moins réveillé par les fourmillements dans mon bras droit, trop sollicité ces derniers temps par les travaux de construction du Guépard. Douche, déjeuner, découpage d'une trappe dans le plancher au dessus du bouchon de visite du réservoir d’eau chaude, nous décollons vers 9:30.
 
Le long du Bras d'Or
Sur le Bras d'Or, près de Wagnatcook

Le détroit de Canso est bientôt franchi sur la longue digue qui relie l’Île du Cap Breton à la Nouvelle-Écosse continentale. Nous hésitons un peu sur le programme et décidons de gagner d’abord Sydney pour nous assurer une place sur le traversier de demain vers Terre-Neuve. Nous suivons donc la Transcanadienne (route 105) maintenant réduite à 2 ou 3 voies, entrecoupée de sections en réfection, mais beaucoup plus pittoresque grâce aux paysages bien plus mouvementés qu’elle traverse.

À la sortie 6 nous hésitons à emprunter l’itinéraire des lacs du Bras d’or mais un bac coupe très vite la route. Lassés d’attendre le retour du petit esquif amarré à l’embarcadère en face, nous renonçons à cette excursion, poursuivons la Transcanadienne et, quelques kilomètres plus loin, encouragés par un ciel qui semble s’éclaircir, empruntons la sortie 7 peu après Wagnatcook en direction du fameux Cabot Trail.
 

Vallée de la Margaree
Pique-nique devant la Margaree River

On longe une jolie suite de lacs et de rivières, puis la superbe vallée de Margaree où nous pique-niquons devant une pittoresque courbe de la rivière. Enfin apparaît la côte parsemée de villages acadiens aux noms français (Belle Côte, Cap Le Moine, Grand Étang…) jusqu’au fameux Chéticamp. Si les paysages sont agréables, l’architecture reste très banale et les grands panneaux publicitaires partout répandus enlaidissent la petite ville.
 
Le Cabot Trail des guides touristiques...
Cap Breton Highlands :

Juste après, le défilé de Grande Falaise donne accès au magnifique Parc des Hautes Terres du Cap-Breton. La route en corniche est superbe mais la vue reste limitée par la pluie qui s’installe en permanence dès que l’on grimpe un peu : les nuages sont tellement bas ici…
 
Cabot Trail : descente vers Pleasant Bay

Pas question de balades à pied, mais au moins les grandioses paysages sont la plupart du temps visibles depuis les nombreux belvédères où j’arrête pour admirer, filmer et photographier.
 
Cabot Trail : Sunrise Valley en allant vers North Cape Petit détour en direction de North Cape jusqu’au Cabot Landing, pour faire quelques pas  sur la plage où Giovanni Cabotto, envoyé par Henry VII d’Angleterre sur les traces de Colomb, aurait abordé en 1597. C’est du moins ce que prétendent les Néo-Écossais car l’atterrissage de Cabot est également revendiqué par les Terre-Neuviens près du Cap Bonavista…

La pluie persiste, nous amorçons alors notre retour vers le sud en côtoyant toujours de grandioses panoramas marins. Pause à Lakies Head, puis lente montée au pied des 366 m du Cap Smokey, avant de redescendre jusqu’à une plage sauvage à son pied qui nous servira de bivouac pour la nuit.
 

Les rochers de Lakies Head

En descendant du Cap Smokey

Corvée de vaisselle...


Samedi 12 août 200 : de CAPE SMOKEY (NS) à PORT-AUX-BASQUES (NFL) (110 km)

Calme et silence… Bercés par les rouleaux déferlant sur la plage de galets toute proche, nous nous réveillons tard sous un ciel toujours chargé. La route côtière se poursuit vers le sud, sans panorama exceptionnel jusqu’au belvédère donnant sur le grand pont qui franchit l’extrémité nord-est du Bras d’Or. On quitte les Hautes-Terres du Cap Breton pour se rapprocher de la mer. Encore une trentaine de kilomètres et, vers 12:00, nous sommes sur le quai de North Sydney pour apprendre le départ du prochain ferry vers Terre-Neuve à 14:30. Il reste encore quelques places, aussi achetons-nous immédiatement nos billets et passons le temps en allant faire quelques courses avant le départ : vis dans une quincaillerie locale, et recherche beaucoup plus longue et difficile d’une épicerie malheureusement introuvable. Nous nous rabattons sur un dépanneur logé dans une stations service Irving ! Ensuite déjeuner sur le quai, en ligne, en attendant l’embarquement.

Le vent très fort et le ciel couvert m’empêchent de demeurer longtemps sur le pont du Caribou. Longue traversée de 5 heures, où l'on tue le temps en lisant guides touristiques et revues...

Le traversier "Cairbou"

L’arrivée à Port-aux-Basques me rappelle beaucoup celle à Lodingen dans les Îles Lofoten il y a 2 ans, les montagnes en moins : mêmes petites maisons de bois plantées en désordre sur une côte sauvage et rocheuse, terre semi-désertique…. Le soir tombe, nous faisons un petit tour du gros village et allons nous installer au bout d’une rue résidentielle, juste au dessus de la mer, après être allés acheter une carte routière dans le beau Tourist Information aménagé en haut de la côte qui domine Port-aux-Basques.
 


Carte de Terre-Neuve


Dimanche 13 août 2000 : de PORT-AUX-BASQUES à DEER LAKE (457 km)

Pause devant un méandre de Codroy River Temps magnifique au réveil ! Mer et ciel bleus, maisons d’un blanc éclatant et gazon intensément vert. J’attend un peu à la station service pour ajuster la pression des pneus avant d’entreprendre notre longue route en direction du nord sur la belle grande TCH (Trans-Canadian Highway) qui traverse toute l'île. Paysage très vaste mais un peu monotone de forêts vallonnées coupées de quelques rivières torrentueuses aux eaux brunes et au lit caillouteux.

Péninsule de Port-au-Port : Felix Cove
La plage de Picadilly , Péninsule de Port-au-Port

Les kilomètres se déroulent, dans le grand confort du Guépard puissant et silencieux. En début d’après-midi, nous bifurquons vers l’ouest et vers la côte pour aller explorer la péninsule de Port-au-Port, dite " Route des Ancêtres français " (le tout en anglais bien sûr, car le bilinguisme ici est inexistant et la francophonie quasi éteinte !). Nombreux petits villages aux simples maisons blanches sans grande originalité, gazon partout tondu, paysage agréable de côte avec de rares embarcadères à bateaux. De quoi vivent tous ces gens puisqu’on n’aperçoit aucune industrie ni trace d’agriculture ou d’élevage? Le moratoire sur la pêche à la morue a également éliminé cette ressource. Toujours impossible de trouver une épicerie… Que mange-t-on ici puisqu’on ne voit même pas de jardin potager autour des maisons… ?
Péninsule de Port-au-Port : Felix Cove

Petit Jardin, Cap Saint-Georges, Grande Terre, Lourdes… quelques enseignes de boutiques suggèrent une certaine présence francophone, mais c’est la seule indication restante de l’ancienne présence française pourtant très importante sur la côte ouest de Terre-Neuve, il y a très longtemps, semble-t-il …

En milieu d’après-midi, nous reprenons la TCH vers le nord pour arriver vers 18:00 à Corner Brook, une grosse ville qui s’est développée autour de sa papeterie. Quelques courses d’épicerie dans une pharmacie qui fait également office de dépanneur (car ici tout est fermé le dimanche) et nous reprenons l’autoroute qui longe le beau Deer Lake jusqu’à la ville du même nom. Nous nous endormons assez tard sur le parking de l’église, après que les jeunes qui y jouaient bruyamment soient allés se coucher eux aussi.
 

Lundi 14 août 2000 : de DEER LAKE à PARSON’S POND (164 km)

Après un excellent sommeil en plein centre de la petite ville, départ vers 9:15, objectif le Parc National de Gros Morne.
 

Parc de Gros Morne : premiers reliefs
Parc de Gros Morne : Tableland

Gros Morne depuis Woody Point

Le beau temps se poursuit, incitant aux balades dans ce magnifique cadre montagneux. Une première petite incursion dans le sous-bois nous mène jusqu’à la chute Southeast Brook Falls mais il y a bien peu d’eau dans la cascade par ailleurs assez haute.
Le sentier vers Southeast Brook Falls
Balade vers Southest Brook Falls

Parc de Gros Morne : le phare de Lobster Cove
Phare de Lobster Cove

Joli détour ensuite vers Rocky Harbour et le phare de Lobster Cove où nous descendons sur la plage de galets, avant d’aller admirer le panorama circulaire depuis les hauteurs de Berry Hill.
 
Lobster Cove et ses galets au pied du phare
Le rivage et Tableland depuis le phare de Lobster Cove

Western Brook Pond
Western Brook Pond, au fond les montagnes de Gros Morne

Il est 15:30 lorsque nous mettons nos chaussures de marche pour franchir les 5 km menant à l’embarcadère du tour en bateau sur Western Brook Pond, malheureusement trop tard pour attraper la dernière ronde de 16:00… C’est quand même une bonne marche en nature (très bien accompagnée par d’intéressants panneaux explicatifs) qui nous ramène fatigués et contents à notre Guépard : nous avons fait notre plein de paysages et d’exercices pour la journée !

Western Brook Pond
Western Brook Pond

Encore une cinquantaine de kilomètres pour sortir du parc - en apercevant au passage trois orignaux occupés à brouter en bordure de la route - jusqu’au pauvre village de pêcheurs de Parson’s Pond. Après un grand tour dans les rues gravellées, nous allons dormir sur une grande esplanade nivelée à l’entrée sud du village. Orignal et son petit

Jeunes orignaux
Femelle orignal


Mardi 15 août 2000 : de PARSON’S POND à FLOWERS COVE
(477 km)

Nuit paisible, mais réveil assez tôt par le fracas des moteurs des gros camions passant sur la route dont nous sommes trop proches. Nous démarrons donc sans délai. Monique encore fatiguée par la marche d’hier ne tarde pas à somnoler tandis que je continue à rouler régulièrement vers le nord. Route sans grand relief qui longe le rivage plutôt plat à notre gauche, tandios qu' à l’horizon à droite se profilent les crêtes des Long Ranges.

Péninsule de Port-au-Choix : le phare de Pointe-Riche
Phare de Port-au-Choix dans la brume

Deux heures plus tard, sous un ciel très nuageux, détour vers la péninsule de Port-au-Choix pour visiter le centre d’interprétation de Parcs Canada consacré à la vie préhistorique sur ce promontoire occupé depuis 8000 ans av. J.C., comme l’ont montré plusieurs campagnes de fouilles. Petit cimetière au centre du village, bordé d’un Heritage Centre (musée d’histoire locale) de bien peu d’intérêt. En revanche le Centre d’interprétation du Parc fédéral que nous finissons par découvrir au bout de la péninsule s’avère très bien documenté. 

Une belle exposition des objets découverts sur place et une présentation de l’évolution de l’occupation du site nous familiarise un peu avec les peuples qui se sont succédés ici depuis 10 000 ans. Le temps continue d’être très gris lorsque nous poursuivons la route côtière vers le nord, semée de minuscules villages aux maisons blanches dispersées autour de petites anses sur des bosses rocheuses et gazonnées. Pas d’arbres ni de jardins, nature sauvage et rude qui nous amène encore à nous demander : " De quoi vivent tous ces gens ? ".
 
Port-Daniel depuis l'observatoire aux baleines
La crique de Griquet-St-Lunaire

La route vire bientôt vers l’intérieur. Elle traverse des paysages désolés où affleurent souvent les rochers dans une toundra confinant au désert. Paysage un peu plus riant en atteignant Griquet-St-Lunaire, puis enfin l’Anse-aux-Meadows, but de ce long détour à l’extrême pointe nord de la province que baigne le froid détroit de Belle-Isle.
 
L'Anse-aux-Meadows : le site vu depuis le Centre d'interprétation
L'Anse-aux-Meadows : le site vu depuis le Centre d'interprétation

Le site historique des premiers débarquement et installation d’Européens il y a maintenant 1000 ans (on en célèbre le millénaire cette année !) a été très bien mis en valeur par Parcs Canada : centre d’interprétation d’une belle muséographie, rappel des textes historiques des sagas noroises qui ont mis les archéologues norvégiens sur la piste.

Le site de l'Anse-aux-Meadows
Site de l'Anse aux Meadows

Mais surtout, juste à côté de la terrasse herbeuse où l’on à retrouvé les traces des habitations, s’élèvent 3 bâtiments traditionnels des Vikings du XIème, des huttes en briques de tourbe.

  Restitution de maison viking

Maison vikimg
Maison viking

Deux gardiens en costumes d’époque expliquent - malheureusement uniquement en anglais - la façon dont ces hardis navigateurs se sont adaptés au milieu hostile et ont réussi à tenir plusieurs années cet avant-poste de colonisation occidentale. Le cadre naturel est lui aussi superbe, si bien que la visite du site s’avère une promenade très agréables en plus d’être passionnante, sous le soleil et le ciel bleu maintenant dégagé.

L'Anse-aux-Meadows : dans la maison de tourbe
L'Anse-aux-Meadows : femme viking cousant dans la hutte

L'Anse-aux-Meadows : épingle de manteau en bronze

L’après-midi est bien avancé lorsque nous reprenons la route vers le sud. Le soir qui tombe tôt à cause du ciel à nouveau bas nous arrête au dessus de la plage à Flower’s Cove, sur une vaste terrasse herbeuse entre mer et route, en compagnie de trois autres camping-cars qui ont choisi cet espace tranquille pour passer la nuit.

L'anse de Griquet-St-Lunaire au soleil couchant
Flower's Cove


Mercredi 16 août 2000 : de FLOWER’S COVE (Ste-Barbe) à NORRIS ARM (608 km)

Lever tôt sur notre grève déserte pour un décollage bien avant nos voisins motorisés, vers 9:00. Ciel gris, brouillard et quelques déchirures de ciel bleu, avec des petites pluies fines et serrées de temps à autre… La route assez monotone - déjà empruntée à l’aller - suit la côte en traversant les mêmes petits villages aux maisons blanches dispersées parallèlement au rivage. Il ne fait pas assez clair pour qu’on aperçoive la côte du Québec ou du Labrador dont nous nous sommes distants de moins de 20 km. Nous roulons longuement sans détour ni arrêt, puisque les quelques sites ou attractions touristiques ont déjà été découverts à l'aller.

Comme il faut néanmoins se dégourdir les jambes et profiter du soleil qui apparaît quand même parfois à éclipse, nous allons faire un tour sur la plage de Broom Point, une petite pêcherie aménagée pour la visite par Parc Canada sur le rivage du Parc de Gros Morne. L'exposition sur la pêche locale ne nous attire guère mais la petite anse entourée de rochers et les points de vue sur la côte ici assez accidentée ne nous font pas regretter notre pause. Broom Point : Monique sur la pointe rocheuse

L'anse et la plage de galets de Broom Point
Broom Point : l'anse et le hangar de pêche
 
La route de corniche au dessus de Bonne Bay Dès notre départ, le ciel se couvre à nouveau et il pleut lorsque nous arrêtons sur la berge de Bonne Bay pour déjeuner. La bruine et les nuées estompent le paysage frappant et si semblable à ceux de l’Écosse ou même de la Norvège : falaises et petites montagnes aux pentes accusées, vastes étendues d’eau calme et limpide, nature verdoyante et sauvage…

Arrêt pique-nique au bord de Bonne Bay embrumée
Bonne Bay : arrêt pique-nique sous la pluie
 
Birchy Lake tout en longueur Nous repartons bientôt pour rattraper la TCH à Deer Lake où nous regarnissons la cambuse dans le Foodland déjà visité à l’aller. Le beau temps nous a rejoint et nous accompagne tandis que nous contournons le vaste Sandy Lake (Lac de Sable) puis longeons l'interminable Birchy Lake (Lac aux Bouleaux) dans une large vallée où la route file toute droite. À peine avons-nous rejoint le rivage du fond de la Halls Bay à South Brook que la route s’incurve vers l’intérieur et s’enfonce à travers forêt et lacs.
L’après-midi touche à sa fin lorsque nous arrivons à Grand Falls-Windsor qui vit surtout de l’exploitation forestière et de sa grande usine de papier. Celle-ci profite de l’énergie produite par le barrage installé sur une chute impressionnante de la rivière Exploits. La rivière est aussi renommée pour ses saumons, une abondante et précieuse ressource connue et exploitée depuis des siècles par les Béothuks, un peuple amérindien aujourd’hui disparu suite aux massacres et aux épidémies transmises par les Européens au fur et à mesure de leur occupation du pays. Restent les saumons qui continuent à remonter nombreux les flots tumultueux de la rivière et pour lesquels on a aménagé une spectaculaire échelle à poisson au niveau des chutes.  JP deavant la chute de Grand fall

Dans le Centre d’interprétation des salmonidés installé sur son trajet, on découvre une riche information sur l’espèce et surtout, dans le sous-sol, une grande vitre donnant sur le sas par lequel transitent les migrateurs. Spectacle étonnant que ces longs corps fuselés et brillants nageant puissamment dans bassin, comme pour se reposer de leur suite de sauts acrobatiques tout au long de l’échelle. À l’extérieur du petit bâtiment, une ouverture dans la couverture du canal permet de voir les poissons se lancer dans les tourbillons et franchir un seuil où court l’eau vive. Spectacle fascinant qui me retient un long moment et que je tente de filmer à la vidéo.

Le soir tombe lorsque nous reprenons la grande route vers l’ouest pour encore une quarantaine de kilomètres. Quand nous atteignons le fond de la Bay of Exploits, nous longeons un petit peu la côte près de Norris Arm jusqu’à trouver un stationnement entre deux grandes maisons de campagne, au bout d’une impasse donnant sur la mer. L’air est tiède, la vue agréable mais les moustiques ici encore veillent !


Jeudi 17 août 2000 : de NORRIS ARM à TRAYTOWN

Il pleut beaucoup durant la nuit, nous nous consolons en constatant encore une fois la parfaite étanchéité du Guépard…

Anse le long de la Route des Îles Devant le peu d’intérêt de la route de l’intérieur, je décide de parcourir la " Route des Îles ", à la découverte des fameux " outports ", ces minuscules ports de pêche typiques de Terre-Neuve. Nous ne sommes pas déçus : la petite route sinueuse ne tarde pas à longer continuellement la mer en offrant sans cesse de jolis points de vue sur l’eau bleue, les anses rocheuses environnées de sapins, les petits quais de bois plus ou moins branlants où accostent des barques de pêche tandis que des hameaux, voire des maisons isolées aux couleurs vives se nichent près le rivage.

À Boyds Cove les archéologues ont retrouvé les restes d’un campement béothuk qui a été fouillé et dont le site a été admirablement préservé. C’est pour nous l’occasion d’une visite intéressante et émouvante du Centre d’interprétation fort bien conçu qui présente l’histoire et les mœurs de ce peuple amérindien aujourd’hui disparu, des chasseurs/pêcheurs/cueilleurs qui surent admirablement profiter des ressources variées de leur île, exploitant la côte et ses richesses en été, se repliant sur l’intérieur pour pêcher le saumon et chasser le gibier en hiver. Malheureusement ici encore on constate l’illusion - soigneusement entretenue par le fédéral à Ottawa - d’un Canada bilingue : toutes les notices, vignettes et autres informations sont exclusivement unilingues anglaises, oubliant et niant carrément l’autre peuple fondateur et réservant aux francophones un sort - culturel - bien proche des celui des pauvres Béothuks… Un petit billet bien senti pour signaler ce paradoxe aux gestionnaires du Musée, puis nous enfilons un joli sentier dans le boisé pour aboutir sur le site de l’ancien village d’été. Au fond d’une anse bien abritée, un ruisseau à saumons fournissait l’eau fraîche, tandis qu’une ancienne moraine offrait une terrasse bien drainée à l’établissement des habitations. Il ne reste bien entendu plus rien des huttes de bois et de peaux, mais une statue de bronze dans le sous-bois évoque la silhouette d’une femme autochtone dans ses beaux vêtements de peaux. Silence et solitude poignants lorsqu’on se prend à songer au destin de ce peuple rayé de l’histoire comme tant d’autres amérindiens.

Nous poursuivons la Route des îles le long de laquelle se succèdent de jolis points de vue sur les anses où nichent de minuscules ports : quelques maisons colorées, un vieux quai de bois, quelques barques qui dansent sur le clapot… comme à Summerford ou, plus loin, à Purcell’s Harbour où nous nous arrêtons pour pique-niquer.

Pique-nique devant Purcell's Harbour

Nous finissons par arriver au bout de l'archipel dont les îlots sont reliés par des digues ou des ponts, à Durell.
 

Durell : le port depuis le Musée
Durell : un des ports au fond de la baie

Beau point de vue circulaire sur les différents petits ports et les maisons de bois dispersées autour d’une large baie, depuis le stationnement du musée d’histoire locale.
 
Twillingate : le port vers la mer...
Twillingate : autre anse du côté sud

Twillingate : maison de capitaine devant la mer  Nous poursuivons jusqu’à Twilingate dont les quais de bois sur pilotis, les cabanes de planches rouges ou blanches et les barques colorées me rappellent vivement la Norvège, y compris la belle maison de maître que nous attribuons à un hardi capitaine ou à un opulent marchand…

Crow Head et les îles...
Plage derrière Crow Head

Nous poussons jusqu’à Crow Head, là où la route s’arrête sur un cap à pic avec vue étendue sur d’autres îles à l’horizon, comme dans les Hébrides en Écosse…

Twilingate : un quai sur la baie
Happy Adventure, un outport près de Terra Nova
 
Twillingate : vue depuis le phare vers le sud
Twillingate : depuis le phare, la côte vers le sud

Puis c’est le magnifique panorama depuis le phare. Si le bâtiment en lui-même nous semble assez quelconque, la succession des caps aux rochers rouges s’avançant dans les eaux émeraudes de l’océan, tout ourlés d’écume et de rouleaux qui déferlent violemment en vagues énormes, forme un spectacle prenant et captivant.

La route de retour vers l’intérieur est évidemment beaucoup moins spectaculaire, et nous passons rapidement Gander et son musée de l’aviation, là ou nous rattrapons la TCH. Après un autre section de lacs et forêts assez monotone, dans le soleil couchant et le ciel qui grisaille nous passons le Joey’s Lookout qui offre un large panorama sur le village de Gambo. Ses maisons dispersées s’étalent entre deux lacs, dans un zone apparemment marécageuse assez pittoresque. Encore quelques kilomètres dans le soir qui descend, et nous cherchons un bivouac au bord de l’eau. Nous le trouvons au bout d’un impasse, entre deux vastes maisons de campagne à Trayton. La nuit s’annonce humide…


Découverte de Terre-Neuve - 2.

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