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Sabbatique 1988-89

Juliette, Mathieu, Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord de leur Pilote 470

22. Du Loibltunnel à Brela


Mardi 22 novembre 1988  :  du LOIBLTUNNEL à LUBLJANA (Yougoslavie)

 Nous éveillant sous un ciel dégagé et ensoleillé, dans un environnement resplendissant de neige et de glace, nous réussissons cette fois à escalader la côte menant au tunnel de Loibl.

Les traces de la barrièe de douane...
Vue partielle des dégâts causés par la barrière de douane...
Aucun problème douanier à l'entrée en Yougoslavie, mais un accrochage avec une barrière malencontreusement baissée cause quelques dégâts extérieurs à la cellule (ce qui nous vaut  la rédaction d'une autre lettre à l'assureur dans la soirée...). Cela ne fait qu'accentuer mon stress lorsque je dois m'engager dans une descente de col superbe sous le soleil, mais très imparfaitement dégagée. Le C 25 me semble alors terriblement susceptible sur route glissante ! Les chaînes que je pose et dépose à plusieurs reprises donnent quand même une bonne sécurité et nous atteignons bientôt - par une section d'autoroute - Lubljana enneigée.
La vieille capitale slovène est tout à fait charmante, très autrichienne avec son marché campagnard et ses bâtiments rococos aux teintes pastel. Si les façades enrichies de sculptures baroques malheureusement un peu décrépites auraient besoin d'un sérieux ravalement, les glaçons en stalactites ajoutent au décor une touche quasi magique. Un peu partout des dragons emblématiques de la cité ornent les ponts et les lampadaires disposés le long de la rivière. Le froid, assez vif et humide, ne nous dissuade pas de faire un lèche-vitrines dont les bas prix nous surprennent. De plus le pays est en pleine crise économique et souffre d'une grave inflation. Lorsque nous changeons quelques 200.00 $ au bureau d'Euro-Card on nous remet une épaisse liasse de papier monnaie qui impressionne fort Mathieu et Juliette. Nous devons ensuite trouver en périphérie l'usine à gaz locale pour faire remplir notre bouteille de propane déjà épuisée (le chauffage de la cellule est bien agréable et efficace, mais gros consommateur d'énergie...). centre ancien de Lubljana
Centre historique de Lubljana



Les quais colorés de Lubljana


Saules pleureurs du Tromostovje (Triple pont) qui franchit la Lubjanica dans le vieux Lubjana. construit en    1930 par le grand architecte slovène Joze Plecnik (1882-1957)


Brume matinale à Lubljana


Sur les quais de Lubljan le soir, dragon emblématique de la ville
De retour au centre au début de la soirée - à 17:00 heures il fait déjà très sombre - nous escaladons l'éperon dominant la vieille ville pour y visiter le vénérable château fort. Il est en complète rénovation et donc fermé au public, mais le petit parc qui l'entoure nous parait tout à fait tranquille et nous nous y installons pour la nuit. La neige nimbe les statues historico-patriotiques de la promenade, le soleil couchant rougit les toits et la rivière en bas, la nuit envahit bientôt l'horizon, et nous retrouvons avec délice le confort douillet de notre petite maison mobile.
Les toits et le château de la vieille ville de Lubljana

Mercredi 23 novembre 1988  :  de LUBLJANA à ZAGREB

 Notre instinct ne nous avait pas trompé, nous avons vraiment choisi le bon "spot" pour passer la nuit au calme à deux pas du centre ville. Un dernier petit tour sur les quais de Lubljana nous mène à la Grande Poste d'où nous téléphonons des nouvelles fraîches à la famille et expédions notre courrier. Mais il fait vraiment trop froid (un -10° C très humide) pour mener à son terme l'exploration touristique de cette cité pourtant attachante. Nous retrouvons donc avec plaisir la chaleur du bord pour prendre le départ vers Zagreb.


La vieille ville de Zagreb autour de la cathédrale


Cathédrale de Zagreb

 La route, bonne dans l'ensemble, traverse de grandes vallées tapissées de sapins; quantité de petits villages s'accrochent aux pentes à l'écart de la circulation. Le paysage forme un tableau champêtre plutôt agréable, mais il demeure beaucoup trop enneigé à notre goût. Après 2 heures de voyage, le soleil brillant n'arrive toujours pas à dégeler l'eau du lave-vitres ni surtout les canalisations d'eaux usées sous le plancher (c'est donc ça un camping-car hivernisé à la française, ou plutôt à la Pilote ?). Je commence à être inquiet car je ne vois pas comment débloquer nos tuyauteries et réservoirs sans rentrer le camping-car dans un garage chauffé, et nous risquons de perdre bien vite notre autonomie si importante à nos yeux.

Nous arrivons à Zagreb, une grande ville moderne entourée de développements domiciliaires étendus (gros blocs genre H.L.M., boulevard périphérique et autoroute à péage). Le centre-ville est baroque ou néoclassique, les façades affichent tout un décor sculpté (linteaux, encadrement de fenêtres...) tandis que les crépis pastels prennent des teintes de jaune, d'ocre, de rose ou de vert pâle, paysage urbain somme toute assez peu différent du vieil Helsinki. Le charme est là, sans aller jusqu'à la transcendance... Nous parcourons à pied les grandes artères commerciales. Les prix demeurent très bas, mais les décors des boutiques sont sans élégance et la qualité comme la variété des produits offerts semblent assez limitées. 
Fontaine de Neptune dans la vieille ville de Zagreb

Un petit funiculaire nous fait gagner la ville haute. Du haut d'une vieille tour aux marches raides, on jette un coup d’œil sur les toits à moitié enneigés de la vaste agglomération et sur les bâtiments anciens qui nous entourent. Puis le dédale des ruelles nous entraîne dans une autre époque. Quelques monuments mériteraient une visite plus approfondie si la plupart n'étaient fermés pour la saison.

Le soir descend vite, et avec lui le froid qui s'intensifie. Nous retournons au camping-car transis et un peu découragés, malgré un joli coup d’œil au quartier des musées (fermés...) dont les bâtiments néo-classiques ont fière allure autour d'un grand parc soigné. Nous remarquons, amusés, les globes de plastique transparents qui protègent des intempéries les bustes des grands hommes locaux...  Mais il n'existe rien de semblable pour nous autres humains; mal préparés à affronter de telles températures, nous souffrons cruellement de ce froid, et le froid, Y EN A MARRE ! C'est décidé, nous abandonnerons dès demain l'intérieur du pays et irons chercher le soleil et la chaleur plus au sud. Nous reprenons donc la route pour nous arrêter quelques kilomètres plus loin dans le stationnement d'un hôtel en bordure d'autoroute.


Jeudi 24 novembre 1988  :  de ZAGREB à CRICKVENICA

Nous ne souffrons vraiment pas de la température durant la nuit, mais sommes réveillés assez tôt par une Lada garée à côté de nous qui refuse de partir après que son conducteur l'ait noyée... On se croirait à Montréal ! Un rapide conseil de guerre confirme la décision de descendre le plus vite possible vers la Méditerranée en prenant la direction du port de Rijeka.

Nous suivons d'abord 40 km d'une large autoroute facile et quasi déserte, puis 120 km de route sinueuse serpentant de collines en vallées, et surtout enneigée sur presque toute sa longueur. Je n'ai pas le courage de remonter les chaînes pas vraiment indispensables, et nous arrivons finalement à passer, mais à 40 km/heure et derrière des caravanes de camions. Heureusement le paysage est très beau et la conduite de Monique sur la croûte de neige glacée tout à fait rassurante. Je peux donc filmer tout à mon aise les hautes vallées et les hameaux dispersés dans l'étendue blanche.

 Nous la suivrons dorénavant presque jusqu'à l'Albanie. Bakar nichée au fond de sa baie se laisse admirer de loin, puis les anses abritant chacune leur petit port de pêche se succèdent, dominées par les derniers contreforts des montagnes rouges venant mourir dans l'eau d'un bleu... outremer. Le soleil jette sur ce magnifique décor sa chaleur et sa lumière ardente si typiques du ciel méditerranéen.

 

Le quai de Rijeka

La neige ne nous quitte qu'à 5 km de la mer. Nous attendions impatiemment l'apparition de son étendue bleutée et nous l'avions guettée à travers des trouées, du haut des derniers contreforts des montagnes, bien auparavant. Inutile de souligner notre soulagement de retrouver une chaussée fiable, une terre dégagée et une lumière un peu moins hivernale. Nous traversons rapidement Rijeka, grand port industriel qui nous semble de peu d'intérêt, et nous engageons avec beaucoup de satisfaction et d'attentes sur la superbe route de corniche longeant l'Adriatique.

Nous atteignons en fin d'après-midi Crickvenica, une agréable petite ville port de pêche et plage de vacance (l'été...). Un aimable chauffeur d'autobus local nous indique le garage station-service municipal où nous trouvons un équipement adéquat pour débarrasser notre camping-car de la couche de sel et de boue accumulée durant la traversée de l'intérieur du pays.

La nuit tombe lorsque nous allons nous installer au milieu du village, juste au bord de la mer, sur un grand stationnement public. Le panorama très étendu laisse deviner dans la baie quelques îles au large, la mer fait rouler ses petites vagues presque tièdes sur l'enrochement de l'esplanade, le fond de l'air quoique frais n'a plus rien d'hivernal pour nous. Quel changement avec Zagreb hier soir, vive la Méditerranée !

Dans l'Ïle de Hvar

Vendredi 25 novembre 1988  :  de CRICKVENICA à ZADAR

Notre grande place était en fait un stationnement assez fréquenté dès 6:00... mais nous avons quand même bien dormi. Seul le vent violent qui a repris en fin de soirée nous a amené à colmater encore davantage quelques fentes autour du meuble cuisine (suite du travail entrepris en Norvège), et à quitter l'abri insuffisant des tamaris pour un coin d'asphalte moins venteux.

Départ vers 9:30, tous réservoirs dégelés et sous un ciel radieux : il fait au moins 15° C ! La route suit une corniche continue serpentant au pied des rochers gris - ou cuivrés lorsque remués depuis peu - culminant en de hautes montagnes aux cimes enneigées.
 

L'ïle de Korcula en face de Senj

De l'autre côté elle domine une mer Adriatique bleu-vert animée par les frissons du vent qui la font parfois moutonner et se répandre en nuées d'embruns. C'est superbe, surtout sous le soleil maintenant bien établi qui nous garantit une température presque confortable. La visite du petit village côtier de Senj est quand me brève, vu le vent plutôt frisquet. Pourtant le petit port est pittoresque avec ses ruelles pavées de grandes dalles de pierre et ses vieilles maisons un peu décrépites; c'était un asile de pirates au XVIème, semble-t-il...

La corniche se poursuit jusqu'à Karlobag où nous nous éloignons un peu de la mer pour monter voir le point de vue depuis les 900 m d'altitude du Stara Vrata. Les pieds dans la neige, je filme un panorama grandiose sur l'Adriatique et ses îles dispersées jusqu'à l'horizon, mais une violente rafale m'arrache la portière des mains et la tord ! Nous reprenons la route côtière dans une lumière de plus en plus dorée par la descente du soleil, et à 17:00 nous arrivons au port antique de Zadar. Dans le crépuscule rosé, nous gagnons le camping - fermé - de Borik et nous y installons pour la nuit parmi les caravanes en hivernage.

 

Samedi 26 novembre 1988  : de ZADAR à TROGIR
 

Zadar : la place devant l'église, là où s'étendait le forum romain


L'église pré-romane de Sveti Donat et le forum de Zadar

 Excellente nuit dans notre camp désert, puis réveil sous le soleil au milieu des tamaris. La température continue d'être douce, on se croirait presque... en vacances !   


Visite du Musée d'Art religieux de Zadar

Nous nous attardons un peu à visiter Zadar, sa vieille ville entourée par la mer et surtout son musée d'art sacré extraordinairement riche et bien présenté. Il est installé dans un couvent encore occupé par des nonnes, et l'on y admire quantité de précieuses et délicates pièces d'orfèvrerie, des statues de saints et plusieurs Christ en Croix pathétiques. Nous y découvrons aussi nos premières icônes, d'une grande qualité et d'une étonnante diversité. 


Un codex du Musée d'art religieux de Zadar


Musée d'Art religieux de Zadar : Vierge du XVème


Icône du Musée d'Art religieux de Zadar

Icône du Musée d'Art religieux de Zadar

Déambulant dans les ruelles, nous regagnons le quai au pied du rempart où nous avons stationné notre camping-car. Pendant notre déjeuner sur le pouce, nous regardons partir les petits traversiers surchargés, sorte d'"autobus" des îles. En effet les habitants des rivages de Zadar viennent qui étudier, qui travailler, qui faire ses courses dans la métropole régionale, et tout ce beau monde retourne chez soi en ce magnifique samedi après-midi.

La petite famille sur le grand pont de Sibenik
La petite famille sur le pont de Sibenik
 Nous reprenons notre route. Elle ne suit plus le flanc de la montagne maintenant mais longe de près le rivage et traverse les jolis ports de pêche ou de plaisance logés au fond des anses. Le grand pont de Sibenik mérite un arrêt pour admirer le panorama, un peu avant Trogir qui sera notre étape de la journée.
La vieille ville de pierres blanches superbement restaurée est isolée au milieu de l'eau, protégée par les ruines d'un château-fort au pied duquel nous établissons notre bivouac. Nous nous laissons tenter par une petite promenade parmi les vieilles églises et petites places de l'antique cité, mais l'obscurité nous ramène bientôt "at home". Aussi nous promettons-nous de faire une autre balade dans ses ruelles demain avant de repartir vers Split et Dubrovnik.

Trogir

Dimanche 27 novembre 1988  :  de TROGIR à BRELA


Dans une ruelle de Trogir

Le tour de ville se prolonge un peu dans le clair soleil du matin; j'ai notamment la chance de filmer les poissonnières écoulant la marée du jour dans leur vieille Halle du XIVème siècle, juste à côté du petit port...
Les lions gardant le portail de la cathédrale de Trogir

Les lions gardant le portail de la cathédrale de Trogir


Chapelle Renaissance de la cathédrale de Trogir

Loggia sur la place devant la cathédrale de Trogir


Balade dans les vieillles rues de Trogir



Visite du Musée archéologique croate de Split
La grande route jusqu'à Split est un plaisir. Nous découvrons là une cité riche d'histoire et de curiosités qui s'étale largement au fond de sa vaste baie. Le Musée Archéologique Croate, un peu excentrique, est assez difficile à trouver, mais son bâtiment très moderne et ses collections lapidaires exceptionnelles valent la recherche, malgré une thématique assez spécialisée.

Musée archéologique croate de Split : la grande salle du rez-de-chaussée

Musée archéologique croate de Split : ciborium


Musée archéologique croate de Split : fronton

Musée archéologique croate de Split : bas-relief


Musée archéologique croate de Split: éperons

Musée archéologique croate de Split: encensoir


Musée archéologique croate de Split : fonts baptismaux

Nous errons encore un peu dans la périphérie, traversant le beau parc du Mont Marjan aux pins odorants et aux rochers léchés par le clapotis de l'Adriatique, avant d'atteindre la galerie Mestrovic.

Visite de la Galerie Mestrovic à Split

Musée Mestrovic entrée
Galerie Mestrovic de Split : l'entrée dans le jardin

Dans la majestueuse villa de l'artiste nous découvrons une admirable collection des œuvres d'un sculpteur plein de vie et d'expression, mais aussi très influencé par l'héritage  classique.

Galerie Mestrovic de Split : Vestale

Galerie Mestrovic de Split : Persephone


Galerie Mestrovic de Split : le Cyclope



Galerie Mestrovic de Split : Autoportrait par Mestrovic

Galerie Mestrovic de Split : Désespoir

Mère de l'Artiste
Galerie Mestrovic de Split : la mère de l'artiste
Tête de la mère de Mestrovic
Galerie Mestrovic de Split : la mère de l'artiste

Job (de côté)
Galerie Mestrovic de Split : Job
Job
Galerie Mestrovic de Split : Job


Galerie Mestrovic de Split : Contemplation

Galerie Mestrovic de Split : Psyché


Galerie Mestrovic de Split : Olga, femme de l'artiste

Galerie Mestrovic de Split : La violoniste

Psyché
Galerie Mestrovic de Split : Baigneuse

Galerie Mestrovic de Split : Mère et enfant

Nous passons quelques heures émouvantes, sous le charme, d'autant plus que le palais et le "kastelet" de l'artiste sont admirablement situés en bord de mer et noyés dans une végétation toute méditerranéenne. Kastelet
Galerie Mestrovic de Split : dans la chapelle du Kastelet

La Samaritaine
Galerie Mestrovic de Split : Jesus et la Samaritaine

 
Galerie Mestrovic de Split : Pieta


Split : le campanile et le tombeau de L'Empereur Dioclétien, maintenant cathédrale
Nous retournons ensuite au centre-ville et au palais de Dioclétien dont nous découvrons la masse, la diversité et l'aspect hétéroclite. Les principales structures ont toujours été utilisées : les soubassements colossaux ont servi d'entrepôts et l'espace intérieur entre les énormes murs extérieurs contenait la ville au Moyen Âge.

Reconstitution du Palais de Dioclétien
Split : une représentation du Palais de Dioclétien dans l'Antiquité
Palais de Dioclétien
Split : cour (péristyle) précédant la salle d'audience


Ruelle de Split dans les remparts du Palais

Elles ont donc été relativement bien conservées et l'on commence à les dégager. Encore une fois, nous sommes étonnés de la qualité technique et de la conception monumentale des constructions romaines. Le soleil décline lorsque nous sortons de ce dédale pour acheter au pied des remparts quelques fruits et légumes sur le marché local. La route de corniche panoramique nous reprend jusqu'à la nuit. Enfilant une descente vertigineuse à travers les pins vers le charmant petit port de pêche de Brela, nous allons bivouaquer sur son quai.



23. De Brela à la frontière macédonnienne

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