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Sabbatique 1988-89

Juliette, Mathieu, Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord de leur Pilote 470

36. En parcourant la côte atlantique
de l'Espagne du nord


Mercredi 8 février 1989 : de SAN SEBASTIAN à GETARIA


San Sebastian : la Concha depuis le Monte Igueldo

Le cadre était superbe, mais les visites nombreuses pendant la nuit; un autre "necking point", je suppose... Aussi notre sommeil a-t-il été interrompu à plusieurs reprises par le bruit de véhicules manoeuvrant ou redémarrant. Après les photos qui s'imposent (jeux des vagues sur les rochers), nous laissons le camping-car au centre-ville, puis passons à l'Information Touristique.


  Port de San Sebastian

On nous dirige vers le vieux quartier : plaza de la Constitucion, aux dimensions réduites mais entourée d'arcades massives, qui servit autrefois de "plaza de torros", église Santa Maria d'un beau style roman, devant laquelle nous avions - en vain - tenté de dormir une nuit de février il y a maintenant 18 ans, ruelles pittoresques menant au port des pêcheurs.

Port de San Sebastian

San Sebastian : l'église Santa Maria


On traîne un peu sur la promenade longeant la playa de la Concha. Le temps est superbe et le panorama remarquable par son ampleur et ses teintes : immense arc de sable ocre découvert par la marée, océan d'un bleu profond ourlé d'écume...
Promenade le long de la Concha



La Concha en été !

Un deuxième essai de Monique pour rejoindre son ami Ramon Postigo finit par aboutir. Il nous accueille chaleureusement dans l'appartement où nous avions passé une nuit en février 1971, lors de notre premier voyage (en stop...) au Maroc. Nous montons ensuite au Monte Igueldo : le panorama sur l'ensemble de la baie, la ville et son cirque de montagnes en arrière plan est tout-à-fait extraordinaire. C'est encore plus beau que Biarritz, et toutes ces couleurs, cette lumière...

En redescendant, nous rencontrons rapidement Xavier Postigo au Tennis Club, puis faisons un dernier tour au centre-ville maintenant beaucoup plus animé puisqu'il est près de 17:00. Avant de repartir, nous allons saluer Ramon dans sa poissonnerie. Nous prévoyons nous revoir plus à loisir lors de notre retour vers le nord dans deux mois.

Monique tient à faire une dernière tentative pour retrouver la maison des Ozores. Elle avait passé chez eux il y a 25 ans plusieurs étés dont elle a gardé pleins de bons souvenirs. Mais impossible de découvrir trace de la propriété, il semble bien qu'elle ait été détruite et remplacée par un grand building tout neuf. Étonnée et déçue, Monique doit constater que les années ont passé; tout change et tout évolue autour de nous, c'est seulement dans notre mémoire que les choses demeurent immuables...

Nous reprenons alors la route de la côte jusqu'à Getaria que nous choisissons pour étape. Dans la nuit, nous allons dormir au milieu du petit port, entre les barques tirées au sec et les filets entassés.
 

Jeudi 9 février 1989 : de GETARIA à SANTILLANA DEL MAR

 Dès le lever du soleil, je vais traîner sur le quai déjà très actif, filmant le retour des pêcheurs, les bateaux à l'ancre, l'étal tout frais du poissonnier... Dans la Halle au Poisson municipale où je me hasarde, les discussions vont bon train autour des caisses contenant la marée du jour. Nous poursuivons ensuite une route de corniche très accidentée ménageant de beaux coups d'oeil sur la côte basque. On dépasse de jolis petits ports nichés au bout des vallées sur l'estuaire de leur rivière : Deba, Ondaroa, Leikeito où nous faisons une pause. Un détour par l'intérieur nous fait gagner la ville de Guernica, neuve et sans grand caractère, que nous traversons d'un trait. Du point de vue touristique, elle justifie peu la célébrité que lui a valu la grande toile de Picasso, une fois effacées les horreurs de la guerre civile de 1936 maintenant bien loin.
 L'autoroute que nous empruntons sur quelques kilomètres nous fait franchir rapidement la grande - et affreuse - région industrielle de Bilbao. La route redevient très belle à Castro Urdiales. Nous pique-niquons au bord de l'eau, de l'autre côté de la lagune nous séparant de la vieille église et des ruines du château. Mais le ciel se couvre en arrivant à Laredo, une élégante station balnéaire dont nous ratons l'entrée. En revanche nous passons un long moment à nous dépêtrer des rues de Santander pour parvenir jusqu'à sa plage renommée de Sardinero. L'espace est vaste mais peu spectaculaire, restent les véliplanchistes qui font des prouesses étonnantes dans les rafales soufflant sur le vaste estuaire sableux du rio Nervion.


Santillana del Mar : vue générale

 Le vent forcit et bientôt il pleut sur la route de Santillana del Mar. C'est pourtant au sec, mais à la fraîche et dans la nuit tombante que nous faisons un premier tour de ce village rural et attachant, avec ses vieilles rues pavées et ses maisons au riche décor du XVème siècle. Nous y dormons au bord du parc municipal, nous promettant une visite plus éclairée demain matin.


Vendredi 10 février 1989 : de SANTILLANA DEL MAR à POTES
Le coq nous éveille à 8:00, mais nous ne foulons les pavés de Santillana que vers 10:00... Nous reprenons la rue circulaire déjà parcourue hier soir dans le crépuscule. Les façades antiques et armoriées, les encorbellements et les ruelles étroites donnent beaucoup de charme au petit bourg. Sans aucun doute la préservation et les restaurations y ont été d'une exceptionnelle qualité.
Manoir avec son écu


Maison noble de Santillana del Mar

De plus le fait que Santillana soit encore habitée par une majorité de paysans lui confère une authenticité certaine; en tout cas le puissant fumet de bouse de vache et de silo qui flotte partout en convainc sans peine notre odorat... 
On ne fait qu'entrevoir l'intérieur de la collégiale toute d'une belle pierre rosée. 
Façade latérale de la Collégiale de Santillana del Mar


Porche de la Collègiale de Santillana del Mar


Cloître de la Collégiale de Santillana del Mar : colonnettes


Cloître de la Collégiale de Santillana del Mar



Le lavoir sur la place devant la collégiale de Santillana del Mar
En avant du parvis, l'eau continue de chanter dans le lavoir rustique où il semble qu'une dernière lavandière vient juste de venir battre son linge... Fièrement campées tout au long des rues, les belles demeures patriciennes arborent un peu partout leurs magnifiques blasons, leurs fenêtres à meneaux et leurs battants garnis de vitraux... On a vraiment l'impression d'avoir reculé de quelques siècles. Le soleil commence à se cacher vers 12:00 lorsque nous partons après une dernière image de la maison des Tagle derrière laquelle nous avons passé la nuit.
Quelques 3 ou 4 kilomètres d'une petite route très sinueuse et défoncée nous mènent à Altamira.
Dessins sur la voûte d'Altamira (reproduction)


Biche d'Altamira


Sa grotte préhistorique est définitivement fermée à la visite pour les mêmes raisons qu'à Lascaux (moisissures et algues vertes grugeant les fameuses peintures datant de plus de 15 000 ans). Nous traversons rapidement le petit musée qui ne nous apprend plus grand chose après son homologue français du Thôt. 


Altamira : bison

Altamira : bison d'Europe
Une autre grotte aux stalactites décorées de fines concrétions offre la tentation d'une rapide visite, mais qu'elle nous semble exiguë à côté de celle de Han-sur-Lesse en Belgique...
Grotte d'Altamira : concrétions


La chaîne des Picos de Europa en arrivant de l'Est

 La même mauvaise route nous ramène près de la mer jusqu'à rattraper la nationale, correcte. Malgré un temps de plus en plus gris, nous obliquons vers le sud à Unquera, prenant ainsi la direction des Picos de Europa dont les sommets se profilent au loin. Une route infecte mais superbe franchit le spectaculaire défilé de la Hermida et nous mène jusqu'à Potes. Nous dormons sur la place du marché, derrière l'église de cette triste petite ville de montagne.


Samedi 11 février 1989 : de POTEZ à LASTRES
Au réveil, le temps demeure très couvert, nous faisant renoncer à l'excursion en téléphérique à Fuente De, le point culminant du massif. Le centre du bourg de Potes, sale et sombre, ne nous retient guère. Après un semblant de magasinage (superbes affiches pour amateurs de courses en montagnes), nous entamons une longue montée dans des paysages grandioses. 
Hameau au pied des Picos de Europa


Église de Lebena

Église de Lebena : chapiteau et choeur XIIème

De plus en plus déserts, les panoramas s'élargissent progressivement jusqu'au Puerto de San Glorio à 1 610 m. De tous côtés surgissent de larges perspectives sur les hautes chaînes neigeuses. Parfois aussi on traverse de petits hameaux quasi abandonnés dont les murs gris s'accrochent aux pentes.


Hameau de Mogrovejo

Grenier typqique des Picos de Europa

La descente ensuite est rapide, avant que l'on suive la vallée du Rio Yuso par une route étroite, pleine de trous et de bosses, mais rectiligne pour une fois ! Pas pour longtemps puisqu'après une quinzaine de kilomètres vers Riano, nous tournons en direction du nord pour repartir à l'assaut du Puerto del Ponton à 1 280 m.
 


Depuis le Puerto del Ponton, le défilé creusé par la Sella
L'escalade soumet à rude épreuve les 75 chevaux un peu poussifs de notre Titine, mais de là-haut, quelle vue superbe ! Au fond de la prochaine vallée, on aperçoit la formidable muraille grise dans laquelle la Sella a dû creuser son lit; la descente promet ! 
Auparavant nous sacrifions aux trois *** du Guide Vert en faisant un petit détour par le col de Panderuedas (1 450 m); nous y pique-niquons avant de grimper à pieds au belvédère de Piedrafitas. On y jouit d'une vue impressionnante sur le grand cirque fermant la vallée de Valdéon, dominée par la cime enneigée du Torre Cerredo (2 648 m). Ces immenses paysages de grande montagne, rude et sauvage, nous laissent un goût de liberté dont nous profitons au maximum. Mais il faut bien redescendre sur terre...
Col de Panderuedas


Notre Pilote (et Juliette !) dans le Col de Panderuedas


Défilé de Los Beyos

Après un petit détour acrobatique vers Soto de Sajambre par un chemin très étroit en corniche pour atteindre un autre mirador introuvable, nous nous enfonçons dans le défilé de Los Beyos, très encaissé et passablement sinistre, mais également épuisant à franchir par ses virages incessants  et le mauvais état de la chaussée.
Nous sortons éreintés de ce parcours de 25 km à Cangas de Onis. Cependant, comme nous voulons dormir près de la mer, nous poussons jusqu'au mirador del Fito pour une dernière vue au sud sur l'ensemble du massif des Picos de Europa. Hélas on ne distingue absolument rien, une mer de nuages noyant l'immense paysage. En revanche, du côté nord, la vue dégagée porte jusqu'à l'océan. Une descente accusée nous mène jusqu'à la belle plage de Lastres où nous nous endormons les roues dans le sable.
Au-dessus de la plage de Lastres



Dimanche 12 février 1989 : de LASTRES à FOZ

 Une bonne nuit nous permet de récupérer les fatigues de notre excursion aux Picos de Europa. Nous prenons la direction de Gijon par une route exiguë dont les méandres nous retiennent malheureusement trop loin de la mer pour que nous puissions l'apercevoir. Évitant le centre ville grâce à l'autoroute périphérique, nous ne faisons qu'en entrevoir - sans regrets - les faubourgs industriels de Gijon.

 La route côtière ensuite est très fatigante, coupant sans cesse collines et vallées qui se prolongent perpendiculairement jusqu'à la mer. Épingles à cheveux et virages serrés se succèdent sans interruption à travers les boisés d'eucalyptus. Ces 64 kilomètres me semblent interminables...

 Heureusement, il y a l'intermède du Cabo Vidio où nous arrêtons une heure pour déjeuner. Un petit stationnement près du phare offre un aperçu grandiose sur les falaises de roches rouges et déchiquetées de la Costa Verde dont les plans se découpent les uns derrière les autres jusqu'à l'horizon. La mer est bleu profond, les rochers grenats, la blancheur éclatante des gerbes d'écume souligne la rencontre tumultueuse des éléments.

 La même route sinueuse et épuisante se poursuit jusqu'à Luarca. Depuis le belvédère au dessus du port, nous admirons le bassin et la ville nichés au pied de la falaise : maisons de pierre grise et toitures d'ardoise, on se croirait en Bretagne... Derrière nous l'histoire de la cité s'inscrit sur d'éclatant panneaux d'azulejos évoquant tant la fondation miraculeuse de la ville que les luttes sanglantes contre l'armée d'occupation napoléonienne, en passant par l'épopée des Grandes Découvertes... Pendant un moment ensuite, on file rapidement jusqu'à Ribadeo sur la chaussée élargie et redressée au moyen de travaux considérables. Depuis le grand pont tout neuf franchissant l'estuaire, s'offre une vue magnifique sur le village de Castropol établi au flanc d'un promontoire, au fond de sa ria. Les rayons du soleil couchant dorent les flots sombres que sillonnent quelques barques de pêche. La mauvaise route (en construction...) du début de l'après-midi se poursuit jusqu'à la très vieille église romane de San Martin de Mondonedo (Xème siècle) appuyant son abside massive sur d'énormes contreforts. Le petit village alentour a conservé toute sa fraîcheur pastorale, y compris ses fillettes ramenant leurs chèvres du pâturage dans les dernières lueurs du crépuscule...

Encore quelques kilomètres, et nous allons bivouaquer devant l'immense plage de Foz sur laquelle les enfants jouent plus d'une heure dans le sable et l'obscurité avant de se coucher.



37. Santiago de Compostella et la Galice

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