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Été 2004 : Rocheuses, Yukon et Alaska


Monique et Jean-Paul MOUREZ à bord du Guépard

(18 234 km parcourus du 6 juillet au 20 août 2004, soit 55 jours)

1. De MONTRÉAL à CALGARY



Mardi 6 juillet 2004 : de MONTRÉAL à MALARTIC (Abitibi, Québec) (544 km)

Daniel et JP au départ de la rue Hartland
Départ de Montréal à 14:30, après être passés prendre chez lui Daniel qui m’accompagnera jusqu’à Calgary. Joëlle remplit le frigo de petits plats gentiment préparés pour les deux voyageurs célibataires qui, du coup, n’amélioreront sûrement pas leur ligne… nous ramenons Monique à la maison. Adieux affectueux puis courte escale au Centre Rockland pour quérir des piles pour la télécommande des portes et faire le plein d’essence : nous voilà parés pour le grand départ.
Direction Nord en empruntant l’Autoroute des Laurentides. Sur la voie rapide, pas trop chargée, le Guépard bien lesté file en toute quiétude jusqu’à l’extrémité de l’autoroute à l’Annonciation. Paysage assez montueux de cette partie du Bouclier canadien où la route sinue entre de vastes étendues d’arbres très verts. Puis la 117 continue sa longue montée vers le nord-ouest. Il fait assez chaud (27°C) pour maintenir la clim en route. Premier arrêt à Labelle pour admirer la statue du fameux curé développeur du nord québécois, au-dessus de jolies chutes de la Rivière Rouge malheureusement enchâssées sous le pont routier. Le Curé Antoine Labelle
Le Curé Labelle, apôtre de la colonisation du nord québecois
La route dans le nord québecois
La route se poursuit, un peu monotone, dans les vastes espaces forestiers, avec parfois un petit dégagement sur le faible relief.
Deuxième arrêt pour se dégourdir les jambes près d’une jolie chute sur la Route d’eau des Draveurs, dans le Parc de la Vérendrye. Le paysage devient plus sauvage, les habitations s’espacent, les arbres deviennent un peu moins florissants et un peu plus chétifs tandis que nous progressons vers le Nord. Les distances nous paraissent longues (230 km entre Grand Remous et Val d’Or), heureusement la circulation se raréfie et parfois quelques échappées s’ouvrent sur de beaux lacs où, dans des anses, des regroupements de motorisés témoignent de l’intérêt des lieux pour les pêcheurs. Pas d’animaux hormis quelques rares oiseaux aquatiques sur les eaux calmes. Chutes Parc de la Verendrye

Le soir descend lorsque enfin nous atteignons la région des mines d’or et sa capitale Val d’Or. Petite ville un peu triste, un peu délabrée, à laquelle le temps – et les conditions économiques – n’ont pas permis de prendre son envol. Plein d’essence pour aller, quelques km plus loin (pour éviter les pétarades des motards désoeuvrés qui tuent le temps en sillonnant la rue principale de Val d’Or) dresser notre bivouac sur la place derrière l’église de Malartic, une autre bourgade minière autrement plus paisible et proprette dans la nuit maintenant presque tombée. Calme assuré pour l’étape. Souper - enfin, il est 21:15 ! - balade digestive et ethnographique de Daniel pendant que je rédige ces quelques notes, et dodo pour demain démarrer tôt.


Mercredi 7 juillet 2004 : de MALARTIC à COCHRANE (Ontario) (319 km)

Le temps se couvre pendant la nuit, et il pleut à notre réveil. La journée de travail des mineurs commence tôt et nous sommes réveillés par la circulation dès 6:30. Abondant petit-déjeuner dans le restaurant du coin où, pour 6,50 $, on nous sert un solide breakfast canadien : 2 œufs, bacon, 4 saucisses, pommes de terre rissolées et café à volonté. Nous voilà quasiment calés pour la journée !

Nous nous apprêtons à reprendre la route lorsqu’en revenant au camion, j’aperçois une flaque d’huile sous la roue arrière droite… Pas de fuite du système de frein, il s’agit sans doute du pont arrière. Passage obligé au garage pour contrôle et réparation… Et au moment de lancer le moteur, c’est le démarreur qui se fait hésitant et qu’il faut stimuler du bout du levier du cric pour enfin se rendre au garage le plus proche. On nous confirme le diagnostic : le joint de roue arrière est à changer, mais faute de disponibilité, l’aimable garagiste nous envoie chez un collègue où nous installons dans la salle d’attente en attendant que le lift se libère. Je complète la préparation de mes photos de Tunisie pour ma page web  sur l’ordi tandis que Daniel, qui n’a pas encore tout à fait fini ses devoirs de prof, entreprend la lecture d’une thèse de doctorat dont il doit présider le jury…

Changement de l'essieu et du roulement
Finalement, c’est le roulement droit qui a lâché, en endommageant l’essieu qu’il faut également changer. On en trouve un reconditionné dans les environs, et trois heures plus tard, après pique-nique dans la salle où se succèdent les clients venus louer des outils, nous voilà repartis sous la pluie...
Il est 16:30, la lumière grise s’atténue lentement sur un paysage bientôt des plus désertiques avec quelques rares fermes dans de vastes clairières où le sol paraît plus sombre, plus épais et plus riche. En dehors de ces « oasis », ce sont les habituelles plantations de résineux plutôt maigrichons, les étendues légèrement vallonnées entrecoupées de tourbières ou de quelques étangs, où les rares petites maisons témoignent des ressources limitées des habitants de ces contrées reculées. La route est généralement assez bonne, au moins aux alentours de Rouyn-Noranda qui fait un peu figure de capitale régionale avec ses quelques rues commerçantes et ses nombreux services gouvernementaux dispersés au pied de sa raffinerie de cuivre ayant valu à la ville son nom et sa prospérité. Tourbière au bord de la route
L'ours blanc du Polar Express à Cochrane
Ensuite c’est une longue centaine de kilomètres jusqu’en Ontario qui se signale par son grand panneau de bienvenue, l’amélioration spectaculaire de la qualité de la chaussée et un paysage forestier totalement désert. Peu d’ouverture sur le relief et sur l’horizon distant, le regard se heurte toujours au mur inégal mais continu d’épinettes plus ou moins rachitiques. La nuit tombe en arrivant à Cochrane, autre bourgade sans grand caractère, nœud de communication (route vers le Nord et la Baie d’Hudson mais qui s’interrompt en cours de route), et surtout point de départ du Polar Express dont les affiches et autres publicités exhibent un gros ours blanc emblématique. Souper et bivouac devant la bibliothèque et le « Palais » de justice municipaux. La circulation clairsemée promet une nuit des plus calmes.


Jeudi 8 juillet 2004 : de COCHRANE à KAKABEKA FALLS (Ontario) (867 km)

Petit-déjeuner au buffet de la gare, devant le train à vapeur, maintenant immobilisé et musée, qui autrefois parcourait la route du Nord. Le temps s’éclaircit après les averses nocturnes, et le Guépard démarre aujourd’hui à la première sollicitation - ouf ! - pour s’engager dans une région très francophone du nord ontarien. Succession de grandes clairières cultivées autour de fermes assez vastes; dans la cour en avant, de vieux tracteurs hors d’âge et d’usage, dont leur propriétaire ne semble pas vouloir se séparer, s’exposent à la nostalgique admiration des passants. La route file toute droite entre de longues étendues d’épinettes squelettiques L’habitat devient très clairsemé, avec une alternance de mines d‘or, de papetières et de scieries. Près de Kapuskasing, nous arrêtons quelques instants pour découvrir le monument élevé à la mémoire des bûcherons tués lors des dures luttes syndicales qui, en 1963, ont secoué le monde forestier dans la région. Bivouac devant le centre civique de Cochrane
Plage du Parc provinçcial Nagagamisis
La route file vers l’ouest jusqu’à Hearst  puis un petit bout au sud-ouest, sur la 631 qui passe par Hornepayne, nous fait rejoindre la Transcanadienne à White River. Longues sections sans aucune habitation ni agglomération jusqu’à ce qu’un panneau annonce : « Pas d’essence sur 76 », puis un autre « …sur 92 km ». Seuls véhicules croisés : d’énormes camions chargés de billes de bois. Pique-nique du midi au bord du lac Nagagamisis, dans un joli parc provincial agréable quoique abondamment pourvu en moustiques…   
À Marathon, notre itinéraire rejoint la rive nord du Lac Supérieur sur lequel s’ouvrent de temps à autre de belles échappées. Relief sensiblement plus accusé, à travers une forêt beaucoup plus touffue et variée, mais entamée par des incendies et des coupes à blanc. La route est excellente quoique ralentie par les virages, les longues côtes et les descentes qui se succèdent sans arrêt, sans compter les nombreux camions qui la parcourent à grande allure. Avant Nipigon, nous arrêtons brièvement pour admirer le panorama spectaculaire sur la baie de Nipigon depuis l’aire de pique-nique de Kama Rock Cut. Le soleil de fin d’après-midi joue sur les eaux du lac semées d’îlots et découpées en de nombreuses baies. Échappée sur le Lac Supérieur

Le Lac Supérieur depuis Kama Rock Cut

La route descend enfin sur Thunder Bay en longeant la terrasse bordant le rivage, jusqu’à arriver en ville. Le bord du lac disparaît derrière des groupes d’énormes silos à grain en béton de tous âges. À leur pied, une pléthore de wagons à grain arrivant des Prairies… Le centre ville, assez désorganisé, a visiblement poussé au fil des besoins et de l’expansion économique de cette petite ville, nœud de communication et de transbordement – essentiellement du grain - entre les Prairies et les Grands Lacs.

Kakabekaw Falls en soirée
Plein d’essence et bivouac un peu plus loin à Kakabeka Falls dont les chutes débitent à grand fracas une eau brune et écumante qui semble luire dans la pénombre. Nous trouvons un calme relatif près de la petite église du village, entre la Transcanadienne et la voie ferrée.


Vendredi 9 juillet 2004 : de KAKABEKA FALLS à WINNIPEG (Manitoba) (780 km)

Nuit paisible car le bruit des chutes, assourdi par la distance, nous parvient à peine, et le bruit de moteur des gros camions sur la grande route finit par disparaître vers minuit. Il réapparaît vers 6 heures et nous fait quitter le lit assez tôt. Après un petit-déjeuner des plus ordinaires dans une gargote du coin (les champignons de l’omelette de Daniel lui laissent un goût prononcé de friture au poisson…), nous planifions les quelques jours à venir et décidons de retourner faire quelques courses d’épicerie à Thunder Bay puis d’aller visiter le Fort William. Bivouac au pied de l'église de Kakabekaw Falls
Le portail du Fort William
Le chemin du fort, reconstitué dans la campagne à l’écart de la ville assez étendue, est un peu difficile à trouver, mais le tour des bâtiments, accompagnés par une jeune guide blonde habillée en indienne (travail étudiant oblige…) conquiert Daniel, comme il nous avait enthousiasmé il y a 3 ans.
Quelle magnifique façon de révéler l’histoire, de replacer dans leur perspective quotidienne tant l’exploit que constituait la création et le fonctionnement d’une entreprise comme la Compagnie du Nord-Ouest, que celui des Voyageurs, ces Canadiens Français qui parcouraient des milliers de km dans leurs canots d’écorce pour rapporter des postes de traite jusqu'au Fort William, puis jusqu’à Montréal, la précieuse fourrure de castor. Le camp indien
La rivière et les canots des Voyageurs
Le décor naturel au bord de la rivière Kaministiquia est magnifiquement préservé,
l’ensemble des bâtiments en bois a été fidèlement reproduit, les mobiliers et accessoires sont présentés et manipulés de façon documentée et crédible par des jeunes en costumes d’époque qui incarnent les personnages historiques : Maison du médecin et entrepôts

Amérindiennes
Amérindiennes,
Voyageur
Voyageur,

médecin
médecin dans son cabinet
Commis du magasin du poste de traite
commis du magasin de traite,

Emballage des fourrures
employé responsable du tri et de l’emballage des fourrures
faisant une démonstretion de portage…
Le magasin des fourrures
entrepôt des fourrures
Deux heures de balade passionnante dans la plus grande partie des bâtiments dispersés à l’intérieur de l’enceinte nous fait saisir l’ampleur de l’entreprise mais aussi l’imagination, la ténacité et le courage de ces pionniers qui ont ouvert cette immense partie du pays à la colonisation et au développement. Logis des maîtres et logement des guides et interprètes
Le hangar des canoës
Les canoês
Atelier de construction et d'entretien des canots d'écorce

Il est près de 15:00 lorsque nous empruntons à nouveau le sentier écolo tracé sous les arbres qui nous ramène au Guépard. Pique-nique (nous sommes affamés, ayant marché depuis le matin sans rien avaler…) puis en route vers l’ouest. La succession ininterrompue de conifères ne tarde pas à redevenir très présente des 2 côtés de la route et nous paraît encore une fois bien monotone...

...jusqu’à ce que les accidents du terrain et la succession de lacs plus ou moins grands en approchant de Kenora apportent un peu plus de variété à notre itinéraire. Le soir descend lorsque nous passons Kenora sans même pénétrer dans la ville et continuons le franchissement des dernières manifestations du Bouclier canadien sur près de 60 km pour enfin passer au Manitoba. Paysage près de Kenora

Après le plein d’essence dans le parc de West Oake Lake, je remplis le réservoir d’eau tandis que Daniel se fait dévorer par les moustiques en téléphonant à Joëlle. Enfin nous repartons pour une dernière étape de 140 km en direction de Winnipeg. La forêt ne tarde pas à s’éclaircir, les clairières s’agrandissent, le relief devient de plus en plus régulier et nous entrons très rapidement – enfin ! - dans les Prairies. Il fait nuit noire lorsque, passé 23:30, nous entrons dans St-Boniface, la banlieue francophone de la capitale du Manitoba. Après quelques recherches, et pour donner suite aux scrupules de Daniel à s’installer sur une rue résidentielle près d’une maison, nous finissons par aller bivouaquer sur le grand stationnement désert d’une piscine, un peu à l’écart du boulevard voisin. La préparation de la literie est encore plus vite expédiée qu’à l’habitude après cette longue journée et nous nous endormons rapidement.   


Samedi 10 juillet 2004 : de WINNIPEG à BRANDON (239 km)

Sommeil réparateur, seulement parfois entrecoupé par les violentes averses qui frappent le toit du camion, si bien que j’ai un peu de mal à me réveiller vers 7:15 sous un grand soleil et un ciel tout bleu. Daniel se lève  et se prépare avant moi puis va lire sur un banc de la piscine la thèse qu’il dirige tandis que je me lève en douceur et mets de l’ordre dans la chambrée. Nous gagnons ensuite le centre ville en cherchant un restaurant pour le petit-déjeuner autour du quartier du musée, mais les rues s’avèrent misérables, les bâtisses peu reluisantes et la faune presque inquiétante… Nous nous rabattons sur la salle à manger du Holidays Inn.

Métis chassant le bison
Indiens des Plaines chassant le bison
Une fois bien rassasiés par cet autre breakfast américain standard et consistant, nous sommes d’attaque pour entreprendre la visite du Musée de l’Homme et de la Nature. Nous entrons vers 9:30 dans le bâtiment moderne et ne gagnerons sa sortie que vers 17:15… C’est dire l’intérêt présenté par l’enchaînement des salles superbement documentées et présentées où vitrines, panneaux explicatifs, maquettes, dioramas grandeur nature etc. nous introduisent  à l’histoire, à la géologie et à la géographie du Manitoba. Le spectacle commence dès l’entrée avec une chasse indienne au bison pleine de mouvement,
se poursuit par quelques dinosaures et autres animaux disparus, puis ce sont les étendues glacées du nord auxquelles se sont si bien adaptés les inuits, qui y ont créé les inukshuk, ces empilements de pierres tout autant panneaux indicateurs que monuments commémoratifs.
Inukshuk
Amérindien préparant la chasse
Migration de caribous dans le Nord

Puis c’est la salle des trésors rassemblés par la Compagnie de la Baie d’Hudson, ainsi que la reconstitution grandeur nature du Nonesuch, un ketch de 15 m présenté dans un décor de port anglais du XVIIème… Quelle audace fallait-il aux marchands et marins de cette époque pour se lancer sur l’Atlantique nord dans une si petite coquille de noix… ! Suit une section consacrée à la Prairie et à ses habitants, tant les plantes que les animaux ou les humains (Amérindiens puis immigrants venus surtout d’Europe centrale). Nous passons rapidement la galerie urbaine du début XXème, pourtant bien présentée mais nettement moins exotique pour nous.

Louve veillant sur ses louveteaux
Louve et ses louveteaux
Plantes carnivores de la Prairie
Plantes carnivores de la Prairie

Il est près de 17:30 lorsque nous reprenons la route vers l’Ouest à travers la Prairie. Il fait chaud, le ciel est presque complètement dégagé avec quelques belles formations nuageuses caractéristiques du ciel des Prairies si communes ici. Daniel s’étonne de l’immensité des champs régulièrement cultivés qui peuvent faire plusieurs kilomètres de long… mais nous ne comprenons pas où peuvent loger les propriétaires de ces immenses domaines puisqu’au lieu de manoirs ou de châteaux (ou du moins leurs équivalents modernes), les village sont pauvres et à moitié désertés, et les maisons rurales sont modestes pour ne pas dire quelconques.

Nouvelle panne de démarrage à Austin où nous sortons de la grande route pour aller voir le Western Development Museum et restons bloqués au pied de l’énorme tracteur hissé sur un piédestal d’acier qui annonce l’attraction. Après de multiples et vaines tentatives pour décoller les contacts du solénoïde en frappant sur le corps du démarreur avec l’extrémité de la manette du cric, nous finissons par faire un appel de dépannage au C.A.A. Long délai durant lequel Daniel se fait à nouveau dévorer par les maringoins en appelant Joëlle à Montréal. L’homme de l’art finit par arriver, fait lui aussi une tentative infructueuse et confirme le mauvais état de notre accessoire qu’il faudra décidément changer. Il propose de nous remorquer à Brandon où l’atelier mécanique du Canadian Tire devrait être ouvert demain dimanche. Nous acceptons : au moment d’une dernière tentative de lancement du moteur avant d’abandonner notre épave, le moteur se met à ronronner… Tracteur annonçant le Western Development Museum d'Austin
Tracteur à vapeur
Ancêtre du tracteur...

Remerciements soulagés à l’aimable dépanneur qui n’en peut mais, et reprise de notre chemin sans nous attarder à Austin – tant pis pour le musée, on verra au retour - pour tenter d’être demain matin devant le Canadian Tire de Brandon qui serait ouvert le dimanche et pourrait remplacer notre démarreur. Nous arrivons sans encombre dans la petite ville très étalée (ici l’espace ne manque pas !) et allons stationner juste devant la porte du garage pour y passer la nuit.


Dimanche 11 juillet 2004 : de BRANDON à REGINA (515 km)

Comme le Canadian Tire n’offre aucun service d’atelier (Sunday is closed), nous sommes quittes pour reprendre la route après quelques coups de manivelle de cric sur le démarreur, histoire de décoller les contacts du solénoïde… Pompes à pétrole éparses dans les champs autour de la route.

Nous coupons au nord-ouest par la route 83 à travers la campagne semblable à elle-même : vastes champs dont on devine à peine les limites, fermes de culture et d’élevage dispersées, villages à demi désertés comme celui de Saltscoat où nous faisons un petit détour. Les quelques carrés de petites maisons modestes entourées de jardinets semblent jetés au milieu de l'immense plaine, accrochés à la voie ferrée qui les relie au reste du continent. Juste à côté, l'habituel silo à blé signifiant l'abondante ressource qui motiva l'immigration hasardeuse de lointains Européens et qui maintenant est en profonde mutation (concentration des propriétés, surproduction, chute des cours mondiaux...).
Silo et voie ferrée dans le village de Saltscoat

Tracteur de défrichage
En rejoignant enfin la petite ville de Yorkton, nous arrêtons au Western Development Museum.  La visite en est un peu décevante car l'une des deux grandes salles a été vidée pour réinstallation, et les machines agricoles (énormes tracteurs de défrichage à vapeur et à pétrole des années 1910-1920) m’apparaissent cette fois-ci en bien mauvais état... Elles n'en fascinent pas moins Daniel qui n'a jamais vu de monstres pareils. Daniel devant le tracteur

Calandre de tracteur

Intérieur ukrainien Plus émouvante nous paraissent les évocations de leurs utilisateurs, comme ces Ukrainiens pauvres en ressources mais riches en traditions culturelles, dont le musée présente un logement typique. À côté, d'autres intérieurs allemand, suédois, anglais et américains rappellent que les constructeurs de l'actuelle Saskatchewan proviennent de tous ces pays.
Intérieur d'immigrants ukrainiens

Longue route ensuite pour arriver en fin d’après-midi au centre de Regina où nous attrapons une visite tardive de la législature à 7:00. Petite déception devant la galerie de portraits de chefs indiens exécutés par Morris au début du siècle : si la série de pastels reste exceptionnelle de vie et d’intensité dans les expressions et les regards, les couleurs des oeuvres sont mal mises en valeur par un éclairage trop discret. Nous cherchons ensuite dans le parc un bivouac paisible que nous trouvons sur le stationnement du Centre de réadaptation installé à côté de la Galerie Mackensie que nous voulons visiter demain matin. Regina : le palais de la legislature

Lundi 12 juillet 2004 : de REGINA à FORT WALSCH (Cypress Hills) (528 km)

Après un bon sommeil sur le stationnement du centre de réadaptation édifié au milieu de Wascana Park, nous passons déjeuner au Burger King (moins que passable…). Une autre panne du démarreur au moment de repartir me convainct de procéder au plus vite à son remplacement. Nous gagnons donc le Canadian Tire au nord de la ville, y laissons le Guépard pour la matinée et prenons le bus qui nous ramène à la Mackensie Art Gallery installée au milieu du Wascana Park.

Bicyclette-poney
Belle architecture contemporaine admirée en entrant, mais nous sommes en avance, ce qui nous donne le temps de fouiller dans la boutique, à la recherche d’un bouquin présentant l’œuvre de Edward Morris. L’aimable vendeuse finit bien par nous trouver le catalogue d’une ancienne exposition, mais presque toutes les images de chefs et autres personnalités indiennes sont en noir et blanc… 
Le parcours des salles de la galerie est beaucoup plus enthousiasmant, et l’on sort stimulé, étonné, ou confronté par les œuvres exposées : montages-collages, bricolages (comme la bicyclette d’enfant transformée en poney indien), photographies de déserts américains marqués par les débris de la Conquête de l’Ouest, peintures de la campagne saskatchewanaise, etc. Paysage de la Saskatchewan à la Van Gogh

Vers 13:00 nous récupérons notre Guépard qui a retrouvé un démarrage fiable, faisons quelques courses d’épicerie à la sortie de la ville et prenons la direction sud-ouest.

Silo sur la Prairie sous le grand ciel bleu Temps ensoleillé avec quelques nuages de beau temps blancs et floconneux pour parcourir les grandes étendues planes de la Prairie: champs immenses généralement très verts, des troupeaux de bovins qui semblent minuscules dans tout cet espace alors qu’en réalité ils comportent de nombreuses têtes, quelques bouquets d’arbres, un ciel immense dont le bleu profond donne du relief aux flocons ouatés des nuages..

Troupeau dans la plaine
Boeufs à l'engrais

Un violent vent de face s’oppose à l’avancée du Guépard qui rétrograde continuellement à la moindre montée, et elles sont fréquentes dans cette pénéplaine interminable.

En fin d’après-midi, nous bifurquons vers les Cypress Hills dont la ligne bleue occupe l’horizon sud. Lumière dorée du soir sur les collines, qui progressivement nous entourent et où plusieurs animaux sauvages attirent notre attention : daims, renard ou coyote, lièvres, chevaux, écureuils fouisseurs faisant le guet dressés sur la berme. La pente s’accuse lorsque nous abordons la zone d’épinettes, avant de déboucher sur le plateau dénudé couvert d’herbe parsemée de fleurs qui occupe le sommet des collines. Dans les Cypress Hills
Fort Walsh au crépuscule
Nous gagnons ainsi le site historique du Fort Walsh dans le soleil couchant, en apercevant ses bâtiments blanchis au fond du vallon de plus en plus obscur… la visite sera pour demain.

Groupe commémoratif

Comme le camping est interdit sur le stationnement du centre d’interprétation, nous nous enfonçons sur une route de gravier un peu avant l’entrée du parc fédéral et allons dormir en pleine nature sur le plateau, entourés d’un cerf et de deux biches qui nous observent de loin pendant notre repas puis tandis que je fais la vaisselle. Coucher dans le silence absolu vers 0:30. Cerf près du Guépard au crépuscule

Mardi 13 juillet 2004 : de FORT WALSCH à HUSSAR (401 km)

Bivouac près de Fort Walsh
Bivouac près de Fort Walsh

Nuit parfaitement tranquille puis visite du centre d’interprétation de Parcs Canada, bien documenté et présenté, puis du Fort Walsh lui-même. La reconstitution et l’aménagement des bâtiments déçoivent Daniel qui s’attendait à plus de vérité historique.

Fort Walsh dans son cadre de verdure

Nous apprécions néanmoins le cadre champêtre vraiment charmant (nous profitons d’une belle journée d’été ; cela doit être autre chose par une pluvieuse et frise journée d’automne ou lors de l’interminable et glacial hiver !).

De retour dans la plaine beaucoup plus chaude sur une excellente route de terre, nous filons à nouveau vers l’ouest sur la Transcanadienne bientôt rattrapée. Paysage maintenant habituel de vastes terres aux limites à peine perceptibles où pâturent quelques rares troupeaux de boeufs à l’embouche. Nous passons Medicine Hat puis, rendus à Brooks, empruntons une route plus modeste qui file toute droite vers le nord. Le temps se couvre malheureusement en cours de route et il fait bientôt de plus en plus gris.

Quelques  détours vers Patricia et nous voilà devant le Parc des Dinosaures au cœur des Badlands. 
Entrée du Parc des Badlands

Badlands depuis l'entrée du parc
L’après-midi se passe en visite dans et autour du centre d’interprétation, un avant-poste du Tyrell Museum puis en balade le long de la boucle de Dinosaur Trail. Badlands derrière Tyrell Field Station

Plusieurs petites promenades à pied permettent de faire connaissance avec le paysage désolé, mais si varié et fascinant, du désert des Badlands, et surtout d’observer quelques fossiles de dinosaures in situ, tel qu’ils sont apparus sous la pelle, la truelle et le pinceau des paléontologues. Des petits abris vitrés, tels des vitrines fort bien commentées, nous font ainsi partager l’enthousiasme de ces passionnés découvreurs.

Badlands Dinosaur Trail Badlands

Daniel devant trail
Vallon


Trois daims
Daims

Sauge dans le vallon
Au bout du Sentier des Découvreurs

La rivière Red Deer au crépuscule

Au-dessus du bush près de la rivière, des peupliers (cottonwood) en plus ou moins bon état, tentent difficilement de se reproduire malgré l’environnement difficile et semi-désertique.

Daim dans Cottonwood trail
Quelques daims broutent parmi les buissons sans vraiment se cacher mais en reculant au fur et à mesure de mon approche pour les photographier. Daim broutant (Red Deer)

Crépuscule sur Dinosaur Park en partant

Il est fort tard et le soleil est couché lorsque nous reprenons la route vers Drumheller. Souper puis bivouac à la nuit tombée (11:20) dans un hameau au bord de la route 56, à 20 km  au nord de la Transcanadienne.


Mercredi 14 juillet 2004 : de HUSSAR à CALGARY (277 km)

Nuit paisible le long de la route de gravier, en bordure d’un terre-plein occupé par quelques machines agricoles… Une suite de petites routes rurales nous mène bientôt dans la grande lumière d’une autre belle journée jusqu’à Drumheller, le paradis des dinosaures.

Vallée de Drumheller

Il y en a partout, de toute tailles, en ciment, en résine, de toutes couleurs et de toutes formes, y compris des plus fantaisistes…. La petite ville se vante d’en abriter le plus haut du monde (une trentaine de mètres), un escalier intérieur logé dans le grand cou du monstre donne accès à la gueule ouverte qui constitue une galerie d’observation sur la vallée, la rangée de longues dents pointues servant de balustrade…

Pause au McDonald local pour un petit-déjeuner copieux, comme à l’accoutumée, puis nous nous dirigeons vers le site des Hoodos, des cheminées de fées occupant un versant de la vallée à quelques kilomètres à l'est de Drumheller.  L'érosion ici a épargné un champ de monticules protégés par des roches plus dures qui ont fait office de parapluie. Le phénomène nous est connu, mais dans l'environnement déjà bouleversé qui nous entoure, les formes tourmentées ainsi mise en évidence semblent encore plus lunaires et plus fantastiques.


Arrivée devant les Hoodos
   
Hoodos de Drumheller
Hoodos chaos


Hoodos dans la vallée

Site du Musée
Nous gagnosn ensuite le Royal Tyrell Museum of Paleontology dont la réputation est maintenant mondiale. Il est logé 8 km plus loin en remontant la vallée de la Red Deer River, en pleine nature, dans le même décor sauvage de Badlands déjà parcouru hier.

Dinosaure herbivore La couleur de ses bâtiments modernes se fond assez bien avec l’environnement de terre grise jaunâtre. Sur les parterres alentour, on a disposé des statues grandeur nature des dinosaures qui hantaient ses parages il y a 80 millions d'années. Tête de l'herbivore

Albertosaurus en chasse
Les proies de l'Albertosaurus

Tête de l'Albertosaurus

À l’intérieur, superbe parcours initiatique qui nous ramène d’abord à l’origine de la terre, puis nous fait suivre la longue évolution biochimique, microbienne, aquatique puis terrestre qui a mené au développement des « puissants lézards » (dinosaures) il y a 80 millions d’années. Crâne et machoire de Tyranosaure Rex
Tyranosaure
Présentation grandiose d’une cinquantaine de grands squelettes réassemblés dans un décor rappelant l’environnement d’époque (y compris une serre tropicale où l’on a rassemblé des espèces actuelles similaires à celles de l’ère des dinosaures…). Une montagne d’informations, mais aussi une foule de questions sans réponse, comme celle de la cause de la disparition de tous ces animaux… Les vidéos diffusés l’hiver dernier par Discovery Channel, sur lesquels ont travaillé Juliette et Mathieu, me reviennent en mémoire et j’admire la qualité et l’exactitude de la documentation des cinéastes tout autant que la façon dont ils ont su donner vie à cette époque reculée.

Albertosaurus
Un diorama du musée Albertosaurus reconstitué

Autre vue du dinosaure à crête
Dinosaure à crête

Herbivore à long cou

Les méthodes d’extraction et de mise en valeur des fossiles sont elles aussi expliquées par le menu, et l’on peut même observer derrière une grande vitre des scientifiques à l’œuvre dans le vaste laboratoire. Bref une visite passionnante qui s’achève sur un dernier diorama montrant le grand squelette d’un mammouth attaqué par deux tigres à dents de sabres, lors de la dernière glaciation. L’homme était déjà en Amérique et allait devenir le facteur le plus important de la disparition d’espèces (voir la tourte, le bison, etc., et maintenant les OGM....). La journée est bien avancée lorsque nous ressortons de cette autre visite très complète. Un petit DVD souvenir permettra de rappeler plus tard quelques points fort de cette découverte.

Nous réembarquons alors dans le Guépard pour suivre le Dinosaur Trail, une petite balade le long de la vallée de la Red Deer River...  Route de fond de vallée du Dinosaur Trail
Horse Thief Canyon
...qui offre plusieurs beaux points de vue sur les falaises arides contrastant avec les près verts au bord de la rivière et les étendues cultivées sur le plateau, comme ici au Horse Thief Canyon.

 Horse Thief canyon

Traversée de la rivière sur le Blériot Ferry, là où le frère de Louis Blériot, premier vainqueur aérien de la Manche, est venu fonder un ranch au début du siècle. Puis la route offre à nouveau une jolie vu sur la vallée depuis un autre belvédère.

Belvédère sur la Red Deer River depuis sa rive sud
Vallée de la Red Deer River

Nous repassons dans le village pour prendre enfin la route directe vers Calgary, dans l’immense plaine intensivement cultivée, admirant au passage un autre superbe point de vue sur les Bad Lands au Horseshoe Canyon.

Horseshoe Canyon


Calgary Downtown
Calgary Downtown

Puis la route file vers la métropole de l’Alberta où nous arrivons en début de soirée. Je nous dirige immédiatement vers le petit stationnement en plein centre-ville (au sud du Centre for Performing Arts) déjà utilisé lors de notre passage en 2001.
Petit tour exploratoire sur la rue St-Stephen animée par le fameux Stampede (rodéo) annuel. Nous déambulons un peu dans le quartier, histoire de faire découvrir à Daniel quelques-uns des atouts de cette ville moderne, superbement bâtie et agencée et surtout très agréable.  Calgary, St-Stephen Street

Rue St-Stephen
Calgary buildings

Rue St-Stephen, partie contemporaine
Arbres d'acier des Devonian Gardens Rue St-Stephen, devant les Devonian Gardens

Tour à bureaux dans le Downtown Calgary

Les restaurants étant à la fois chers et sans originalité, nous finissons par prendre notre souper sous la forme d'une grosse salade garnie dans un Subway… Terrasse de restaurant fleurie

De retour au Guépard, nous nous apprêtons à nous installer pour la nuit lorsqu’un couple d’Allemands voyageant dans leur Sprinter Mercedes aménagé nous aborde et entame une lon-gue et plaisante conversation qui, agrémentée de deux bouteilles de vin… nous mènera jusque bien après minuit. Ils nous laissent enfin pour aller dormir dans un petit hôtel des environs, et nous tâchons de prendre un peu de repos malgré le vacarme des trains passant à proximité.  


Jeudi 15 juillet 2004 : CALGARY (41 km)

Réveil dès 5:30 par le train touristique partant explorer les Rocheuses qui fait chauffer ses moteurs… puis lever à 7:30 après un trop court sommeil. Petit-déjeuner au McDonald sur St-Stephen, à côté de l’Office du Tourisme où nous allons faire quelques emplettes (forts beaux chapeaux de cow-boy entre autres) avant de traîner un peu sur la rue piétonne.  Matin sur la rue St-Stephen

Spectateurs Marchand de chapeaux western et band

Orchestre western
Un petit orchestre d’old timer au rythme endiablé y fait danser les passants. Danseurs de quadrille

Un peu plus loin, c’est un premier band de cuivre qui accorde ses instruments puis un deuxième : tous deux viennent prendre place dans le défilé qui bientôt fait le tour du quartier avant de se diriger vers le site du stampede : cavaliers amérindiens emplumés et chariots à chevaux se succèdent, au grand plaisir des badauds.

Chef indien
Cavaliers amérindiens

Nous nous lançons ensuite dans la visite du Glenbow Museum qui présente une intéressante exposition de peintures américaines du Far West ainsi qu'une galerie très documentée consacrée aux Amérindiens des Plaines et de la Côte Ouest.

Je dois interrompre ma visite vers 14:30 pour le déjeuner : Daniel tient à nous offrir un fameux steak de l’Ouest dans un steak house que nous finissons par trouver assez loin sur la rue St-Stephen. Délicieux plat de viande grillée sur barbecue. Il est temps de quitter le centre ville pour gagner l’aéroport d’où Daniel doit s’envoler à 17:40 vers Montréal. Circulation dense sur le réseau d’autoroute : nous sommes devant la section Départ passé 16:00, donc à temps pour un embarquement sans problème. Adieux à mon agréable compagnon de ces premiers 4 400 km à travers le Canada…
Exposition Glenbow Museum

Je cherche ensuite une rue tranquille pour passer la nuit avant de revenir demain chercher Monique au même aéroport. Mais les grandes étendues rurales et désertes alentour n’offrent aucune voie d’accès. Je finis par trouver au bout d’une dizaine de km un assez vaste ensemble résidentiel en construction Choisissant une rue encore en chantier, j’y stationne discrètement et, après un peu de ménage et de rangement, me mets à la rédaction du journal négligé durant les 3 derniers jours. Casse-croûte avec les restes de légumes et de fruits, puis montage et gravure d’un CD de musique tzigane enregistré sur mon ordi juste avant mon départ de Montréal. Coucher assez tard sous l’orage.


2. De CALGARY à LAKE LOUISE

Accueil de 2004 : Rocheuses, Yukon & Alaska

Accueil du Guépard

Accueil de l'Aigle