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Été 2004 : Rocheuses, Yukon et Alaska

Monique et Jean-Paul MOUREZ à bord du Guépard

6. De WATSON LAKE à DAWSON CITY (Yukon)



Samedi 31 juillet 2004 :
WATSON LAKE

Guépard derrière les plaques
On ne peut dire la même chose de Watson Lake, une autre étape de quelques magasins et services dispersés le long de l’Alaska Highway, sans caractère ni unité. La fameuse « forêt » de panneaux indicateurs apportés ici par des voyageurs venant du monde entier étonne, sans provoquer ni enthousiasme ni admiration.

Forêt de plaques...
On en recense plus de 6000 de toutes formes et de toutes provenances, hétéroclites de forme, de couleur, de grandeur et de facture, depuis la banale plaque d’immatriculation jusqu’au panneau d’entrée de ville, en passant par la plaque gravée ad hoc dans le marbre rose (style ex voto…) et par la planchette de bois blanc que l’on peint soi-même dans une échoppe placée là exprès, moyennement quelques dollars… Plaques

Panoramique des plaques

Quant à l’autre attraction installée dans un grand bâtiment vert, une projection consacrée aux aurores boréales ici très fréquentes et spectaculaires, nous la réservons pour notre retour si le sujet n’est pas abordé ailleurs (spectacle son et lumière annoncé à Fairbank, je crois).

Reste le film et la petite exposition de photos anciennes consacrés à la construction de la Route de l’Alaska que présente l’Office du tourisme. J’y passe plus d’une demi-heure à examiner les images et lire les légendes illustrant la démesure de l’entreprise (moins d’un an en 1942 pour construire les 2 400 km d’une route carrossable à travers une nature sauvage et mouvementée dont la cartographie détaillée n’avait même pas été complétée…)  Plus de 11 000 hommes, soldats et civils, Américains et Canadiens, y ont participé, réunis par la volonté de leurs gouvernements de contrer l’avance japonaise dans les Îles Aléoutiennes toutes proches. Un exploit du génie militaire qui a dû être repris deux fois avant de donner naissance à la magnifique highway que nous allons découvrir à notre tour. Pontonniers du 18th Enginers à l'oeuvre sur Cracker Creek
Construction d'un ponceau... malgré les moustiques !

L'Alaska Hwy passe au bord du Muncho Lake
Muncho Lake
Conducteur de bulldozer
    Conducteur de buldozer

Le camion de bière sombre dans Takhioni River...
Le camion chargé de bière destinée à célébrer
le 4th of July sombre dans la Takhini River...
Embourbé sur le chantier...
Dans la boue...

Pont en construction sur la Slims River (Kluane)
Construction sur Kluane Lake (Soldier Summit)
Construction le long de Kluane Lake (Summit Soldier)

Slims River près de Kluane Lake                         

Donjek River
Ponton provisoire et pont sur la Donjek River
Camion passant un guéà
Passage de gué

Convoi de matériel pour la construction de l'Alaska Hwy
L'Alaska Hwy au bord du Kluane Lake
Au bord de Kluane Lake

Convoi de ravitaillement pour la construction de la route
Il est passé 18:00 et le soleil descend un peu tout en gardant longtemps sa vivacité et sa lumière chaude de fin d’après-midi lorsque nous reprenons la route. Nous sommes maintenant beaucoup plus haut en latitude et nous rapprochons de la zone du soleil de minuit. Monique d’ailleurs me fait remarquer la qualité particulière de cette lumière qui semble plus pure et plus dense. Quant à moi, c’est à la Norvège que je songe lorsque nous enfilons les longues courbes de l’Alaska Highway qui révèlent sans cesse d’amples paysages de petites montagnes, de larges vallées remplies d’une mer de conifères, de rivières sinuant paresseusement au milieu des arbres ou s’écoulant en rapides tumultueux. Nous parcourons ainsi plus de 170 kilomètres de cette route somptueuse avant de commencer à chercher un bivouac. La sinueuse Alaska Highway

Bas-côté plein d'épilobes

Swan Lake
Dans cette lumière nordique, les abords du Swan Lake nous paraissent particulièrement beaux...

En cherchant un chemin menant à sa rive, nous aboutissons dans un camp d’équitation qui accepte de nous accueillir pour la nuit. Nous descendons jusqu’au bord de l’eau et admirons la descente du soleil et son coucher sur les montagnes et sur l’eau, passé 22:00, dans un flamboiement d’ocre, de rose et de violacé qui vire enfin au bleu foncé. Quel spectacle durant notre souper, avant de passer au lit !

Bivouac au bord du Swan Lake
Soirée au bord du Swan Lake


Dimanche 1er août 2004 : de SWAN LAKE à WHITEHORSE (289 km)

Bivouac au matin
Une autre nuit fort calme au bord du lac, qui encore une fois s’achève bien après le lever du soleil… Plein d’eau, puis départ vers 10:00 sur l’Alaska Hwy.
La chaussée excellente au tracé remarquablement dessiné s’insinue en grandes courbes ou en droites tendues dans les vastes paysages toujours aussi sauvages. Si la variété des points de vue et des lignes ne donne guère de sentiment de monotonie, en revanche la longueur du trajet entre Watson Lake et White Horse (qui s’ajoute à celui d’hier après-midi) finit par lasser un peu. Un Nous longeons longuement le magnifique Teslin Lake (72 km…) avant de déboucher à son extrémité sur le village du même nom. Arrivée à Teslin

Le pont de Teslin
Jolie vue sur les maisons groupées sur la rive de l’autre côté du plus long pont métallique de l’Alaska Hwy.

Artisanat tllingit
Pas grand chose à l’épicerie du village où nous ne faisons que demander le chemin du Johnston Museum. Dans le petit bâtiment en bois rond sont présentés avec goût quelques créations artisanales  des Indiens Tlingit (objets usuels et vêtements de cérémonie cultuels), quelques dioramas d’animaux comme ceux que trappait le héros (superbe grizzli, loup, lynx, castor…)... Musée Johnston: grizzli

Lynx au bord du lac Teslin Habits de fête Tlingit
...et surtout toute une série de photographies prises par Johnston à partir de 1920 montrant la vie traditionnelle de ces gens proches de la nature qui ont vu leur vie complètement bouleversée par la construction de la Highway. Johnston lui-même en fut peut-être moins affecté, lui qui fut le premier autochtone à posséder une voiture dès 1928 dans un pays qui n’offrait pas de route carrossable. Restait le lac, gelé les 3/4 de l’année… (voir le petit article ci-dessous tiré du journal local). La voiture de Johnston

GEORGE JOHNSTON MUSEUM, TESLIN

One of the Yukon's most colorful stories is about a Teslin trapper who dreamed of owning a car. After a successful season of trapping in 1928, George Johnston fulfilled his dream and bought a four-cylinder model AB Chevrolet in Whitehorse. His was the first automobile owned by a First Nations member. Store proprietor Charlie Taylor gave Johnston a hasty driving lesson at the airport before he shipped the vehicle home aboard a paddlewheeler to Teslin.

The car was carried several hundred miles downstream on the Yukon River and then upstream on the Hootalinqua (now Teslin) River to reach Teslin. Johnston's neighbors, many of whom had never seen a car, couldn't believe the news about Johnston's new purchase. But soon the shiny vehicle arrived on the supply boat and was carried ashore into roadless Teslin by ten surprised young men.

Johnston knew that the best road was right on his doorstep: Teslin Lake offered more than 90 miles of frozen expanse to explore. Johnston hired locals to help him widen the trails around Teslin and cut a five-rnile road to Fox Creek. In 1942, this stretch of road would become part of the Alcan. Legend tells of astonished highway construction crews arriving to a gift of five miles of road.

Out on his trap-line in the winter, Johnston observed the lake from one of his watchtowers, always alert for wolves, caribou and other game crossing the lake. Long before antifreeze, he had to drain the radiator into a pot to keep warm on the stove. When an animal was sighted, Johnston would funnel the water back into the radiator. "One crank and he was off".

Johnston discovered that a dark car stood out against the snow and alerted the animals. So each winter he painted the car with white paint and repainted it for the summer. Sometimes he pulled a wide sled laden with goods and he always carried his precious camera in a sack on the back seat.

Johnston's camera recorded many events in and around the village of Teslin from the 1920's to 1940. Today, Johnston's photographs are a core collection of the Yukon archives.

Johnston also used his car as a community taxi. He dressed his daughter and niece in neat unifonns, complete with captain's caps and charged one and two dollars for short trips and up to fifteen to get to Portage, Johnston 's Town or Johnson 's Crossing, depending on the distance up or down the lake. While most family members traveled by snowshoe or dog sled to get to Johnston's Town for the Christmas seasonal gathering, George Johnston 's family used the car for the journey.

Johnston showed ingenuity in caring for his car, calling it 'See Queet' meaning 'like my son' or 'little slave'.When a tire blew out, he used wire to sew up the hole and placed a moosehide patch over it to prevent bulging. As gasoline was scarce, the car was often fuelled by naphtha or fuel from the airport. Only Johnston 's brother David was allowed to drive the car and that was rare.

In 1962, George returned the Chevrolet to Taylor and Drury Motors Ltd in Whitehorse 'without a dent' and traded it for a pickup truck. The car was restored and company president Charlie Halliday donated it to the Yukon Government in 1992. The car is now on permanent loan to the George Johnston Tlingit Museum in Teslin, Yukon.


GEORGE JOHNSTON MUSEUM
9 AM -7 PM. OPEN MAY TO SEPTEMBER
Box 146 TESLIN,YUKON YOA 1BO
TEL. (867) 390-2550


Arrivée de la voiture sur une barge
Arrivée de la voiture sur une barge
La voiture sur le lac gelé
La voiture sur le lac gelé : observez les chaînes sur les roues arrière...

Johnston et des amis devant sa voiture
Johnston et des amis devant sa voiture
Enfants tlingit
Enfants tlingit

Jeux dans la neige
Jeux dans la neige
Enfants tlingit devant des fourrures
Enfants tlingit devant des fourrures

Enfants tlingit devant des fourrures
Nous terminons la visite de Teslin par un tour du village autochtone, à l’écart de la grande route : pauvre et disposé sans ordre, comme souvent dans les villages autochtones mais assez propre, maisons rustiques en planches ou bois massif mais portes d’acier isolé…

Nous reprenons la direction de la capitale du Yukon qui se fait attendre. Le paysage est pourtant agréable, mais l’absence de sentiers permettant de marcher commence à nous peser. Monique s’est plongée dans un gros bouquin racontant la vie d’Hélène de Champlain, j’écoute un CD de trios de Mozart… Enfin nous longeons le très vaste et beau lac Marsh... Le Lac Marsh
En longeant le Lake Marsh

Le Yukon en amont de Whitehorse
...puis le fleuve Yukon pour quelques kilomètres de cours encaissé entre des rives de terre blanchâtre ravinée, et nous voilà en ville.
Petite agglomération nette et propre que cette capitale de 23 000 habitants ! Nous la traversons par sa grande rue bordée d’une variété de magasins comme nous n’en avons pas vu depuis Prince George, il y a 1 500 km… À l’extrémité nord, une vaste esplanade rassemble les Wal-Mart, Canadian Tire et autres magasins des grandes chaînes commerciales. Juste à l’entrée du Wal-Mart, la voiture blanche au pare-brise fendu de Philippe et Chantal nous attend. Je me précipite à l’intérieur du magasin pour leur signaler notre arrivée et vérifier les pneus disponibles. Seuls des Goodyear sont en montre, Wal-Mart ne distribuant pas Michelin… je tâcherai d’en trouver demain en ville puisqu’il est passé 17:00 et que tous les magasins sont maintenant fermés. Whitehorse au bord du Yukon

Longue discussion  avec nos amis rejoints par des Québécois en fifth wheel qui viennent d’entamer une année sabbatique avec leur fils de 11 ans et comptent, après l’Alaska, descendre vers la Californie et le Mexique où ils passeront l’hiver. Philippe et Chantal nous invitent ensuite à partager leur repas dans un steak house. Souper animé, les échanges fusent, nous nous découvrons encore d’autres ponts communs, voyages et pays à découvrir demeurant bien sûr au centre des conversations. Peut-être nous reverrons-nous à Annecy puisqu’ils doivent y passer en novembre, alors que nous devrions encore être à St-Jorioz.

Il est passé 21:00 lorsque nous nous séparons, chacun prenant la route de son côté. Nous retournons sur le stationnement du Wal-Mart où nous passerons la nuit, au milieu d’une cinquantaine d’autre VR qui ont choisi ce vaste espace éclairé, calme et tolérant.

 

Lundi 2 août 2004 : WHITE HORSE (40 km)

Il pleut à peu près toute la nuit, et au matin le ciel reste très gris, ce qui n’est pas pour hâter notre lever, d’autant plus que le grand stationnement où sont dispersés les motorisés reste très calme. Petit-déjeuner vers 10:00, avant de commencer les magasinages dont la liste s’allonge depuis plusieurs jours. Épicerie d’abord qui nous permet de remplir notre petit frigo de produits frais et d’autres moins courant comme du lait UHT ou du vinaigre balsamique italien. En revanche le rayon fromage fait pitié… Le vin dans le liquor store repéré hier est cher, mais on trouve quand même de quoi compléter la cave en cépages argentins et italiens. Puis commence la quête de pneus de rechange pour le train arrière qui aura du mal, je le crains, à encaisser les routes de gravier qui nous attendent vers l’Alaska. Pas de Michelin chez Wal-Mart qui vise le marché le plus cheap, à des prix, il faut le reconnaître, imbattables. Chez Canadian Tire, on donne plutôt dans le tout-terrain ou déjà dans le pneu d’hiver qui ne saurait nous convenir. Enfin Kal-o-Tire m’assure avoir en stock les XAT que je recherche, mais à un prix nettement au-dessus de ce que j’avais trouvé à Montréal. Comme la situation n’est quand même pas urgente, je tâcherai de faire durer jusqu’à Anchorage où j’espère bien trouver un Costco qui m’offrira ce que je recherche.

Le S.S. Klondike en cale sèche à Whitehorse
Comme le temps ne s’améliore guère et qu’avec toutes ces allées et venues dans la petite ville, le temps a filé, il nous semble préférable de rester en ville pour visiter le « Klondike », le dernier vapeur à aube ayant assuré le trafic fluvial sur le Yukon entre White Horse et Dawson City. Le navire désarmé en 1972 a été tiré au sec et converti en Parc historique national administré par Parcs Canada.
C’est dire que la présentation est impeccable, avec film introductif fort bien monté par l’Office national du Film à partir de documents d’époque. Passerelle, salon des passagers, machinerie, chaudière, moteur à vapeur et contrôles en laiton poli, tout semble en parfait état de fonctionnement, et le mobilier comme les équipements sont prêts à accueillir voyageurs et cargaison. La passerelle du SS Klondike

Nous parcourons ainsi le luxueux salon d’observation et salle à manger de la Première classe, le réfectoire beaucoup plus modeste de Seconde et de l’équipage à côté de la cuisine elle aussi bien équipée.

JP à la barre !

La salle à manger des 1ère Classe
Le salon panoramique des Premières
Salle à manger des Premières
Salle à manger des Premières
La cuisine
Cuisine (et salle à manger des Deuxième et de l'équipage)

Les cabines sur le pont supérieur sont de taille réduite, mais possèdent tout le confort nécessaire pour les trois jours de descente jusqu’à Dawson City (contre huit jours de remontée jusqu’à White Horse). Quelle aventure devait être cette navigation sur le fleuve fougueux et imprévisible !

Café-boss (une réminiscence de Lucky Luke !)
« Café Boss ? »
(Lucky Luke, En descendant le Mississipi)

Sur le pont supérieur

La chaudière
Monique devant l'ouverture béante de la chaudière du « Klondike »

Placée en arrière de l'énorme chaudière à bois et entassée dans le pont inférieur, la cargaison, composée essentiellement de ravitaillement pour les agglomération de l’intérieur du Yukon, porte encore toutes ses étiquettes et inscriptions typiques de l’époque. 

La cargaison sur le pont inférieur
Boite de victuailles
Cargaison de produits frais transporté par le navire


En quittant le navire si évocateur des temps héroïques, nous remontons la rive du Yukon pour gagner par quelques kilomètres d’une route étroite et sinueuse les rapides de Miles Canyon. Miles Canyon

Avant la construction du barrage en aval qui les a en partie noyés, ils constituaient un obstacle majeur à la navigation et virent plus d’un naufrage mortel chez les stampeders et les prospecteurs qui se risquaient en radeaux ou autres embarcations de fortune sur leurs eaux tumultueuses.

Vapeur s'engageant dans Miles Canyon
En radeau sur les rapides !
Navigation hasardeuse dans Miles canyon avant a construction du barrage

Miles Canyon et le Schwaptka
Le fleuve puissant s’y resserre entre deux parois de basalte verticales et son cours s’y accélère considérablement, ce qui cause remous et courants d’une grande violence. L’eau bleu vert s’est certes bien assagie et le canyon est en partie comblé par le barrage mais les photos antérieures à son érection montrent bien l’aventure que constituait le franchissement du défilé. 

Le Yukon dans Miles Canyon
Vers l'amont
En aval
Vers l'aval

Nous sommes seuls à parcourir le sentier, sous le ciel gris qui laisse une impression un peu triste, tandis que le bruissement continu et le mouvement rapide de l’eau rappelle la puissance concentrée à l’œuvre sous nos yeux.
La force du Yukon

De retour au centre ville, nous passons devant le siège de l’assemblée législative du Yukon, un bâtiment moderne aux formes dissymétriques recouvertes de clins d’aluminium gris-brun qui ne nous emballe guère, puis à l’Office du tourisme où Monique tente sans succès de rejoindre par téléphone Juliette à Montréal.

Le drapeau du Yukon
Adopté en 1967, le drapeau est divisé verticalement en trois panneaux. Le panneau vert, longeant la hampe, symbolise les forêts du Yukon; le panneau du centre, blanc, évoque les neiges hivernales, et le panneau bleu évoque l'eau. Le panneau central porte les armoiries du Yukon surmontées d'un chien malamute; la croix de Saint-Georges se trouve en dessous. Les bandes verticales ondulées bleues et blanches représentent le fleuve Yukon et la rivière Klondike; les pointes rouges au bas de l'écus figurent les montagnes du Yukon et les disques d'or les ressources minérales du territoire. Sous les armoiries la fleur emblématique du Yukon : l'épilobe à feuilles étroite.

Nous allons ensuite faire le plein d’essence puis regagnons le stationnement du Wal-Mart où nous allons faire un tour : on reste béat devant la gamme de produits proposés, du DVD qui vient de paraître à la canne à pêche dernier cri, et songeur devant la pénétration de la civilisation mercantile – et consommatrice – jusque dans ces coins reculés. Finalement nous allons prendre notre bivouac nocturne dans un espace tranquille à l’arrière du grand bâtiment, entre quelques autres RV silencieux qui attendent demain pour poursuivre leur route. On annonce un minimum de 4°C et de la pluie pour cette nuit.


Mardi 3 août 2004 : de WHITE HORSE à MINTO (286 km)

Si la température n’a sûrement pas desendu autant que prédit par la météo, en revanche une pluie intermittente mais légère est bien tombée une partie de la nuit, et le ciel est toujours très chargé à notre réveil. Après le téléphone en France qui mobilise Monique dès son lever, nous déjeunons puis gagnons le centre ville au bord du fleuve pour visiter le Musée MacBride. Celui-ci se veut, selon les voeux de son fondateur au milieu du XXème, la mémoire d’un Yukon, certes encore bien jeune, mais dont l’évolution avance à pas si rapides que déjà bien des aspects de la vie des pionniers a disparu, au moins des lieux si ce n’est des mémoires.

Whitehorse au début du XXème siècle
Balbutiements de Whitehorse au début du XXème siècle avec, à droite, l'arrivée du chemin de fer de Skagway

Navigation sur le Yukon
Radeau de
stampeders lancé sur les eaux blanches du Yukon
Le rez-de-chaussée fait la part belle à la création de White Horse et à la navigation sur le Yukon au moyen de photos et de quelques exhibits touchants sinon originaux. Dans la salle consacrée au premier chantre du pays, le commis de banque et poète écrivain Robert Service, deux jeunes comédiennes mettent en scène l’un de ses  textes les plus célèbres The cremation of Sam McGee tandis que sur les murs, une série de photos présentent l’homme et son destin.

Monique devant les ours La vie sauvage n’est pas oubliée avec une superbe galerie d’animaux naturalisés dans des poses très dynamiques : ours noirs et bruns, grizzlis, loups, cerf, wapitis, bison, bœuf musqué tiennent la vedette, mais aussi renards de différentes couleurs, coyote, castor, écureuils et autres petits rongeurs ou carnassiers comme nous avons pu observer plusieurs le long des routes ou en balade depuis notre arrivée au pays. Grizzli (ours bruns)
Un  beau couple de grizzly


Orignal de concours Faune du Yukon

Patrouilleur de la Police Montée du Nord-Ouest Au sous-sol, changement de décor puisque c’est de l’or qu’il s’agit, de sa découverte, de l’extraordinaire afflux d’hommes qu’il a entraîné, des techniques variées utilisées pour l’extraire, des plus archaïques aux plus sophistiquées, et enfin du rôle difficile mais essentiel des agents de la Police Montée du Nord-Ouest, souvent seuls pour faire respecter la loi et l’ordre dans un immense territoire désert.
Dans la cour en arrière sont exposés plusieurs moyens de transport en plus ou moins bon état (traîneau, premier camion de livraison à moteur, et même la première locomotive à vapeur de la White Pass & Yukon Route qui reliait Skagway à Whitehorse aux temps héroiques de la Ruée vers l'Or…).

Au total un charmant petit musée qui emplit fort bien son rôle de mémoire collective auprès de ses habitants comme des touristes.
Première locomotive de la W.P.Y.R.

Pancarte de la loco


Dernier tour en ville pour appeler notre fille au boulot à Montréal; tout va bien pour nos deux travailleurs. En cherchant un peu dans les rues du centre de Whitehorse, je finis par dégotter l’écusson aux armes du Yukon qui manquait à ma collection de ce voyage, et nous quittons la petite capitale pour aller contempler sa vallée depuis le Mont Haeckel, comme proposé dans l’un des petits guides remis par l’Office du Tourisme. Hélas la petite route est bien difficile à trouver, nous nous égarons en chemin et enfin elle se transforme vite en une piste défoncée qui effarouche Monique craignant une autre crevaison… Nous renonçons donc au point de vue depuis la colline aux éoliennes – de toute façon probablement décevant sous la lumière terne qui sévit encore – et, rattrapant l’Alaska Hwy vers le nord, prenons la direction de Dawson City, à quelques 530 km.

Lac Laberge
Paysage du Lac laberge

Nous bifurquons bientôt sur la route 2 (Klondike Hwy) qui longe de loin le vaste Lac Laberge, formé par un trés vaste élargissement du Yukon peu après Whitehorse, et qu'on aperçoit à peine à travers la forêt toufffue. 
Forêt, marécages et collines de conglomérat sableuses et sans envergure se succèdent, faisant pousser des soupirs d’ennui à ma co-pilote qui regrette les Rocheuses autrement plus spectaculaires.  Campagne et marécage
Klondike Highway
Sur la route entre Whitehorse et Dawson City

Je demeure quant à moi ma sensible à la dimension et à la sauvagerie de l’espace qui nous entoure, d’autant plus que la circulation est quasi-nulle sur cette grande route parfaitement dessinée et revêtue.

De plus le ciel se dégage progressivement de son voile nuageux et retrouve enfin sa pureté et son bleu pâle très lumineux. La température remonte jusqu’à 23ºC, ce qui nous amène à quitter pantalon et jeans pour remettre les shorts abandonnés depuis 3 jours. Quelques arrêts photos de temps à autre devant une courbe particulièrement impressionnante des rivières affluentes du Yukon que nous suivons, approchons de temps à autre ou franchissons comme à Carmacks.

Courbe de la rivière
Courbe du Yukon près de Carmacks

Nous retrouvons le grand fleuve au niveau des Five Finger Rapids. Vue spectaculaire depuis le belvédère au bord de la route; nous descendons les 217 marches jusqu’au sentier qui, au bout d’un km, nous amène sur la rive même, devant les 4 îlots rocheux barrant le fleuve en laissant le flot s’écouler rapidement et en tourbillonnant via cinq chenaux, les Five Finger Rapids. Panorama sur les Five Fingers
Five Fingers Rapids


Chenal entre les Five Fingers
Les Fives Fingers

Vapeur poussant une barge devant les Five Fingers Le moins difficile à franchir par les vapeurs était le premier, le long de la rive, juste à nos pieds, et encore devaient-ils se hâler sur un câble attaché au rocher et engagé dans un treuil sur le côté du bateau.
Superbe site naturel encore plein de souvenirs « historiques » habilement rappelés par quelques notes et photos placées sur des panneaux explicatifs in situ. Le Yukon en aval des Fives Fingers

La route continue ensuite de suivre le grand fleuve en ménageant quelques vues grandioses mises en valeur par la chaude lumière de fin d'après-midi.

Courbe du Yukon


Bivouac à Minto
Nous ferons encore une vingtaine de km jusqu’au hameau de Minto où le Guide Vert Michelin annonce, au prix d’un petit détour, une belle vue sur le Yukon. Nous découvrons, au bout d’un kilomètre d’une route de gravier passable, une vaste esplanade traversée par l’ancienne route postale, maintenant abandonnée, qui reliait Whitehorse à Dawson City. Trois tentes et un autre fourgon aménagé se sont installés sur le gazon au-dessus des eaux s’écoulant rapidement mais en silence. Quelques manœuvres tâtonnantes pour placer le Guépard de niveau, et nous installons notre bivouac en ces lieux superbes et paisibles.
Après le souper d’un sauté de courgettes au jambon fort bien réussi par le cordon-bleu de service, lecture et écriture jusqu’à ce que le soleil se couche dans l’eau à  22:25. Soleil couchant sur le Yukon


Mercredi 4 août 2004 : de MINTO à DAWSON CITY (306 km)

Petit-déjeuner

Silence total durant la nuit mais température assez fraîche. Je ne sors le nez de sous mon duvet que lorsque le soleil a suffisamment réchauffé l’habitacle, soit vers 10:00… Départ en conséquence vers 11:00. Le temps est superbe, le ciel sans nuage et la température atteindra un beau 24ºC en milieu de journée.


Bivouac au bord du Yukon à minto
Bivouac au bord du Yukon


La route, en général excellente avec de rares passages non goudronnés, file à travers la forêt, souvent dévastée par des incendies qui ont laissé les collines piquetées de troncs noirs dispersés au milieu des arbustes de feuillus en pleine croissance et des flaques roses de milliers d’épilobes, bien nommées fireweeds. i.e. premières plantes à repousser après le feu. Terre incendiée
Le pont métallique de Pelly Crossing
 À Pelly Crossing, un grand pont métallique nous fait franchir une autre large rivière qui se jette un peu plus loin dans le Yukon . J'y cherche en vain à faire le plein d’eau dans le camping tout neuf non encore raccordé au réseau...
Passage d’un autre affluent du Yukon à Stewart Crossing, qui servit autrefois de voie navigable aux petits vapeurs transférant au Yukon le mimerai d’argent extrait de Mayo et de Keno. Nous n’emprunterons pas cette Route de l’Argent (Silver Trail) qui semble surtout offrir 112 km (plus le retour…) de route gravelée et poussiéreuse sans beaucoup d’attraits naturels ou culturels au bout. Large rivière

Nous poursuivons donc la Klondike Hwy lorsque soudain nous sommes arrêtés par un homme faisant des signes au bord de la route près d’un pick-up. Derrière lui, dans le fossé, une petite voiture qui a manifestement « pris le champ » après tonneau et tête-à-queue; nous comprenons que lui et sa compagne se sont arrêtés pour porter secours aux deux jeunes femmes qui occupaient l’auto mais, après les premiers soins, il faut emmener les blessées à l’hôpital le plus proche, soit à Dawson City, et le pick-up des sauveteurs est trop petit. Nous embarquons donc les deux jeunes femmes et leur secouriste qui leur tiendra compagnie et les réconfortera tout au long du chemin.

Richardson Mountain sur le Dempster Hwy
Dempster Highway

Les 100 derniers kilomètres sont donc parcourus tranquillement et avec prudence mais sans aucun arrêt jusqu’au dispensaire de Dawson City, pas même devant le croisement avec la Dempster Highway. Celle-ci monte directement vers le nord sur 765 km jusqu'à Inuvik, dans les territoirres du Nord-Ouest, bien au delà du Cercle Arctique. Vu l'état d'usure avancée de nos pneus et les risques que leur feraient courir ces centaines de kilomètres de gravier, nous devons renoncer à emprunter cette route pourtant spectaculaire, d'après les photos collectées à droite et à gauche.


Dempster Hwy
Dempster Higway

Dempter Highway
Dempster Higway


7. De DAWSON CITY à la frontière de l'ALASKA

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