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NOËL 1994

 en ROUSSILLON et LANGUEDOC

 Monique et Jean-Paul MOUREZ
à bord de l'Aigle


Carte de l'itinéraire
Notre périple en Roussillon et Languedoc


1. De MONTRÉAL à l'ermitage de SAINT FERREOL


Vendredi 16 et samedi 17 décembre 1994 : de MONTRÉAL à FAREINS

Départ de Montréal le vendredi 16 décembre à 20:30. Conduits à l'aéroport par notre ami Gérald Sullivan, nous quittons notre rue Hartland où quelques guirlandes de Noël jettent des éclats colorés sur la neige. En attendant l'embarquement (après 1 heure de retard), nous retrouvons par hasard Carole L. et son bébé Laurie (14 mois) qui va rejoindre son "chum" à Lyon pour les Fêtes...

Vol super sur Air Canada où nous ne sommes que 43 passagers dans l'avion... La rangée centrale presque inoccupée nous permet de nous allonger sur les trois sièges contigus, une fois les accoudoirs remontés. Un vrai train couchettes ! Malgré ce repos d'autant plus agréable qu'inespéré, la fatigue se fait sentir en arrivant à Satolas le vendredi midi.

René-Pierre nous y accueille avec notre Aigle à la porte. Embrassades puis retour tranquille à Fareins en traversant Lyon. Trois heures de sieste, puis joyeuse et agréable soirée en famille où nous échangeons longuement sur nos activités et projets respectifs. On regarde les photos disposées dans l'album du Pays de Galles préparé pour Maman, on parle d'un éventuel séjour à Montréal chez les Roy-Lemire qui s'offrent à échanger maison et voiture. Il est fort tard lorsque nous allons nous coucher...
 

Dimanche 18 décembre 1994 : de FAREINS à SAINTE-FOY

Nous nous levons fort tard, après une longue nuit qui ne fait encore que nous mettre sur la voie de la récupération... Après le brunch avec les trois filles en pleine forme, Jean et Jehanne viennent nous rejoindre en début d'après-midi. Ils nous apportent un superbe gâteau au chocolat et une bouteille d'Anjou 1957 pour fêter les 40 ans de René-Pierre. De notre côté, nous offrons au beau-frère l'album "Les doigts pleins d'encre", un recueil de clichés de Doisneau commenté par Cavanna. Les instantanés croustillants du fameux photographe évoquent avec une vivacité émouvante nos années d'école et l'atmosphère de l'après-guerre...

Vers 17:00 nous embarquons dans l'Aigle pour rallier la maison de Sainte-Foy. Tour du grand magasin d'Habitat en arrivant à Tassin : les meubles trop classiques et les aménagements un peu "granola" ne nous emballent guère...

La grande maison est encombrée par les affaires d'Anne et Chritian qui attendent toujours d'entrer dans leur maison encore en chantier. Justin tousse sans arrêt et Jehanne, malade elle aussi, nous semble très fatiguée. Après une longue conversation avec Jean et Christian sur l'actualité politique devant le foyer du salon, nous finissons par aller nous coucher dans notre Aigle garé sur l'entrée.
 

Lundi 19 décembre 1994 : de SAINTE-FOY à l'ÉTOILE-SUR-RHONE (152 km)

Encore une fois nous émergeons tard (vers 10:30) d'un sommeil tranquille quoique entrecoupé d'éveils fréquents. Il pleut durant la nuit mais la température assez douce (± 5°) nous évite d'avoir à utiliser le chauffage.

A peine levés, nous descendons en ville pour rencontrer l'assureur du Groupe Dufaud qui nous avait proposé un contrat intéressant il y a deux mois lorsque nous avions voulu changer de courtier. Hélas une erreur de virgule dans la valeur de l'Aigle (je ne me suis toujours pas familiarisé avec les nouveaux francs...) fait que la prime demandée est bien plus élevée que prévu... Vers midi et demi, nous revenons à la maison, déjeunons avec Jehanne et Christian puis réglons avec Eurosud le contrat retardé jusqu'à présent. Monique achève d'empaqueter les cadeaux à expédier à la famille et aux amis, je fais les niveaux et finis de mettre l'Aigle en ordre de marche. Vers 17:30 nous embarquons pour prendre la route du sud.

C'est l'heure de pointe, il y a donc beaucoup de trafic bien sûr mais lorsqu'on emprunte l'autoroute ce n'est pas trop gênant. En revanche la nuit tombée depuis un moment limite la visibilité et me cause une fatigue qui s'ajoute à celle du décalage horaire pas encore "digéré". Je suis heureux de m'arrêter pour une heure de courses d'épicerie au "Géant Casino" de Valence, comme lors de nos autres descentes vers la Méditerranée les années précédentes. A 20:30 nous reprenons la route après avoir fait le plein de produits "goûtus" et délicieux dont la France garde la spécialité... Une dizaine de kilomètres plus loin, nous allons dormir sur le chemin d'accès du stade dans le village de l'Étoile-sur-Rhône, juste sous un lampadaire éclairant la rue où il ne passera personne de la nuit.
 

Mardi 20 décembre 1994 : de l'ÉTOILE-SUR-RHONE à FONTVIEILLE (159 km)

Nuit parfaitement tranquille qui nous permet de récupérer pour de bon; nous sommes en pleine forme lorsque nous nous levons vers 11:45... Après un déjeuner rapide, nous gagnons Orange sans nous presser. J'arrête sur la Grande Place devant la Poste pendant que Monique va expédier nos paquets cadeaux et acheter les timbres destinés aux cartes postales que nous ne manquerons pas d'envoyer à la famille et aux amis. Au bout d'une cinquantaine de kilomètres, nous longeons les remparts d'Avignon.


Au delà du Rhône traversé par le pont St-Benezet, les tours et remparts du Palais des Papes en Avignon

Cette fois-ci il n'est pas trop tard pour visiter le fameux Palais des Papes. Stationnant devant la Porte du Rhône, nous nous enfilons dans les ruelles réfrigérées par le mistral qui a dégagé le ciel dès le matin. Au bout de ce labyrinthe et au-delà de quelques marches apparaissent les pavés de la grande place précédant les hauts murs blancs et crénelés du Palais. Le guide disert nous balade durant une heure dans les salles immenses donnant sur les deux cours carrées autour desquelles s'organise le château.

Palais des Papes en Avignon :
la Porte des Champeaux en façade du Palais Neuf


Palais des Papes en Avignon : le Palais Neuf de Clément VI :
à gauche l'aile de la Grande Chapelle et de la Grande Audience,
à droite l'aile des Grands Dignitaires

Malgré les vicissitudes des siècles qui ont décapé les murs couverts de fresques médiévales, les quelques restes, tout comme leurs dimensions parfois extravagantes, donnent une idée de la richesse des lieux (et donc des Papes qui les édifièrent !). C'est particulièrement vrai du Tinel, une immense salle à manger longue de 57 mètres couverte d'une belle voûte de bois. Celle-ci a été reconstruite après un incendie au siècle dernier qui l'a privée de ses d'étoiles d'or appliquées sur fond d'azur...


Avignon : la chambre du Pape

La chambre du Pape mérite elle aussi une mention pour ses superbes fresques d'oiseaux cachés dans un entrelacs de branches sur fond bleu-vert...

Pavage polychrome du studium de Benoît XII (1339)


Fresque d'oiseaux dans l'entrelacs de branchages
sur les murs de la chambre papale

Après ces trésors, la montée sur la terrasse déçoit un peu, moins par le vent frisquet qui nous saisit là-haut qu'à cause du crépuscule qui déjà assombrit l'horizon et le beau panorama sur les toits de la vieille ville assise au bord du Rhône.


Musée du Petit Palais d'Avignon : Saint Jean-Baptiste par Paolo di Giovani Fei (1369-1411)

Retour à la Salle des Gardes servant de billetterie par la chapelle immense puis par la salle de Grande Audience où seule une demi voûte a conservé ses magnifiques fresques du XIVème (les Prophètes).
Avignon : fresque de Matteo Giovanetti sur la voûte de la chapelle Saint Martial

Le vent se fait encore plus frais lorsque nous regagnons notre Aigle en empruntant les petites rues commerçantes déjà parcourues l'an passé : jolies illuminations, boutiques chic, nobles façades de pierre... Il fait plus chaud dans notre petit intérieur retrouvé sur le stationnement devant le Pont Saint-Bénézet. Pourtant le chauffage ne fonctionne plus (aurais-je débranché un fil en entassant les bidons d'huile dans la soute ?).

Nous repartons dans la nuit noire et gagnons le village de Fontvieille. Nous comptons y dormir sur la grande place ombragée de platanes maintenant défeuillés où nous nous étions arrêtés il y a 6 ans. Mais la pente y est trop forte et la route voisine trop passante à notre goût. Nous préférons faire étape sur le stationnement du moulin de Daudet, un kilomètre plus loin, sous les pins isolés dans la garrigue provençale. On n'y entend, à défaut de cigales, que le souffle puissant du mistral.


Mercredi 21 décembre 1994 : de FONTVIEILLE à PORT-CAMARGUE (76 km)

Nuit calme mais très fraîche : il fait 5° dans la cabine au réveil vers 10:00,  et comme le chauffage ne fonctionne pas, il faut le démarrage  - très pénible - du moteur pour tempérer l'habitacle.

Nous quittons les lieux sans même jeter un coup d'oeil au célèbre moulin perdu dans sa garrigue et allons stationner quelques kilomètres plus loin devant les ruines de l'abbaye de Montmajour. La douche bien chaude nous remet en forme, nous avalons une rapide petit déjeuner puis nous gagnons les hautes voûtes romanes de l'abbaye sous un grand soleil amené par le mistral glacial. Énormes piliers carrés de la crypte, vaste étendue nue de la nef très pure et dépouillée...
Nef et choeur en cul-de-four
de l'Abbatiale de Montmajour

 
Galerie nord du cloître et chapiteaux (XIIème)
de l'Abbaye de Montmajour

Le cloître et les quelques salles romanes préservées sont tout aussi admirables quoique l'escalier du réfectoire donne sur le vide, le dortoir au-dessus ayant été détruit pendant la Révolution.

 Idem pour les bâtiments monastiques du XVIIème, datant de la réforme mauriste, dont il ne reste que les grandioses façades d'ailleurs en cours de consolidation. Demeure le petit oratoire rupestre de Saint-Pierre, très ancien (XIème, peut-être VIIIème siècle) et à moitié creusé dans le rocher de calcaire blanc. Les chapiteaux rustiques soutiennent quelques voûtes massives des plus simples.
La visite s'achève par l'escalade de la tour de l'abbé, une construction carrée et massive fort semblable à celle du palais des Papes admirée hier. L'escalier étroit en colimaçon ouvre à trois niveaux sur des étages effondrés, laissant apparaître le vaste volume de la construction féodale. Pour finir on atteint la terrasse tout entourée de créneaux avec archères et mâchicoulis, d'où s'étend une vue superbe sur la vallée du Rhône à l'ouest et sur les hauteurs bleutées des Alpilles au levant.
La cour du cloître dominée par la Tour de l'Abbé (donjon du XIIème)

Teintes rousses et jaunâtres des terres et des bois dénudés, reflets du ciel dans les flaques laissées par les dernières inondations... La lumière est superbe mais le mistral frigorifiant finit par nous chasser des hauteurs. Un dernier coup d'oeil aux tombes vides taillées dans le rocher comme des sarcophages, puis nous retraversons la crypte trapue avant de rejoindre l'Aigle stationné au pied de la tour.


Centre  du vieil Arles et ses monuments antiques: théâtre, arènes

Prochain arrêt : Arles, à une dizaine de kilomètres. La ville est pleine de lumière mais l'heure du déjeuner (il est à peu près 13:00) et le grand vent nous la montrent déserte. Tournicotant dans les ruelles très étroites, nous nous enfonçons dans la vieille ville sans trouver de place pour stationner. Nous finissons par échouer dans la grande avenue (Boulevard des Lices) devant la Poste. Manteau et parka sont de rigueur pour la balade dans les vieilles rues.

Nous contournons le théâtre antique, fermé à cette heure mais dont on aperçoit l'essentiel - soubassements recouverts de sièges modernes et quelques fûts de colonnes tronqués en mur de scène - à travers les grilles qui l'entourent.

La place de I’Hôtel de Ville a beaucoup plus d'allure, même si la façade de St-Trophime est encore masquée par l'échafaudage des restaurateurs à l'oeuvre depuis plus de 6 ans. L'intérieur, très sobre et vigoureux, nous montre une autre église romane du midi, haute, étroite et presque nue. Le cloître étant encore fermé, nous gagnons le musée Arlaten fondé par le poète Mistral pour sauvegarder la mémoire de sa Provence traditionnelle.


Grande armoire de mariage provençale d'époque louis XVI, 2ème style d'Arles dit «à la soupière». Le décor sculpté en relief comprend un abondant réepertoire végétal et le canthare à deux anses.

Beaucoup de vieilleries pas très belles ni très bien présentées, quelques meubles imposants - armoires, buffets - qui nous semblent cependant moins élégants que leurs homologues normands.

Les affiches et proclamations de la Révolution exposées en grand nombre sont particulièrement évocatrices de l'agitation et de la violence régnant à l'époque...

Pantière d'époque Louis XVI : deux pigeons se bévottent sur le fronton couronné de hautes bobèches.

Ce musée contient assurément beaucoup d'articles étonnants mais à notre avis il aurait besoin d'un grand ménage, d'une nouvelle présentation et... d'un minimum de chauffage ! Il fait en effet très froid dans les trois étages entassés autour de la grande cour carrée, et on se sent quasiment plus confortable à parcourir les ruelles pourtant venteuses qu'à traîner sur ses parquets glacés.

Retour au cloître de St-Trophime; j'ai si froid que j'admire à peine le double rang de colonnettes et leurs chapiteaux pourtant suprêmement élégants.
Cloître et clocher de St-Trophime à Arles



Le puits et le bénitier des chanoines dans le cloître de St-Trophime


Le cloître de St-Trophime fleuri de lauriers roses au printemps


De plus la paix des lieux est fort troublée par les cris et les poursuites des enfants qu'on a amenés voir une exposition de crèches provençales.

Nous nous hasardons quelques minutes dans les belles salles romanes - chauffées celles-ci ! - où toute une série de crèches offre un adorable cadre miniature à une variété de petits personnages colorés.


Au Salon des santonniers, le village provençal

Célébrités locales : V. Van Gogh, Fr. Mistral et A. Daudet



Salon des santonniers : l'Homme à la poule (santon traditionnel)

En écoutant les histoires de Grand-Père dans la cuisine provençale

Il ne nous reste plus qu'à faire un tour aux Alyscamps avant de reprendre la route vers le sud. Nous passons la grille donnant accès au célèbre parc funéraire mais attaquons un casse-croûte avant de passer à la visite. A peine desservons-nous notre table que la gardienne s'apprête à quitter les lieux en fermant les portes... Nous découvrirons ces lieux réputés une autre fois; de toute façon le froid ne fait qu'empirer avec le coucher du soleil.

<>Monique tient à retourner au centre ville où elle se procure quelques cartes postales des monuments visités aujourd'hui. Puis nous prenons le chemin de la Camargue. Sur ses vastes étendues plates et humides nous ne découvrons ni chevaux ni flamands roses dans l'obscurité grandissante. Nous passons Aigues-Mortes puis le Grau-du-Roi pour finalement aller dormir sur un quai absolument désert de Port-Camargue. Je fouille alors un long moment dans le manuel d'entretien puis dans les câbles emmêlés au fond de la soute pour venir à bout de changer un fusible et réparer ainsi notre avarie de chauffage. Coucher dans la chaleur - enfin ! - après l'écriture de ce journal à 22:15.

 

Jeudi 22 décembre 1994 : de PORT-CAMARGUE au CAP-D'AGDE (137 km)

Grand vent encore cette nuit mais la basse température n'est pas trop à craindre grâce au "coup" de chauffage lancé depuis notre lit avant le lever vers 8:15. Notre quai est entièrement vide dans le soleil levant. Toute la nuit, les vibrations des agrès, le claquement des filins et les autres bruits causés par le mistral encore violent nous ont joué une musique de fond à chaque bref réveil. Douche bien chaude, thé Tuocha à point et plein d'eau sur les vannes du quai. Puis nous passons sur la rive droite du Grau-du-Roi au prix d'un long détour qui nous mène tout près du centre un peu plus animé de la petite ville peuplée de pêcheurs.
J-P au matin devant le bassin du Grau-du-Roi


Site de Maguelonne (XIème) vu du ciel

Nous suivons ensuite le rivage en contournant les grands développements de la Grande Motte dont les hautes pyramides futuristes déparent cet environnement de marais et de landes basses. Jolies vues sur l'étang de Thau où des bandes de flamands roses se cachent la tête sous l'aile pour s'abriter du mistral... Passent les développements modernes de Palavas-les-Flots pour arriver, tout au bout du lido entre mer et étang, à la vénérable cathédrale de Maguelonne.
Véritable forteresse aux murs aveugles, épais et scandés de lourds contreforts, elle domine un peu l'étang de Pierre-Blanche dont la séparent quelques rangs de vignes. Une tour carrée en ruines veille à gauche sur la façade, celle de droite a disparu depuis longtemps.
Le petit porche de la cathédrale du XIIème niché entre les 2 tours; seule celle de gauche (la Tour de l'Évêque) a survécu.



Tympan du petit porche : Christ en gloire (marbre blanc début XIIIème)




Saint Paul portant l'épée

Au centre, une petite porte décorée de délicates sculptures dans le marbre blanc donne accès à l'intérieur fort sombre.
Saint Pierre portant les clefs



La nef et la tribune (XIIème) de Maguelonne : l'autel papal du rite primitif

Une tribune très profonde recouvre la moitié de la nef; elle était occupée par les stalles du chapitre dont on ne voit plus dans la pierre que les trous d'ancrage, tous les meubles ayant depuis longtemps disparu. Grande sobriété et simplicité des courbes pures du roman.
L'ancienne cathédrale en partie restaurée est devenue salle de concert et de festival, son site à 15 kilomètres de Montpellier est unique et sa sonorité magnifique grâce à son choeur en cul-de-four. 
Choeur en cul-de-four de Maguelonne, avec les dalles funéraires des anciens évêques


Maguelonne : vue sur les étangs et sur les moures

L'abri des grands murs est appréciable, surtout lorsqu'il faut ressortir pour faire le tour de l'antique bâtisse aux allures de château-fort et s'exposer alors aux rafales glacées du mistral. Déjeuner pique-nique sur le petit stationnement, avant de reprendre la route de Montpellier.

Nous ne voulons pas visiter de nouveau cette grande ville déjà parcourue durant l'été 1990. Nous naviguons quand même dans ses faubourgs jusqu'au bureau minuscule de l'éditeur de Jehanne; celle-ci nous a demandé de récupérer les invendus de sa biographie de Gabriel Veyre. Le bonhomme n'a pas encore fait son inventaire et ne peut donc satisfaire notre demande. Au moins rapporterons-nous à Jehanne le numéro de téléphone où elle pourra le joindre...

Nous repartons ensuite en direction de Sète. Route superbe passant au pied de la "montagne" de la Gardiole (sommet à 221 m !) et longeant les étangs de Vic puis d'Ingril à notre gauche. Ciel et mer bleus, lumière dorée du soleil d'hiver. Nous sommes bientôt à Sète, une grande ville aux allures un peu vénitienne tant ses vieux quartiers aux façades pastel sont parcourus par des canaux peuplés d'innombrables barques et bateaux de plaisance.
Le port de Sète, la ville et le Mont St-Clair vus du ciel; au fond la Corniche et l'Étang de Thau


Panorama sur le Bassin de Thau depuis le parc des Pierres Blanches

Nous sommes agréablement surpris par le charme de cette grande vieille ville méridionale, par son animation et par l'agrément des quais longeant toutes ces voies d'eau. La circulation est cependant un peu difficile et je ne suis pas fâché de grimper le raidillon menant au sommet du Mont St-Clair qui domine la ville. Depuis le parc des Pierres Blanches, se dégage un superbe panorama sur le bassin de Thau ponctué d'huîtrières autour de Mèze et de Bouzigues, et sur le lido ou "barre" de sable qui se poursuit au sud-ouest vers Agde.
Depuis l'esplanade de la chapelle Notre-Dame-de-la-Salette, autres vues pittoresques sur Sète à nos pieds, l'est du Bassin de Thau, les garrigues, la Gardiole et, au loin, les Cévennes. Les couleurs vibrent, surtout lorsqu'un rayon de soleil tardif vient illuminer la scène.
Sète : panorama vers l'est et le centre ville depuis l'esplanade de N-D. de la Salette



Le port de Sète un jour de fête
Descente vive ensuite jusqu'au port où je ne me lasse pas de filmer des plans pittoresques : chalutier revenant du large environné d'un nuage de mouettes, pêcheurs raccommodant leurs filets, barques se balançant devant le i majuscule du phare...  Un dernier détour sur les quais nous procure les indispensables cartes postales.

Sur les quais de Sète, dans le bassin des chalutiers


Le bassin de Sète et son phare en fin d'après-midi

Nous pouvons alors filer le long de la Plage de la Corniche puis du lido jusqu'à Marseillan. Les flammes du crépuscule se reflètent dans les eaux prisonnières du bassin de Thau. Arrivant à Agde dans la nuit, nous allons faire quelques courses à l'Intermarché local - après une visite édifiante au "BUT" moche et cher.
Pour finir nous gagnons la nouvelle station du Cap d'Agde. Constructions modernes de qualité, mais tout est vide et la mer inaccessible avec notre camion. Nous tournons un bon moment dans les voies courbes et à sens unique jusqu'à nous engager dans une impasse au bout de laquelle nous découvrons l'arc illuminé du port, tout-à-fait semblable à celui qui nous avait tant charmés à Sanary. Nous décidons de planter là notre bivouac pour ce soir, au bord de l'eau et au milieu des bateaux.  
Cap d'Agde : vue nocturne du port de plaisance et de la tour de l'Hôtel de ville


 

Vendredi 23 décembre 1994 : du CAP D'AGDE à NARBONNE (ARMISSAN)  (87 km)


le bassin des yachts au coeur de la ville
Nuit très fraîche encore, que le chauffage rend presque confortable au réveil ! Jolie vue sur le petit port envahi par les voiliers: la courbe du quai est bordée de boutiques que dominent des petits immeubles aux façades ocre et variées. Leurs lignes modernes ne font cependant plus illusion au grand jour: elles nous semblent raides et trop régulières par rapport à celles de l'authentique petit port provençal de l'Esterel.

 Quelques 20 kilomètres d'une route rapide qui longe le Canal du midi bordé de grands arbres et c'est Béziers. Monique me guide jusqu'à la gare puis jusqu'au pont sur l'Orb d'où s'offre une belle vue sur la cathédrale et sur le palais épiscopal à son chevet, perchés sur la colline en face de nous.

Retournant vers le centre de la ville, nous contemplons le Pont Vieux sinuant d'une pile à l'autre tandis que nous franchissons le Pont Neuf puis nous grimpons sur la colline dominant l'Orb. Circulation dense, piétons indisciplinés, voitures abandonnées n'importe où, à moitié sur les trottoirs... Des ruelles encore plus étroites nous mènent à l'esplanade devant la cathédrale St-Nazaire. Un grand soleil avive les couleurs de la courbe verdoyante de l'Orb en dessous de nous et les pierres gothiques de l'église.
Le Pont Vieux sur l'Orb et la cathédrale St-Nazaire à Béziers


Cathédrale Saint Just  et Saint Pasteur (XIIIème et XIVème) de Béziers depuis le jardin du Musée

Lorsqu'on pénètre à l'intérieur, on est frappé par le vaste volume habituel à ces édifices du XIVème malgré la nef réduite à trois arcades. Tout le mur du fond est occupé par un grand orgue au magnifique buffet XVIIème. En sortant, la lumière est superbe mais le froid pénétrant, surtout avec le vent qui souffle en rafales glaciales... Nous nous enfonçons un peu dans les ruelles jusqu'à la place Gabriel-Péri où nous tombons sur les Halles. Plein de liquide à la B.N.P., puis tour pittoresque des allées où sont exposés à la gourmandise des chalands tous les produits du terroir : coquillages et poissons, fruits et légumes, charcuterie et pâtisseries. Je capte à la caméra quelques formes et couleurs, à défaut de goût et d'odeur... Retour à l'Aigle en empruntant le fouillis des ruelles couronnant la colline autour de la cathédrale. L'architecture est ancienne quoique sans charme particulier, n'étaient-ce les hautes façades garnies de linge à sécher, les ruelles ombreuses et sinueuses que le vent n'incite guère à fréquenter plus longuement.

Nous rembarquons dans l'Aigle, nous faufilons dans le lacis à-pic jusqu'au bord de la rivière que nous franchissons précautionneusement sur le Pont Vieux. En route vers Narbonne. Déjeuner peu après Nissan-les-Ensérune, devant un vaste paysage de plaine verdoyante coupée de haies se terminant sur les contreforts des Cévennes à l'horizon. Puis nous filons jusqu'à Narbonne où nous allons stationner en plein centre, juste sur la place de l'Hôtel de Ville. C'est un édifice imposant de style néo-gothique (Viollet-le-Duc a aussi sévi ici...) encadré par trois hautes tours carrées des XIIIème et XIVème siècles.

Vis-à-vis, la façade alambiquée du grand magasin "Les Dames de France" abrite maintenant un Monoprix très ordinaire dont nous faisons le tour pour chercher une écharpe introuvable... Nous quittons la grande place animée pour nous enfoncer dans la rue du Pont des Marchands plus encombrée encore. Les boutiques sont attirantes - en particulier une librairie exposant des albums de Doisneau dispendieux et dont nous avons peine à nous arracher - mais un froid de canard nous fait écourter notre balade dans le quartier sud. Nous rattrapons le canal de la Robine dont nous longeons les terrasses où les cartes postales sont trop moches ! Franchie une jolie passerelle fleurie, nous nous retrouvons dans le jardin de l'Archevêché. Énormes tours et murs épais garnis de créneaux, cloître gothique du XIVème sale et abîmé mais belles voûtes des galeries et gargouilles originales en haut des contreforts. Nous entrons alors dans la cathédrale. Étrangement, le choeur seul a été achevé et s'arrête abruptement à l'orée de ce qui aurait dû être la croix du transept par un grand mur aveugle garni d'un orgue énorme. Mais l'ampleur et la hauteur (42 mètres) dépassées seulement par Amiens et Beauvais sont extraordinaires, de même que l'élégance et l'élan de cet essai inabouti.

A deux pas en sortant Monique trouve un élastique de remplacement pour mon pyjama dans une mercerie qui semble tout droit sortie du siècle dernier. Les vieilles dames s'empressent, aux petits soins pour la cliente, les boites de carton s'empilent dans les grands placards de bois ciré... mais le personnel est réduit à se dégeler les doigts sur des chaufferettes de secours !

Il fait quand même plus chaud dans cette boutique que dans la rue - décidemment glaciale - que nous retrouvons ensuite. Nous abandonnons peu après notre visite de la vieille ville pourtant sympathique . On y gèle ! Donc embarquement immédiat dans le camion, chauffage au maximum, pour sortir de Narbonne par le sud. Prochain arrêt : la maison-mère de "Narbonne Accessoires" dont nous explorons systématiquement tous les rayons et prenons les catalogues. Si j'avais le temps de bricoler sur l'Aigle, combien de menues améliorations seraient-elles possibles...

La nuit tombe lorsque nous repartons pour entreprendre le circuit de la montagne de la Clape. Nous évitons cependant de nous engager dans le petit massif pittoresque tout garni du vignoble homonyme réputé, de peur de rater quelque joli point de vue dans l'obscurité, pour aller établir notre bivouac sur une petite place dans un lotissement du village d'Armissan.
 

Samedi 24 décembre 1994 : d'ARMISSAN à COLLIOURE (210 km)

Nuit encore trop fraîche à notre goût que le puissant chauffage neutralise rapidement mais qui rend juste tiède l'eau de ma douche matinale. Nous entreprenons le tour de la montagne de la Clape, un petit massif calcaire tout blanc, très vallonné et couvert d'arbustes vert sombre. Les pentes les plus douces et les fonds de combe sont plantés de rangées de ceps de vigne. Ces paysages accidentés nous changent agréablement des marécages plats et semi-désertiques qui ont été notre lot depuis 5 jours... Nous atteignons le bord de la mer à Narbonne Plage, une autre station désertée aux longues rangées de villas quelconques alignées devant la Méditerranée. J'y cherche en vain une vanne fonctionnelle pour y faire le plein d'eau...


L'Aigle sur le quai du nouveau port de Gruissan

En reprenant le chemin de Narbonne, un détour vers Gruissan nous fait découvrir un autre nouveau port plein de voiliers comme nous en avons tant vu jusqu'à maintenant. Tout est propre, net et sans grande originalité, type B.C.B.G., studio sur l'eau et bateau à quai juste devant... J'y trouve la vanne recherchée et fais le plein, puis nous tombons sur le vieux Gruissan, un authentique village de pêcheurs groupé sur une butte au pied d'une tour à demi ruinée.

Vieilles maisons, ruelles sinueuses, petits commerces, voilà un bourg autrement pittoresque. Nous découvrons un petit marché campagnard sur la place devant l'école du village. Le vent violent et glacial nous transperce mais nous y trouvons quand même un fort honnête jambon de campagne, du fromage de chèvre frais et du vin blanc typique de la région. Cher, mais délicieux. Réfugiés à l'abri dans notre Aigle, nous dégustons aussitôt notre dîner puis reprenons la route. Elle finit par devenir piste cahoteuse que nous gravissons au pas pour gagner le panorama se déployant depuis la chapelle de Notre-Dame-des-Auzils.

Évitant Narbonne, nous continuons de longer la côte vers le sud. Très agréable - et exotique - détour sur la toute petite route longeant l'étang de Bages et de Sigean. Peu de circulation, un ciel de plus en plus chargé d'où filtrent quand même quelques rayons de soleil illuminant l'étendue d'eau peu profonde. Un fort clapotis anime les flots dans lesquels pataugent d'innombrables oiseaux aquatiques : foulques, flamands roses, grues... Vaste paysage plat et marécageux contrastant avec les petites montagnes bleutées de Fontfroide et de la Clape en arrière...

Puis la grande route, un peu monotone, se poursuit vers le sud; beaucoup de constructions neuves ont envahi une nature peu spectaculaire et refoulée par le "progrès de l'urbanisation", entendons par là la rage d'"aménager" des promoteurs et le désir des vacanciers insatiables de plage pour rôtir au soleil. Car à part ce plaisir dangereux (le cancer de la peau...), que faire d'autre dans ces stations multiples, identiques, sans saveur ni odeur (sinon celle de l'huile à bronzer ?). Une mention pour l'immense étang de Leucate dont nous faisons le tour. Nous grimpons au sommet du Cap Leucate : près du phare il faut coupe-vent serré et parka hermétique pour affronter le vent très froid et aller admirer le vaste paysage côtier. La route file ensuite entre mer et étang. A nouveau stations modernes et aménagements bétonnés se succèdent (Port-Leucate, Port-Barcares...), évoquant irrésistiblement la Floride pareillement exploitée et saccagée... Nous évitons Perpignan, espérant trouver peut-être une température plus clémente en gagnant immédiatement les plus méridionales des plages françaises (Collioure, Banyuls...).

Le Canet Plage n'apporte rien de plus à la litanie des stations nouvelles du Roussillon, tout comme St-Cyprien Plage : mêmes rangées anonymes et désertes l'hiver, probablement bondées l'été, de cubes de béton aux teintes beiges et ocre, petits centres commerciaux "cheap", aires de stationnement réglementées et aires d'amusement planifiées...

Un détour vers le village de St-Cyprien nous apporte un autre genre de déception : les ruelles manquent de fini, l'architecture pauvre est juste fonctionnelle, sans élégance ni même de pittoresque ou d'originalité, la modernisation de la voirie n'a pas su mettre en valeur le peu d'authenticité qui restait au village.

À St-Cyprien Plage, coucher de soleil sur les Marines des Capellans,
au fond le Canigou (2785 m)


La nuit tombe en approchant Argelès. Nous suivons la côte à travers Argelès Plage qui nous semble d'une toute autre tenue : est-ce l'ancienneté de la station, les arbres qui ont eu le temps de pousser, l'architecture des maisons affichant plus de classe, toujours est-il que j'apprécie fort la petite ville. Un chic discret émane de ses rues plus traditionnelles, de ses villas soignées mais sans ostentation et surtout de sa promenade ombragée par des pins qui  longe la mer sans aucun "aménagement" bétonné. D'une cabine repérée au coin d'une petite place, nous appelons les enfants à Montréal : tout va bien pour eux qui s'apprêtent à réveillonner avec leurs amis.


Collioure : le port d'Amont et le clocher de Notre-Dame des Anges

Rassurés, nous abordons dans la nuit la route de montagne pour quelques kilomètres très accidentés jusqu'au site ravissant de Collioure. Les lumières de la petite ville s'étalent en amphithéâtre donnant sur la mer. Nous descendons les gradins un à un jusqu'à la gracieuse scène qu'offrent le port ancien, le Château Royal et l'église Notre-Dame-des-Anges illuminés. Tentative avortée pour aller stationner dans le vieux quartier du Mouré trop exigu, puis sur le quai près de Notre-Dame-des-Anges qui me semble trop chic et trop exposé pour ne pas attirer les foudres de la maréchaussée.


Pour finir nous nous installons sur le stationnement juste derrière la plage de Port d'Aval, là où la vue sur l'ensemble du site est la plus belle. J'aide Monique à préparer le réveillon offert par Jean et Jehanne (confit de canard et Médoc 1975...) que nous dégustons avec délice. Nous nous endormons ensuite au grand calme, en plein centre de ce ravissant village.


Dimanche 25 décembre 1994 : de COLLIOURE à BANYULS (51 km)

Nuit paisible bercée par le ressac de la mer à nos pieds qui masque le bruit des quelques voitures passant sur la rue juste derrière nous. Le souper copieux et délicieux d'hier soir a bien passé, le soleil brille et le vent semble beaucoup plus faible que la veille. Nous sommes donc dans les meilleures conditions pour visiter le village tout à fait charmant, promenade qui nous occupera pendant toute la matinée et le début de l'après-midi.
Bivouac à Collioure devant la plage de Port d'Aval


Collioure : le château Royal et l'Église N.D. des Anges

Nous longeons le rideau de palmiers bordant la plage du Port d'Aval pour aller contempler l'ensemble du port depuis le promontoire rocheux bornant le côté sud. Devant nous le Château Royal élève ses hauts murs médiévaux couronnés de créneaux, à son pied abrité les Colliourencs endimanchés prennent le soleil devant l'eau bleue tandis que les enfants étrennent leurs jouets tout neufs : poupée dans son berceau, bicyclette ou patins à roulettes... Nous les rejoignons en franchissant la plage et profitons nous aussi de la tiédeur du soleil bien agréable lorsque l'on demeure dans une encoignure à l'abri du vent.
Puis nous gagnons le Port d'Amont en traversant la tranchée du Douy, un torrent à sec dont on a pavé le lit. Le quai en arrière de la plage Boramar est très animé par la sortie de la messe qui vient de s'achever dans la vieille église massive de Notre-Dame-des-Anges. Enfants qui jouent, adultes qui papotent, vieux qui prennent le soleil, quelques touristes allemands et anglais qui visitent et admirent... nous flânons un long moment en profitant du spectacle, de la grande lumière et de la relative douceur de l'air. Le quai s'arrête en arrière sur la muraille percée d'une porte donnant accès au vieux quartier du Mouré.
J-P sur la petite plage devant le clocher de N-D. des Anges


Barques de pêcheurs tirés sur la plage Boramar à Collioure


Barques amarrées devant le Château Royal de Collioure, dans l'estuaire du Douy

 Une petite incursion dans l'église nous fait découvrir une architecture lourde et sans grâce dont les rares ouvertures laissent passer une lumière ténue. Dans la pénombre, les murs de crépi sont lépreux par endroits (l'église a les pieds dans le port...) mais ses huit chapelles latérales et son maître autel ruissellent d'or : des grands retables finement sculptés occupent tout l'espace, dans un style baroque typiquement espagnol. En sortant nous allons nous asseoir à l'abri de la petite chapelle St-Vincent d'où s'offre un large panorama sur les façades pastel entourant les bassins du port, les murs de pierre du château et les montagnes en arrière. Je pousse jusqu'au vieux phare à l'extrémité de la jetée; tout est ancien, patiné, plein du charme que nous avions trouvé aux villages et ports de la Côte d'Azur et qui semblait tant manquer jusqu'ici à cette portion du rivage méditerranéen. J'admire le fer forgé ouvragé qui soutient la lanterne du phare quelques mètres au-dessus de ma tête, les grosses pierres taillées bien ajustées, le ressac de la mer bleue sur les rochers à mes pieds...


J-P devant une belle porte Art Déco dans la vieille ville

 Nous revenons ensuite lentement vers l'Aigle en nous enfonçant dans les ruelles de la vieille ville. Elles sont étroites et venteuses, nous ne nous y attardons pas; j'ai cependant le temps d'admirer quelques jolis balcons de fer forgé au travers desquels fleurissent rosiers et géraniums pendant que Monique reluque les bijoux ou autres artisanats d'art exposés dans les vitrines. 
Nous regagnons le quai de l'Amirauté, profitons encore du soleil au pied du château maintenant déserté (il est 12:30 et les Français sont à table pour un bon moment...). Nous-mêmes rentrons dans notre camion pour un solide casse-croûte.
Le clocher de l'église N.D. et le quartier du Moure depuis le Château Royal


Vue sur la Baie de Collioure en montant vers la Tour Madeloc, près de l'ermitage de N-D de la Consolation

Puis nous décidons de profiter de ce temps splendide pour faire la balade de la Tour Madeloc. La route tourne le dos à la mer et monte progressivement dans la montagne, très étroite, épousant les courbes de niveau des pentes, difficile et très raide. Mais elle offre des vues admirables sur toute la Côte Vermeille, depuis les stations et plages du Roussillon (Port-Barcares tout au fond, Canet-Plage, St-Cyprien et plus près Argelès-Plage) jusqu'aux petits ports catalans typiques nichés au fond des baies : Collioure, Port-Vendre, Banyuls.



La Côte Vermeille au crépuscule, de Port-Vendre à la Cataluna

Les caps très découpés s'avancent dans le bleu de la Méditerranée qui finit par se confondre avec le ciel. On aperçoit ainsi le Cap Béar, le Cap Oullestreil, le Cap Rederis, le Cap Cerbère et, plus loin vers le sud, les montagnes de la côte espagnole... Le détour vers l'ermitage de Notre-Dame-de-la-Consolation, petite bâtisse rustique au fond d'un vallon désert et ombreux, ne vaut guère  le déplacement en cette saison humide et froide. 

En revanche l'escalade finale des 652 mètres menant à la Tour Madeloc se justifie pleinement : nous avons rarement vu un tel panorama se déployer sous nos yeux, depuis la côte, ses ports et ses caps déjà cités jusqu'aux forts du XVIIIème couronnant les pentes couvertes des vignes produisant le célèbre vin de Banyuls. A l'ouest, où brille un soleil assez vif mais jaune en ces jours de solstice, se profilent les pentes acérées des Monts Albères, ces contreforts des Pyrénées venant s'arrêter abruptement dans la mer. Magnifique paysage, malgré le vent froid qui pique les joues et rougit nos oreilles découvertes. Que n'avons-nous apporté nos "bonnets d'poil" !
La Tour Madeloc qui veillait depuis ses 656 m pour détecter les invasions sarrazines; panorama sur la côte vers le Nord


Côte vermeille : au premier plan le Cap Oullestreil, en arrière le Cap Béar
La descente jusqu'à Banyuls sur la petite route en corniche, dans le soleil déclinant, continue d'offrir les mêmes points de vue superbes sur la côte. Après quelques minutes d'arrêt sur le quai du port de Banyuls envahi par les voiliers, nous nous rendons jusqu'au bout de cette réputée Côte Vermeille. La route longe le beau rivage rocheux découpé entre les Caps Rederis, Peyrefite et Canadel, jusqu'à atteindre la petite ville de Cerbère coincée au fond de son anse. La gare internationale et les voies de chemin de fer ont pris toute la place, les maisons nous semblent quelconques, l'obscurité descend... nous ne nous attardons pas. Nous poussons quand même jusqu'à la frontière espagnole, histoire d'apercevoir le village côtier de Portbou tout en bas, de l'autre côté du Col des Balitres, puis nous faisons demi-tour.
Belle vue sur la côte catalane dans le crépuscule depuis le pied du phare du Cap Cerbère, avant de reprendre la direction nord par une toute petite route à flanc de montagne doublant la N 114 empruntée tout-à-l'heure. Elle nous ramène au-dessus de Banyuls en formant une corniche qui domine la côte de très haut. Nous installons notre bivouac à l'extérieur d'un virage en pleine nature, avec une vue grandiose disparaissant dans les derniers rayons d'un soleil rougeoyant.

Banyuls et la côte vers le nord depuis la route du Cap Béar


L'Île Grosse et le monument à Maillol; au fond le Cap Béar


 

Lundi 26 décembre 1994 : de BANYULS à ST-FERRÉOL ERMITAGE (64 km)

Le vent nous a épargné cette nuit mais le froid règne quand même dans la cabine au réveil. Quelques minutes de chauffage et je me sens capable de passer sous la douche hélas tiède car j'ai oublié de refermer la vanne entre les deux réservoirs d'eau froide et d'eau chaude hier... Monique finit par se lever lorsque le déjeuner fume sur la table. Grand panoramique sur Banyuls à nos pieds : la Côte Vermeille magnifique sous le soleil découpe ses caps et ses anses sur fond de mer bleutée; de l'autre côté, les montagnes et, bien au-dessus de nous, la petite pointe de la Tour Madeloc jusqu'à laquelle nous avons grimpé hier après-midi.
Depuis les Monts Albères : Banyuls; au fond les Corbières

Nous poursuivons la petite route de corniche descendant jusqu'à l'entrée de Banyuls. Je profite du quai du port de plaisance pour faire le plein d'eau, puis je stationne en plein centre devant la place pavée de marbre. Bordée de platanes pas totalement défeuillés et des façades pastel des élégantes maisons fin de siècle, elle entoure l'Hôtel de Ville. Au dessus de la plage, la promenade est ombragée de palmiers et ponctuée de plantureuses statues de Maillol qui naquit à Banyuls en 1861. Quelques autochtones prennent le soleil en lisant le journal et en discutant. Le tableau est plaisant et je tâche d'en croquer quelques traits à la vidéo. Nous poursuivons ensuite la route de corniche vers Port-Vendres.


Port-Vendre bien abrité au fond de son anse

Juste en arrivant sur la petite ville, bonne vue sur l'ensemble du port où les bâtiments industriels en premier plan gâtent cependant un peu l'harmonie du paysage. Sans entrer dans la ville, nous prenons immédiatement la route minuscule menant au Cap Béar.
Elle s'élève en corniche, très étroite et sinueuse, pour offrir de superbes tableaux sur le bassin Castellane, ses bateaux, les eaux bleu profond de la Méditerranée blanchies par la houle avec, au premier plan, les fortifications de Vauban. Les édifices blancs et roses de la ville s'étagent en arrière, dominés par les pierres grises et massives du fort St-Elme. Dans la grande lumière découpant toutes les formes et avivant les contrastes, le coup d'oeil est superbe
J-P fime Port-Vendre depuis la route du Cap Béar


Le Cap Cerbère

Peu après nous sommes en vue du sémaphore puis du phare. Le vent forcit mais toute la côte se découvre à nos yeux, du Cap Leucate noyé dans une brume bleutée loin au nord jusqu'au Cap Creus au sud en Espagne catalane. La mer joue dans les rochers de schiste gris loin en dessous de nous, faisant jaillir des gerbes d'écume. Les pentes alentour sont vert émeraude, couvertes d'herbe rase car l'incendie est passé par là en ne laissant que les squelettes noircis des arbustes de la garrigue. Nous descendons jusqu'à l'extrémité du cap barrée par le phare en belle pierre de taille cristalline. Il vient tout juste d'être restauré et lance vers l'azur sa grosse lanterne rouge vif. Passée la petite éminence sur laquelle il est planté, le sentier serpente entre les restes abandonnés de casemates, blockhaus, souterrains et autres fortifications truffant le haut de la falaise. On se croirait sur le Mur de l'Atlantique ! Tout au bout, vue d'une ampleur extraordinaire sur toute la côte. Je suis absolument seul sur ce bout du monde sauvage où seule la silhouette du phare, très architecturé, et les vestiges militaires qui me cernent rappellent l'activité humaine.
Je remonte tranquillement rejoindre Monique qui, demeurée près de l'Aigle, a découvert une charmante villa toute simple entourée d'un joli jardin méditerranéen pentu dans lequel nous faisons quelques pas. Ses terrasses donnent sur l'Anse Ste-Catherine toute entourée de falaises à-pic et, au-delà, sur les reliefs de la Côte Vermeille vers le sud, pour l'instant inondés de soleil. Pergola, maison et paysage de rêve...
La terrasse de la maison du Cap Béar donnant sur l'Anse Ste-Catherine


J-P sur le quai du port de plaisance de Port-Vendres

Après un solide pique-nique dans l'Aigle, nous revenons vers Port-Vendres dont j'admire à nouveau le site, les formes et les couleurs encore plus intenses sous la chaude lumière de la fin de l'après-midi. Le quai du grand bassin, devenu surtout port de plaisance, ne nous retient pas longtemps. Non qu'il soit laid, mais nous avons déjà trop vu cet amas de coque blanches en résine et cette forêt de mâts en duralinox pour être impressionnés...

Contournant le Fort St-Elme sur son éperon nous parcourons les deux kilomètres à peine qui séparent les deux havres pour retrouver la courbe magnifique de Collioure. Nous nous mettons en quête de pain et de quelques cartes postales, puis nous quittons la Méditerranée pour nous enfoncer vers l'intérieur.

 La route longe les hautes pentes des Albères et suit la vallée du Tech. Partout des vignobles occupent la plaine, mais à gauche et surtout en face les sommets sont saupoudrés de neige. Après une trentaine de kilomètres, nous atteignons la petite ville du Boulou. Plein d'épicerie fraîche à l'Intermarché; la nuit descend lorsque nous sortons du magasin. Nous poursuivons la grande route de vallée jusqu'à Céret et là commençons à prospecter un bivouac. Repérant sur la carte l'ermitage de St-Ferréol et jugeant la vocation du lieu propice à notre dessein, nous nous engageons sur la petite route sinueuse qui grimpe rapidement dans la campagne accidentée. Le crépuscule est arrivé lorsque nous arrivons au pied de la chapelle. Le site offre paix royale, magnifique panorama sur les Albères au-delà de la vallée étalée à nos pieds et vaste esplanade déserte où nous avons tout loisir de nous installer à notre gré. Petit tour des vieux bâtiments du XIVème respectueusement entretenus, puis je médite un long moment dans la chaleur de l'Aigle en regardant à travers le pare-brise les dernières lueurs du jour disparaître derrière les montagnes. Une à une les lumières s'allument sur les pentes qui nous font face et dans la vallée... Voilà une nuit qui s'annonce des plus paisibles ! Nous soupons et préparons l'itinéraire des deux jours à venir, puis Monique fait un peu d'ordre dans les armoires pendant que j'écris ce journal. Coucher dans le grand silence des montagnes.
 


2. De Saint-Ferreol à Puylaurens

Accueil de l'Aigle 

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