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Été 2004 : Rocheuses, Yukon et Alaska

Monique et Jean-Paul MOUREZ à bord du Guépard

13.  De FAIRBANK à HAINES JUNCTION


Mercredi 18 août 2004 : de FORT WAINRIGHT à LAKE PICKHANDLE (664 km)

Bivouac dans la fumée
Bivouac en bord de route sur l'aire panoramique

La vue depuis notre stationnement à l’écart d’un grand virage de la route n’a guère changé par rapport à hier soir : toujours le voile de fumée impénétrable qui limite la visibilité à courte distance, pique un peu les yeux et irrite la gorge.

Pas la peine de traîner sur cette route, au demeurant excellente et qui doit présenter de beaux paysages spectaculaires. Les passages accidentés ne manquent pas et l’on devine parfois la masse sombre de montagnes à proximité ou près des espaces marqués d’une caméra en bord de route.

La région se fait de plus en plus habitée en approchant Fairbank, ce que confirment des regroupements de boîtes à lettres aux formes, couleurs, décors et états variés, là où des chemins de terre débouchent sur la grande route. Boîtes à lettres

Boîtes à lettres en désordre Boites à lettre et postière

Postière distribuant le courrier À l'une de ces intersection Monique repère le passage de la voiture de la facteure (volant à gauche pour plus de commodité) qui procède à sa distribution. Belle occasion de croquer quelques vues typiques... Distributioon du courrier

De la petite ville de Fairbank, pas grand chose à dire : elle est aussi quelconque dans son urbanisme (très étalée, sans lignes directrices bien reconnaissables comme beaucoup de petites agglomérations américaines qui ont poussé un peu au hasard au fil de la croissance économique), que dans son architecture (maison sans style ni unité, allant de la cabane en planche des premiers temps - frontier style - aux immeubles commerciaux uniquement fonctionnels). L'agglomération semble surtout servir de but de sortie pour le nombreux personnel de la grande base militaire Eielson toute proche : beaucoup de restaurants et de bars, quelques magasins de produits divers, mais nous avons bien de difficulté à trouver un centre d’achat et surtout un grand magasin d’alimentation pour y faire nos emplettes. Et lorsque nous finissons par tomber sur le Safeway local, c’est pour constater que les légumes et autres aliments manquent de diversité et sont d’une qualité très moyenne tout en étant hors de prix. Nous nous contentons donc du minimum, puis faisons le plein d’essence et d’eau à la station-service au coin de la rue. Il est autour de midi, et la fumée de plus en plus épaisse, jointe à la chaleur relative (24ºC), rendent l’atmosphère pénible et difficilement supportable. Nous voyons même des gens passer sur la rue en portant des masques respiratoires…

Monique sur l'aire de pique-nique
Nous repartons donc au plus vite sur la Hwy 2 Sud en espérant nous éloigner de la zone emboucannée, mais c’est plutôt le contraire qui se produit : plus nous avançons, plus la fumée devient présente et épaisse. Elle cache à peu près tout du paysage, filtre le disque rouge du soleil et nous oblige à rouler phares allumés, fenêtres fermées et avec l’air climatisé pour diminuer l’impression d’étouffement qui nous assaille. Malgré ces précautions, yeux et gorge finissent par être irrités et une impression de grande monotonie et de lassitude s’installe, d’autant plus que la route est très longue (plus de 300 km) et que l’on ne voit presque rien de l’environnement. Bref pique-nique près du Birch Lake dont on devine les rives jusqu’à 300 ou 400 m, sans plus.

Un autobus d'excursion arrêté en bord de route suggère un spectacle naturel comme nous aurions bien aimé en trouver dans Denali National Park : ici c'est une jeune orignale qui patauge dans une mare peu profonde, à la recherche de plantes aquatiques dont elle est friande et dont elle fait provision en abondance, avant les rigueurs du long hiver de l'Alaska.

JP filme l'orignal dans la mare
Orignal fourageant dans une mare en bord de route


Orignal mâle broutant dans une mare
Un bel orignal mâle broutant dans une mare


L'Aleskian Pipeline franchit la rivière
L'Aleskian Pipeline franchit une rivière sur un large pont suspendu...

La situation empire en approchant Tok où l’on a l’impression d’être tout près des foyers d’incendie, sans pourtant en voir aucun. Rapide plein d’essence dans le village-carrefour puis poursuite de notre descente rapide au sud-est sur l’Alaska Hwy toujours aussi enfumée et invisible. Route s'enfonçant dans la fumée
Route enfumée Nous passons plusieurs équipes de pompiers affairés à préparer une ligne d’arrêt du feu en utilisant le large ruban de la chaussée comme coupe-feu. Encore 150 km de ce parcours décevant qui nous laissera bien peu d’images de cette région pourtant pittoresque, semble-t-il, et nous atteignons la frontière du Yukon. Accueil aimable de la douanière canadienne qui baragouine un peu le français. Elle  nous informe que la plus grosse part des feux étant du côté américain, la situation ira en s’améliorant sur la suite de l’Alaska Hwy, et que le ciel est clair à Whitehorse (480 km plus au sud !). Nous devrons donc prendre notre mal en patience…
Le soir descend lentement sur un paysage très sauvage de taïga pauvre, où les épinettes noires dressent leurs silhouettes étriquées entre des mares noyées dans la brume et la fumée ou de vastes espaces de muskeg jaunâtre et marécageux. Depuis la grosse femelle orignal broutant au fond d’un marigot, en début d’après-midi, rien n'est venu animer ce paysage de fin du monde baigné par la lumière glauque filtrant à travers l’air épais. Marécage enfumé

Durant la cinquantaine de kilomètres suivants, la fumée devient effectivement de moins en moins dense et l’odeur de bois brûlé a quasiment disparu lorsque nous nous arrêtons à 20:30 pour dormir sur un Rest Area près d’un petit lac, en compagnie d’une fifth wheel (caravane à sellette) dont le conducteur nous dit son découragement devant tant de fumée rencontrée. Souper rapide puis coucher pour Monique fatiguée par ces plus de 600 km de route peu intéressante, tandis que je poursuis la rédaction du journal jusque passé minuit.


Jeudi 19 août 2004 : de PICKHANDLE LAKE à SILVERCITY (182 km)

Bivouac au bord du Pickhandle Lake
Nous n’avons pas été dérangé durant la nuit, malgré le petit panneau interdisant le camping et l’overnight parking sur notre aire de repos… 

Canard dans le Pickhandle Lake
Au matin, observation de quelques oiseaux aquatiques et d’un geai gris peu farouche qui viient observer de près l'observatrice. La fumée ne nous dérange plus désormais, même si l’air n’a pas retrouvé encore la pureté à laquelle les grands espaces nordiques nous ont habitués. Monique et le geai bleu

Nous ne roulerons pas beaucoup aujourd’hui, car nous désirons nous arrêter chez des Français rencontrés à Dawson City qui ont créé un ensemble d’hébergement au bord du Parc National de Kluane, près de l’Alaska Hwy. Les montagnes ont réapparu en constituant le fond du décor dans lequel la route serpente en larges courbes bien redressées. La circulation continue d’être très clairsemée : quelques R.V., la plupart des gros engins américains qui se prennent pour des autobus et progressent assez tranquillement en tirant une voiture ou un 4 x 4, quelques énormes camions remorques ou citerne roulant à toute allure en faisant revoler la poussière et le gravier du bas-côté (se méfier à chaque croisement !), et parfois un pick-up local qui roule plus ou moins vite mais le plus souvent en faisant un bruit épouvantable, l’échappement étant ou rouillé et percé, ou trafiqué…

Nous passons le large lit de gravier de la Donjek River, typique des rivières issues de glaciers : l’eau grisâtre et laiteuse n’occupe que quelques chenaux relativement étroits en charriant quantité de limon et de graviers. Ceux-ci comblent continuellement les chenaux, ce qui amène très rapidement la déviation du cours d’eau vers d’autres tracés mais toujours dans le même lit. Donjek River

Puis les  hautes pentes du Parc commencent à apparaître à notre droite, tandis qu’à notre gauche ce sont les eaux bleues du très long Kluane Lake qui forment le paysage.

Kluane Lake
Première vue sur Kluane Lake


Buldozer de la construction de lAlaska Hwy
Petit Caterpillar rescapé de la construction de l'Alaska Highway
Arrêt à Burwash Landing pour le petit musée d’histoire naturelle où je suis surtout intéressé par les explications sur le feu qui ravage si souvent les forêts ici, tandis qu'à l'extérieur, quelques engins rescapés de la construction de l'Alaska Hwy en évoquent l'épopée.

La route serpente le long de la rive, offrant de très belles vues qui font penser à certains lacs italiens ou aux lacs des Rocheuses. La route serpentant le long de Kluane Lake

Arrêt au bord du lac sur la route

Au bord du lac Au bord du lac

Sheep Mountain
Sheep Mountain

Dall Sheep
Rendus à l’extrémité sud du lac nous nous rendons au Visitor Centre de Sheep Mountain, mais une affichette sur la porte indique une grève… Nous ne verrons pas plus de Chèvre de Dall, une variété de mouflons blancs qui fréquente souvent les pentes de l’énorme rochers en arrière du Visitor Centre.
Nous nous mettons alors à la recherche du « Base Camp » de nos amis, mais en l’absence de panneau indicateur et surtout de bornes sur l’Alaska Hwy en travaux, impossible de se repérer (les adresses le long de l’Alaska Hwy référent à la borne « milepost » ou maintenant « kmpost »). Un panneau indiquant un B & B nous mène sur un chemin débouchant sur une jolie plage lacustre derrière laquelle la propriétaire francophone a effectivement aménagé un lodging. Mais Cécile n’est pas Française, plutôt Manitobaine. En revanche elle connaît  bien Annie et Emmanuel et nous indique gentiment le chemin. La plage devant le B & B
Bivouac devant la porte des Lyonnais
Nous atteignons enfin le grand terrain (5 hectares !) où nos Lyonnais sont venus bâtir maison et vivre la moitié de l’année. Accueil chaleureux et spontané de ces expatriés volontaires et à temps partiel qui ont découvert ici espace, silence, liberté, air pur et grande nature. Nous échangeons, sympathisons, découvrons leur entreprise en plein développement, partageons leurs rêves et leurs enthousiasmes… bref deux heures plus tard nous commençons à préparer le souper ensemble… Soirée qui s’achèvera fort tard, lorsque enfin nous nous retirons dans notre « cabin » à roulettes stationnée sur le grand terrain tapissé de fleurs sauvages, juste devant leur porte.

Crépuscule sur Kluane Camp



Vendredi 20 août 2004 : de SILVERCITY à DEZADEASH LAKE (Haines Jct) (147 km)

Lever tard puis longue et agréable conversation d’adieux avec nos hôtes Annie et Manu que nous reverrons à Lyon ou à Annecy cet hiver. Kluane Camp
Kluane Lake sous le soleil
Nous revenons un peu en arrière en longeant le superbe Kluane Lake encore plus beau aujourd’hui sous le grand soleil...


Kluan Lake
Kluane Lake


Scheep^Mountain Kluane Lake


Départ de la balade
...jusqu’au Visitor Centre du National Park pour aller faire une partie de la balade du Sheep Bullion Plateau recommandée par Manu.
Après deux kilomètres de piste passable jusqu’au stationnement, deux heures et demie de marche au pied de la Sheep Mountain nous entraînent dans un superbe paysage qui donne un avant-goût des splendeurs du parc, sans guère d’élévation mais sous un soleil ardent de début d’après-midi. Balade vers Sheep Bulion Plateau

Tapis de fleurs
Fleurs

Sheep^Creek
Traversée à gué du Sheep Creek très large et rocailleuse mais où ne coulent que deux filets d’une eau glacée.
Lorsque l’ancienne route minière en ruine commence à s’élever vers le plateau, la fatigue se fait sentir... Sentier
Pentes de la montagne en face Pentes de la montagne

Retour
Quelques photos et plans vidéo du magnifique paysage et nous faisons demi-tour pour retrouver vers 16:30 notre home, assoiffés et fatigués mais fort heureux de ce petit contact avec la grande nature qui nous entoure.

Pentes de Sheep Mountain

Chemin du retour Détail de la montagne

Sheep Mountain se reflétant dans Kluane Lake

Nous prenons alors la route de Haines Jonction pour une soixantaine de kilomètres parcourus assez lentement par rapport à notre course d’avant-hier : j’ai dû remettre plus de 2 litres d’huile dans notre vieux moteur, la consommation d’essence a atteint des sommets (autour de 22 l/100 km en roulant entre 120 et 130 km/h), Mais c’est surtout parce que le paysage présenté par l’Alaska Hwy en longeant le Kluane Ntl Park est magnifique. La route passe deux cols autour de 1 000 m en offrant de grands dégagements sur la dépression boisée qu’elle suit. Amples paysages, couleurs variées des végétaux et des rochers, lacs bleutés et cimes enneigées…

Dans le village de Haines Junction, nous faisons quelques courses dans le General Store qui vend effectivement de tout, des clous aux derniers DVD en passant par l’épicerie, le sac de glace et les timbres postes… Pour nos amis de Silver Creek, la plus proche ville est Whitehorse à deux heures trente d’auto, il est donc bien pratique de pouvoir parer ici aux premières nécessités !

Carte de Kluane Park
Je vais ensuite faire un tour au Visitor Centre du Parc National Kluane où je m’attarde d’abord devant la belle maquette. Elle me fait comprendre l’immensité du territoire protégé (22 000 km2) et les limites de ce qu’on peut en apercevoir depuis la route : les quelques glaciers que nous avons vus ne sont que d’infimes langues glaciaires descendant du vaste champ de glace (Icefield) qui occupe tout le centre du parc, et dont l’accès est réservé aux alpinistes chevronnés et aux excursionnistes en avion.

Mount ennedy (Kluane National Park)
Le Mont Kennedy, au centre de l' Icefield du Kluane National Park


Comme nous avons déjà sacrifié à ce merveilleux, mais coûteux moyen, je me contente du beau spectacle sur grand écran présentant, par une habile juxtaposition d’images, l’originalité et l’extraordinaire richesse de ce parc tant dans sa flore et sa faune que dans sa géologie et ses paysages. Au moins en aurons-nous eu une toute petite idée par notre courte balade au desus du lac, le long de la Sheep River... Maquette du coin de notre balade
Vue sur les montagnes de Kluane depuis Visitor Centre Tout ici est superlatif : plus grand nombre de glaciers et plus grand champ de glace après les pôles, plus hauts sommets d’Amérique du Nord, plus grand troupeau de chèvres de Dall, etc.
En laissant derrière nous Haines Junction au Yukon, nous repartons vers le sud en direction de Haines, à nouveau en Alaska. n quittant Haines Junction
Chaine Icefield
Les crêtes acérées des massifs contreforts de la chaîne Icefield dominent la route, couronnés par plusieurs petits glaciers et encadrant de charmants petits lacs comme le Kathleen Lake où nous allons faire un tour.

Kathleen Lake
Plage de Kathleen Lake

Nous roulons lentement, tant pour admirer ce superbe paysage - que je continue de photographier et filmer en profitant de la chaude lumière du soir - que pour chercher un bivouac. Notre balade de la mi-journée et notre veille d’hier nous ont fatigués, et j’ai hâte de mettre à jour mon journal laissé pour compte les deux derniers soirs. Torrent dans le soir

Nous commençons à longer de loin le grand lac Dezadeash vers lequel je finis par trouver un chemin bien empierré. Nous nous éloignons d’une centaine de mètres de la highway pour découvrir, derrière le rideau d’arbres, une belle esplanade dégagée et gravelée. Nous nous y installons dans le grand silence pour y passer la nuit.


14. De HAINES  à  WHITEHORSE

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