Page optimisée pour un écran de 1024 x 768 pixels

   
Sabbatique 1988-89

Juliette, Mathieu, Monique et Jean-Paul MOUREZ 
à bord de leur Pilote 470

21. Virée en Suisse et traversée de l'Autriche jusqu'au Loibltunnel

Drapeau suisse


Mardi 8 novembre 1988  :  de SAINTE-FOY-LES-LYON à FRIBOURG (SUISSE)

Écu genevois  Après avoir fait le plein d'eau et reçu les "dernières" recommandations maternelles et conjugales, nous partons tous les trois, "entre hommes". La nouvelle autoroute Lyon-Genève se révèle davantage un formidable chantier en cours qu'une réalité pratique, et la route nationale, quoiqu'intéressante avec ses reliefs de plus en plus accusés, nous paraît plutôt longue. Il faut aussi affronter quelques petites tracasseries à la douane française pour faire détaxer le moniteur vidéo (emporté à cet effet), mais Genève finit quand même par arriver.
Passage obligé au change de monnaie, puis petite balade au bord du lac où Mathieu se passionne pour une exposition du Service des Eaux de la ville. Le temps est maussade, gris et humide, aussi abrégeons-nous notre visite. Empruntant l'autoroute longeant le lac, nous atteignons rapidement Vevey où nous arrivons dans la nuit. Pub eau

Nous décidons quand même de pousser jusqu'à Fribourg, typique vieille ville médiévale et universitaire. Le site me semble très accidenté, et j'ai du mal à me repérer dans l'obscurité sans ma copilote préférée. Nous finissons par aboutir dans le stationnement d'un grand ensemble à la sortie de la ville. Arrêtant sans bruit dans un espace libre, nous y jouissons d'un sommeil paisible.

 Premières impressions sur la Suisse : des paysages vallonnés mais peu montagneux - dans cette région du moins - avec beaucoup de vignobles (que goûte ce vin ?); un pays policé, bien organisé, propre, en pleine activité économique et en développement intense, mais petit, étroit, très densément peuplé, où tout semble souffrir d'entassement.
 

Mercredi 9 novembre 1988  :  de FRIBOURG à BERNE

Avec le jour, le plan quelque peu alambiqué de la ville est plus reconnaissable. Nous faisons un grand tour à pied dans le centre : place et église des Cordeliers en totale rénovation, fontaine de Samson, cathédrale SaintNicolas, pont de Zanringen, Grande Rue avec son marché animé débouchant sur l'Hôtel de Ville du XVIème.

 Les tours et toits de tuiles vieillies donnent une patine romantique à la basse ville enserrée dans une boucle de la Sarine. Les fortifications extérieures se devinent à travers la brume légère flottant sur le site, conférant à la cité une aura quasi fantastique à la Victor Hugo. Un peu à regret, nous la quittons pour Berne, quelques 35 kilomètres d'autoroute plus loin.

Ours héraldique bernois
Armoiries de Berne : l'ours


La vieille ville de Berne lovée dans une boucle de l'Aare

 Capitale fédérale de la Suisse, c'est une grande cité où de longues avenues bordées d'édifices XIXème en pierre grise nous conduisent jusqu'au coeur de la vieille ville. Une opulente artère piétonnière aux pavés surannés la traverse de part en part, limitée par d'anciens immeubles bourgeois à arcades et ponctuée de fontaines décorées de statues médiévales aux couleurs vives.
Nous la traversons tout au long pour atteindre à son extrémité le grand pont sur l'Aare menant à la célèbre fosse aux ours. Mathieu prend beaucoup de plaisir à les observer faire les grimaces et les pirouettes grâce auxquelles ils obtiennent attention et friandises des badauds.
L'ourse et ses oursons dans la fosse de Berne


Le vieux Berne circonscrit par l'Aare : vue d'artiste

Nous rallions ensuite les musées Alpin et des P.T.T. en musardant dans le parc qui suit la courbe de la rivière. Les couleurs de l'automne lui donnent un charme un peu mélancolique tandis que les maisons et monuments de la vieille ville, empilés sur l'autre bord de la rivière, mêlent leurs reflets dans l'eau vive. Les musées, soignés et cossus à l'image du pays, retiennent peu notre attention. Le crépuscule précoce plonge bientôt la ville dans une pénombre bleutée. La sortie des bureaux cause une agitation toute relative de bicyclettes et de tramways ramenant tous ces placides fonctionnaires helvétiques chez eux.

Nous traversons alors la grande arche métallique du pont dominé par le Palais de la Confédération pour aller récupérer notre camping-car sur Sulgenekstrasse. Puis nous nous engageons discrètement dans une ruelle en bordure du parc, devant quelques luxueuses résidences d'English Strasse où nous trouvons le havre de paix toujours recherché à cette heure.
 

Jeudi 10 novembre 1988  :  de BERNE à ZURICH

 Quelle bénédiction pour des nomades comme nous que ces quartiers huppés, à l'image de celui qui nous a servi de point de chute cette nuit ! Un calme souverain semble toujours y régner, nul ne s'avise jamais d'y faire du trouble ni d'y mener tapage... Bien reposés, nous sommes debout à 7:30, et je profite des nombreuses places de stationnement encore disponibles pour aller m'installer en plein centre ville. Jean peut alors retourner filmer les rues typiques trop assombries hier soir pendant que je prends ma douche et fais la vaisselle du déjeuner devant les boutiques qui commencent à ouvrir.

A 9:00, départ vers Interlaken. La route panoramique passe au milieu des montagnes que l'on aperçoit à peine tant le brouillard du matin s'attarde dans les vallées. Pas moyen de seulement deviner la cime neigeuse de la Jungfräu; pourtant je conserve encore le souvenir vivace du petit train rouge à crémaillère, des tunnels percés de "fenêtres" sur le paysage grandiose, et de la violente averse de neige qui nous attendait au sommet. J'avais huit ans alors... Nous traînons un long moment dans la jolie petite ville si animée l'été, mais maintenant vide de ses touristes, achetant écussons et affiches, avant de repartir pour Luzern (Lucernes).

Un parking au bord du lac des Quatre Cantons nous sert d'aire de pique-nique avant que nous retournions au centre ville pour chercher - en vain - le "tourist office". C'est finalement par nous-même que nous trouvons le fameux Musée des Transports dont Mathieu a fait sa destination. Il ferme malheureusement une heure plus tard et nous n'aurons pu qu'entrevoir les magnifiques collections de locomotives, avions et bateaux. Il faudra absolument y revenir !


Le pont de Luzern

L'autre grande attraction de Luzern, c'est son vieux pont de bois couvert et peint qui nous attire ensuite. Nous flânons un moment alentour dans le crépuscule précoce et bleuté de l'automne. Sur le quai, canards et cygnes se disputent le pain jeté par les passants tandis que joue la complainte geignarde d'un petit orgue de barbarie. L'obscurité descend progressivement sur les façades anciennes bordant la rivière, le froid humide et pénétrant du lac nous ramène à notre Pilote. Nous repartons enfin dans la nuit jusqu'à Zurich pour aller établir nos quartiers à flanc de montagne, sur une rue pentue en plein secteur résidentiel.


Vendredi 11 novembre 1988  :  de ZURICH à SAINTE-FOY-LES-LYON

Levés encore une fois à l'aurore, nous redescendons dans la vieille ville au bord du lac pour aller stationner directement dans la cour du Musée National Suisse. Comme ses portes n'ouvrent qu'à 10:00, Mathieu se fait accompagner sur la Banhofstrasse que l'on dit "pavée d'or" car c'est là que toutes les grandes banques suisses ont leur siège social (et leurs salles des coffres creusées sous la chaussée !). Notre fiston en culottes courtes et bottes de caoutchouc les visitera toutes systématiquement, glanant prospectus et autres souvenirs, réalisant un vieux rêve renvoyant à l'on ne sait quelle mythologie. Une ruelle bordée de hautes vieilles maisons serpente en arrière du quai et nous ramène sur la petite Weinplatz entourant un puits surmonté d'un extraordinaire décor de ferronnerie baroque. De l'autre côté de la rivière se dresse la façade sévère du Grossmünster; sa vue me rappelle plusieurs enregistrements fameux de son orgue dormant dans ma discothèque à Montréal... Nous tombons alors sur un orchestre de gamelans costumés qui fête, avec d'autres musiciens en bande que nous croisons ensuite, un carnaval local.
 

Musée suisse de Zurich : diorama de la bataille de Morat
Nous rallions ensuite le musée riche d'une belle collection d'armes et d'uniformes. Une grande partie provient des célèbres mercenaires suisses ayant servi autrefois dans toutes les cours d'Europe et maintenant encore au Vatican. Les salles consacrées aux meubles et faïences sont dignes d'intérêt (poêles imposants), mais je passe plus rapidement devant celles qui sont dévolues à l'art religieux. Reste une richissime exposition de pièces d'orfèvrerie (or et argent) clôturant en beauté notre visite.


Musée suisse de Zurich : cavalier en or

Musée suisse de Zurich : uniformes anciens de l'armée suisse

Notre court séjour en Suisse du nord touche déjà à sa fin. Vers 14:30, nous devons reprendre la direction de la France. Via Baden et Neufchâtel, nous rallions Genève sur d'excellentes autoroutes, puis Annemasse et Annecy pour enfin retrouver Lyon où nous arrivons à 22:45. Ce voyage-éclair nous aura au moins donné le goût d'en voir plus et de retourner dans ces villes anciennes dont émane beaucoup de charme, malgré leur animation et leur densité.
Musée national suisse : la vieille apoteke

Samedi 12 novembre 1988  :  SAINTE-FOY-LES-LYON

 Dès notre lever - tardif - nous poursuivons le chargement du camping-car en vue de notre prochain voyage au long cours. Nous accompagnons Mathieu à son club de jeu vers 14:00, puis faisons un dernier passage au "Carrefour" d'Ecully pour compléter nos provisions fraîches.
 Prenant ensuite la route de Fareins, nous allons souper chez René-Pierre et Jocelyne. Leur maison rustique est joliment finie mais vraiment exiguë avec leurs deux filles, aussi leur projet de construction nous semble bien compréhensible, même s'il parait un peu vaste à Monique au premier abord. Nous passons une soirée très sympathique à bavarder autour de la table campagnarde. Elle s'achève par un tour de la nouvelle miellerie, remarquable par son agencement fonctionnel et sa dimension. Je jette un coup d’œil intéressé au Ford Transit de 3,5 tonnes que René-Pierre a fait convertir en 4 x 4 (ce dont je rêve pour notre véhicule). Il envisage de le compléter d'une caravane modifiée et portée, en faisant ainsi un camping-car modulaire... Vers 1:00 nous rentrons à Lyon reprendre Mathieu à son club pour enfin nous glisser au lit vers 2:00.

 

Dimanche 13 novembre 1988  :  SAINTE-FOY-LES-LYON

 Nous paressons au lit jusque vers midi; il n'est donc plus question de partir aujourd'hui, d'autant plus qu'il reste encore quelques bricolages à terminer. Monique achève les coussins isolants de la capucine tandis que je leur pose des pressions, puis elle ajuste le drap-housse de notre lit et le fixe avec du velcro.

 Pendant ce temps, j'obture avec de la thermocolle les fentes d'aération continue des lanterneaux qui faisaient un bruit désagréable en route et contribuaient à rafraîchir inutilement nos nuits... Les derniers remplissages sont bientôt complétés, et nous voilà fin prêts : demain, départ pour notre second périple. J'attendais ce moment depuis longtemps (nous sommes rentrés à Paris le 10 octobre !), même si je suis devenu plus patient qu'à notre premier voyage. Je regrette seulement que toutes les améliorations que je souhaitais apporter à notre véhicule n'aient pu être exécutées à cause de leur coût prohibitif (plus grande réserve d'eau intégrée, propulsion 4 x 4, barres antiroulis, etc.). Je me promets cependant d'en profiter au maximum, et continuerai de rêver à mon futur camping-car idéal...

 

Lundi 14 novembre 1988 : de SAINTE-FOY-LES-LYON à SALLANCHES

 Enfin le départ ! Levés à 7:30, nous décollons à 10:00. J'effectue un premier arrêt chez Matasse pour tenter de faire réparer - sans succès bien entendu - les feux de gabarit subitement défectueux. Puis nous prenons la RN 6 en direction de Chambéry pour bifurquer vers Ugine; les gorges de l'Arly forment un parcours déjà un peu plus sportif. Une déviation entre Ugine et Fumet nous fait quitter la route des gorges pour les virages d'un détour par la montagne : super ! 


Sallanche : alpages

A Megève, Monique appelle Francis Guer, un ancien condisciple perdu de vue depuis des années. Il nous invite à le rejoindre dans sa grande ferme savoyarde qu'il a déménagée et réinstallée sur un terrain lui appartenant entre Combloux et Sallanches. Francis et Odile sa femme nous réservent un accueil simple et charmant au milieu de leurs 5 jeunes enfants. Ils vivent dans le vaste rez-de-chaussée, l'étage (l'ancienne grange) contenant piscine et immense salle de jeu. Nous passons deux bonnes heures à parler de nos vécus passés et présents avant de nous coucher vers 10:30 dans notre camping-car, devant la maison et face aux montagnes.

 Mardi 15 novembre 1988  : de SALLANCHES à BLITZINGEN (SUISSE)

Nous sommes debout à 8:00. Cela nous permet de saluer Francis et Odile à leur départ au travail et de planifier des retrouvailles avec eux à notre retour en février. A Sallanches, nous faisons le plein de diesel au super-marché (ristourne habituelle de 10 %), pour prendre ensuite la route du Fayet. Les montées de cols se succèdent sous un ciel qui s'éclaire progressivement. La montagne nous apparaît alors, sauvage et grandioses dans ses couleurs d'automne. Le passage du col de la Forclaz est sans conteste le point fort de la matinée après que nous ayons franchi la frontière suisse vers Martigny. Les vignobles déboulant les pentes raides nous accueillent dans la vallée de Sion dont nous suivons le fond jusqu'à la ville du même nom. Nous prenons un déjeuner rapide au pied du château dominant du haut de sa butte le cœur de la vieille cité.

Puis nous commençons à escalader le contrefort sud de la vallée en direction du barrage de la Grande Dixence, la plus haute retenue d'Europe. Nous montons ainsi jusque vers 2 000 mètres, rencontrant bientôt beaucoup de gelée blanche alors qu'il n'est encore que 15:00. Mais l'extrémité du chemin d'accès au barrage lui-même, dont nous apercevons la muraille imposante à quelques centaines de mètres au dessus de nous, est fermée à l'approche de l'hiver. Nous devons nous contenter d'admirer les Aiguilles Rouges (3 648 m.) et de contempler les Pyramides d'Euseigne, originales cheminées de fée plantées dans un cadre grandiose. La descente du Val d'Herémence elle aussi s'avère splendide, et nous ne regrettons pas notre excursion malgré son non-aboutissement.
Pyramide d'Euseigne


Rattrapant la grande route à Sion, nous passons Sierre et Brig d'où part la route du Simplon menant en Italie. Enfin, par une voie plus étroite, nous continuons jusqu'au petit village de Blitzingen où nous campons près d'un torrent fougueux, en fait le haut cours du Rhône, sur un terre-plein à côté d'un hameau.

 

Mercredi 16 novembre 1988  : de BLITZINGEN à MAIENFELD

 Nous poursuivons maintenant vers le Furkapass. La nuit a été très fraîche et le paysage autour de nous au réveil est couvert de givre. D'ailleurs nous avons eu un peu froid : nous étions à 1 500 mètres d'altitude mais avions omis d'allumer le chauffage... ce qui n'aide pas Monique à prendre le dessus sur un rhume tenace !
 

La route du Furkapass en été, mais fermée pour nous...
Au fond le glacier du Rhône.

 Lorsque nous repartons, un panorama grandiose se déroule devant notre pare-brise : les pentes supérieures des montagnes s'éclairent dans le soleil matinal tandis que les villages et les aérodromes de l'armée suisse demeurent dans l'ombre et dans les frimas au fond de la vallée. A Ulrichen, nous trouvons la route du Furkapass fermée aux automobiles car il y aurait déjà de la neige en altitude. Comme nous ne voulons pas prendre le train - le traversier local empruntant un obscur tunnel sous la montagne - nous bifurquons vers le sud pour attaquer bientôt les épingles à cheveux et les fortes pentes du Nufenen Pass. 
Il nous faudra en gravir les 13 kilomètres en 1ère, l'altitude et notre poids important essoufflant notre petit diesel. Mais quelle vue magnifique ! Je ne sais où diriger la vidéo, sur les pics, les pentes blanchies par la poudreuse, les abîmes vertigineux... Nous atteignons enfin le col à 2 478 mètres, et je dois laisser le moteur refroidir un petit moment après ce rude effort.
Au sommet du Nufenen Pass


Col du Saint-Gothard... en été !

 La descente ensuite est moins impressionnante, quoiqu'interminable... en 2ème ! Arrivés à Airolo (Suisse italienne), nous admirons les ouvrages d'art du Saint-Gothard Pass puis nous engageons - un peu par inadvertance - dans le tunnel homonyme. Nous en avalons à 90 km/heure les 17 kilomètres faciles quoique décevants, d'autant plus qu'à la sortie il nous faut revenir en arrière de 11 km, mais cette fois par les lacets des gorges de Schöllenen autrement pittoresques, pour reprendre à Andermatt notre route vers l'est.
On repart alors à l'assaut de la montagne, dorénavant via le superbe itinéraire de l'Oberalpass (2 044 m). Les rampes sont cependant moins rudes et la longue descente ensuite nous fait longer le cours débutant du Rhin. Un accident sur la route étroite et sinueuse de Flims nous retarde 1/2 heure (deux voitures de front ont percuté un camion dans un virage), si bien que la nuit tombe lorsque nous arrêtons pour visiter la jolie petite ville de Chur. Mal équipé pour combattre l'hiver de plus en plus présent, j'y cherche en vain un bonnet "russe" ou d'aviateur en mouton retourné comme en portent les soldats suisses en manœuvres rencontrés un peu partout. 
Les grands cols des Alpes suisses


Feldkirch : maison peinte traditionnelle

La ville, assez moderne, a bien conservé quelques vieilles maisons ornées de peintures traditionnelles mais l'ensemble manque un peu trop d'unité. Aussi, le froid nous aiguillonnant, nous rembarquons dans notre camping-car pour encore quelques kilomètres jusqu'à Maienfeld, le village natal de l'auteur de "Heidi", où nous bivouaquons dans la nuit sur le stationnement du gymnase municipal.


Jeudi 17 novembre 1988  :  de MAIENFELD au SILVRETTA PASS (AUTRICHE)

 Après le plein d'eau à même la fontaine très couleur locale où vient de s'abreuver un petit troupeau de vaches autochtones, je capte à la vidéo quelques images matinales caractéristiques du village (couettes étalées au soleil sur les toits, jardins campagnards et vignes grimpantes). La petite route rurale parcourue ensuite nous fait découvrir un peu plus loin, dans une majestueuse chênaie brillant des feux de l'automne, la fontaine de Heidi. Juliette s'y laisse filmer pataugeant dans le bassin au pied de la statue de pierre un brin naïve; cela donne un joli plan vidéo sur fond de feuillage doré...   


Vaduz dans la vallée au pied du château princier

Quelques kilomètres encore et nous pénétrons dans le Liechtenstein, somme toute très peu différent du reste de la Suisse, seulement plus petit et encore plus léché si c'est possible ! Il faut bien sûr s'arrêter à Vaduz, capitale miniature de la principauté pour se procurer, au pied du château princier en nid d'aigle, les inévitables écussons et timbres postes de tradition, avant de passer la frontière autrichienne à Tisio.


Vaduz : le château-résidence du Prince de Liechenstein


Leurs Altesses Serenissimes la Princesse Gina et le Prince François-Joseph II




Jeudi 17 novembre 1988  :  de MAIENFELD au SILVRETTA PASS (AUTRICHE)

 Nous voici donc au Tyrol ! A midi nous entrons dans Feldkirch, une vieille ville très pittoresque avec ses maisons peintes, ses fontaines et ses enseignes de fer forgé. Au Tourist Office local, on nous confirme notre itinéraire : le Silvretta Pass est encore ouvert pour une journée avant sa fermeture hivernale. Nous rencontrons aussi un couple d'Anglais en Winibago qui, de retour de Grèce, achèvent une virée fort semblable à la nôtre et pensent déjà à leur prochaine escapade continentale, avec leurs enfants cette fois... Encourageant !
Feldkirch : la petite ville blottie dans la vallée


Vallée du Montafon : chalets traditionnels à St-Bartholomaberg
Nous prenons donc la route de Bludenz où nous bifurquons vers la large et riche vallée du Montafon, encadrée de montagnes plus ou moins enneigées. Près de Schruns une petite route latérale "verte", à flanc de montagne, nous semble invitante et nous nous y hasardons; quelle aventure ! Nous nous retrouvons bientôt en train d'escalader 13 km de chemin de campagne étroit et pentu, bien plus digne d'un 4x4 que de notre patapouf de "limousine". Des travaux de voirie inattendus manquent nous retenir enlisés (pente + boue = patinage pour notre traction avant), mais nous passons quand même pour parvenir in extremis et en 1ère, à St-Bartholomaberg... d'où il faudra redescendre en 1ère et en 2ème ! La boite à fusible des ventilateurs commence à surchauffer et à fumer... En fin de compte nous retrouvons la bonne route à Schruns, mais l'après-midi est déjà avancé et le soleil bas.

Nous attaquons gaillardement la "haute route alpine" du Silvretta Pass. A partir de Partenen (1027 m), nous sommes dans la pénombre et les épingles à cheveux. Sur les pentes élevées qui nous entourent, il y a déjà pas mal de neige, diffusant une vague lueur bleuâtre sur le paysage de plus en plus austère, cependant la chaussée demeure sèche et excellente. On jette en passant un coup d’œil au lit caillouteux du Vermunt Stausee, à sec, dont le barrage est en réfection. Encore quelques kilomètres de haute montagne et nous atteignons le Silvretta Stausee, à 2 036 m. La nuit étant devenue totale, nous campons sur une vaste esplanade glacée au bord du lac, environnés de sommets grandioses et rudes seulement éclairés par la lueur de la lune et de milliers d'étoiles. Le ciel est d'une pureté cristalline et le silence absolu : un vrai désert ! La nuit sera parfaitement calme et notre confort total sur cette banquise grâce au chauffage très efficace qui fonctionnera cette fois toute la nuit.

 

Vendredi 18 novembre 1988  :  du SILVRETTA PASS à FUGEN

Réveillé dès 6:30, j'admire « l'aurore aux doigts de rose » colorant délicatement les cimes qui nous dominent, tandis qu'une lumière grise et froide baigne encore les pentes blanches et noires et la glace du lac près de nous. La solitude accuse le côté saisissant du spectacle.

Puis je sonne le réveil général dans la chambrée, et nous commençons tranquillement les routines matinales : lever, conversion des couchages en banquettes, pliage de la literie, toilette et préparation du petit déjeuner. Soudain, au beau milieu de notre breakfast, surgit un brave homme gesticulant et baragouinant ce qui semble être de l'allemand (nous ne sommes guère germanistes...). Nous finissons par comprendre que le col est maintenant fermé - ce qui explique la paix royale dont nous avons joui cette nuit - que des chutes de neige et de verglas ont rendu impraticable l'accès nord emprunté par nous hier soir, et que nous devrons faire 2 km à pieds à partir de la barrière du côté sud pour aller en chercher la clef au poste de contrôle... Fantastique la quantité d'informations que peut transmettre l'expression non-verbale ! Nous descendons lentement une route austère mais grandiose jusqu'à la dite barrière que l'on nous ouvre aimablement à notre arrivée : nous aurons vraiment été les derniers voyageurs à passer cette anné

Innsbruck : vue générale au bord de l'Inn


Innsbruck : vue aérienne


Innsbruck : le couvent des Prémontrés

Notre itinéraire nous mène ensuite sans histoires à travers la large vallée du Paznauntal, ensoleillée et frangée de montagnes. Puis nous empruntons l'autoroute jusqu'à Innsbruck, la capitale du Tyrol. Depuis le site olympique, on a un bon coup d'oeil général sur la ville que nous découvrons ensuite d'un peu plus près.



Innsbruck : place du Toit d'Or

Innsbruck : place du Toit d'Or

Les rues sinueuses sont bordées de hautes et vénérables façades aux décors rococo, le célèbre Toit d'Or vaut autant par son environnement et l'antique place qu'il semble présider que par son design propre. Toujours et partout les montagnes enneigées profilent leurs cimes en arrière plan. 
Innsbruck : enseigne de fer forgé



Innsbruck : Musée d'Art populaire tyrolien : crèches

Nous consacrons 2 bonnes heures à la visite du Musée d'Art Populaire Tyrolien. On y admire une précieuse collection de crèches colorées et délicates du XVIème au XIXème...

...des outils et des meubles finement gravés ou peints, intérieurs de chalets en pin richement sculptés, de magnifiques costumes régionaux. 

La Hofkirche mérite aussi un détour, avec ses massives 28 statues en bronze noir de personnages plus ou moins historiques (du Roi Arthur à Clovis...) entourant le mausolée de Maximilien Ier.


Statue de bronze de la Hofkirche

Statues de bronze de la Hofkirche


Innsbruck : place du Toit d'Or de nuit et sous la neige...
L'obscurité tombe lorsque nous sortons du musée. Un peu de lèche-vitrines dans les rues illuminées de cette ville chic et dispendieuse nous mène jusqu'à l'Office du Tourisme. On nous y apprend que la route panoramique du Grossclöckner, dont j'envisageais le parcours, est fermée. Il ne nous reste donc qu'à nous pousser au plus vite vers l'Est pour devancer les assauts du Général Hiver.

 Embarquant sur l'autoroute A 12, nous gagnons Wiesing puis, dans la nuit, bifurquons vers le sud en direction du Gerlospass supposé être encore accessible. Nous établissons faute de mieux notre bivouac à Fugen, au bord d'une rue de village qui s'avérera extrêmement passante et bruyante. Auparavant, au cours de notre vaine recherche d'un coin tranquille, nous avions éteint d'un coup de pare-chocs arrière un lampadaire de Schlitters, ce qui avait amené une évacuation hâtive et discrète...

 

Samedi 19 novembre 1988  :  de FUGEN à HERMAGOR

 Mal reposés, nous repartons sous la pluie en direction du Gerlospass, par une route de vallée qui bientôt commence à grimper. Mais la bruine vire progressivement en neige au fur et à mesure que nous gagnons en altitude; malgré tout le pittoresque que sa présence ajoute au paysage (montagne d'alpages saupoudrée de sucre glace), je dois constater la rage au cœur que notre escargot à traction avant, patinant et dérapant, ne pourra passer. Nous devons faire demi-tour à quelques kilomètres du col (1 507 m) pour regagner la vallée et tenter un autre itinéraire. Notre véhicule, dont la charge est beaucoup trop reportée sur l'arrière, se montre encore une fois au dessous de nos attentes, il n'est manifestement pas prévu pour le genre de "raid" que nous menons...

 Nous revenons donc à l'autoroute A 12, puis roulons jusqu'à Kitzbühel,  toujours sous une petite neige tourbillonnante. Le temps de faire le plein d'eau et de carburant dans cette élégante station de sports d'hiver célèbre pour ses grandes compétitions de ski alpin, et je reprends le volant. Nous passons sans trop de problème mais les fesses serrées le Thurnpass (la route est juste assez salée !) et descendons dans la vallée de la Salzach à Mittersill, une petite ville traditionnelle sise au fond d'une large dépression. La neige, légère, s'éclaircit bientôt. Après une superbe montée parmi les hauts sapins qui, tout couverts d'une neige épaisse, tapissent les parois abruptes de la vallée, nous franchissons enfin la chaîne du Hohe Tauern (culminant à 3 800 m) par le Felbertauern Tunnel (5,3 km).
Route du Felbertauern Tunnel

Il semble bien que nous ayons laissé le mauvais temps derrière nous. La descente de l'autre côté du col s'achève donc sous un ciel gris mais clément à Mattrei. Après une courte pause devant son château du XIIIème surveillant du haut de son éperon le bassin de l'Isel, une route de vallée large et facile nous mène à la petite ville de Lienz. Elle a de toute évidence perdu son animation estivale... Nous remontons les 982 m du Gailbergsattel pour entrer dans la douce et rurale Carinthie, avant de faire enfin halte dans le village d'Hermagor, sur le stationnement d'un magasin de linge... C'est alors qu'en faisant le tour du camion je constate la disparition du bouchon du réservoir d'eau : nous avons dû l'oublier à Kitzbühel en faisant le plein... 170 km éprouvants que nous ne referons sûrement pas ! Tant pis, nous nous arrangerons pour le remplacer plus loin.

 

Dimanche 20 novembre 1988  :  d'HERMAGOR à VILLACH

Nous avons bien choisi notre point de chute puisque Hermagor est un village des plus paisibles où nous passons une excellente nuit. Nous reprenons la route dispos sous un ciel cependant chargé. La jolie ville de Graz n'est pas très loin, mais les riches musées y sont fermés, en particulier le fameux arsenal aux 10 000 armures que Mathieu se promettait pourtant d'explorer de fond en combles. Nous décidons de mieux faire connaissance avec cette région vallonnée en réalisant les excursions proposées par le Guide Vert autour de Villach. Le Landskron, une vieille forteresse en ruine nous attire d'abord, mais la route d'accès en est barrée. Nous ne pourrons donc contempler de là-haut le paysage du lac d'Ossiach, et je dois me contenter de filmer la masse imposante du château depuis le bas de la colline. Un peu déçus par cet échec initial, nous nous orientons plutôt vers le lac de Wörth (Wörthersee) dont nous partons faire le tour.
 

Église de pélerinage de Maria Gail

Un premier arrêt à la petite église rurale de pèlerinage de Maria Gail nous permet d'admirer un superbe retable baroque du XVIème évoquant la vie de la Vierge.

Quatre bas-reliefs naïvement sculptés et richement dorés entourent un panneau central représentant le Couronnement de la Vierge, le tout formant un tableau tout-à-fait significatif de la piété populaire dans cette région très catholique. 
Église de Maria Gail : la nef et son riche mobilier baroque


Église de Maria Gail : le retable fermé

Église de Maria Gail : le retable ouvert 
montrant le Couronnemnet de la Vierge



Église de Maria Gail : Nativité

Église de Maria Gail : l'Adoration des Rois Mages

D'autres belles statues de saints du XVIème, des fresques aux couleurs fraîches couvrant les voûtes d'anges musiciens, un opulent mobilier de bois peint et doré complètent le décor de cette charmante petite église baroque.


Église de Maria Gail : décor baroque de la chaire

Église de Maria Gail : retable de l'autel gauche :
 le Bon Berger


Église de Maria Gail :
le saint protecteur

 Le paysage alentour ajoute à l'agrément du monument : une large vallée doucement ondulée bordée de hauteurs à l'horizon, un lac cerné de paisibles pâturages, tout semble concourir à la sérénité des lieux.
Site de Maria Gail

Lac de Carinthie

Nous passons ensuite devant le "bildstock" de Saint-Martin, sorte de grosse borne couverte d'un petit toit pentu abritant des alvéoles peintes d'images pieuses. Ici c'est saint Martin partageant son manteau, ailleurs ce seront d'autres scènes de la Légende Dorée qui afficheront leurs couleurs vives et leurs dessins naïfs en bord de route. Franchissant le pont de Rosegg, nous sommes bientôt dans la chic station balnéaire de Velden d'où la vue s'étend sur le Wörthersee, superbe. On se croirait presque au bord du lac d'Annecy, c'est dire..., mais la température et le vent plutôt frisquets n'incitent guère aux plaisirs de la plage !
Une petite route sous les arbres longe la berge du lac jusqu'aux pittoresques sanctuaires de Maria Wörth. Nous les découvrons jumeaux sur leur promontoire, entourés d'une même enceinte et mirant dans l'eau leurs clochers et tour du XVIème. Un escalier extérieur couvert - les pèlerins le gravissaient à genoux - mène à l'intérieur sobre et blanchi à la chaux. Une superbe Descente de Croix du plus beau baroque attire le regard en entrant tandis qu'une statue de la Vierge, typée, trône au dessus du maître autel. L'architecture est des plus simple, robuste et dépouillée, l'ambiance campagnarde et recueillie.
Église de Carinthie


Paysage de Carinthie

Comme le beau temps clair se poursuit, nous escaladons le Pyramdenkogel (859 m) d'où le tour d'horizon sur le Wörthersee, la Carinthie et les Alpes au loin doit valoir le coup. Hélas encore une fois, la tour d'observation est fermée et le boisé touffu sur le sommet coupe totalement la vue...

Reprenant la direction est, nous rallions alors directement Klagenfurt pour la fin de notre itinéraire touristique. Je tente d'y trouver un bouchon de remplacement convenant à notre réservoir d'eau potable. Peine perdue, ce matériel d'origine française est absolument original, non standard... et donc irremplaçable ! On m'indique cependant l'existence d'un marchand de camping-cars à Villach. Empruntant cette fois l'autoroute offrant de magnifiques échappées sur le lac ensoleillé, nous revenons sur nos pas de quelques 30 km pour aller stationner sur le parking du magasin à la nuit tombante.
 

Lundi 21 novembre 1988  :  de VILLACH au LOIBLTUNNEL

Un peu à l'écart de la route, nous dormons du sommeil du juste... mais au matin le problème qui nous a amenés ici demeure : impossible de trouver un bouchon s'adaptant directement à notre coupelle de remplissage ! Heureusement la marchande d'accessoires est très serviable, elle me prête quelques outils et me laisse essayer tout le matériel qui lui reste en réserve jusqu'à ce que je trouve une solution. Après 2 heures de bricolage sous une petite neige qui augmente jusqu'à prendre allure de véritable tempête, je réussis à modifier notre entrée d'eau pour y ajuster un bouchon à clef trouvé sur place.

Nous sommes prêts à reprendre notre route, mais elle est maintenant recouverte de plusieurs centimètres d'une neige fraîche qui continue de tomber abondamment. La vue - superbe hier - sur le Wörthersee depuis l'autoroute est complètement bouchée, la chaussée assez glissante. Aussi, rendus à Klagenfurt, décidons-nous d'oublier la Hongrie trop aléatoire par ce temps pour nous diriger plus au sud vers la Yougoslavie. Changement radical de cap donc, on se réoriente vers le Loibltunnel donnant accès à la frontière yougoslave à moins de cinquante kilomètres.

Mais nous n'irons pas loin : après un quart d'heure d'une conduite digne de notre Canada l'hiver, doublant sans cesse voitures et camions arrêtés sur le bas-côté pour monter des chaînes, sentant le train avant hésiter à chaque trace de pente, nous jugeons plus prudent de nous équiper de façon conséquente et sécuritaire. Nous faisons alors notre troisième entrée à Klagenfurt pour nous procurer nous aussi des chaînes. Une heure pour dénicher un garage Citroën ayant notre "pointure", une autre heure pour trouver une banque (car le garage n'accepte pas la carte Master-Card...), et nous voilà repartis en plein cœur de la tempête. Les chaînes améliorent beaucoup la traction du C 25, mais nous finissons par échouer à grimper une côte très raide (22%) mal déneigée dans un hameau à quelques 10 km du col frontière. Nous reculons donc jusqu'à une aire de pique-nique tout-à-fait déserte dans les circonstances (!) et y passons la nuit dans la tourmente, préparant bien au chaud notre itinéraire yougoslave.



22. Du Loibltunnel à Brela (Yougoslavie)

Accueil de « Sabbatique 88-89 »

Accueil de l'Aigle

© 2008