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NOËL 1993

 LA COTE D'AZUR, de CANNES à CASSIS
et balade dans le BAUJOLAIS

Monique et Jean-Paul Mourez
à bord de l’Aigle



Itinéraire Côte d'Azur 1993


1. D'Orange à St-Aigulf


Dimanche 19 décembre 1993 : de FAREINS à STE-FOY (km 50 130)

Temps très gris et assez frais aujourd'hui, comme hier lorsque nous sommes arrivés du Canada via Paris. Levés tard, nous avons juste le temps de nous préparer pour gagner vers midi Fareins où nous allons fêter les 70 ans de Jehanne. La grande table est dressée au milieu du vivoir de René-Pierre et Jocelyne qui, pour la première fois, reçoivent toute la famille dans leur maison. C'est aussi un peu leur pendaison de crémaillère : ils ont en effet consacré toute leur énergie ces derniers jours à poser une superbe tapisserie marbrée, aux douces teintes pastel ocre, sur les murs et les toits pentus de leur grande pièce, lui conférant beaucoup de chic et de douceur.

Le repas, abondant et délicieux, se poursuit tard dans l'après-midi jusqu'au départ de tous les invités, après une visite à la miellerie. René-Pierre s'y prête de bonne grâce aux questions des uns ou des autres et démontre en détail les opérations nécessaires à l'obtention du précieux miel. J'en profite pour récupérer notre Aigle bien garé au fond du hangar; son moteur répond à la première sollicitation, et nous voici bientôt en position de départ. Derniers adieux un peu émus et pleins de gratitude à Jocelyne et René-Pierre qui nous ont si gentiment reçus avec tous les autres membres de la famille (nous étions 29 à table !) et nous prenons la route de Lyon. Je n'ai pas encore d'argent français et ne puis donc emprunter l'autoroute à péage... A peine engagé sur la N 7, je m'aperçois que le moteur émet encore des ratés (comme dans le Cotentin...) et qu'en plus la jauge de carburant touche au plus bas. Heureusement nous trouvons in extremis une station-service ouverte et le plein fait, tout semble rentrer dans l'ordre. Coucher à une heure avancée devant la maison de Ste-Foy que nous rallions sans traîner.
 

Lundi 20 décembre 1993 : de STE-FOY à TAIN-L'HERMITAGE (100 km)

Je me réveille assez tard (8:45) après une nuit coupée d'insomnies dues tant au décalage horaire qu'à une digestion un peu lourde... Je n'ai que le temps de filer vers Satolas pour accueillir Mathieu en provenance de Montréal. Je le guette longtemps avant de le voir se pointer dans la salle de récupération des bagages, les cheveux longs mal tirés en catogan, son gros blouson rouge au dessus de sa veste de tweed, ses jeans délavés glissés dans ses grosses bottes de combat...

Son allure non conformiste ne tarde pas à attirer l’œil du policier de faction qui l'entraîne dans un petit bureau adjacent et le soumet à une fouille en règle. Heureusement on ne trouve rien de délictueux sur lui, et je le récupère enfin tout fier d'avoir berné et fait perdre leur temps à des "coches", des fonctionnaires français qui plus est. Tout le long du retour vers la maison, ce ne sont que réflexions désabusées sur le décor urbain - assez moche il est vrai - et sur la puanteur des autos qui nous précèdent, au diesel plutôt mal réglé... A peine arrivé, Mathieu va se coucher pour faire passer un "mal de cœur" probablement empiré par les multiples boissons dont l'a abreuvé Air France.

Pendant ma virée à l'aéroport, Monique a transféré nos bagages dans l'Aigle. Il ne me reste plus qu'à effectuer quelques réparations - remplacement d'un raccord de la purge du circuit d'eau et élimination d'un court-circuit dans l'alimentation électrique du frigo - et nous serons prêts à partir.

Comme toujours, le travail dure plus longtemps que prévu et Monique a tout le temps de régler par téléphone les affaires pendantes avec notre assureur, puis avec son cousin Gérard et avec quelques autres interlocuteurs. Elle organise aussi pour Mathieu un séjour plus plaisant que le voyage itinérant prévu avec ses vieux parents : il demeurera quelques jours à Ste-Foy en compagnie de Stéphane qui lui fera découvrir ses ami(-e)s de Lyon, puis il sera reçu chez ses cousins Bertucat à Tournus. Avec tous ces plans et démarches, il est presque 16:00 lorsque nous sommes prêts au départ. Après un plein d'eau un peu laborieux (car les circuits d'eau du sous-sol ont déjà été purgés pour l'hiver), nous démarrons enfin sans que j'aie pu résoudre le problème électrique du frigo. Celui-ci fonctionne cependant sur la batterie et non sur le chargeur, mais comme nous n'envisageons pas de nous brancher sur le secteur durant ce court séjour, cette avarie ne présentera pas d'inconvénient.

En route donc vers le sud, d'abord par l'autoroute  puis par la N 7 dans la nuit bientôt tombée. La route file, nous arrêtons à Tain-l'Hermitage, sur une petite place au centre d'un quartier résidentiel, un peu à l'écart de la route. A 19:35 nous sommes au lit, prévoyant nous lever tôt demain.



Mardi 21 décembre 1993 : de TAIN-L'HERMITAGE à ST-MAXIMIN-LA-STE-BAUME (265 km)

Nous tombons du lit en fin de compte assez tard, vers 10:30, ayant dû subir encore une fois plusieurs insomnies accentuées par le bruit assez élevé de la grande route d'un côté et celui des trains - dont le T.G.V. - filant dans la vallée du Rhône de l'autre. Nous gagnons bientôt Valence où nous arrêtons un moment pour compléter notre épicerie au Super Casino, comme nous l'avons déjà fait deux fois les années précédentes, avant de poursuivre plein sud notre descente vers la Méditerranée. Le ciel est assez chargé, avec seulement à l'horizon une frange de lumière dorée qui découpe les montagnettes en gris bleuté de chaque côté du fleuve.

Notre allure, peu rapide, est encore ralentie par des ennuis de carburation qui s'accentuent au fur et à mesure du déclin de notre réservoir : ratés plus ou moins perceptibles, perte de puissance et surtout important ralentissement à chaque côte...

Arc romain d'Orange
L'arc romain d'Orange

 Nous évitons Montélimar et roulons jusqu'à ce qu'apparaisse enfin, vers 16:00, l'arc romain d'Orange : ce grandiose monument a gardé toute son élévation mais les bas reliefs sculptés dans le calcaire tendre ont malheureusement beaucoup souffert.
Après un bon petit repas, nous allons faire le tour du fameux théâtre qui a conservé presque intacts son magnifique mur de scène et ses gradins. Nous l'admirons en grimpant sur la colline de Ste-Eutrope où, parmi les buissons verdoyants et odorants et sous les grands arbres, se devinent encore les ruines du château des princes d'Orange. Les tuiles romaines rosissent les toits de la vieille ville et lui donne un tour charmant, mais le vent assez froid ne nous incite guère à prolonger notre balade. Le théâtre romain df'Orange
Le théâtre romain d'Orange

Dans le soir qui descend, nous regagnons notre Aigle en parcourant quelques petites rues de l'antique cité toutes décorées à l'approche des fêtes. Nous repartons bientôt, poursuivons notre route dans la nuit vers le sud-est et allons finalement dormir sur une petite place tranquille, à deux pas de la basilique de St-Maximin-la-Sainte-Baume que nous visiterons demain matin avant de repartir vers Cannes.
 

Mercredi 22 décembre 1993 : de SAINT-MAXIMIN à CANNES (155 km)

Basilique de St-Maximin au milieu des vignes
Basilique de St-Maximin au milieu des vignes
Nuit paisible et complète, il semble que nous ayons enfin rattrapé le décalage horaire... Les lieux étaient assez paisibles et nous n'émergeons que vers 8:30, après que j'aie donné un "coup" de chauffage pour attiédir un peu l'atmosphère : il fait 6,4° dehors ! Douche, petit déjeuner et mise en ordre de la chambrée, nous quittons notre chaud cocon pour nous hasarder dans les ruelles où souffle un mistral glacé, jusque sur le pavé de la grande place devant la basilique.
Un petit marché où clients et vendeurs claquent la semelle nous attend sur le parvis. Malgré le pittoresque de la scène, nous ne nous attardons guère et nous hâtons de pénétrer à l'abris de la haute voûte. Je suis d'abord attiré par l'admirable grand orgue d'Isnard occupant tout l'espace de la large tribune, un des seuls orgues du XVIIIème entièrement préservés qui restent en France... Les grandes orgues de St-Maximin (Isnard, 1719)
Les grandes orgues de St-Maximin
(Isnard, 1719)

Les chapelles latérales du haut édifice offrent elles aussi leur lot de curiosités : statues de bois doré, peintures médiévales sur panneaux de bois, grand retable doré où des petits tableaux encastrés dépeignent la Passion du Christ en 12 scènes miniatures aux couleurs fraîches. Sous l'autel, une grande toile rectangulaire montre une émouvante Mise au tombeau. Une mention aussi pour le grand chœur classique, sa gloire dorée au dessus du maître-autel et ses remarquables stalles de chêne sculpté. L'ensemble baigne dans une belle lumière due à l'élévation des murs qui dégage un large espace pour de hautes verrières à remplage gothique.

Crypte de St-Maximin
Crypte de Saint Maximin
Un dernier tour par la crypte où sont exposés les sarcophages de Sainte Marie-Madeleine et de Saint Maximin (VIème siècle), puis nous quittons la vaste basilique.
C'est pour nous diriger aussitôt vers le cloître et vers d'autres salles désertées du monastère accolé à l'église. Tout est vide puisque les Dominicains ont quitté les lieux en 1958, mais l'ensemble est encore très suggestif de la vie monastique qui anima ces murs durant tant de siècles.

Cloître de St-Maximin
Cloître de Saint Maximin

La N 7 continue de descendre parallèlement à l'autoroute, traversant l'arrière des monts de l'Esterel par une route vallonnée qui se faufile au milieu des chênes verts et des eucalyptus. Le mistral, toujours de la partie, a rafraîchi l'atmosphère mais il a aussi dégagé un beau ciel bleu. La route vire à travers le maquis et finit par descendre jusqu'à la mer que nous atteignons à Fréjus-Plage. Pique-nique au bord du sable, entre la base aéronavale et le centre de thalassothérapie. Petite balade ensuite sur la jetée du port de plaisance où mouillent quantité de yachts luxueux dont - encore une fois - plusieurs anglais immatriculés à Jersey.

Nous repartons pour gagner Cannes par l'intérieur. La route, beaucoup plus sauvage et montagneuse, serpente à flanc de colline au milieu des forêts. Nous décidons alors d'escalader le mont Vinaigre (614 m). Notre parcours nous offre de superbes vues sur l'arrière pays et la Haute Provence limitée en arrière par les cimes enneigées des Alpes. La petite route forestière menant en haut du mont est un peu difficile à trouver et son escalade s'avère raide et sportive pour notre lourd camion, nous parvenons quand même à deux pas du sommet.

Depûis le Mont Vinaigre les Monts de l'Esterel cachent la mer
Depuis le Mont Vinaigre, les Monts de l'Esterel cachent la mer

Un vent violent nous y attend mais aussi un magnifique paysage tant vers l'ouest où la côte méditerranéenne déploie ses caps et ses baies, qu'au sud où les monts de l'Esterel cachent l'étendue bleue de la mer.


Monique sur le Mont Vinaigre
Monique sur le Mont Vinaigre

A l'est ils se terminent vers Cannes et la baie de la Napoule bordée de grands immeubles blancs, tandis que tout autour vers le nord les montagnes forment une splendide toile de fond... Depuis le Mont Vinaigre, en regardant vers Cannes
Depuis le Mont Vinaigre, en regardant vers Cannes

Un peu sonnés par le grand bol d'air pris sur les hauteurs et trébuchant sur les roches du sentier, nous regagnons notre Aigle stationné un peu en dessous de la tour de télévision, puis continuons la route de montagne aux innombrables virages en direction de Cannes. La nuit est tombée lorsque nous pénétrons dans la ville. Premier arrêt chez un ami de Jehanne auquel Monique apporte une biographie d'Alexis Carrel. Mon pilote préféré me guide ensuite dans le lacis du Super-Cannes, par des rues étroites et sinueuses grimpant à l'assaut de la colline, jusqu'à trouver la maison haut perchée de Jean-Jacques A..., lui aussi "Ami d'Alexis Carrel", auquel nous venons livrer une copie du même livre. Accompagné de son épouse, il nous invite à passer la soirée avec eux au coin du feu. Agréable et vive conversation, vue superbe sur la baie illuminée... nous nous couchons assez tard, vers 22:30, juste devant la grille menant à leur maison.
 


Jeudi 23 décembre 1993 : de CANNES à FREJUS-PLAGE
(79 km)


La baie de la Napoule depuis Super Cannes

Excellente nuit qui se prolonge un peu plus que prévu : nous ne verrons pas le soleil se lever sur Cannes puisque nous n'émergeons que vers 8:30...




La Promenade de la Croisette et au fond, le Suquet


Douche, plein d'eau sur le boyau d'arrosage de nos hôtes avant de grimper jusqu'à l'observatoire et au terminus du funiculaire, hélas abandonnés et condamnés. Il ne nous reste plus qu'à redescendre par les rues étroites et sinueuses jusqu'au port de la Croisette où nous déjeunons sur fond de petits bateaux agités par le mistral encore très fort aujourd'hui. Le ciel est merveilleusement dégagé, avivant les teintes rosées des immeubles, le vert foncé des végétations et les rouges ocre des rochers en arrière.
Petit déjeuner devant le port de la Croisette


Monique devant le Marché aux Fleurs de Cannes

Puis nous gagnons le Vieux Port et le Suquet au pied duquel nous finissons par trouver une place de stationnement. Petite balade jusqu'à la gare pour tâcher - en vain - de nous faire rembourser nos billets de train inutilisés, puis nous enfilons la rue Meynadier, très commerçante, jusqu'au Mont Chevalier que nous escaladons par une rampe très pentue. 

Au pied de l'église, la vue se dégage largement sur le golfe de la Napoule superbe sous ce beau soleil... Une autre ruelle raide nous ramène vers le rivage et vers notre Aigle où nous sommes contents de pouvoir nous réchauffer un peu; s'il fait beau, en revanche le mistral est toujours aussi violent et il nous faut nos gros manteaux d'hiver canadiens pour ne pas être frigorifiés.
La Baie de Cannes depuis le Suquet et l'ïle Saint Honorat

La Pointe de l'Esquilon

La route côtière sur laquelle nous nous engageons alors vers l'ouest prend le nom de Corniche de l'Esterel. Elle suit fidèlement les courbes, calanques, caps et pointes du rivage, offrant de merveilleux points de vue aux lieux-dits Théoule-sur-Mer limitant le Golfe de La Napoule, puis à La Galère, à la Pointe de l'Esquillon, Miramar, Le Trayas... La mer a profondément découpé les rochers rouges et déchiquetés qui s'abîment dans les flots bleus en des paysage presque aussi superbes que ceux que nous avions admiré l'an dernier en Corse.

A l'Observatoire, un vieil ensemble de blockhaus délabrés offre une vue magnifique sur les découpures de la côte. Nous tentons de prendre la route forestière grimpant vers le pied du Cap Roux mais une barrière ne tarde pas à nous arrêter. Déçus, nous devons faire demi-tour, ne disposant plus des 3 heures nécessaires pour faire avant la nuit la balade à pied.

Nous poursuivons donc la route côtière jusqu'à Anthéor puis Agay. Le soleil qui prépare son coucher nous gêne considérablement et nous empêche de profiter du paysage presque constamment à contre-jour, aussi renonçons-nous à l'excursion dans l'Esterel pour ce soir. Nous gagnons plutôt Saint-Raphaël par la route de l'intérieur en passant par Valescure, faisons quelques courses et le plein d'essence juste avant d'arriver en ville et repérons la petite route du Pic de l'Ours - ouverte celle-ci - que nous emprunterons demain. Pour finir, nous allons nous installer près de l'entrée de la base aéronavale à Fréjus Plage, juste devant le sable, où nous espérons passer une nuit tranquille - c'est une impasse - sans être délogés par la maréchaussée : le coin est interdit aux camping-cars !
 

Vendredi 24 décembre 1993 : de FREJUS-PLAGE à ST-AYGULF (71 km)

Une pluie violente accompagnée d'éclairs et de tonnerre nous réveille vers 6:00, au bout de notre impasse devant la mer. À notre lever, le ciel est maussade et humide. Un fort mistral fait claquer les étais des yachts dans le port tout neuf à deux pas de notre bivouac. Nous en admirons les grands immeubles néoclassiques aux fraîches teintes pastel encadrant le bassin irrégulier où sont amarrés des centaines de bateaux tous plus luxueux les uns que les autres. Malgré le temps décevant, nous prenons la route côtière. Partout des constructions plus ou moins heureuses occupent les moindres espaces disponibles. On n'aperçoit la côte de porphyre rouge que par instants, au fond d'anses que la route de corniche effleure avant de longer à nouveau grandes propriétés, luxueuses villas ou hôtels...

A Dramont, nous quittons la grande route pour stationner près d'un camping fermé avant d'escalader le cap en direction du belvédère de Dramont. Le sentier grimpe rudement à travers le maquis intact; il constitue un territoire protégé puisqu'appartenant à la Forêt Domaniale de l'Esterel, donc exceptionnellement conservé sans aucune de ces bâtisses qui encombrent partout le paysage. Tout en haut du sentier raviné, vue extraordinaire sur les rochers de porphyre rouge, le rade d'Agay, le Mont Vinaigre et le Golfe de Fréjus.
En grimpant sous les nuages vers le Sémaphore de Dramont


Depuis le Sémaphore de Dramont,
sous le soleil revenu

Je filme tout ce que je peux malgré les bourrasques de mistral qui me secouent ou me clouent contre le rocher. Tout ce vent a au moins l'avantage de chasser les nuages. Bientôt le ciel retrouve sa couleur ici habituelle et surtout le soleil illumine les pentes rocheuses tachetées de vert sombre et la côte de porphyre rouge. La mer abandonne le gris pour l'azur et les vagues se brisant sur les rochers éclatent à nouveau de blancheur. Enfin !
Ce beau soleil nous accompagne pour la suite de notre balade; rejoignant Agay, nous nous enfonçons vers l'intérieur pour bientôt bifurquer sur la route du Pic de l'Ours. Elle traverse la plus grande partie de la Forêt Domaniale de l'Esterel; c'est en fait un superbe parc naturel à la canadienne, sans aucune construction ni aménagement autre que la petite route que nous parcourons. Elle escalade par de longues rampes les pentes accusées de l'Esterel, un ensemble de montagnettes aux flancs couverts de maquis et de rares arbres, surmontées de dents rocheuses jaune ocre et découpées.

Vers le Pic de l'Ours, dans la forêt domaniale de l'Esterel

Le Massif de l'Esterel depuis le Pic de l'Ours

Au sud le bleu profond de la Méditerranée, au nord et au delà du massif du Tanneron, les cimes neigeuses des Alpes italiennes. La route en corniche autour du Pic d'Aurelle donne de superbes aperçus sur la Corniche de l'Esterel loin en dessous de nous, ses calanques, ses anses et ses pointes de rochers rouges grenat; en arrière la vaste étendue bleue du golfe de La Napoule, les blancheurs de Cannes étalées au soleil sur les pentes... Nous stationnons dans le col Notre-Dame où souffle un vent formidable qui ramène un gros nuage gris chargé de pluie. La température chute à 5°, une petite neige volette par instant sur le pare-brise pendant que nous pique-niquons, assez découragés.
Heureusement le vent poursuit son action et dévoile à nouveau un soleil éclatant ! Nous n'hésitons pas, enfilons nos manteaux et nous lançons dans les 4 kilomètres qui nous font grimper jusqu'au relais de télévision couronnant le Pic de l'Ours. Bien que nous soyons presque toujours au soleil, le froid est vif mais le vent demeure supportable avec nos gros vêtements d'hiver canadiens... En chemin nous admirons le paysage de montagne et de mer. Il est encore bien plus remarquable depuis le sommet où nous demeurons un long moment à contempler sommets blanchis des chaînes alpines au loin, mer d'azur moutonnant jusqu'à l'horizon, arc superbe du Golfe de La Napoule et Cap d'Antibes un peu en arrière, tandis qu'à l'ouest et à contre-jour ce sont les hauteurs des Maures qui barrent l'horizon...

 Vers l'est, depuis le Pic de l'Ours

 
Vue depuis le Pic de l'Ours vers le Golfe de la Napoule

Le soleil est bas lorsque nous retrouvons notre Aigle. Après nous être un peu réchauffés, nous gagnons le col de la Cadière puis celui des Trois Termes où nous trouvons la route du Col des Suvières fermée à la circulation... Déçus nous rattrapons la N 7 et, dans le crépuscule, traversons à nouveau les forêts de l'Esterel en endurant quelques hoquets de notre moteur toujours étouffé par l'essence avariée prise l'été passé dans le Cotentin.

Dans la nuit nous contournons le Mont Vinaigre et Fréjus pour aller dormir dans une petite rue résidentielle de St-Aygulf.
 


Samedi 25 décembre 1993 : de ST-AYGULF à ST-CLAIR (LE LAVANDOU) (95 km)

Grand vent durant la nuit qui secoue les trois tonnes de l'Aigle mais ne nous empêche pas de bien dormir malgré tout. Au matin, le soleil illumine la baie de Fréjus-St-Raphaël, ses flots bleus, ses côtes parsemées des petits points blancs de ses maisons et les cimes enneigées des Alpes tout au fond qui l'encadrent. Même les sommets plus rapprochés des massifs sur lesquels s'appuie l'Esterel semblent avoir reçu leur "bordée" de neige cette nuit. Il fait en effet très frais (entre 6 et 8°) malgré le soleil qui n'arrive guère à réchauffer l'atmosphère.
Vue sur la Baie de St-Raphael depuis Saint Aygulf



L'Aigle dans le port de Saint Aygulf


Petit-déjeuner devant le port de Saint Aygulf

Nous traversons ensuite Ste-Maxime, un autre joli port que les nouvelles constructions ont banalisé de leur masse de béton. La route offre cependant davantage d'aperçus sur la Méditerranée qu'hier.

Nous sommes bientôt devant Port-Grimaud, au fond du Golfe de St-Tropez.
Site de Port-Grimaud vu du ciel


Port Grimaud : en passant le pont...

L'ancien marais a été converti en cité lacustre d'une manière assez heureuse. On doit laisser le camion sur un grand parking à l'extérieur de la ville close entourée de fossés que l'on franchit par un joli petit pont façon Venise.
C'est à cette cité fameuse que font penser les canaux et leurs quais étroits, les nombreux petits ponts en dos d'âne et les façades à l'italienne recouvertes de délicates teintes pastel ou de décors en trompe-l’œil.
Port-Grimaud : les quais depuis le clocher de l'église


Les ponts de Port-Grimaud

Partout la mer semble entrer dans les terres et des yachts, certains très riches, sont amarrés au pied des maisons et des appartements. Au centre, la petite église de style régional est entourée d'eau; nous en faisons rapidement le tour car le vent très froid nous transperce.
Le rêve, quoi...

Les quais de Port Grimaud


En l'absence du soleil disparu depuis un moment, nous avons hâte de retrouver l'abri et la chaleur de notre Aigle.



Lumière du soir sur Port-Grimaud

Quelques kilomètres suivant le même fond de golfe et nous longeons les Marines de Cogolin, un autre développement domiciliaire du même style.


Bassin du port de Saint-Tropez

Puis nous arrivons au fameux village de St-Tropez.
Circulation complexe quoique pas trop difficile en cette saison - mais qu'est-ce que cela doit être l'été ! De grand stationnements à l'extérieur de la petite cité nous offrent de larges espaces vides, alors que des panneaux on ne peut plus explicites interdisent la circulation en camping-car.
Les toits rouges au-dessus de la baie de Saint Tropez


Le port de Saint-Tropez depuis la jetée du nouveau port

Qu'importe ! Nous nous hasardons quand même dans les rues étroites et aboutissons au bout du quai près du Vieux Port de pêche, le seul qui ait gardé un peu du cachet ancien, puisqu'il a été doublé, que dis-je quadruplé d'un grand port à yachts moderne où s'entassent  d'énormes "cruisers" sentant le fric à plein nez et cachant la vue de la mer...
Nous prenons plusieurs vues du petit bassin où demeurent quelques barques de pêche colorées, de taille beaucoup plus modeste... 
Quai de l'ancien port de pêche



Le clocher jaune de Saint Tropez

Puis nous nous faufilons dans les ruelles coupées de placettes pittoresques et gagnons la citadelle au dessus du village. 

Fontaine sur une place en traversant le village




Le clocher et la baie depuis la citadelle

De là-haut, fort belle vue sur les toits de tuiles romaines rosées autour du fameux clocher jaune. En arrière la baie de St-Tropez et au fond les montagnes. Les couleurs vibrent sous le soleil revenu, le vent nous en paraît un peu moins froid...



Le port de Saint Tropez depuis le chemin montant vers la citadelle


De retour à notre Aigle en passant par la petite grève où s'échouaient autrefois les barques des pêcheurs et qui maintenant est totalement vide, nous attaquons un déjeuner de Noël "santé" : salade d'endives au jambon fumé et gruyère, baguette croustillante et eau minérale... Nous achevons notre dessert devant la porte grande ouverte sur le Vieux Port lorsqu'un gendarme, l'air morose, nous ordonne de déguerpir; nous avions presque oublié que les camping-cars n'étaient pas admis ici...
Déjeuner sur le quai... !



J-P admire Saint Tropez et sa baie depuis la chapelle Sainte Anne


Saint Tropez depuis l'entrée de la chapelle Sainte Anne

Ravis de notre incursion délinquante dans cet univers coloré mais snob et un peu surfait, nous débarrassons et rangeons la table pour reprendre la route. Le soleil a de nouveau disparu et le vent nous semble réfrigérant lorsque nous grimpons au dessus du village jusqu'à la chapelle Ste-Anne. La vue sur le golfe et sur le village en-dessous de nous est certes jolie, d'autant plus qu'elle porte également sur l'anse de Pampelonne à l'est, beaucoup plus sauvage.

Nous ne nous attardons pourtant pas, passons les vieilles pierres du village perché de Ramatuelle et escaladons la mauvaise route menant aux ruines des moulins de Paillas. Le site est relativement élevé et bien placé puisqu'à cheval sur la crête d'un espèce de promontoire, mais les arbres empêchent d'apercevoir les points de vue annoncés. En revanche le village perché de Gassin vaut plus que la simple étoile dont le gratifie le Guide vert : avenue circulaire faisant découvrir une grandiose panorama, ruelles et traboules dignes de toute cité médiévale qui se respecte, architecture sobre, aménagement propre et de bon goût. Même le petit développement moderne, de style provençal accolé au village ancien, est joliment dessiné. Sur la place, près du stationnement orné d'une fontaine, un marchand d'articles en olivier et autres spécialités provençales fait le bonheur de Monique qui trouve sous son toit des cadeaux destinés aux amis et à la famille... Une grosse averse à la sortie de la boutique met fin à notre visite à peine entreprise, et c'est dans la grisaille, le froid et l'humidité que nous regagnons notre cabane à roulettes.

Un moment désorientés par cette interruption soudaine et inattendue de notre excursion, je me mets à rêver à des cieux plus cléments - ah, le Maroc... - tandis que Monique regrette de n'avoir pas emmené son tricot... Nous reprenons la route, fort sombre maintenant, et descendons jusqu'à la plage de Cavalaire où débarquèrent les Alliés le 15 août 1944, sur une belle et large étendue de sable roux longue de plus de 4 kilomètres.

Au Rayol, nous retrouvons un site plus accidenté. La forêt de pins et d'eucalyptus tombe dans la mer tandis que les villas semblent dispersées sur les pentes boisées.

Site rocheux près de Cavalaire

Dans la pénombre, une affichette nous apprend que le superbe jardin méditerranéen recommandé par mon frère Denis ne rouvrira ses portes qu'en avril 94. Hélas ! Il ne nous reste plus qu'à continuer en direction du Lavandou, dans l'obscurité déjà presque totalement tombée. Jolie vue à Cavalière... nous cherchons un point de chute pour la nuit et le trouvons au bord d'une plage entre Aiguebelle et St-Clair, juste avant Le Lavandou. Sous la pluie battante, nous stationnons en ligne derrière trois autres camping-cars allemands venus chercher repos sur cette rue pourtant explicitement interdite à nos véhicules. Espérons que la nuit nous sera propice !

 

Dimanche 26 décembre 1993 : de ST-CLAIR à LA MOLE (83 km)

Personne ne vient nous déranger, seules les rafales d'un vent épouvantable secouent l'habitacle et couvrent le bruit du ressac des vagues déferlant sur le sable à dix mètres à peine de l'Aigle... La pluie qui avait cessé en soirée reprend vers 6:00 et son clapotis sur le toit nous réveille. Rien de très dynamisant, il semble bien que notre balade dans le Massif des Maures soit à l'eau ! Aussi paressons-nous au lit jusque vers 8:30, lorsque la faim me fait descendre du lit.


Bormes-les-Mimosas sur sa colline

Vers 9:30 nous sommes prêts au départ, la pluie s'est arrêtée et il semble que le vent commence encore une fois à dégager un petit coin de ciel bleu. Nous traversons Le Lavandou, autre grand port à yachts sans grande originalité, puis nous grimpons jusqu'à Bormes-les-Mimosas entassé à flanc de colline au pied des ruines de son château.


La vieille rue tournicote jusque sous ses pans de murs noyés dans une luxuriant jardin méditerranéen, tout en haut du village. Nous y laissons notre Aigle et dévalons les ruelles pittoresques et fleuries, coupées d'escaliers et bordées de jolies maisons de pierre apparente ou de crépi rose. Je crois même y repérer la maison que mes parents avaient louée avec nous lors d'un séjour à Pâques au printemps 1964...
Place de l'église de Bormes


Fontaine et passage voûté en dessous de l'église de Bormes

Monique s'attarde un peu dans un magasin d'artisanat provençal pendant que j'escalade d'abord à la course puis en soufflant les marches raides pour aller quérir une cassette vidéo de rechange. 
Remontant ensuite près de la place St-François, nous admirons d'un côté la petite ville étalant ses crépis pastels au versant de sa colline, de l'autre la vallée du Bataillez et le Cap Blanc allant mourir dans la mer. Grand soleil sur tout le tableau qui en avive encore les couleurs et contraste les contours...
Crépuscule sur Bormes-les-Mimosas


Vue du Col de Babaou en direction sud-ouest

Il est temps d'entreprendre notre itinéraire dans les Maures puisque, dissipant nos craintes de ce matin, le temps nous est à nouveau favorable. La petite route très sinueuse et noyée dans les chênes-lièges et les châtaigniers escalade les hauteurs jusqu'au Col de Babaou, offrant une belle vue sur la presqu'île de Giens et les Iles d'Hyères.

Nous roulons un moment à flanc de montagne, profitant de grandioses échappées sur les pentes boisées, jusqu'à redescendre vers l'intérieur des terres à Collobrières, au milieu des petites parcelles déboisées couvertes de vignes. Le village est tout sauf touristique, même s'il a conservé un charmant pont de pierre rustique en dos d'âne sous lequel patauge une bande de canards. Les maisons serrées le long des ruelles sinueuses ont pour la plupart le crépi misérable et la vieille église romane du XIIème croule en ruines... Voilà néanmoins un arrêt agréable, d'autant plus qu'ici le vent est presque nul.


Route automnale vers la chartreuse de La Verne

Ce n'est plus le cas lors de notre parcours vers la Chartreuse de La Verne que nous atteignons au bout de 6 km d'une piste défoncée, boueuse et parfois enneigée ou glacée. Le paysage est très sauvage. Les pentes raides, à peine devinées à travers chênes-lièges et châtaigniers, sont couvertes de pins qui moutonnent depuis la crête jusqu'au plus profond des vallons. A l'horizon on aperçoit parfois la ligne bleue de la mer.  
Chartreuse de La Verne au milieu du désert



Arrivée à la Chartreuse de La Verne


La Verne : la tour d'angle restaurée

Tressautant et louvoyant longuement sur ce mauvais chemin, nous finissons par arriver devant le haut mur de pierre et le monumental portail de serpentine verte du couvent. Il fait malheureusement très froid malgré le soleil et le vent y souffle en tempête.
Façade et entrée de l'hostellerie de La Verne

Architecture rustique dont on relève partiellement les ruines, visite plus archéologique qu'artistique... mais qui ne manque pas d'intérêt.

Les communs de l'avant-cour de La Verne



Porte en serpentine menant à l'abbatiale


Porte de la sacristie de La Verne (XIIème)



Le Grand Cloître du Silence et les tombes des Chartreux
Après la cuisine voûtée et la grande cour de belle ordonnance, c'est le Grand Cloître du Silence, partiellement conservé, qui nous impressionne le plus. Son grand rectangle de gazon vert est tout saupoudré de neige et entouré d'une longue galerie percée d'arcades de serpentine taillée.



Porte arrière fortifiée du mur d'enceinte


Tout au bout, hors de l'enceinte et au dela de la porte de clôture, on trouve les restes d'un moulin à vent et surtout un remarquable panorama sur les pentes boisées des Maures, la vallée profonde de la Verne et le Golfe de St-Tropez tout au fond.

Panorama sur les Maures et le lac du barage de La Mole

Les lieux sont austères et grandioses comme il sied à ce genre de retraite, mais il fait vraiment trop froid pour nous attarder et nous sommes bien heureux de retrouver la chaleur de notre Aigle.

Nous franchissons à nouveau les mêmes passages glissants ou glacés qu'à l'aller et poursuivons notre tour de la partie occidentale des Maures. Nous passons le Col de Taillude...
La route enneigée sur laquelle l'Aigle s'avance prudemment

Dernier coup d'oeil sur le monastère de La Verne derrière nous

Puis nous longeons un moment la vallée de la Verne où l'on aperçoit, sur les hauteurs de l'autre versant, les grands murs de pierre de l'abbaye, avant de redescendre en tournicotant vers Grimaud.
Le soleil commence à décliner lorsque nous stationnons à l'entrée du village médiéval surmonté des ruines de son puissant château. La faim nous tenaille, nous cédons à ses exigences, mais lorsque nous avons terminé notre déjeuner/souper, le crépuscule s'annonce déjà.
Le village de Grimaud sur sa colline
dans la lumière du soir


Au bivouac à La Môle, Monique plonge dans le Guide Vert
pour préparer la suite de l'itinéraire
Comme le vent n'est toujours pas tombé, nous repartons sans aller voir de plus près les ruelles du bourg dont le style, de toute façon, nous semble familier. Traversée rapide de Cogolin, sans grand attrait à première vue, puis quelques kilomètres de route de vallée entre les monts, et nous allons bivouaquer bientôt derrière l'église de La Môle sur une petite place des plus paisibles. 


93 - La Côte d'Azur, de CANNES à CASSIS : 2. de GRIMAUD à LYON

Accueil de l'Aigle

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