Page optimisée pour un écran de 1024 x 768 pixels

Sabbatique 1988-89

Juliette, Mathieu, Monique et Jean-Paul MOUREZ 
à bord de leur Pilote 470

38. Entrée au Portugal :
de Baiona à Manteiga (Serra de Estrella)


Vendredi 17 février 1989 : de BAIONA à BRAGA (Portugal)


Estuaire du Minho

La nuit est bonne et le ciel dégagé au lever. Le village de Baiona offre un joli coup d'oeil sur son Monte Real, un promontoire restreint couronné de remparts et d'une ancienne forteresse transformée en parador. La côte qui succède à la petite ville est juste assez spectaculaire pour être agréable à parcourir : des montagnettes abruptes dévalent jusqu'au rivage de rochers frangés d'écume. A Oia, un court arrêt nous permet d'admirer l'ancienne abbaye cistercienne de Santa Maria la Real, très sobre en ses murs de granit. Puis nous atteignons A Garda, notre dernière halte en terre d'Espagne. L'escalade du mont Santa Tecla réserve une vue grandiose sur le petit port et sur l'embouchure du rio Minho servant de démarcation avec le Portugal. La route passe entre les restes d'un village datant de l'âge du cuivre dont quelques huttes rondes en pierre ont retrouvé leur toit de chaume. Ce n'est pas d'hier que l'on apprécie ce site superbe !

 Remontant la rive nord du Minho, nous allons franchir la frontière hispano-portugaise à Tui par un méchant pont en chicane, souvenir des vives hostilités qui ont longtemps régné entre les deux royaumes. Nous filons ensuite jusqu'à Viana de Castello par une grande route côtière traversant village après village. Notre premier souci une fois rendus dans la petite ville pimpante et soignée est de passer à la banque retirer une liasse de monnaie avec notre carte Master-Card décidément bien pratique. Puis nous parcourons un moment les vieilles rues animées : les maisons de crépi blanc sont rehaussées d'un parement de belles pierres de taille soulignant angles, portes, fenêtres et balcons. Le fer forgé abonde et plusieurs places sont bordées d'arcades : le style de la Galice se poursuit, tout à la fois sévère et élégant. Notre balade s'achève sur le marché, très étendu et bruyant, dont je ne supporte pas longtemps l'agitation et le vacarme...

 Nous gagnons Braga par une route passable se faufilant entre des collines couvertes de forêts d'eucalyptus et de pins. Arrivés tard dans cette autre petite ville ancienne, nous poussons jusqu'à l'oratoire de Bom Jesu où nous campons dans les jardins, juste en arrière de la basilique.

 

Samedi 18 février 1989 : de BRAGA au miradouro de BUO VISTA (LAMEGO)

Le site était non seulement paisible mais aussi noble et somptueusement aménagé. C'est ce que je constate avec Juliette au matin lorsque, laissant dormir Monique fatiguée, nous descendons le grand escalier baroque aux huit fontaines. Puis nous le remontons lentement en filmant statues, bassins et jardins. Il fait très doux, nous sommes seuls avec les jardiniers, environnés de fleurs et d'arbustes méticuleusement soignés. En somme une visite très relaxante qui se termine dans la basilique, débordante de religiosité méridionale sans pour autant beaucoup de transcendance artistique...
Escaliers menant à l'oratoire du Bom Jesu

Transférant ensuite nos pénates à roulettes au centre de Braga, je fais un tour à pied dans la vieille ville et l'antique cathédrale. Juliette m'accompagne, tandis que Mathieu préfère suivre sa mère lassée des vieilles pierres et désireuse de goûter plutôt la saveur populaire et animée du marché.

Mon impression sur le Portugal urbain se précise : il m'apparaît comme un vieux pays riche de coutumes et de culture qui donne un grand coup pour rattraper le retard accumulé depuis plusieurs siècles... Tout paraît un peu vieillot, comme "fripé"; on voit cependant beaucoup de chantiers publics en cours un peu partout mais avec les moyens du bord car la machinerie lourde coûte cher. Des gens simples, aimables, très travailleurs...; mais aussi une tradition - religieuse en particulier - qui semble bien pesante...

 


Haute vallée du Douro

 La suite de la route vallonnée confirme ces intuitions. Elle se faufile au milieu des vignobles donnant naissance au célèbre vin de Porto. Partout des paysans sont à l'oeuvre, taillant les ceps, ratissant, nettoyant; les femmes vêtues de couleur sombre reviennent du lavoir avec le panier de linge propre sur la tête ou balaient devant la porte... 

Quelle différence avec la Grèce ! L'habitat est très dense, même dans le pays très accidenté que nous parcourons maintenant, ponctué de villes pittoresques et séculaires : Guimares que nous traversons sans nous arrêter, admirant de loin l'énorme château des anciens et richissimes ducs de Bragance; Amarante, où je descends seul les rues étroites de la vieille ville jusqu'au vénérable pont de granit enjambant le rio Tamega, devant le monastère San Gonsalve. A Mesao Frio nous rattrapons la route longeant la vallée du Douro : elle présente de très beaux paysages sur le fleuve encaissé entre de hautes collines arrondies. Nous allons prendre le pont de Pesa da Rega et passons sur la rive gauche (sud) du Douro.

La chaussée demeure infecte, étroite, bosselée, mal ou pas du tout redressée. Comme les Portugais du coin conduisent plutôt vite et sans grande prudence, il faut une attention de tous les instants. Heureusement la vallée profonde du petit fleuve continue aussi d'être spectaculaire. Voulant profiter encore des pittoresques panoramas composés par les courbes du Douro, nous montons jusqu'au miradouro de Buo Vista d'où la vue étendue ne nous déçoit pas. Mais il est temps d'établir le bivouac. Nous nous installons en plein milieu de l'étroite plate-forme, le magnifique paysage à nos pieds. Monique, qui veut jouer les romanichels jusqu'au bout, fait un peu de lavage et étend le linge à sécher sur une corde tendue entre les deux pieds du store déroulé pour l'occasion. Il ne manque plus que les deux chevaux dételés broutant à côté de la roulotte pour que le tableau soit complet...
Vallée du Douro


Dimanche 19 février 1989 : de BUO VISTA à la PRAIA DE BARRA (AVEIRO)

 Nous sommes réveillés dès l'aube par des pétarades : non, ce ne sont ni la fête nationale ni une autre révolution, mais plutôt des dizaines de chasseurs qui ont envahi les pentes des vignobles voisins et tiraillent sur tous les volatiles passant à leur portée. Nous rentrons notre linge bien sec, replions le store et quittons notre belvédère après un dernier panoramique.
 

Vignobles du Douro

 On entame alors la longue, la très longue descente de la vallée du Douro. La route est encore plus exiguë qu'hier, montueuse, sinueuse et rarement bien revêtue. Elle nous offre cependant quelques belles échappées sur le cours d'eau et sur les petits villages accrochés aux pentes. L'observation d'hier sur la population agricole très dense, travailleuse, religieuse et aimable se confirme : on voit partout des gens en train de ligaturer les vignes sur leurs supports (arbres, barres de granit ou de béton). Nulle part peut-on porter les yeux sans voir des tuiles romaines recouvrant des bâtisses plus ou moins neuves, parfois très décrépites, mais où paraît toujours un effort d'ordre et de propreté; les églises et leur petite place en avant sont bondées en ce dimanche matin, et leurs carillons - électroniques - ont souligné chacune des heures de notre nuit. De plus les gens partout nous saluent et tâchent de nous renseigner lorsque nous hésitons sur la route à prendre - ce qui arrive souvent vu la signalisation - et ce malgré les problèmes de langue, le Portugais étant très différent de l'Espagnol.
Enfin, vers 15:00, suivant toujours le cours du Douro, nous arrivons à Porto. La vieille ville nous semble très sale. Nous allons cependant admirer les voûtes de la cathédrale et les azulejos de son cloître formant une extraordinaire galerie de peinture en plein air. Sur l'esplanade en avant, le luxe du palais épiscopal contraste fâcheusement avec la misère des ruelles dévalant jusqu'aux rives du fleuve juste à ses pieds. Nous faisons ensuite un petit détour vers la gare pour regarder et filmer les grandes scènes historiques ou populaires fixées dans les azulejos vivement colorés de la salle des pas perdus.
Porto : la cathédrale au-dessus de la vieille viile dégringolant jusqu'au Douro


Nef de la cathédrale de Porto


Cloître de la cathédrale de Porto




Le grand pont métallique construit par Eiffel

Puis nous passons le grand pont métallique Don Luis I et rallions le couvent de N. S. da Serra do Pilar sur la rive gauche. Depuis sa terrasse, nous jetons un dernier coup d'oeil sur la ville dorée par le soleil du soir, ses maisons décorées de linge séchant en façade, la courbe du Douro et ses bateaux traditionnels. Ils transportaient autrefois le vin du Haut-Douro jusqu'aux chais de vieillissement du port. Nous ne pourrons malheureusement en visiter aucun, tous étant fermés le dimanche.
Comme plus rien ne nous retient dans cette cité trop industrielle pour être vraiment attirante, nous prenons l'autoroute vers le sud en direction de Lisboa (Lisbonne). Enfin une route qui file au milieu de vastes forêts d'eucalyptus. Cela fait changement ! Nous la quittons vers Aveiro et, traversant une large zone marécageuse transformée en salines, nous gagnons le cordon littoral de Praia de Barra pour camper devant l'immense plage, les roues dans le sable.
Aveiro, la Praia de Barra et les marais salants en arrière


 Lundi 20 février 1989 : de PRAIA DE BARRA à BUCACO : "CRUZ ALTA"


Le Grand Canal d'Aveiro

 Réveillés dans la nuit par le bruit des grosses vagues de la marée montante, nous reculons de quelques dizaines de mètres pour retrouver le sommeil... Le matin venu, nous allons visiter le centre d'Aveiro, très typé avec son canal,
 ses longues barques peintes de la proue à la poupe de figures aux  couleurs vives, 

Banco Nacional Ultramarino d'Aveiro

ses maisons baroques, classiques ou Art Nouveau
Hôtel Arcada d'Aveiro

et ses façades couvertes d'azulejos.
 Dans son jardin public planté de palmiers régne une ambiance très "sud". Nous passons deux bonnes heures à flâner dans les petites rues pendant que les enfants s'amusent dans le parc de jeux local.


Les salines d'Aveiro

 
Proue et poupe décorées


Rammassage d'algues sur la lagune

Puis nous prenons l'autoroute en direction de Coimbra mais en sortons vers Luso pour gagner le site du couvent de Buçaco. 
Colonnade néo-manuelline de Buçaco


Le jardin en terrasses de Buçaco

Au flanc d'une colline, des moines privilégiés ont aménagé un sous-bois en superbe parc d'agrément puis, au XVIIème, les propriétaires ont clôt le domaine avec un mur percé de quelques portes. Depuis cette époque, la forêt a été soigneusement entretenue et plantée de toutes sortes d'essences, nous donnant l'occasion d'une balade enchantée. 
Nous cheminons de fontaines en ermitages, passant sous des fougères géantes, contournant un jardin d'eau où barbotent des cygnes noirs ... 
Buçaco : fougère arborescente


Buçaco : la Porte de Coimbra

Notre promenade se termine à la monumentale Porte de Coimbra d'où la vue s'étend au loin sur les collines verdoyantes. Nous y rencontrons un couple d'Américains de Mineapolis, joviaux et chaleureux, qui nous invitent à souper dans un restaurant de Luso, la petite ville au pied de la colline. La conversation va bon train autour de la table rustique arrosée d'un franc petit vin de pays, et ce malgré mon anglais vraiment très laborieux...
 Tandis que nos hôtes rentrent se coucher dans l'hôtel luxueux et baroque occupant l'ancien monastère, nous remontons en haut du parc pour bivouaquer sur le petit stationnement de la Cruz Alta.
Les bâtiments monastiques transformés en hôtel

Mardi 21 février 1989 : de BUCACO à MANTEIGAS (POCO DE INFERNO)

 Durant la nuit une pluie d'orage a lavé le ciel. Aussi, du haut du belvédère de la Cruz Alta (la Croix Haute : 545 m), la vue est-elle bien dégagée sur les petits villages disséminés dans les montagnes couvertes de pins et d'eucalyptus, jusqu'aux serras de la Lousa et d'Estrella vers laquelle nous allons maintenant nous diriger.

<> Nous reprenons donc la route de l'intérieur (meilleure que l'autre jour dans la vallée du Douro !). Elle s'enfonce dans de nombreux boisés d'eucalyptus et surtout sous de magnifiques bouquets de mimosas en fleurs dont le jaune vif éclaire les taillis plutôt sombres. Nous faisons une longue pause dans le village de Santa Comba Dao où, après un petit tour dans le marché public local, Monique va jouer la lavandière auprès d'une autochtone frottant son linge au bord du rio. Scène typique, vidéographiée bien sûr !
 

Gouveia : l'église

Sous un ciel qui grisaille de plus en plus, nous gagnons Gouveia, petite ville adossée aux pentes de la Serra de Estrella. Pendant que je me promène dans ses vieilles ruelles pentues et empierrées, Monique tente d'appeler sa mère en France sans obtenir de réponse. 
Nous commençons à grimper vers Manteigas jusqu'à 1 360 m, où nous trouvons de la neige. Depuis les flancs très raides de la Serra, le paysage est grandiose et étendu, avec en premier plan de gros rochers arrondis aux formes bizarres, parfois empilés en équilibre apparemment instable.
Soir sur la Serra des Estrella


Poco des Inferno

Après une descente un peu acrobatique jusqu'à Manteigas nichée au creux de la vallée du Zézère, nous gagnons le Poco de Inferno (Le Puits de l'Enfer !) par 6 km d'une mauvaise piste, au fond d'un défilé très sauvage qui impressionne fort Monique. Je dois reculer d'une centaine de mètre pour gagner un point de vue un peu moins sinistre, faute de quoi je ne sais si elle réussira à s'endormir...


39. De Manteiga à Tomar

Accueil de « Sabbatique 88-89 »

Accueil de l'Aigle

© 2007