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ÉTÉ 1993

NORMANDIE & BRETAGNE

Jean-Paul et Monique MOUREZ
à bord e l'Aigle

1. De LYON à ROUEN


Du mardi 22 juin au jeudi 1er juillet 1993 : STE-FOY-LES-LYON (km 42 950)

Arrivés de Montréal le 23 en début d'apès-midi, nous planifions les travaux sur l'Aigle puis participons dans la soirée du 24 à la fête organisée par Jean pour sa réception de la Croix d'Officier de la Légion d'Honneur.

Pour leur part, les enfants demeurent à la maison à Montréal; Juliette veut en effet profiter d'une petite semaine de liberté avec son amie Julie sans avoir ses "vieux parents" sur le dos. Mathieu, quant à lui, préfère passer l'été seul même si c'est pour faire la plonge au restaurant "L'Invité".

Pendant toute une semaine, nous nous consacrons aux améliorations, réparations et modifications prévues depuis Noël sur notre Aigle :

Tout finit par se mettre en place et, mercredi le 31 juin, nous allons accueillir Juliette et son amie Julie à Satolas. Fatiguées par le voyage et leurs veilles de toute une semaine passée à fêter et à se coucher très tard, nos demoiselles ne tardent guère à s'allonger... pour faire le tour complet du cadran!

En fin d'après-midi, nous allons remplir la cambuse et garnir nos réserves au Continent de Bonant; nous poursuivons nos travaux pour achever nos préparatifs jeudi le 1er juillet. Dans la matinée, Claude et sa femme Marie-Pierre, installés depuis 2 mois à Montpellier, viennent chercher leur fille à la maison. Ils emmènent aussi Juliette qui passera les 3 prochaines semaines chez eux avec Julie. Dans l'après-midi nous procédons aux dernières mises au point et finitions sur le camion pour quitter Sainte-Foy en direction de Fareins vers 18:30. Voici enfin les vraies vacances qui commencent !

Accueil familial chez René-Pierre et Jocelyne qui partagent avec nous leur souper : la table est animée par les jeux et les caprices des 3 filles... Nous dormons devant leur seuil dans notre Aigle, d'un excellent sommeil, dans la paix de cet environnement champêtre.

Vendredi 2 juillet 1993 : de FAREINS à CHATEAU-CHINON

Lever vers 8:00 pour un petit déjeuner en famille avant de prendre la N 6, direction Tournus où nous passons quelques heurs avec Odile et Jean-Louis avant de reprendre la route vers le nord en direction d'Autun.

Site d'Autun
La vieille ville
d'AUTUN autour de la cathédrale St-Lazare (XIIème)

Escale à Autun où nous faisons un tour rapide du théâtre romain... Théâtre romain
Théâtre romain d'Autun

Portail de la cathédrale
Cathédrale St Lazare : le portail roman du XIIème
...puis une visite plus attentive de la cathédrale et de ses superbes chapiteaux. Vierge en bois doré et peint
Fuite en Égypte
Cathédrale St-Lazare : fuite en Egypte (XIIème)
St Joseph
  Saint Joseph (XIIème)
Autun : chapiteau des Rois mages
Cathédrale St-Lazare : le réveil des Mages
Fontaine sur le place de la cathédrale
Une dernière balade dans les ruelles pittoresques alentours, puis retour à la petite place enjolivée par une fontaine chantante...
...avant de reprendre la route en passant sous une des portes antiques élevées par les Romains autour de la cité. Autun : porte romaine
L'Aigle devant la porte St-André (époque romaine) d'AUTUN

Le soir descend bientôt sur les monts et les vaux du Morvan : ses forêts profondes ressemblent un peu à celles de la Forêt Noire, aussi sauvages et sombres... A Arleuf, nous montons découvrir le site gallo-romain d'un théâtre rural dont il reste bien peu de choses, mais le vaste paysage en arrière vaut le coup d’œil : des collines accusées moutonnent jusqu'à l'horizon assez éloigné, car nous sommes à plus de 600 mètres d'altitude. Nous tentons alors de monter bivouaquer au Télégraphe juché à 800 mètres, mais la route mal signalée se dérobe à nos roues. Nous finissons par aller dormir sur le stationnement désert d'une grande quincaillerie en plein centre de Château-Chinon, un gros bourg sous-préfecture et "capitale" du Morvan.

Samedi 3 juillet 1993 : de CHATEAU-CHINON à BELLEME (401 km)

Tôt éveillés par le piaillement des oiseaux et l'appel des coqs, nous paressons au lit jusque vers 8:15, puis vaquons aux tâches matinales : rangement, douche, déjeuner, vaisselle... Avant de partir, je vais quérir dans la quincaillerie voisine 2 charnières qui vont fixer la porte du panier à bouteilles démonté hier pour caser notre dernière acquisition : deux superbes chaises pliantes jaunes et grises aux couleurs de l'Aigle. Vers 10:00, nous reprenons la route.

Vieille ville d'Orléans au bord de la Loire
ORLEANS : le pont George V sur la Loire et les églises de la ville
Nous gagnons d'abord Nevers que nous contournons, puis descendons le cours de la Loire à peine entrevue en passant par La Charité/Loire, Briare, Gien... La route file jusqu'à Orléans dont nous décidons de visiter la vieille ville.
Mais d'abord pique-nique au bord du fleuve : nous étrennons nos fauteuils tout neufs d'hier et sortons la table pour déguster salade de mâche et jambon de Bayonne.  Pique-nique à Orléans
ORLEANS : Jean-Paul et Monique pique-niquent devant la Loire
ORLEANS : dernier étage de la tour de la cathédrale Ste-Croix construite fin  XVIIIème
ORLEANS : dernier étage de la tour
de la cathédrale Ste-Croix construite fin  XVIIIème
Puis nous traversons à nouveau la Loire pour laisser notre Aigle sur le quai rive droite et gagner à pied la cathédrale Ste-Croix. Visite intéressante (grande nef gothique ornée de drapeaux multicolores...) que nous achevons juste avant le début d'un mariage. Les costumes bigarrés des invités nous horrifient et nous font fuir !

Un dernier tour dans les ruelles bordées de maisons médiévales à structure de bois, et nous retrouvons notre Aigle. Cap au Nord. Il fait chaud mais pas trop; tant que l'on roule, cette chaleur (23-25°) demeure très supportable. Nous traversons alors les plates étendues de la Beauce envahies par la blondeur des blés ou les grandes feuilles vert sombre des betteraves. Soixante-quinze kilomètres à vive allure et, vers 18:15, nous voyons poindre les flèches de Chartres au-dessus de la plaine.

Nous stationnons à l'extérieur de la vieille ville limitée par le cours paresseux de l'Eure.Puis, empruntant des ruelles bordées de maisons anciennes et pittoresques assez bien restaurées, nous gagnons la cathédrale Notre-Dame couronnant la colline.
Dans le vieux CHARTRES, la cathédrale
Dans le vieux CHARTRES, la cathédrale
du XIIème vue des bords de l'Eure


Cathédrale Notre-Dame de CHARTRES : la Rose nord
Cathédrale Notre-Dame de CHARTRES
 
(XVème au XVIème) :
 la rose nord :
Glorification de la Vierge Marie,
offerte par Blanche de Castille 
et son fils Saint Louis (XIIIème, atelier de N.D.de Paris)
L'église est une splendeur : vaste, très équilibrée, ornée de superbes verrières aux rouges et bleus lumineux...
CHARTRES : vitrail de la cathédrale du XIIème
  CHARTRES : vitrail de la cathédrale du XIIème
Notre-Dame de la Belle Verrière
Je regarde d'un peu plus près le fameux labyrinthe, puis nous faisons un grand tour extérieur. Noblesse de la façade (devant laquelle des fouilles viennent de mettre à jour un grand bâtiment romain), élégance magistrale des arc-boutants venant s'appuyer sur des contreforts massifs en escalier. Tour du choeur de la cathédrale
Tour du choeur de la cathédrale : baptème de N.S. par St-Jean-
Baptiste, la Triple Tentation, la Chanannéenne, la Transfiguration.

CHARTRES :  chevet de la cathédrale Notre-Dame
CHARTRES :  chevet de la cathédrale Notre-Dame
Notre balade s'achève dans les jardins de l'archevêché (une élégante bâtisse Louis XIII aux murs de briques rouges et parements de pierres blanches) d'où l'on jouit d'une très belle vue sur l'abside et sur les absidioles en éventail.
 Nous regagnons enfin notre Aigle en traînant un  peu le long de la rivière où barbote une bande de canards et où s'est installé, dans un vieux moulin retapé, un joli restaurant fleuri. CHARTRES : au bord de l'Eure, le vieux moulin
CHARTRES : au bord de l'Eure, le vieux moulin transformé en restaurant

Il est temps de repartir en direction d'Alençon puisque c'est par ce léger détour vers les Alpes Mancelles que nous voulons gagner Caen. Après quelques 14 kilomètres, nous quittons la grande route (N 23) pour nous engager sur un chemin de terre et nous y arrêter pour souper en pleins champs. Repas bucolique pendant lequel nous regardons le soleil se coucher sur les blés récoltés par une énorme moissonneuse-batteuse, dans une débauche de poussière colorée en rose par les derniers rayons du soleil...

Encore 35 km jusqu'à Nogent-le-Rotrou, après 2 tentatives malheureuses pour trouver un téléphone à carte et annoncer à Maman notre arrivée prochaine. Nous nous rendons jusqu'à Bellème, en traversant une région maintenant beaucoup plus vallonnée; nous trouvons un grand espace plat tout à fait propice au bivouac devant la salle des fêtes. Malheureusement des jeunes en autos et mobylettes ne cessent d'arriver : voilà qui présage une nuit agitée...

Dimanche 4 juillet 1993 : de BELLEME à CAEN (197 km)

Nos voisins ont finalement été très calme et c'est la chaleur qui nous réveille; nous sommes en plein soleil sur notre grand stationnement vide. Nous nous levons assez tôt, sans avoir pour autant vraiment fait le plein de sommeil.

Nous sommes bientôt sur la route; quelques kilomètres plus loin, nous allons déjeuner sur le bord herbu d'un chemin de ferme. Nous sortons nos chaises dans ce cadre champêtre, environnés du chant des oiseaux, dans la grande lumière du matin. La route file ensuite par monts et par vaux jusqu'à Alençon, à une quarantaine de kilomètres de là. Quelques minutes pour quérir des fleurs que nous offrirons à Maman ce soir, et nous trouvons une place en plein centre de la vieille ville, à deux pas de l'église Notre-Dame. Fort beau portail en dentelle de pierre, sobres voûtes romanes à l'intérieur...

ALENCON : la maison d'Ozé
ALENCON : la maison d'Ozé
Nous nous dirigeons ensuite vers la maison d'Ozé joliment restaurée qui borde la grande place toute pavée. Suivant le petit circuit pédestre proposé par le Syndicat d'Initiative, nous longeons le cours fleuri de la Sarthe, déambulons dans les vieilles rues près du Musée de la dentelle (malheureusement fermé) et nous engageons sous le passage Cochon de Vaubougon où résida madame de la Peltrie avant de partir fonder le couvent des Ursulines à Québec (plaque commémorative)...
Après avoir contemplé au passage quelques vieilles maisons aux pittoresques montants de bois, quelques belles façades de pierre un peu sévères, et l'originale Halle au blé en granit toute ronde, nous sommes de retour au camping-car. Alençon nous paraît somme toute une jolie petite ville tranquille, mais ses monuments sont cependant trop hétérogènes pour nous retenir longtemps. Dentelle d'ALENÇON
Dentelle d'ALENÇON

Nous prenons alors la direction des Alpes Mancelles, une région vallonnée et boisée où, à chaque fois que l'on escalade une côte, le paysage se dégage, plein d'un charme paisible. Nous pique-niquons à Héloup, au bord d'un chemin d'où la vue s'épanouit sur les collines et les forêts. Fatigué par la longue route parcourue depuis 2 jours et par une nuit un peu courte, je commence une sieste qui se prolonge jusque vers 16:30, pendant que Monique commence un tricot. Nous poursuivons l'excursion des Alpes Mancelles vers St-Léonard-des-Bois, puis vers St-Céneri-en-Gerei où nous stationnons sous les grands arbres abritant la Sarthe.

ST-CENERI-EN-GEREI : la maison du Maire...
ST-CENERI-EN-GEREI : la maison du Maire...
Courbe admirable de la rivière lovée au creux de la colline et franchie par un vénérable pont aux pierres moussues, au pied de la petite église du XIIème. Vieilles maisons restaurées et fleuries, charmant paysage agreste, rues étroites bordées de minuscules jardins épanouis... "L'un des plus beaux villages de France", proclame un panneau à son entrée. Notre flânerie nous entraîne de l'église perchée au dessus de la rivière ombragée jusqu'à la chapelle St-Céneri sise au milieu d'une prairie sertie par une boucle de la Sarthe, en passant devant la chaumière ravissante et idéale bâtie par un ancien maire du village.

Notre route nous entraîne ensuite vers la corniche de Pail qui offre une vue superbe sur les collines et les prés du bocage. A Mamers nous rejoignons enfin Maman par téléphone pour la prévenir de notre arrivée ce soir (il est déjà 16:15). Nous filons vers la nord, par Carrouges d'abord où nous jetons au passage un coup d’œil à la petite église de Ste-Marguerite dont Anne B. avait restauré les vitraux, puis par la Gâterie dont les champs en friches autour de la grande maison font peine à voir. La route neuve file entre les terres remembrées jusqu'à Boucé puis, étroite et défoncée, jusqu'à Argentan. Nous y retrouvons la plaine traversée par la grande nationale rectiligne aux quelques grands virages redressés jusqu'à Falaise puis Caen.

Gilles et Ginette, Denis et Françoise et tous les neveux et nièces sont auprès de Maman pour nous accueillir. Le souper est bientôt sur la table. Les conversations vont bon train sur notre voyage, leurs vacances qui arriveront bientôt et l'actualité économique et politique guère plus brillante de ce côté-ci de l'Atlantique que de l'autre. Vers 22:00, nos convives nous quittent. Nous acceptons l'hospitalité de Maman qui nous laisse sa chambre durant notre séjour à Caen. Épuisés, nous gagnons notre lit vers 00:15.



Lundi 5 juillet 1993 : CAEN (25 km)

Réveil assez tardif : nous récupérons un peu la fatigue accumulée. Après quelques courses avec Maman au supermarché Leclerc, nous partons pique-niquer en sa compagnie à Luc-sur-Mer au bord de la plage, en traînant auparavant dans les petites rues de Cresseron et de Mathieu pour examiner les vieilles maisons de pierre. Comme nous songeons à en acheter une, nous sommes impatients de voir ce que la région peut nous offrir.

Après le repas pris à l'intérieur du camion tant la mer est houleuse et le vent agressif, nous passons à la Brèche d'Hermanville chez l'agence Deligny. Nous y prenons rendez-vous pour deux visites, puis allons faire un tour chez le notaire de Ouistreham, histoire de voir les propriétés disponibles et les prix. A 16:00 nous sommes à la mairie de Colleville où Monique s'enquiert auprès du Maire des maisons en vente. Après quelques minutes chez Gilles et Ginette, nous rejoignons Deligny qui nous fait visiter une maison de bourg à Hermanville puis un temple désaffecté à Cresseron. La première nous semble dans un état pitoyable et mal disposée (terrain tout en longueur, façade à ras du trottoir...), tandis que le second n'offre aucun dégagement alentours. Dommage...

Pour finir, nous raccompagnons Maman à Caen. Nous descendons alors en ville pour traîner devant les agences de l'Avenue du 6 juin et y prendre des rendez-vous pour visiter d'autres maisons durant toute la journée du lendemain. La soirée s'achève chez Maman avec laquelle nous regardons d'anciennes photos de famille tout en bavardant.



Mardi 6 juillet 1993 : de CAEN à HERMANVILLE (80 km)

A 9:00 nous sommes debout et à 10:00, nous attendons notre premier agent devant sa boutique. Il arrive bientôt et nous partons d'abord vers l'est de Caen : Creuilly, Carcagny... nous voyons 6 maisons les unes après les autres, du corps de ferme immense à la chaumière joliment restaurée, toutes diversement situées, offrant des prix, des états et des plans fort différents. Cela nous permet de nous faire une idée du marché, sans que nous éprouvions le coup de foudre pour aucune. PLUMETOT : porche et maison de maître de la ferme à vendre
PLUMETOT : porche et maison de maître de la ferme à vendre

CREUILLY : vieille maison à vendre...
CREUILLY : vieille maison à vendre...
CREUILLY : vue arrière de la même maison et jardin
CREUILLY : vue arrière de la même maison et jardin

Cour arrière du relais de poste de CREUILLY
Cour arrière du relais de poste de CREUILLY


De retour en ville à 13:15, nous avons juste le temps de retrouver notre Aigle sur son parking et d'y avaler une salade avant de rejoindre notre deuxième agent pour une autre ronde à la périphérie de Caen. Une première maison à Rôt, sur la route de Bayeux, nous paraît peu séduisante car déjà trop - et mal - restaurée.
BAVENT : jardin et façade arrière de la maison à vendre
BAVENT : jardin et façade arrière de la maison à vendre
La deuxième à Bavent nous semble beaucoup plus attractive : c'est une grande bâtisse au carré, en excellent état, avec un beau terrain et des dépendances offrant certaines possibilités d'aménagement. Mais l'environnement (un lotissement moderne) ne me séduit guère; seul l'aspect financier - la propriété serait louable immédiatement à un bon prix - est totalement convainquant.

Nous arrêterons là nos démarches pour l'instant, nous donnant le temps de "décanter" nos découvertes et de préciser nos intentions. Rentrant à l'appartement, nous rapportons nos trouvailles à Maman qui manifeste beaucoup d'intérêt pour nos visites. Puis nous lui faisons nos adieux car, après le souper de ce soir chez Gilles et Ginette, nous partirons pour un premier périple de quelques jours en Haute-Normandie.

A Hermanville, le repas joyeux s'achève fort tard; nous allons dormir dans notre Aigle devant le petit cimetière militaire britannique, à 300 m de la pharmacie.


Mercredi 7 juillet 1993 : d'HERMANVILLE à HONFLEUR (81 km)

Nous passons une bonne nuit au calme, mais nous levons seulement vers 10:00, fatigués de notre veillée... Départ tranquille vers l'Intermarché de Colleville où nous complétons notre ravitaillement avant d'aller déjeuner vers midi devant la plage de Riva Bella.

Il fait grand soleil, mais le vent assez fort nous oblige encore une fois à manger à l'intérieur. Après le plein d'eau et une bonne jasette avec Gilles et Ginette, nous prenons la route vers 14:00 en direction de l'est. Traversant Riva puis Ouistreham, nous gagnons Bénouville. Bref arrêt chez Leneveu à la recherche de quelques accessoires finalement peu emballants, avant de franchir l'Orne au Pegasus Bridge pour gagner Cabourg : nous faisons une incursion dans le centre bourgeois fin de siècle autour du Grand Hôtel, puis quelques pas sur la Promenade des Anglais avant de poursuivre jusqu'à Dives. DIVES/MER : le Manoir de Bois-Hibou (XVIème)
DIVES/MER : le Manoir de Bois-Hibou (XVIème)
DIVES/MER : les Halles et leur magnifique charpente XVème et XVIème
DIVES/MER : les Halles et leur magnifique charpente XVème et XVIème
Pendant que Monique range un peu notre intérieur, je pénètre dans l'église du XIVème, trapue, mais respectant le plan traditionnel assez élégant; à deux pas, l'ancienne Halle du XVème offre une superbe charpente ancienne tout à fait originale qui vaut bien les quelques plans vidéo que je lui consacre.

Peu après c'est Houlgate. La route grimpe au dessus des falaises des Vaches Noires, cependant la vue se dégage bien peu depuis la table d'orientation juchée sur un ancien blockhaus du Mur de l'Atlantique. Il faudrait faire l'excursion au pied de la falaise mais il est malheureusement trop tard pour entreprendre ces deux heures de promenade...

Belles plages ensuite de Villers/Mer, puis de Blonville, jusqu'à celle de Deauville. Dédaignant les fameuses "planches", nous allons plutôt observer les bateaux du port de yachts avant de traverser la Touque jusqu'au port de pêche de Trouville. TROUVILLE : J.-P. filme le quai sur la Touque
TROUVILLE : J.-P. filme le quai sur la Touque
TROUVILLE : le quai sur la Touque et la Halle au poisson
TROUVILLE : le quai sur la Touque et la Halle au poisson
L'ambiance de son quai est beaucoup plus authentique, avec ses vieilles barques de pêche plantées dans la vase de la basse mer, sa Halle au Poisson couverte de petites tuiles brunes et ses envolées de mouettes se disputant les abats qu'on leur jette.

Nous quittons la ville en escaladant la corniche; la vue s'élargit, magnifique, sur la côte ouest, la grève de Deauville et l'avancée des Vaches Noires en deuxième plan. Belle plage de Villerville ensuite puis de Cricqueboeuf où le petit chemin d'où l'on voit la petite église se mirer dans une mare est fermé... La D 62 s'enfonce ensuite à l'intérieur des terres et le détour vers Barneville ne nous dévoilera pas son château classique à peine deviné au fond de son superbe parc. Ce crochet nous éloigne de la Côte de Grâce que nous rejoignons à la chapelle de N.D. de Grâce, juste au dessus d'Honfleur. C'est un ravissant sanctuaire de pèlerinage chaleureux et paisible dont on a malheureusement retiré les nombreux bateaux ex voto, proies des voleurs...

Nous faisons étape à deux pas, sur le belvédère du Mont-Joli, d'où la vue se développe sur la petite ville en contrebas et sur l'estuaire de la Seine enjambé par le grandiose pont de Normandie en construction (l'un des plus grands d'Europe). Belle lumière du couchant sur tout le panorama.

Jeudi 8 juillet 1993 : de HONFLEUR à CRICQUETOT (117 km)

Excellente nuit sur notre belvédère du Mont-Joli, au dessus des toits d'ardoise bleutés de la vieille ville d'Honfleur. Il fait seulement un peu chaud vers 9:00 car nous n'avons pas pensé à nous placer à l'ombre du soleil matinal. Il ne nous reste donc qu'à sortir la table et les chaises pour prendre le petit déjeuner devant le magnifique paysage de la petite cité blottie à nos pieds, avec en arrière plan la vallée de la Seine barrée de son grand pont.

Nous allons ensuite stationner juste en arrière du Vieux Bassin : bateaux de pêche multicolores et vieilles maisons pittoresques dressant leurs hautes façades recouvertes d'ardoise forment un tableau contrasté et enchanteur... On comprend pourquoi Honfleur a toujours plu aux peintres qui, nombreux, y ont séjourné ou y ont élu domicile.
HONFLEUR : le quai Ste-Catherine et la Lieutenance
HONFLEUR : le quai Ste-Catherine et la Lieutenance


HONFLEUR : Monique devant le Vieux Bassin
HONFLEUR : Monique devant le Vieux Bassin
HONFLEUR : Jean-Paul devant le Vieux Bassin
HONFLEUR : Jean-Paul devant le Vieux Bassin

La Lieutenance et le Vieux Bassin d'HONFLEUR
 La Lieutenance et le Vieux Bassin d'HONFLEUR

Déambulant par les petites rues pavées et étroites, admirant points de vue et boutiques de curiosités, nous gagnons le Musée Boudin.
Façades d'ardoises sur le quai Ste-Catherine à HONFLEUR
 Façades d'ardoises sur le quai Ste-Catherine à HONFLEUR 

Eugène BOUDIN (1824-1898) : "Plage de Trouville, la conversation"
Eugène BOUDIN (1824-1898) : "Plage de Trouville, la conversation"
1876. Huile sur panneau 12,3 x 25 cm.


Eugène BOUDIN « La femme à l'ombrelle sur la plage de Trouville »
Eugène BOUDIN « La femme à l'ombrelle sur la plage de Trouville »
  vers 1880 (12,5 x 17,5 cm)

Quelques toiles du peintre homonyme, charmantes, illustrant les plages de la côte normande au début du siècle. 
Eugène BOUDIN (1824-1898) : "Nuages blancs, ciel bleu",
Eugène BOUDIN (1824-1898) : "Nuages blancs, ciel bleu",
vers 1859. Pastel 16,2 x 20,8 cm

A côté de ces tableaux, nous découvrons quelques autres peintres de la côte (Lebourg, Mont, Dufy, etc.) et surtout une agréable exposition rétrospective du peintre Helleu qui, lui aussi, fréquenta beaucoup cette région. Ses portraits en particulier montrent un beau "coup de patte".

Hambourg : Plage de Cabourg
André Hambourg : Plage de Cabourg

La salle Hambourg elle aussi ne manque pas d'intérêt, quoique les toiles exposées ne vaillent pas à mon goût la petite "Plage de Cabourg" affectionnée par Maman.

A midi les portes ferment; nous regagnons notre Aigle pour pique-niquer devant le port. Je profite des banquettes-lit pour faire une petite sieste pendant que Monique poursuit le tricot repris hier soir, puis nous retournons au Musée achever notre visite. En revenant au cœur de la ville, nous entrons dans l'église Ste-Catherine aux deux voûtes de bois accolées, puis dans son clocher séparé de l'autre côté de la place. Une formidable charpente entièrement recouverte d'ardoises (on reconnaît l'art des charpentiers naval honfleurais) supporte le beffroi et ses cloches.

HONFLEUR : entrée du Musée
HONFLEUR : entrée du Musée
sur la rue de la Prison
Puis nous faisons un petit tour du Musée d'Ethnographie et d'Art populaire normand où, entre les murs d'une sute de vieille maison donnant sur la petite rue de la Prison, on a reconstitué toute un ensemble d'intérieurs anciens.

Musée d'Ethnographie d'HONFLEUR :
Musée d'Ethnographie d'HONFLEUR :
 armoire normande de mariage (XVIIIème),
au fronton le nid de deux colombes

Musée d'Ethnographie d'HONFLEUR  :
Musée d'Ethnographie d'HONFLEUR :
 les cuivres dans la pièce du marin.

Musée Baron Gérard à BAYEUX :
Musée Baron Gérard à BAYEUX
armoire normande XVIIIème (plaine de Caen)

Après un dernier tour du Vieux Bassin où manœuvrent quelques yachts attendant l'ouverture de la porte/écluse, nous assistons au retour et au déchargement de deux bateaux de pêche dans le bassin de l'Est maintenant rempli par la marée. Monique est fascinée par les vives couleurs des poissons frais sortis de l'eau.
HONFLEUR : débarquement du poisson dans le bassin de l'Est
HONFLEUR : débarquement du poisson dans le bassin de l'Est

Nous repartons enfin et poussons vers le nord. L'escalade du chemin menant au phare de la Roque offre une vue s'étendant largement sur l'estuaire, de la Manche au Marais Vernier en passant par Le Havre en face de nous et les ponts de Tancarville et de Normandie. Nous empruntons le tablier du premier et filons sur l'autoroute vers Harfleur. Circulation dense et chaleur me causent une mauvaise migraine; elle ne m'empêche pas d'aller admirer le haut clocher de l'église d'Harfleur (80 m) mais me fait renoncer à la visite de l'église Ste-Honorine de Graville. Nous traversons ensuite les grandes avenues principales menant au cœur de la ville du Havre. Déception : un modernisme raide et sans grande originalité, de grands bâtiments de béton sans élégance, l'omniprésence des installations industrielles (raffineries...) et portuaires nous laissent un sentiment de froideur impersonnelle.

Après un trajet en bord de mer jusqu'au Musée André-Malraux près du sémaphore, nous nous perdons dans les rues de Ste-Adresse. Nous parvenons quand même à grimper jusqu'à la chapelle Notre-Dame-des-Flots d'où la vue se dégage sur l'ensemble de la cité. Au bout d'une recherche ardue, nous dégotons l'observatoire niché sous le fort de Ste-Adresse et soupons devant le panorama grandiose : le soleil déclinant éclaire la ville au premier plan, l'estuaire de la Seine s'ouvre largement sur la Manche tandis qu'au loin on aperçoit la ligne plus sombre au sud des collines de Deauville et de la Côte de Nacre.

Nous reprenons ensuite la route vers Étretat. Au passage nous saluons dans la pénombre le riche château du Bec environné de ses tours et de ses douves. Nous allons faire étape à Cricquetot, un gros bourg agricole, où nous trouvons une place abritée par la Maison de la Musique en construction.


Vendredi 9 juillet 1993 : de CRICQUETOT à ST-VALERY-en-CAUX (84 km)

Si durant la nuit le village est demeuré endormi - et nous avec ! -  en revanche dès 6:00 les camions défilent bruyamment autour de notre bivouac et écourtent notre sommeil... Après le plein d'essence à l'Intermarché local, nous gagnons Étretat.

Valleuse d'Étretat
ETRETAT : le village, la plage et la falaise d'Amont depuis la falaise d'Aval
C'est un petit village tassé au fond de sa valleuse ("échancrure dans la falaise par où s'écoule une rivière"). La circulation y est difficile tant l'espace est restreint et les rues étroites, mais nous réussissons à stationner à deux pas de la plage, juste à côté de la vieille halle. 

ETRETAT : nid de mouettes sur un rocher
ETRETAT : nid de mouettes sur un rocher

Nous choisissons d'escalader d'abord la falaise d'Aval, au sud de la plage, la plus spectaculaire. L'escalier de béton puis le sentier défoncé grimpent raide sur les falaises blanches et déchiquetées, mais les vues plongeantes sur les gouffres battus par la mer nous récompensent bientôt de nos efforts. Les mouettes planant ou couvant leur nid haut perché sur les aiguilles de calcaire piaillent, les rafales du vent violent nous secouent, le panorama sur les célèbres "portes" (arches naturelles creusées par la mer) constitue une spectacle grandiose...

J.-P. au dessus de l'Aguille d'ÉTRETAT
ETRETAT : l'Aiguille et la falaise d'Aval


ETRETAT : la Porte d'Aval, l'Aiguille (70 m) et la Manneporte
ETRETAT : la Porte d'Aval, l'Aiguille (70 m) et la Manneporte :
"Un éléphant plongeant sa trompe dans la mer" (G.de Maupassant)

Notre balade sous un ciel plutôt gris dure près de 2 heures. Nous poussons jusqu'à la pointe de la Courtine d'où l'on découvre toute la côte ourlée de falaises blanchâtres vers le sud jusqu'à la jetée du port pétrolier du Havre-Antifer. Nous revenons alors sur nos pas, repassant devant les mêmes magnifiques belvédères...
Les vieilles halles d'Étretat
ETRETAT : les Vieilles Halles
Le ciel se découvre un peu, éclairant les toits d'ardoise de la petite ville serrée dans sa vallée. Nous en traversons vite les abords pour admirer cette fois les Halles de bois couvertes comme à Dives d'une remarquable charpente en gros madriers et de petites tuiles brunes et moussues.
Intérieur des Vieilles Halles d'ETRETAT
Intérieur des Vieilles Halles d'ETRETAT
Chappelle ND de la Garde
ETRETAT : vue sur l'Aiguille et la falaise d'Aval
depuis le monument à Nungesser et Coli et la chapelle de la Garde

Quelques autres vieilles maisons typiques aux façades de torchis et de colombages attirent notre regard admiratif, puis nous reprenons notre Aigle pour grimper à la chapelle de Notre-Dame de la Garde; nous pique-niquons juste au dessus du monument dédié à Nungesser et Coli qui survolèrent ici une dernière fois le sol français avant de s'abîmer dans l'Atlantique. C'était en 1927; combien de fois durant les 20 dernières années avons-nous parcouru cette route aérienne de l'Atlantique Nord devenue pour nous maintenant routinière !
Nous liquidons une longue vaisselle accumulée avant une petite balade en direction de la porte d'Amont; celle-ci offre de belles vues sur le village en arrière de sa plage, la porte d'Aval et la célèbre aiguille, tandis que la côte abrupte au nord est nettement moins impressionnante... Nous reprenons alors la route.
La falaise d'Aval, la porte d'Aval
La falaise d'Aval, la porte d'Aval
et l'Aiguille
d'ETRETAT

Traversant une campagne de plaine richement cultivée qui nous laisse ignorer la proximité de la mer et de sa limite à pic, nous arrivons à Fécamp. La circulation y est très confuse mais nous finissons par arriver à l'abbatiale de la Trinité que je visite seul, Monique préférant se consacrer à son tricot. De l'extérieur, l'église (XIVème et XVème) semble sobre et plutôt en mauvais état, mais l'intérieur offre plus belle apparence.

Hauteur vertigineuse de la tour lanterne, émouvant groupe polychrome de la Dormition de la Vierge sculpté dans la pierre, envolée de la nef, richesse du baldaquin baroque en bois doré au dessus de l'autel... Une belle heure de découvertes. Puis nous gagnons lentement l'entrée du port et ses jetées d'où la plage de galets paraît encadrée par les falaises de craie grise. Les anciens bassins où s'amarraient autrefois les terre-neuvas sont maintenant remplis de yachts de plaisance et bien des maisons au bord des quais sont en piteux état.

Avant de reprendre la route vers Dieppe, nous grimpons à la chapelle de Notre-Dame-du-Salut d'où la vue s'étend largement sur l'ensemble du site, puis nous filons à travers le plat pays cauchois vers Cany-Barville. Son château magnifique se laisse admirer de loin, les grilles fermées (il est passé 18:00 depuis 40 minutes...) nous empêchant d'approcher davantage. Finalement nous aboutissons à St-Valery-en-Caux. Là aussi la circulation, entravée par une course cycliste (!), est difficile; nous arrivons cependant à gagner le rivage et allons dormir juste sous de hautes falaises tachées de terre rouge, au nord du village, sur un grand stationnement tout neuf.

Samedi 10 juillet 93 : de ST-VALERY-en-CAUX à ST-HELLIER (159 km)

Bois-des-Moûtiers propectus Après une soirée et une nuit de pluie qui lave un peu la peau crasseuse de notre Aigle, il fait beau au lever, quoiqu'un vent vif creuse les vagues déferlant bruyamment sur la plage de galets. Il y a eu beaucoup de trafic cette nuit sur et autour de notre parking, aussi ai-je bien du mal à émerger vers 9:15. A 10:30 nous quittons notre bivouac pour gagner Varengeville et le parc floral des Moutiers. Moutiers billet
C'est une magnifique propriété construite au début du siècle au dessus des falaises. La grande maison Modern Style est entourée d'un merveilleux jardin à l'anglaise que l'on parcourt en suivant les flèches signalant les floraisons saisonnières des bordures et des arbustes disséminés avec art dans le vaste parc.
VARENGEVILLE : Parc floral des Moutiers : la maison, par Sir E. Lutyens (1898)
VARENGEVILLE : Parc floral des Moutiers : la maison, par Sir E. Lutyens (1898)
VARENGEVILLE : Jean-Paul admire le chardon géant dans la Parc floral des Moutiers
VARENGEVILLE : Jean-Paul admire le chardon géant dans la Parc floral des Moutiers
Les perspectives sont très étudiées et toutes ravissantes, un superbe gazon réunit les diverses sections du jardin, et de grands arbres épanouis en forment la limite progressivement plus dense. On descend dans le vallon abritant une petite pièce d'eau envahie par les nymphéas et les iris avant de remonter sous le terrasse fleurie de la maison. Deux heures enchanteresses qui nous rappellent les country's houses d'Angleterre.

VARENGEVILLE : rhododendron Griffithianum du parc des Moutiers
VARENGEVILLE : Rhododendron Griffithianum du parc des Moutiers
Jean-Paul devant les astilbes roses du parc floral des Moutiers
Jean-Paul devant les astilbes roses du parc floral des Moutiers
 
Jean-Paul filme les iris du parc floral des Moutiers
  Jean-Paul filme les iris du parc floral des Moutiers
VARENGEVILLE : azalées de Gand du parc des Moutiers
VARENGEVILLE : azalées de Gand du parc des Moutiers

A 2 km de là, c'est le manoir d'Ango qui constitue la deuxième curiosité locale. A l'entrée de la vieille demeure Renaissance, les deux tours de son castelet ont encore beaucoup d'allure, au bout de l'allée de grands hêtres. Nous pique-niquons sous leur ombrage avant de faire le tour de ses bâtiments très abîmés par les outrages des ans et des hommes... La Révolution semble-t-il fut la principale cause de la déchéance de ce "palais aux champs" construit par le grand armateur dieppois Jean d'Ango. Il reçut dans ses murs François Ier, sur la loggia et devant le pigeonnier monumental donnant fière allure à la grande cour. On devine encore, en traversant les grandes pièces remeublées sans luxe par le dernier propriétaire, la disposition ancienne que l'on s'efforce de réhabiliter actuellement.

Château de Dieppe
DIEPPE : le château (XVème) et le belvédère sur la ville
Après la plage de Pourville-sur-Mer où un petit monument célèbre le souvenir des Alliés et des Canadiens en particulier qui y débarquèrent en août 1942, Dieppe est à deux pas. Depuis le belvédère dominant le château, joli point de vue sur l'ensemble de la ville où embarquèrent tant de Québécois.

Port de Dieppe
DIEPPE : l'avant-port et la gare maritime

Avec quelques difficultés dues à la complexité de la circulation à sens unique, nous gagnons le centre ville pour nous rendre à la pittoresque Place du Puits Salé, pleine de vie et d'animation. DIEPPE : la Place des Tribunaux et le Puits Salé,
DIEPPE : la Place des Tribunaux et le Puits Salé,
coiffé de la nef dieppoise; jadis l'eau de mer s'y mêlait à l'eau douce

Nous nous rendons ensuite à l'église St-Jacques dont j'admire l'architecture très pure et le superbe décor de pierre sculptée, d'une inspiration proche du style manuélin découvert au Portugal. Un dernier détour un peu laborieux pour gagner le port de pêche à peu près déserté (comme tant d'autres maintenant) et envahi par les bateaux des plaisanciers, puis nous reprenons notre itinéraire en direction du Tréport.

La route file sur le plateau cauchois; après une trentaine de kilomètres sans rien à signaler, nous nous rendons à grand peine (nous sommes samedi et il y a foule) jusqu'au bord du bassin de la vieille ville. Côté architecture, rien de spécial à part un malheureux immeuble moderne tout en longueur courant parallèlement à la plage, mais les falaises de chaque côté de la vallée offrent un joli coup d’œil.

Nous grimpons ensuite le chemin pentu menant au Calvaire des Terrasses qui domine la vieille ville au sud. Beau point de vue sur l'ensemble du site, l'estuaire de la Bresle, les bassins du port, les toits d'ardoise des maisons serrées les unes contre les autres et toutes orientées dans le même sens, avec chacune leurs lucarnes piquées au nord ouest.

Pour gagner la forêt d'Eawy qui sera notre prochain but, nous coupons au sud-est de Dieppe par de charmantes petites routes surlignées de vert sur la carte, c'est-à-dire pittoresques et tranquilles. Après la route côtière accidentée et ses vues saisissantes sur les falaises depuis les champs de blé doré menant à Criel-Plage, nous suivons la vallée de la Yères, une jolie petite rivière. Puis nous traversons les bois du Tot jusqu'à Sept Meules, avant de gagner le Pays de Bray par Fresnoy, Loudinières, Bures-en-Bray (beaux paysages de collines marquetées de champs de toutes les couleurs, de l'or des blés au vert tendre des prés jusqu'au vert foncé des bois...).

VALLÉE DE LA VARENNE : en arrivant à Bellencombre...
VALLÉE DE LA VARENNE : en arrivant à Bellencombre...

Nous traversons une courte zone de forêt très sombre et dense, dont les hautes futaies s'élèvent majestueusement (forêt de Nappes) pour finalement aboutir à Bellencombre où nous voulons faire étape. Il nous est malheureusement impossible de trouver un coin favorable au bivouac. Pourtant ce village offre un aspect charmant avec sa rivière, ses vaches et ses maisons groupées autour de son clocher pointu : une vue toute archétypique la Normandie !

Nous rebroussons chemin vers le nord jusqu'à St-Hellier où nous faisons le plein d'eau au robinet du cimetière avant de souper à l'ombre du clocher. Cependant celui-ci s'avérant sonner un peu trop souvent, nous préférons aller dormir à quelques centaines de mètres de là, sur la stationnement d'un entrepôt fermé en ce samedi soir.

Dimanche 11 juillet 1993 : de ST-HELLIER à PONT-de-L'ARCHE (370 km)

Une longue route nous attend aujourd'hui, ponctuée de multiples découvertes. Après une nuit idéalement calme et reposante sur notre parking industriel dans la vallée de la Varenne, nous allons d'abord parcourir en tous sens la forêt d'Eawy.

Les bois sont sillonnés de superbes allées forestières plus ou moins barrées dont nous transgressons les interdictions. Nous pénétrons ainsi sous des futaies altières et des sous-bois mystérieux qui nous font une profonde impression. A St-Saens, nous quittons les grands bois pour filer à travers le riche pays de Bray, vallonné et couvert de cultures de céréales blondes et vertes, pour arriver enfin à Neufchâtel-en-Bray. Une pluie battante nous assaille sur la route, suivie par un crachin qui ne nous lâchera pas de la journée. Achat d'un fromage local typique (ancêtre du Camembert !) et coup d’œil au porche monumental de l'église du XVème. Toujours sous la pluie, nous gagnons Forges-les-Eaux. Seul le petit parc thermal près du casino nous semble de quelque intérêt, mais il est déserté et ses jardins semblent quelque peu à l'abandon.

Nous renonçons alors à explorer la forêt de Lyons, estimant avoir vu assez d'arbres aujourd'hui ! Nous nous dirigeons plutôt vers la vallée de l'Andelle. Bref arrêt à Vascoeuil pour admirer les tours du château autrefois habité par Michelet, mais l'exposition d'oeuvres contemporaines dans son jardin ne nous retient guère... Nous préférons faire le détour vers Ry, le village dont Flaubert se serait inspiré pour planter le décor de "Madame Bovary". Bourg typiquement normand autour de sa place allongée, avec ses vieilles maisons à colombages et ses boutiques au goût d'autrefois...

Nous poursuivons la descente de l'Andelle coulant dans sa vallée ravissante pour arrêter enfin à l'abbaye de Fontaine-Guérard. Billet
ABBAYE DE FONTAINE-GUÉRARD : portail et porterie
ABBAYE DE FONTAINE-GUÉRARD : portail et porterie

Il n'en reste que des ruines, mais qu'elles sont jolies et évocatrices dans ce vallon sauvage arrosé par la rivière paresseuse.

Nous traînons un long moment dans ces vieilles pierres, guettant le rayon de soleil qui viendra animer et égayer l'ambiance un peu nostalgique qui flotte ici...

ABBAYE DE FONTAINE-GUÉRARD : la chapelle St-Michel
ABBAYE DE FONTAINE-GUÉRARD : la chapelle St-Michel
(XVème), la source et le monastère

Après un pique-nique rapide le temps d'une averse, nous filons par la grande route vers les Andelys. Le chemin de Château Gaillard, aperçu de loin depuis la descente vers la Seine au dessus du Val St-Martin, se dérobe un moment à nos roues, mais nous finissons par le dégoter assez loin du bourg.

LES ANDELYS : Château-Gaillard et la courbe de la Seine

LES ANDELYS : Château-Gaillard et la courbe de la Seine
Les ruines de la forteresse impressionnent encore malgré le triste état dans lequel sept siècles les ont laissées (et Louis XIII qui fit démanteler les remparts !). Mais on peut espérer qu'une restauration, encore à ses début, lui rendra un peu de son lustre ancien. En revanche le panorama sur la grande boucle de la Seine bordée de falaises abruptes est magnifique. Nous ne nous lassons pas de contempler ses couleurs et le vaste espace en arrière des vieux pans de murs croulants.

La pluie ici encore aura retardé notre visite, mais le soleil réapparaît lorsque, filant sur la D 19 longeant le large fleuve, nous allons à Amfreville jeter un coup d’œil aux grandes écluses, avant de grimper jusqu'à Flipou pour admirer le panorama de la Côte des Deux Amants.

Sous le soleil du soir maintenant brillant qui diffuse une belle lumière chaude sur le paysage, la Seine s'épanche en un ample méandre. Elle apparaît ici dans toute son étendue, plus grandiose et plus sereine, nous semble-t-il, que la vallée du Rhin, laissant deviner toute la douceur dont jouissent les habitants de ce beau pays... Panorama sur la Seine depuis la CÖTE DES DEUX AMANTS
Panorama sur la Seine depuis la CÖTE DES DEUX AMANTS

Le même spectacle se répète un peu plus loin en descendant la côte, entre Amfreville-les-Monts et Amfreville-en-Bas. Nous touchons bientôt au fleuve, évitons les écluses déjà visitées et, quelques kilomètres plus loin, traversons le double cours de l'Eure et de la Seine, pour aller dormir sur le petit stationnement de la piscine à Pont-de-l'Arche.


1993 - Normandie & Bretagne : 2. De ROUEN à CAEN

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