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Sabbatique 1988-89

Juliette, Mathieu, Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord de leur Pilote 470

48. D'Algéciras à Fès


 Itinéraire Maroc 1989


Jeudi 16 mars 1989 : d'ALGECIRAS à CHECHAOUEN (MAROC)

Réveil matinal, donc, pour un embarquement sans problème (enfin !) sur une mer excellente. Le roc de Gibraltar d'un côté, les montagnes du Rif de l'autre encadrent le superbe décor de notre traversée. A Ceuta nous ne repérons aucun monument notable, hormis le Foso de San Felipe, la vieille forteresse portugaise du XVème séparant l'isthme du continent.

Nous visitons plutôt la rue principale commerçante pleine de magasins hors-taxes. Les prix n'ont pourtant rien d'extraordinaire (comparés à l'Allemagne...). C'est donc après une longue prospection que nous faisons provision de cassettes vidéo, d'alcool et de cigarettes à offrir, après avoir changé un peu d'argent. Nous commettons alors l'erreur de ne pas acheter des devises marocaines pourtant bien meilleur marché ici que dans le pays, comme nous nous en apercevrons plus tard.

 Le passage de la frontière avec le Maroc, quelques kilomètres plus loin, est aussi folklorique qu'on pouvait le prévoir mais pas trop long. On se demande ce qu'attendent les dizaines d'hommes ou de garçons installés çà et là, les mains dans les poches, regardant défiler les voitures, discutant, gesticulant et trafiquant entre eux on ne sait quoi... La route côtière menant ensuite vers Tetouan est fort belle, offrant le spectacle d'une mer bleu... outremer, bordée de plages de rêve, avec les montagnes du Rif en arrière-plan jusqu'aux portes de la ville.

Pas encore très assurés dans ce nouveau pays si différent, nous décidons de visiter la médina de Tetouan en nous faisant accompagner par un guide de l'Office du Tourisme. Pendant deux heures, nous parcourons les ruelles étroites et pittoresques, fort sales mais aussi incroyablement colorées. Les marchands installés dans de minuscules boutiques ouvertes sur la rue ou carrément sur la chaussée vendent (et vantent...) toutes sortes de produits : épices, fruits et légumes, vêtements, casseroles... débordant largement de leurs cubicules. A côté, ou bien regroupés dans des rues particulières, des artisans travaillent bois, cuir et textile, utilisant des outils et des techniques qui nous semblent archaïques. Quant aux odeurs, on imagine mal leur variété, leurs contrastes et parfois aussi leur crudité ! Les ruelles montent et descendent, tournicotent en un véritable labyrinthe, les ânes qui assurent le transport des marchandises dans ces voies trop étroites pour permettre le passage d'aucune voiture ou camion nous bousculeraient sans cesse si, averti par un "Balek !" ("Attention!") sonore de leur propriétaire, on ne se tassait précipitamment le long des murs... On se croirait retournés au Moyen-Age, comme on est loin de nos supermarchés aseptisés !
Tétouan : Porte du Cimetière



Tetaouan : Porte du Cimetière


Tetouan : rue Sidi Alf Raisuli




Tetouan : Place d'Espagne


Dans les rues de Tetouan

 Après ce bain de foule, nous reprenons notre camping-car laissé à la garde d'un gamin pour une piécette. Nous gagnons alors par une route de montagne panoramique la petite ville de Chechaouèn accrochée à sa pente. Images idylliques en technicolor, à peine troublées par quelques vendeurs de kif accrocheurs en bord de route que nous ignorons en les dépassant. La montagne est sauvage à souhait, le coucher de soleil flamboie sur les pentes du Rif, et le crépuscule est déjà là lorsque, suivant les conseils du Guide du Routard, nous gagnons l'asile du terrain de camping installé sur une terrasse au dessus de la ville.

Vendredi 17 mars 1989 : de CHECHAOUEN à FES

 On ne peut rêver nuit plus tranquille dans notre camping rustique. Mais au milieu de la nuit, la pluie se met de la partie, et nous pataugeons dans la boue au réveil. Juliette joue un long moment avec la fille d'un couple de Français voyageant comme nous depuis un an et demi à bord d'un 5 tonnes 4x4 Renault.

 Un dernier coup d'oeil vers la petite ville blanche blottie au pied des pentes raides du Rif, et en avant pour Fès où nous attend Mariette contactée par téléphone. 
Les murs bleutés de Chefchaouen


Paysane en costume traditionnel du Rif à Chefchaouen

Femme portant son pain à cuire au four

Femmes portant leur enfant suur le dos



Rue de Chefchaouen


Fillette à Chefchaouen

Fillette de Chechaouen
Fillette à l'orange

La route de petite montagne est très sinueuse et étroite, les superbes paysages très verts mais hélas noyés dans la brume et les nuages. On croise partout des hommes en burnous de laine brune cachés sous leur capuchon rabattu qui semble bien mal les protéger de la pluie. Des moutons épars ou en troupeau vagabondent sur la route...

Après trois heures de lente progression sur une chaussée étroite au revêtement inégal, nous atteignons enfin la plaine. Là nous cheminons entre des champs de céréales vert tendre régulièrement interrompus de villages d'adobe et d'enclos destinés à des marchés aux bestiaux. Nous arrivons enfin sous les remparts ocres de Fès que nous contournons jusqu'à la porte de Bab Ftouh. La route circulaire offre de belles perspectives sur la médina très étendue nichée autour de son oued, au creux des collines entourant la ville.
Fes : vue générale


Enfants jouant dans la rue à Fes

Rendus à la pharmacie de Houssine logée juste derrière le rempart, nous sommes accueillis par un de ses employés qui nous guide jusqu'à sa grande maison dans le quartier résidentiel moderne. Toute la famille Benchekroune nous y reçoit chaleureusement : Mariette, Houssine, Saloua 13 ans, Majda 11 ans, Zineb 8 ans et Youssef 5 ans. Le camping-car demeurera stationné devant leur maison à l'orée d'un champ d'orge. 

Nous tenons à passer la nuit dans notre chambre à roulettes, mais sommes cordialement invités à partager le repas du soir avec la famille. Les enfants font connaissance et nous échangeons longuement nos expériences avant de regagner enfin nos pénates.

 
Samedi 18 mars 1989 : FES
Au matin, malgré la pluie passagère, Houssine nous emmène faire un premier tour dans la médina. Pénétrant profondément au coeur de la vieille ville par la route recouvrant l'oued Fès, nous en parcourons les ruelles animées, entrant au passage dans la medersa (ancienne école coranique) Attarine, 
Fes : cour de la medersa Essahrid


Fes : Sidi Ahmed Tijani

Fes : pigeon de la medersa Attarine


Fes : trône de Moulay Idriss, le sultan fondateur de la ville


Fes : Place Seffarine

passant le pont Gram ben Skoum, faisant une pause sur la place Seffarine encombrée par ses chaudronniers et ses ânes. 
Quelle vie, quel grouillement dans ces passages qui nous paraissent presque des allées ou des couloirs !
Fes : ferblantiers Place Seffarine


Fes : entrée de la mosquee Karrayaouine

Nous devons contourner la grande mosquée Karaouiyne (malheureusement interdite aux non-musulmans comme toutes les mosquées du pays)
 mais allons admirer ses toits de tuiles vertes depuis la terrasse du palais de Fès, un restaurant luxueux qui vend également des tapis.
Fes : entrée de la mosquee Karrayaouine vue de la cour intérieure


Fes : Place Nejjarine

 On nous y fait un peu l'article, quoique sans excès. Après ce premier contact avec cette grande ville au charme pour nous tout oriental, nous rentrons par le souk aux légumes. Houssine, qui a pris la précaution d'emporter un filet, y fait quelques achats pour un prix dérisoire, après nous avoir offert un gros morceau de nougat près de la place Nejjarine.

Fez : retour à la Place Seffarine et ses ferblantiers

Fez : retour à la Place Seffarine et ses ferblantiers

Quittant enfin ce bain de foule coloré et odorant, nous retrouvons avec plaisir le calme de la grande maison accueillante où les enfants sympathisent. Nous partageons à nouveau un repas marocain composé d'une soupe aux pois chiche, la "chorba" et d'un ragoût de légumes, le "tajine"...

Après souper, un petit tour à l'Ensemble Artisanal nous permet d'admirer de superbes productions locales (céramiques, tapis, cuivres...). Mais les artisans étant absents et les salles d'exposition fermant, nous devons quitter les lieux en nous promettant d'y retourner une autre fois.
Fes et ses teinturiers


Dimanche 19 mars 1989 : FES

 Houssine et Mariette nous accompagnent à nouveau dans l'enceinte de l'Ensemble Artisanal; cette fois nous pouvons y observer et y filmer un potier et des peintres de céramique à l'oeuvre dans l'un des jolis patios autour desquels s'articule l'Ensemble.
 

Fes depuis la colline

La pluie se poursuivant, nous passons l'après-midi à la maison, lisant et discutant avec les amis que reçoit Houssine. En début de soirée nous profitons d'une éclaircie pour faire le tour de la ville par la route panoramique périphérique, nous arrêtant aux belvédères pour admirer Fes-el-Bali dans tout son développement. On a l'impression d'un fouillis de cubes blancs et beiges entassés en désordre dans sa cuvette et sur les pentes, d'où émergent les fins minarets et les toits vernissés verts de la grande mosquée Karaouiyne.

Nous rentrons enfin à la maison pour un superbe tajine préparé par Mariette. Le repas est joyeux, animé par l'échange de nos vives impressions dans cet univers si différent de ceux que nous avons rencontrés depuis le début de notre périple.


 Lundi 20 mars 1989 : FES
 Houssine est allé travailler dans sa pharmacie en ce lundi matin, nous déléguant ses deux filles Saloua et Majda pour nous escorter jusqu'à Bab Boujeloud. Nous allons d'abord visiter le musée de Dar Batha exposant art populaire, tapis, céramiques, stucs sculptés et bois travaillé.
Fes : porte de Dar Hadara


Fes : porte Bab Boujeloud

La présentation est un peu archaïque, mais le guide aimable et le jardin andalou de cet ancien palais hispano-mauresque du XIXème rendent la visite très agréable. Franchissant ensuite l'arc de Bab Boujeloud, nous marchons dans le souk jusqu'à la medersa Bou Inania.

 Lorsque l'on passe les grosses portes de cèdre travaillé, le décor intérieur en plâtre sculpté transporte dans un monde merveilleux de calme, de finesse et d'élégance. La salle de prière au fond est toujours en fonction, ce qui conserve au monument tout son caractère religieux. Nous montons jusqu'aux cellules destinées aux étudiants de cette "université" coranique, petites pièces toutes blanches montrant pour seul décor les encadrements en cèdre sculpté de leur porte et de leur petite fenêtre. Par celles qui donnent sur la cour intérieur, on a une fort jolie vue sur ses dalles de marbre ou d'onyx et ses piliers recouverts d'admirables zelliges supportant de hauts moucharabiehs de cèdre ajouré. L'eau d'une dérivation de l'Oued Fès court dans un long bassin rectangulaire précédant la salle de prière et dans la petite vasque centrale... L'ambiance de paix et de sérénité régnant dans ces lieux consacrés contraste fortement avec l'agitation de la rue que nous retrouvons bientôt.

 Après avoir un peu traîné dans un fondouk (ancien entrepôt converti en "galerie marchande"), nous rentrons à la maison. Encore une fois un sympathique souper nous rassemble autour de la table familiale. Nous nous retirons ensuite dans le camping-car pour lire et écrire, sous un ciel de plus en plus menaçant. En soirée, nous faisons nos derniers préparatifs pour notre départ du lendemain.

Fès : les bacs des teinturiers
Fès : les bacs des teinturiers


49. De Fès à Dar Bouaza et Casablanca, par Salé et Rabat

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