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Sabbatique 1988-89

Juliette, Mathieu, Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord de leur Pilote 470

5. Séjour forcé en Belgique : Bruxelles


Lundi 1er août 1988  :  DINANT
 
Notre Pilote entre bonnes mains devant Mosan Motors
Notre Pilote entre bonnes mains devant Mosan Motors
Le lendemain matin, le propriétaire du garage est un peu surpris de nous trouver stationnés devant sa porte. Mais il se montre bientôt très compréhensif, et Monique usera abondamment de son téléphone pour faire toutes les démarches qu'impose notre situation. L'Assurance comme l'Assistance à Paris font tout ce qu'elles peuvent pour ou restreindre ou différer l'aide qu'elles nous doivent, et ce n'est qu'auprès de la section belge de la compagnie Helvetia que nous trouvons une franche collaboration... Finalement, Monique obtient la nomination d'un expert dès lundi après-midi; celui-ci autorise le démontage avant sa venue mercredi. C'est toujours cela de gagné, mais la halte risque d'être longue... L'équipe des mécaniciens se donne la main pour rentrer le camping-car dans l'atelier.
Après un déjeuner rapide, nous pouvons alors gagner l'esprit en paix le centre du vieux Dinant. La ville ne manque pas de charme, entassant ses maisons XVIIIème entre le cours paresseux de la Meuse et la forteresse massive perchée sur la falaise. Péniches et bateaux de plaisance ajoutent au pittoresque de la large rivière et nous traînons un bon moment le long de ses quais avant de prendre le chemin du Syndicat d'Initiative. On nous y présente avec empressement les curiosités locales : au moins dans notre malheur avons nous la chance d'être tombés sur un coin agréable, et nous n'aurons guère le temps de nous ennuyer ici.
La Meuse, la Citadelle et la Collégiale depuis le quai derrière le garage
La Meuse, la Citadelle et la Collégiale depuis le quai derrière le garage

 Dans la soirée, nous réintégrons notre roulotte maintenant installée au centre de l'atelier. Le patron nous offre gentiment de laisser le système d'alarme du garage hors circuit pour que nous puissions librement accéder à notre "domicile" durant la nuit. C'est donc avec plaisir et soulagement que nous continuerons d'utiliser pendant les réparations notre camping-car, à l'abri et branché sur l'électricité du secteur.
 

Mardi 2 août 1988  :  DINANT

 Malgré un lever assez matinal, nous renonçons à l'excursion prévue (descente en kayak d'une petite rivière voisine, la Lesse), le temps s'avérant frais et menaçant. Empruntant les ruelles vieillottes surmontant la ville au flanc de la vallée, nous allons plutôt visiter une autre curiosité naturelle, la grotte "Merveilleuse". Le parcours souterrain ne manque pas d'intérêt avec ses belles concrétions et son ambiance un peu mystérieuse, mais qu'il y fait froid et humide ! Et puis l'éclairage juste fonctionnel et suffisant pour ne pas se casser le nez dans ce dédale ne met vraiment pas en valeur les drapés, les transparences et les formes bizarres des roches ou des parois que l'on devine à peine. Dommage... Nous nous rattraperons avec les grottes de Han qui sont, parait-il, extraordinaires.

Grotte La Merveilleuse de Dinant : la Cascade
Grotte La Merveilleuse de Dinant : la Cascade
Grotte La Merveilleuse de DINANT
Grotte La Merveilleuse de DINANT

 A notre retour au garage, nous trouvons le moteur démonté : notre Titine, éventrée, fait peine à voir... Pour le reste des travaux, le chef d'atelier attend les avis et décisions de l'expert demain.

Nous consacrons la soirée à une longue séance de travail scolaire : en effet la visite d'aujourd'hui aura été pour les enfants une première descente dans les entrailles de la terre. Fort impressionné, Mathieu plonge spontanément son nez dans son livre de géographie ouvert sur la petite table à l'arrière tandis que Juliette, installée sur la dînette, se lance dans un bref compte-rendu illustré de stalactites et de stalagmites. De mon côté, je commence à planifier avec Monique une excursion probable à Bruxelles pour les jours à venir.
 

Mercredi 3 août 1988  :  de DINANT à BRUXELLES

 Et de fait, ce matin nous décidons de prendre le train à Dinant vers 11:15 pour arriver à Bruxelles vers 13:00 : trajet rapide, mais sans grand intérêt, l'essentiel du paysage se résumant en une campagne plutôt plate et en d'interminables banlieues sans caractère.

 En notre absence, le garage commençait les travaux aujourd'hui : réparation sous garantie de l'embrayage défectueux et bruyant, enlèvement du longeron tordu. Le chef d'atelier prévoit nous remettre notre camion en état lundi soir ou mardi midi... si tout va bien ! Nous disposons donc de 3 ou 4 jours pour faire connaissance avec la capitale de la Belgique. Après nous être installés dans un petit hôtel en plein centre répondant au nom pompeux  d'"Hôtel du Congrès", nous allons d'abord régler nos affaires chez notre assurance Helvetia. Nous y rencontrons un vieux monsieur charmant qui, après de longues tractations avec sa contrepartie française et l'assistance Elvia, obtient confirmation de nos allocations de subsistance. Que ces Français auront été emmerdants en affaires, allant jusqu'à nier mon appel au soir de l'accident (!), tandis que les Belges que nous avons rencontrés n'ont été que service et gentillesse... O préjugés !

 Libérés de ces soucis, nous nous lançons ensuite pleinement dans la découverte de Bruxelles. Au programme ce soir : balade dans le centre-ville et souper au restaurant. En quittant notre "palace", nous admirons la colonne du Congrès avec ses lions de pierre un peu pompiers, puis nous allons contempler la ville depuis l'esplanade de la Cité Administrative. On ne peut pas dire que le tableau soit très spectaculaire... Bruxelles donne l'impression d'être tout au plus une métropole de province un peu bourgeoise, mais qui fait un effort pour maintenir la façade et garde un style bon enfant malgré tout.

La Grand'Place de Bruxelles illuminée
La Grand'Place de Bruxelles illuminée

Nous descendons ensuite vers la cathédrale Saint-Michel, en très mauvais état et fermée pour restauration majeure. Puis c'est l'éblouissante surprise de la Grand-Place illuminée, admirable dans la variété et les fioritures de ses riches façades à frontons flamands. On est saisi par l'exubérance Renaissance jaillissant de ces sculptures surabondantes et pleines de fantaisie, encadrant la vaste esplanade au pavé inégal. Nous traversons enfin les Galeries Royales Saint-Hubert, sorte de centre d'achat avant la lettre puisque le décor date du XIXème, et nous gagnons la pittoresque et très achalandée Petite rue des Bouchers. Nous y soupons "Chez Léon" d'une délicieuse assiette de moules et frites : on est en Belgique, il faut en profiter. Méprisant la gastronomie régionale, les enfants de leur côté préfèrent s'enfiler une grosse assiette de spaghettis !
 

Jeudi 4 août 1988  :  BRUXELLES

 Tôt levés, nous reprenons notre exploration du coeur de la cité : cette fois nous visiterons la ville moderne. Repartant de la Grand-Place, nous gagnons la Bourse dont Mathieu tente vainement de franchir les portes, puis la rue des Fripiers, très commerçante et animée, la place des Martyrs vieillotte et décrépite, la place de Brouckère immortalisée par la chanson de Jacques Brel, mais dont l'archaïsme "1900" doit battre en retraite devant le modernisme des grands buildings très fin XXème.

À deux pas de la Grand'Place, la fameuse fontaine du  Manneken Pis
À deux pas de la Grand'Place, la fameuse fontaine du  Manneken Pis

 Retour à la Bourse, puis à la rue des Fripiers où Mathieu s'achète enfin le couteau suisse convoité depuis si longtemps. Nous continuons par la Grand-Place où la lumière ajoute encore à la grandeur des dentelles de pierre, allons saluer le célèbre Manneken Pis, passons la vieille tour d'Anneessens, grimpons à travers les jardins et fontaines du Mont-des-Arts pour faire le tour du Palais Royal et de la Cour des Comptes; nous trouvons ces grandes bâtisses bien dessinées mais un peu impersonnelles.

 La place du Grand Sablon nous retient un moment avec ses antiquaires et ses marchands de vaisselle, avant que nous n'aboutissions au colossal Palais de Justice, espèce d'énorme pièce montée d'un goût que l'on jugerait teuton. Ralliant enfin une place Louise assez animée, nous abandonnons, épuisés, la marche à pied et rentrons à l'hôtel par le métro. Le soir, nous n'avons pas le courage de redescendre en ville et soupons dans un petit restaurant quelconque mais tout proche.
 

Vendredi 5 août 1988 : BRUXELLES

 Aujourd'hui nous commençons par une balade du côté de l'avenue des Arts en traversant le Parc de Bruxelles, le but étant d'aller chercher notre chèque chez Helvetia (pour payer notre garagiste). Nous voulons aussi nous procurer un annuaire de la B.N.P., au cas - improbable, nous l'espérons - où nous aurions à nouveau besoin d'une grosse somme d'un seul coup. Puis retour à notre hôtel où Mathieu décide de passer l'après-midi seul dans la chambre à lire son "Jeu et Stratégie" !

Superbes façades baroques de la Grand'Place
Superbes façades baroques de la Grand'Place
Grande Place de Bruxelles
Grande Place de Bruxelles

Le reste de la famille descend sur la Grand-Place; nous y avalons un pita-doner avant de nous séparer : Monique et Juliette iront visiter le Musée Historique de la Ville, dans la Maison du Roi, où un étage tout entier est consacré aux costumes offerts au Manneken Pis, tandis que je retournerai au Musée des Arts Anciens devant lequel nous n'avons fait que passer hier. Je prends le temps d'explorer assez systématiquement les salles du XIXème et XVIIIème, intéressantes mais somme toute secondaires, et c'est au moment où je commence à entrevoir les grands Rubens que le musée ferme ses portes... Tant pis, je reviendrai.

 Je rejoins les autres membres de l'équipage pour un souper innommable dans un "restaurant" italien; nous nous rattrapons avec une Dame Blanche (délicieuse glace à la vanille nappée de chocolat belge : un régal !) sur la Grand-Place somptueusement illuminée.
 

Samedi 6 août 1988  :  de BRUXELLES à DINANT

 Je ne puis me résoudre à quitter Bruxelles sans jeter au moins un coup d'oeil aux Bruegel du Musée des Arts Anciens; Juliette m'y accompagne et semble apprécier aussi les magnifiques Rubens que j'ai raté hier. Les tableaux sont immenses, leurs couleurs extraordinairement fraîches et délicates et leur composition tout à fait magistrale. L'étude des "Têtes de Nègre" nous fascine aussi par la vitalité qui transparait de la toile. De retour à l'hôtel vers 12:15, je persuade Monique de faire un tour "guidé" et rapide des plus belles salles du musée.

Au Musée des Arts Anciens, les Têtes de Nègre de Rubens
Au Musée des Arts Anciens, les « Têtes de Nègre » de Rubens
Rubens : L'Adoration des Mages
Rubens : L'Adoration des Mages

 Après quelques hésitations devant le vaste choix d'affiches souvenir (dont finalement aucune ne rend justice aux merveilles entrevues depuis deux jours), nous gagnons la gare centrale où nous dînons rapidement au buffet avant de reprendre la direction de Dinant par le train de 15:29. Mathieu est toujours le nez dans son "Jeux et Stratégie"; peut-être nous manifeste-t-il ainsi sa difficulté à être disponible aux multiples stimuli qui nous assaillent ?

 Nous apprécions le retour chez nous, dans l'intimité de notre camping-car toujours immobilisé au milieu du garage Citroën. Les travaux ont bien avancé puisque les réparation de carrosserie sont maintenant terminées, mais il faudra encore deux jours pour remonter le moteur et faire les derniers ajustements et réglages.
 

Dimanche 7 août 1988  : DINANT

 Ce dimanche s'annonce très chaud, et nous ne tardons pas à cuire sous notre double toit sans aucune isolation. Nous nous levons tard cependant, profitant de l'absence des mécaniciens qui nous réveillent d'habitude dès 7:00. Comme pour hâter notre départ, je nettoie les vitres et fais quelques petits bricolages dans la cellule, mais il fait tellement beau que nous ne résistons pas plus longtemps au plaisir de nous promener au soleil et nous nous joignons aux touristes du dimanche qui ont envahi la petite ville.
 

La citadelle de Dinant au dessus de la Collégiale
La citadelle de Dinant au dessus de la Collégiale
Envolée en télésiège vers la citadelle et l'aire de jeu
Envolée en télésiège vers la citadelle... et l'aire de jeu !
 
La Collégiale et la Meuse vus depuis l'éperon de la Citadelle
La Collégiale et la Meuse vus depuis l'éperon de la Citadelle
La plaine de jeu attendue par les enfants
La plaine de jeu attendue par les enfants

 Passant le pont sur la Meuse, nous gagnons la gare du télésiège au pied de la falaise. D'un coup, il nous hisse jusqu'à la citadelle dominant la vieille ville et le fleuve à ses pieds. La visite de la forteresse est beaucoup plus brève que celle que nous avons faite à Namur, mais la vue davantage resserrée est par contre plus pittoresque. Puis les enfants trouvent là-haut une aire de jeu aménagée qui les retient jusqu'à la fermeture vers 19:00. Résultat, nous ratons le dernier télésiège et devons redescendre jusqu'à la Collégiale par un escalier vertigineux et interminable, au grand dam de Juliette très fatiguée par ses ébats de l'après-midi.

 La soirée nous parait bien tranquille dans notre garage déserté, mais qu'il y fait chaud ! Il nous faudra des heures pour trouver le sommeil... Le nez dans les guides, je continue à planifier la suite de notre voyage vers la Scandinavie. Le retard causé par cet arrêt forcé au seuil de notre périple ne nous permettra probablement pas de contempler le soleil de minuit, mais il reste tant d'autres choses admirables à voir...
 


Lundi 8 août 1988  :  DINANT

 Nous sommes tôt réveillés par le retour de nos mécanos, après une nuit bruyante (en soirée les Belges roulent à toute allure, et ces motos...!) et étouffante (l'air ne circule pas dans ce grand local fermé). La journée se passe en lavage dans une buanderie, marché, réparation de nos sacs à dos... et souper-sandwiches dans le camping-car. Je relis "La Piste Oubliée" de Frison-Roche, histoire de me mettre dans l'ambiance pour notre future traversée du Sahara... et de mieux supporter la chaleur persistante.
 


Mardi 9 août 1988  :  DINANT

 Au programme aujourd'hui, la descente de la Lesse en kayak. Dès notre arrivée à Dinant, le patron du garage nous avait recommandé cette activité de plein air particulièrement plaisante un jour de canicule. Aussi avons-nous décidé de ne pas quitter la région sans faire cette excursion.

Notre aimable garagiste a la gentillesse de nous conduire au bourg d'Anseremme où nous prenons nos billets et un petit train sympathique aux wagons de bois. Nous arrivons quelques minutes plus tard à Houyet, une pittoresque gare de campagne comme on n'en voit plus sinon dans les décors de trains électriques miniatures...
 

Sous les gtrands arbres,Juliette et Monique en kayak sur la Lesse
Sous les grands arbres, Juliette et Monique
en kayak sur la Lesse

De là nous gagnons rapidement l'embarcadère où l'on nous remet 2 kayaks à 2 places, 2 seaux étanches pour abriter nos affaires, 2 pagaies doubles, et en route pour 21 kilomètres de descente de la paisible petite rivière, entre deux berges verdoyantes et parfois accidentées. Le cadre est champêtre, le temps magnifique et la température des plus agréable à l'ombre des grands arbres et à proximité immédiate de l'eau.
Mathieu, bien entendu, se croit aux Olympiques et veut performer, mais il finit par se calmer, la fatigue arrivant après quelques kilomètres de sprint...
J-P et Mathieu en kayak sur le Lesse
J-P et Mathieu en kayak sur le Lesse
Passage sous le château de Walzin
Passage sous le château de Walzin
 Malheureusement, sur la rivière c'est l'embouteillage, et il faut faire très attention pour éviter les collisions avec les quelques centaines d'autres kayaks multicolores qui tentent de faire la même expérience de solitude dans la nature. 
Deux petits sauts de barrage donnent un peu de piquant à un parcours plutôt familial, surtout lorsque je me flanque à l'eau en photographiant l'autre canot passant un petit bief...
Monique et Juliette passent le bief... haut la main !
Monique et Juliette passent le bief... haut la main !

 La balade se termine vers 16:00, avec au bilan une bonne journée de grand air dans un joli coin de campagne. Voilà qui nous aura fait attendre agréablement et sans trop d'impatience l'achévement des réparations et notre nouveau départ.


6. Nouveau départ : on musarde en Ardennes... et on file en Allemagne !

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