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Été 2004 : Rocheuses, Yukon et Alaska

Monique et Jean-Paul MOUREZ à bord du Guépard

8. De la frontière de l'ALASKA à VALDEZ




Drapeau de l'Alaska

Enfin nous y voilà !

Pänneau d'entrée en Alaska
Nous sommes là !
Où sommes-nous ?

La route poussiéreuse Car de la poussière et du sable, il n’y a que ça sur les 50 kilomètres suivants, jusqu’à Chicken, car la route non seulement n’est pas revêtue d’asphalte mais plutôt d’un mélange de graviers et de sable dont la partie la plus volatile s’envole en un grand et dense nuage sous les roues. La circulation est heureusement assez sporadique, mais à chaque croisement d’un énorme motorisé américain ou d’un camion, il faut fermer fenêtres et aération, ralentir au maximum pour éviter les impacts de graviers dans le pare-brise et attendre une minute ou deux que le nuage se disperse. Et encore, même ainsi, nous finissons par ingurgiter une bonne dose de cette farine crissante et irritante qui laisse une couche rosâtre légère comme de la farine sur toutes les surfaces lisses à l’intérieur du Guépard.
Quelques kilomètres plus loin, nous sommes à Boundry, un pauvre mais pittoresque relais d’essence où Monique ne trouve même pas un téléphone… La cabane du poste d'essence...

La "boutique" de Boundry
Sur la galerie de la maison

Drague
Drague abandonnée au bord du torrent

La route quitte bientôt les hauteurs pour descendre serpenter près du cours d’un torrent plein de déblais de dragues (dredges), comme celle dont nous découvrons les ruines imposantes au détour d’un virage. 
Viennent ensuite une série de superbes vallées où coulent des rivières profondes mais dont les pentes couvertes d’arbres ont été dévastées par des incendies récents, ce qui crée parfois des patchworks de couleurs surprenants. Pente dévastée par les incendies
Épilobes sur fond de terre incendiée
Vallée verdoyante préservée
Plus loin la mème vallée épargnée par le feu

Esplanade de Chicken
Les boutiques de Chicken

À Chicken, arrêt pique-nique sur la grande esplanade derrière la station d’essence-RV Park-boutique de souvenir remplie de « bébelles » insignifiantes. Il ne reste quasiment rien de ce petit centre minier jadis bien vivant, hormis les ruines d’une drague et trois anciennes boutiques dans leurs cabanes de rondins. Le ciel devient de plus en plus voilé, estompant les lointains et éteignant les couleurs derrière une fumée légère à peine perceptible.
Nous reprenons la route (la Taylor Hwy) maintenant le plus souvent goudronnée, dont le tracé vallonné traverse des paysages de petites montagnes déserts mais là encore noircis par les feux de forêts. L’air devient bientôt de plus en plus épais et les lointains disparaissent dans une brume bleutée, des colonnes de fumée s’élèvent de plusieurs petits foyers actifs autour de nous, tandis qu'une vague odeur de bois brûlé imprègne l'atmosphère. La route au milieu des incendies
Fumées des incendies autour de nous

Route de montagne
Le même spectacle se poursuit sur les quelques 150 km qui nous amènent au carrefour avec l’Alaska Highway à Tetlin Junction. Nous quittons alors la montagne pour une vingtaine de kilomètres de route plate et droite jusqu’à Tok. Je suis fatigué de la route difficile, de la chaleur, de la poussière et de la fumée qui m’ont un peu irrité les yeux…

Nous mangeons puis décidons de faire une pause durant laquelle nous liquiderons un peu de lavage. Direction la buanderie automatique (laundromat) qui nous permettra de dormir ce soir dans des draps propres après ce mois de vadrouille sur les routes.  Nous y rencontrons un homme charmant venu lui aussi faire sa lessive et qui nous aborde, étonné par notre parler étranger. De fil en aiguille, il nous informe de la grande étendue et de la fréquence des feux de forêt en Alaska, allumés par des éclairs d’orage sans pluie. Cette année, la sécheresse a accentué le problème pour en faire la deuxième pire année depuis qu’on en tient le registre. Le nombre de foyers simultanés, leur étendue, les difficultés d’accès font qu’à moins de danger pour les habitants, on n’intervient guère pour les éteindre et on compte plutôt sur l’épuisement du combustible ou sur la pluie pour les arrêter… Résultat : toute une partie du nord de l’état passe de longues journées sous un soleil jaune et voilé par la fumée qui flotte en altitude. Également questionné sur l’intérêt de l’itinéraire du nord passant par Fairbanks, il nous confirme l’opinion déjà reçue d’un Québécois à Whitehorse : cette ville de garnison manque à peu près totalement d’attraits, tout comme la route qui y mène - opinion sur laquelle nous reviendrons lors de notre retour. Nous décidons donc de laisser là l'Alaska Hwy et de nous diriger plutôt vers le sud par la Tok Cut Off vers Glennallen puis Valdez. Le lavage, assez médiocre selon la maîtresse de maison - la faute aux machines américaines à tordeur central - est bientôt terminé, nous réinstallons duvets et couvre-matelas dans leurs enveloppes, replaçons nos vêtements rafraîchis dans les placards du Guépard, et nous voilà repartis.

La grande route, excellente, serpente dans une large vallée encadrée de montagnes et le ciel s’est maintenant beaucoup éclairci. Je pense à aller dormir dans le Col de Mentasta à 800 m d’altitude, que j’ai repéré sur une carte, mais les kilomètres défilent sans qu’apparaisse la montée attendue. Comme la grande route n’offre guère d’emplacement favorable, nous la quittons pour prendre la petite route de Mentasta Lake et allons nous installer quelques kilomètres plus loin sur le stationnement du rustique terrain de base-ball du hameau. Tri de l’abondante documentation amassée jusqu’à présent, puis coucher tôt (10:30, heure du Pacifique).


Samedi 7 août 2004 : de MENTASTA LAKE à BLUEBERRY LAKE CAMPGROUND (près de VALDEZ) (336 km)

Aucun bruit avant notre réveil qui nous laisse bien reposés passé 8:00… Nous décollons vers 9:30, mais l’absence de téléphone dans les environs empêche Monique de contacter la France. La Route 1 (Tok Cut-Off) est vite rattrapée, puis reprise vers le sud. La chaussée et le tracé, excellents, nous permettent de filer sans aucun des inconvénients vécus hier. Malheureusement le ciel continue d’être voilé, comme si une brume de chaleur – et non plus la fumée cette fois – filtrait la lumière en brouillant les lointains dans une grisaille bleutée. Bivouac à Mentasta
Wrangell-St-Elias au delà de la Copper River, par temps clair
Vallée de la Copper River par temps clair

On aperçoit donc à peine le contour des hautes montagnes et des pics du Wrangell-St-Elias Park (jusqu’à 5 000 m) qui culminent au-delà d’une vingtaine de kilomètres de la large vallée boisée où sinue et s’étale largement la Copper River.

Copper River : amont
Copper River Valley

Copper River : aval

Je vérifie auprès de l’un des centres d’information du Parc la condition des deux routes qui permettent de s’y enfoncer mais la perspective de 46 miles (jusqu’à Nabesna) ou de 61 miles (jusqu’à McCarthy) de gravier poussiéreux et agressif pour les pneus me dissuade bien vite de nous y engager. Nous poursuivons donc vers le sud.

Lors d’un arrêt pour filmer le vaste panorama, rencontre d’un couple de cyclistes français qui, partis d’Anchorage, veulent rallier l’Argentine en une ambitieuse Panaméricaine. Nous sympathisons et passons une bonne demi-heure à échanger avec eux sur la France, l’évolution des mentalités et des perceptions à mesure que l’on prend de la distance… Nous leur suggérons, bien entendu, d’emprunter la Cassiar-Stewart pour rejoindre le Parc des Rocheuses canadiennes, mais ils avaient prévu le bateau de Skagway à Prince Rupert… Plein d’essence à Glennallen, un autre relais de quelques maisons et magasins le long de la grande route, là où je m’attendais à un village ! Pas moyen de trouver d’eau pour remplir la citerne d’eau fraîche, aussi tentons-nous notre chance dans le village ancien de Copper Center, aux modestes maisons de bois dispersées le long d’une loop road. Au bord de la Klutina aux eaux torrentueuses et vertes, nous finissons par tomber sur un petit pourvoyeur de pêche au saumon  Aimablement il nous offre de faire le plein sur son puits. Nous cherchons ensuite un coin frais pour déjeuner car il fait chaud (28ºC) et lourd. L’ombre offerte par un arbre sur le stationnement de la poste ne suffit pas à nous assurer ce confort, et nous devons laisser tourner l’air climatisé pendant notre repas pour ne pas transpirer. Décidément nous ne nous attendions pas à ce temps et à cette température dans un pays aussi nordique que l'Alaska !

Suite de notre long itinéraire vers Valdez en empruntant maintenant la Richardson Hwy. Nous entrons dans un paysage plus encaissé, la route se faufile dans des vallées dont les pentes se rapprochent et s’élèvent progressivement. En même temps l’air semble devenir plus transparent et plus vif.  Richardson Hwy

Rivière et lac de montagne
Devant, les montagnes...

Bientôt nous nous retrouvons dans un environnement de hautes montagnes, bien que nous roulions seulement entre 800 et 1 000 m d’altitude, probablement à cause de la latitude et de la rigueur et de la longueur de l’hiver (phénomène identique à celui que nous avions observé en Scandinavie lors de notre montée vers la Cap Nord). Taches de neige sur la montagne
...derrière, les montagnes !


En passant la Tsaina River
Tsaina Valley et River

La rivière

Épilobes

Puis ce sont les glaciers qui apparaissent, un premier frappant dans l’axe de la route, puis d’autres de tailles et de formes diverses qui s’étalent en haut de pentes étonnamment boisées de feuillus vert tendre.

Apparition du Worthington Glacier
Sur la route du Worthington Glacier

Balade au pied du Worthington Glacier
Après plusieurs arrêts photos et vidéo devant ces superbes vues de la Tsaina Valley qui nous rappellent les Rocheuses, nous tombons sur le Worthington Glacier (mile 28), classé parmi les grands sites naturels d’Amérique par le Service des Parcs U.S. Worthington Glacier

Le lac au pied du glacier
Lac de morraine de Worthington Glacier

Cela lui vaut un aménagement de qualité qui permet de l’observer dans les meilleures conditions et d’approcher au plus près son petit lac glaciaire vert émeraude et le bas de sa langue de glace. Superbe ! 



La même route de grande classe passe ensuite au pied du Twentyseven Mile Glacier, puis franchit à 2 854 pieds d’altitude le Thomson Pass qui ouvre sur un autre magnifique panorama alpin formé par la longue chaîne des Chuglash Mountains.
Thomson Pass

En descendant, nous découvrons au creux d’une grande courbe un modeste camping sauvage aménagé autour du petit Blueberry Lake. Voilà qui conviendra parfaitement à notre bivouac de ce soir puisqu’il est déjà 18:45. Nous y trouvons un emplacement libre bien horizontal avec vue sur le lac et les montagnes alentour. Je profite de cet arrêt précoce pour démonter le capot du moteur côté cabine et tâcher de localiser un bruit bizarre apparu depuis ce matin. Sans succès.

Bivouac devant les Chugach Mountains
Bivouac sous Richardson Pass

Le spectacle d’avant souper est assuré par deux jeunes qui viennent embourber leur Jeep jusqu’aux moyeux juste devant nous dans la tourbière entourant le lac. Dépannage haut en couleur par des copains en 4 x 4 qui manquent d’y rester eux aussi… Coucher vers 22:30, après que le coucher du soleil ait été suivi par la descente d’une brume cotonneuse et épaisse qui noie progressivement le grandiose décor autour de nous.


Dimanche 8 août 2004 : de BLUEBERRY LAKE à VALDEZ (83 km)

Bivouac dans la grisaille matinale
Ciel gris et chargé au lever en milieu de matinée, qui s'accompagne d'une fraîcheur inconnue depuis plusieurs jours.
Les cimes autour de nous restent cachées dans les nuages, et nous ne profitons guère de l’environnement que nous savons pourtant superbe. Crêtes ennuagées des Chugach
Défilé
Nous sommes seulement à une vingtaine de kilomètres de Valdez que nous atteignons bientôt, au bout d’une longue et raide descente en ligne droite qui nous ramène au niveau de la mer à travers un profond défilé orné de deux belles chutes. : Bridal Veil Falls (une autre...) et Horse Tail Falls.

Bridal Veil Falls
Bridal Veil Falls
Bridal Veil Falls (gros plan)
Bridal Veil Falls
Horse Tail Falls
Horse Tail Falls

Le bruit inhabituel dans le moteur continue de m’inquiéter, même s’il disparaît presque lorsque la température s’est stabilisée. Je crains un  problème de soupape, à moins qu’il ne s’agisse d’une défectuosité du joint de culasse, le circuit de refroidissement étant très souvent et de façon répétitive en manque d’eau… Nous verrons bien, je demanderai un avis au garage lorsque je remplacerai les pneus arrière décidément en fin de carrière au Costco d’Anchorage.

Avant d’entrer dans l’agglomération, brève observation d’une autre aire de frai de saumons moribonds qui barbotent dans quelques centimètres d’eau sur le lit de gravier d’un torrent issu d’une chute dévalant la montagne. Frayère à saumons

Chalutier dans le port de pêche de Valdez
Petite ville qui nous apparaît essentiellement touristique - du moins en été – avec ses centaines de motorisés stationnés en ligne dans une vingtaine de RV Parks dispersés au détour des rues, Valdez est aussi un important port de pêche et de plaisance.
Comme le temps bouché nous décourage d’entreprendre aujourd’hui la balade prévue en mer vers les glaciers du Prince Edward Sound, nous commençons par nous rendre sur le quai du port de pêche pour assister au débarquement du poisson, spectacle toujours impressionnant surtout lorsqu’on voit comme ici l’abondance et la grosseur des prises récoltées par un - pourtant petit - bateau…

Le site de Valdez est magnifique, puisqu'en fait il s'agit d'un fjord pénétrant très profondément dans les terres (on n’aperçoit pas la pleine mer depuis la ville), mais cependant très large entouré de tous côtés par des montagnes acérées et couvertes de glaciers. Un type de paysage comme nous n’en avons vu que dans le nord de la Norvège ou dans les Lofoten.
Proue à la fleur

Le tour de la ville ensuite est vite fait puisque celle-ci se borne à 5 ou 6 rues en damier, suite à son déplacement et à sa reconstruction en 1967 après les dramatiques tremblement de terre et tsunami de 1964. C’est l’occasion de découvrir un magasin d’aliments où nous pensions refaire le plein de produits frais, mais le peu de choix, et la faible qualité diététique des produits proposés (fécule, sucre et additifs en pagaïe…) nous amène à limiter les dégâts et attendre plutôt d’être à Anchorage. Au moins le liquor store voisin offre-t-il des vins italiens, français et australiens qui conviennent à notre goût et à notre bourse…

Le port de plaisance Nos errements nous ramènent toujours près du bassin des petits bateaux où nous trouvons un stationnement libre à l’extrémité est. Tous les quais sont pour leur part envahis par les gens du voisinage venus embarquer sur l’un des nombreux yachts amarrés dans la marina ou mettre à l’eau leur hors-bord pour partir à la pêche en mer qui semble le grand loisir de la saison et du dimanche.
Nous déjeunons sous un ciel qui se dégage progressivement en révélant le paysage vraiment magnifique. Je prends le temps de flâner un peu alentour, photographiant et filmant le spectacle. Fond du fjord de Valdez

Valdez Glacier En fin d’après-midi, profitant du ciel maintenant à peu près totalement dégagé et très lumineux, nous revenons une quinzaine de kilomètres en arrière pour nous approcher du Valdez Glacier. La petite route s’enfonce dans la vallée, de plus en plus sauvage, puis le revêtement d’asphalte disparaît sur quelques centaines de mètres jusqu’à une barrière de grosses pierres bordant le lac dans lequel viennent mourir deux langues glaciaires issues de deux vallées différentes. Dans celle qui nous fait face, trône le Valdez Glacier, qui étale sa mer de glace sinueuse bien au-dessus de nous. Impossible d’aller plus loin, aussi après quelques minutes de contemplation du saisissant panorama, nous faisons demi-tour et rentrons « en ville ».
Puisque le temps semble s’annoncer positif pour demain, on peut maintenant commencer à concrétiser la balade prévue de longue date vers les glaciers marins Columbia et Meares.  Nous finissons par dénicher le comptoir de la compagnie Stan Stephens qui semble, selon les guides, offrir les plus beaux trajets dans les meilleures conditions : 9 heures de navigation dans les détours du Prince Edward Sound à bord d’un petit bateau de 130 passagers, avec commentaires de naturalistes et deux repas - frort simples - servis au cours de la journée, le tout pour 125 $US.
Small Boats Harbor en soirée

Small Boats Harbor Comme le temps change vite ici, nous attendrons demain matin, à l’ouverture de la billetterie dès 7:00 pour réserver. Nous repérons ensuite une autre épicerie mieux fournie que celle de ce matin pour remplir demain soir à notre retour d’excursion le frigo que nous laisserons vide et éteint – faute de panneau solaire pour l’alimenter…
Il ne nous reste plus qu’à contempler le soir descendant lentement sur le Small Boats Harbor, à observer les heureux pêcheurs nettoyer leurs prises et trancher d’énormes filets dans le vaste choix de poissons ramenés de leur promenade en mer... à bord d'une flotille de yachts superbement équipés.
Pêcheur découpant une raie

Bateaux à quai Bateau équipé pour la pêche

Monique attend le souper
Souper un peu à l’écart devant une petite plage de galets donnant sur le fond du fjord, avec les montagnes rosies par le soleil couchant pour décor.  Panorama sur le fjors

Nous dormirons sur une bande de stationnement où le camping n’est pas interdit - comme sur le quai des yachts - pour être prêt demain aux aurores. Bivouac du soir à Valdez

Crépuscule sur le Small Boat Harbor de Valdez


9.  VALDEZ et Prince Edward Sound

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