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Un tour d'Écosse

Jean-Paul et Monique MOUREZ
à bord de l'Aigle

 Été 1996

1. De OUISTREHAM à GLASGOW

Carte de la Grande-Bretagne



L
e 10 juillet 1996 au soir, après une quinzaine de jours passés en famille tant à Lyon qu'à Caen suite à notre arrivée de Montréal le 24 juin, nous allons remplir la cambuse au Continent. Tâche longue et ardue car il ne reste pratiquement plus rien dans nos placards et dans nos coffres. Nous ne connaissons pas l'emplacement des produits dans l'hypermarché, et nous tenons absolument à emporter le maximum de délicieux produits français en Grande-Bretagne dont nous connaissons trop bien maintenant la désolation gastronomique... Il est donc presque 20:00 lorsque nous prenons la route d'Hermanville, le frigo bourré de nourriture fraîche et le reste des victuailles dispersé en vrac entre les banquettes et les placards. 

Ambiance chaleureuse et festive ensuite lors du souper chez Gilles. Il est passé minuit lorsque, après un rapide plein d'eau, nous quittons nos chers Hermanvillois pour aller stationner devant la gare maritime de Ouistreham. Une demi-heure de rangement intensif vient à bout de dégager l'intérieur de notre chambre à roulettes encombrée par nos victuailles pour nous glisser enfin avec délice sur notre couchette : il est 1:30...
 

Jeudi 11 juillet 1996 : de OUISTREHAM à STOWE (England) (235 km)

Réveillés bien trop tôt après une nuit bien trop courte, nous nous douchons et déjeunons sur le stationnement, dans l'agitation du départ : vacarme des gros camions qui embarquent avant les voitures et les camping-cars, trafic des tracteurs chargeant les remorques à bord de l'énorme traversier, passagers impatients des caravanes et des camping-cars qui attendent en ligne l'ordre d'embarquement...


Notre ferry : le Duc de Normandie


Nous sommes fin prêts lorsqu'on nous fait signe d'avancer à 7:45. Le ciel est malheureusement très couvert, aussi demeurons-nous peu de temps sur le pont arrière après le départ : le vent frais chargé d'embruns glacés nous chasse vers le salon de thé où nous nous attablons avec guides et cartes.
Je poursuis sans grande conviction la préparation de l'itinéraire pendant que Monique sommeille inconfortablement coincée sur sa banquette.
Dans le salon du Duc de Normandie,
J-P achève de préparer l'iinéraire...

Le soleil réapparaît timidement vers 14:15 lorsque nous arrivons en vue du Solent et de Portsmouth. Vite nous grimpons sur le pont supérieur pour observer les abords du grand port, son arsenal bordé des grands navires de guerre gris de la Royal Navy en réparation et les mâts hérissés de gréements des historical ships. Coup d'œil aux façades caractéristiques de la vieille ville, aux restes de remparts et au "Point" d'où nous avions guetté le départ des filles (Juliette et Charlotte) il y a deux ans... Enfin c'est le débarquement et aussitôt nous voilà précipités sur l'autoroute filant vers le nord... Et Monique qui n'a pas encore pris le temps de mettre le nez dans la carte !

J'emprunte la première sortie qui se présente; elle nous fait traverser d'adorables villages aux jolies maisons de briques soignées dont les jardins débordent de fleurs et d'arbustes gracieusement disposés et taillés. Cheminant par des petites routes peu fréquentées qui nous font apprécier la beauté de la campagne anglaise, nous nous dirigeons vers le jardin d'Hinton Ampner jusqu'à nous heurter à sa porte close : la propriété du National Trust est fermée les lundi, jeudi et vendredi. Déçus, nous consultons alors notre annuaire du National Trust pour constater que The Vynes, dont nous comptions faire notre destination ce soir et notre visite de la matinée de demain, sera aussi fermé demain vendredi.

Tant bien que mal, nous repérant difficilement sur notre vieil atlas routier, nous gagnons la charmante petite ville de New Alresford où nous allons retirer 200 £ sur notre compte Master Card, Puis nous traînons un peu dans ses boutiques old fashionned, fascinés par l'ancienneté des vitrines, le charme désuet des articles et de leur présentation, mais surtout conquis par les masses de fleurs variées qui attirent l'œil un peu partout.

Lorsque nous redémarrons après un petit casse-croûte, c'est pour rattraper au plus court la A 34 qui file vers le nord en direction de Newbury puis, contournant Oxford, gagner Buckingham où nous voulons visiter demain matin les fameux jardins paysagers de Stowe. La proximité du circuit automobile de Silverstone fait qu'aucun site favorable au bivouac n'est resté disponible en rase campagne, aussi tournons-nous un long moment avant de trouver finalement un coin de gazon accueillant dans un hameau dépendant de Akeley, au milieu des vaches et des chiens de ferme.
 

Vendredi 12 juillet 1996 : d'AKELEY à FOUNTAIN ABBEY (328 km)

Nuit d'une sérénité qui nous assure un repos idéal. Nous faisons presque le tour du cadran avant de nous lever frais et dispos. Je mets un peu d'ordre dans la soute où nous avions entassé à la hâte l'excédent de notre épicerie, et ajuste le niveau l'huile du moteur avant de gagner l'entrée somptueuse du grand jardin.

Ce parc immense, qui fut l'un des premiers et des plus vastes de Grande Bretagne, fut aussi le coup d'essai - et de maître - de Lancelot "Capability" Brown. Ce jardinier génial allait révolutionner l'art des jardins anglais et inspirer l'Europe entière. Après avoir renouvelé notre membership au National Trust, nous commençons à parcourir les allées sinueuses.
Nous contournons d'abord le Temple de la Victoire et de la Concorde dont on achève tout juste une rénovation majeure. Inspiré de la Maison Carrée de Nîmes, ses proportions sont parfaites et pas une cannelure ne manque aux colonnes de son péristyle. 
Puis nous nous enfonçons dans la Vallée grecque qui longe une rivière paisible nommée Styx. Plusieurs monuments gracieux ou magnifiques la bordent, classiques mais toujours pittoresques, élevés à la gloire des victoires ou des grandes réalisations britanniques.

Nous finissons par tomber sur le Lac Octogonal, grimpons jusqu'au Temple gothique juché sur sa colline et maintenant converti en résidence privée. 


  Puis nous franchissons le très élégant Pont Palladien, longeons la rive sud du lac en contemplant encore quelques pavillons très élégants,

allons jusqu'au Temple de Vénus avant de franchir la digue au dessus de la Cascade entre les deux lacs, 

Stowe : la Rotonde

puis de remonter vers la Rotonde.

Nous sommes maintenant tout près de la grande façade du château, aperçu tout à l'heure mirant sa grandiose architecture dans les eaux placides du lac. Nous trouvons quelques livres et cartes postales dans la boutique du Trust installée dans la Ménagerie qui ressemble un peu à une orangerie (hauts plafonds et vastes vitrages). Nous longeons enfin la majestueuse façade ornée d'une colonnade et bordée d'un jardin clos fleuri de roses avant de regagner le Temple de la Victoire, au delà de la grotte d'où s'écoule le Styx en haut de la Vallée Grecque.

Emballés par cette superbe balade, mais aussi affamés par notre longue marche qui aura duré plus de quatre heures dans ce cadre magnifique et varié, nous attaquons à belles dents un déjeuner léger et revigorant pour reprendre ensuite la route vers le nord.

Nous roulons près de cinq heures, d'abord sur la M1 très engorgée qui nous cause de fréquents ralentissements, voire des arrêts prolongés provoqués par des bouchons aux abords des grandes villes de cette région industrielle très peuplée, puis sur la A 61 à partir de Leeds, jusqu'à atteindre les environs de Ripon. Dans le crépuscule, nous gagnons les alentours de Fountains Abbey, une autre curiosité *** à visiter demain. A la recherche d'un point de chute, nous finissons par atterrir sur le grand stationnement du N.T., à deux pas de l'entrée. Dans un calme presque absolu, nous nous installons au creux de ce vallon tranquille pour y passer la nuit.


Samedi 13 juillet 1996 : de FOUNTAINS ABBEY à HOUSESTEADS FORT (159 km)

Nous profitons du calme pour dormir longtemps, malgré la chaleur du soleil qui traverse notre toit et finit par nous sortir du lit vers 9:45... Toilette, déjeuner, rangement, nous attaquons la visite vers 10:30.



Le parc et la balade autour des curiosotés de Fountains Abbey
et Studley  Royal Water Garden


Après être passés devant la riche façade de Fountains Hall, un élégant château élisabéthain (1611) largement vitré, nous arrivons devant l'impressionnante façade principale de l'abbaye qui occupe toute la largeur de la vallée verdoyante.
Façade de Fountains Hall (1611)

L'abbatiale du XIIème a perdu son toit, mais quelle sobre élégance dans sa nudité cistercienne !


Fountains Abbey : la nef et le bras gauche du transept de l'église (XIIème)

Façade de Fountains Abbey et clocher



Fountains Abbey : chapïtre (XIIème)
Nous passons une bonne heure à déambuler dans les ruines des bâtiments du monastère, passant de la chapelle des Neufs Autels au cloître bordé d'une belle salle capitulaire, du dortoir au chauffoir remarquable par sa grande cheminée double puis au réfectoire aux harmonieuses proportions.
La cuisine, en réfection, est fermée à la visite, mais la longue voûte (90 m) du cellarium (ou quartier des frères convers) nous impressionne beaucoup par sa nudité, sa rigueur et son équilibre. Nous gagnons alors l'arrière de l'abbaye où des ruines beaucoup plus succinctes, pratiquement à ras du sol, tracent le logis abbatial et la vaste infirmerie des moines. Leur aménagement fait un large usage du cours de la Skell au dessus de laquelle ont été construits les bâtiments.
Fountain Abbey : la longue salle du cellarium


Le long canal menant de Fountains Abbey
au Water Garden

Rassasiés de belles vieilles pierres, nous nous enfonçons ensuite dans le vallon à l'est de l'abbaye pour faire un grand tour de Studley Royal, le superbe parc paysager créé entre 1720 et 1740 par le seigneur du lieu, John Aislabie.
Le cours de la rivière a été canalisé et complètement remodelé pour créer une suite d'étangs aux formes géométriques et évocatrices : Étang de la Lune, accolé de ses deux quartiers, long Canal rectiligne bordé de pelouses impeccables, grande Cascade avec île et lac à canards...

Nous grimpons jusqu'à la chapelle Sainte-Marie, chef d'œuvre néogothique ultra décoré de la haute époque victorienne, avant de revenir à l'abbaye et à notre Aigle en empruntant les sentiers pentus et les sous-bois de la High Level Walk. Il est presque 15:00 lorsque, de retour à notre base, nous nous attablons sur le stationnement devant l'entrée du domaine.
Nous poursuivons ensuite notre progression vers le nord. Les terres assez plates de la région méridionale deviennent beaucoup plus accidentées et donc pittoresques à mesure que nous nous rapprochons de l'Écosse : vaste panorama de collines vertes et arrondies sous le ciel changeant dont la lumière souvent douce, parfois vive, souligne les nuances... Parfois un lac brille dans un creux, les maisons de pierre, soignées, attirent l'oeil. Nous suivons ainsi la A 68 jusqu'à Corbridge, à deux pas du Mur d'Hadrien dont je veux à nouveau suivre la ligne presque rectiligne vers l'ouest.
En passant, nous allons jeter un coup d'oeil à l'ancien camp romain de Corspitum; bien que sa barrière soit fermée, je reconnais le site du petit musée que nous avions visité il y a sept ans... Nous poursuivons vers Chester où la porte du musée est close elle aussi. En revanche nous découvrons facilement, quoique sous un vent très frais et un ciel menaçant, les restes du temple de Mithra un peu en dessous des restes du camp de Carranburgh : dans un creux, au centre d'un rectangle de pierre, on voit encore très bien les autels et les bancs de terre destinés aux pratiquants. 

Dans le crépuscule, nous poursuivons la route longeant les restes du Mur et allons établir notre bivouac sur le stationnement N.T. du site du camp d'Housesteads, fouettés par un vent formidable. Nous y admirons le soleil rougeoyant se coucher lentement sur le vaste panorama de collines désertes...

Dimanche 14 juillet 1996 : de HOUSESTEADS à CAERLAVEROCK (117 km)

Durant cette nuit des plus tranquilles, nous dormons tout d'une traite de 22:00 à 7:30, bercés seulement par les rafales incessantes qui secouent les trois tonnes de notre Aigle et agitent les maigres arbres dont j'espère un peu d'ombre au matin... C'est pourtant la chaleur qui nous éveille, ainsi que la rumeur des nombreux visiteurs venus admirer comme nous le fort romain sur la colline.
Le fort de Housesteads vu du ciel

Housesteads : fondations des greniers à grain

Lorsque nous sortons, le vent souffle toujours aussi violemment et nous supportons bien nos coupe-vent au dessus de nos chandails. En revanche le ciel est assez dégagé et les horizons sont clairs à perte de vue. Après la montée un peu raide sur la crête de la falaise (crag), nous passons la porte fortifiée et visitons tout à loisir les ruines des bâtiments utilitaires dont les fondations ont été dégagées dans l'enceinte du fort.
greniers à grainSont particulièrement intéressants la résidence du commandant du fort, dont toutes les pièces sont disposées autour d'une cour carrée à l'air libre, les greniers sur pilotis de pierre (pour assurer la ventilation et mettre les provisions hors de portée de la vermine), une longue suite de casernes où logeaient les légionnaires, le siège de l'état-major, solennellement entouré d'un péristyle, et enfin les latrines, au plan étonnamment bien conservé.
Housesteads : les latrines


Reconstitution des latrines d'Housesteads

La lumière est vive, l'air pur, la vue porte au loin sur le paysage de frontière, l'espace presque vierge semble sans limite... S'ajoute à cette ambiance stimulante le sentiment étrange de mettre nos pas dans ceux de nos illustres prédécesseurs... Voilà qui restera un moment bien stimulant de notre voyage.

Nous achevons notre visite par quelques pas sur le fameux Mur bien restauré qui court le long des crêtes, vers l'est et vers l'ouest, jusqu'à un petit fortin comme il s'en trouvait tous les quarts de mile. Vue superbe sur les vertes pentes de l'Écosse toute proche au nord, et sur les collines anglaises au sud à perte de vue, séparées par le mince ruban du Mur filant sur les crêtes devant nous.
De retour à l'Aigle en début d'après-midi, nous continuons de suivre la route longeant le Mur vers l'ouest : premier arrêt près du fort de Birdoswald où nous déjeunons. Je fais un tour dans les ruines du camp romain, beaucoup moins belles qu'à Housesteads, pendant que Monique fait la sieste. Puis nous filons jusqu'aux Waltown Crags, des falaises dominant une ancienne carrière maintenant réaménagée, où l'on a exhumé une autre section du Mur particulièrement impressionnante, montant et descendant au fil du relief et au ras de l'à-pic. Là encore, grand bol d'air et vue magnifique qui comblent notre curiosité pour les monuments romains cette fois-ci.
Waltown Crags

Ne trouvant pas d'intérêt particulier à Carlisle, nous contournons la ville par le nord et passons la frontière écossaise à Gretna (le petit village où l'on scellait autrefois les mariages sur l'enclume du forgeron local sans qu'il soit nécessaire d'avoir le consentement des parents !).

  Itinéraire en Écosse


Murs de grès rouges du château de Caerlaverock

Longeant l'estuaire du Solway, nous finissons par atterrir sous les murs de grès rouges du château de Caerlaverock. Bien qu'il soit en ruines et abandonné, ses hauts murs, son décor XVIIème, ses fossés remplis d'eau et cernés d'un riche gazon vert vif frappent l'imagination, surtout à cette heure tardive où tous les touristes sont partis et où le soleil couchant rougeoie encore davantage les pierres.

En quittant notre premier château écossais, nous nous mettons à la recherche d'un point de chute. Nous le trouvons un peu plus loin, au bord de la petite route longeant l'estuaire, sur le stationnement d'un parc naturel où un autre camping-car s'est installé lui aussi pour passer la nuit. Magnifique paysage de marais et de près salés où broute un troupeau de bœufs bruns et noirs, sur fond de mer et de montagne s'estompant lentement dans les lueurs dorées du couchant.

 

Lundi 15 juillet 1996 : de CAERLAVEROCK à PALNURE (176 km)

Nuit extraordinairement calme, sans rien pour nous éveiller ni nous déranger. Le grand soleil chauffant le toit (impossible de se mettre à l'abri d'un arbre...) nous tire du lit vers 8:30. Lever paresseux puis longue route campagnarde  pour gagner le château de Drumlanrig au nord.  Si la chaussée est sinueuse et pas très large, son revêtement est assez bon et la promenade dans la jolie campagne soignée, vallonnée, pointillée de murets de pierres sèches et pleine des taches blanches des moutons, s'avère fort agréable.


Drumlanrig : le cottage du pavillons d'accueil

Après une heure de balade dans ce paysage bucolique, nous quittons la grande route au milieu d'un bois. Nous franchissons le portail discret de l'immense domaine de Drumlanrig flanqué d'un adorable cottage fleuri puis passons la grande arche d'un pont de brique lancé au dessus d'une profonde rivière.
Au bout d'une majestueuse allée serpentant dans un vallon apparaissent les hauts murs et les tourelles en grès rouge. Environnement désert de collines verdoyantes et boisées, château dans un état impeccable, centré idéalement dans ce paysage de rêve, cet endroit est vraiment exceptionnel. Le tarif l'est aussi, et l'accueil, bien organisé, est assez froid.


Façade et Grand Escalier d'honneur de Drumlanrig

L'intérieur est à l'image de l'extérieur : les peintures et tapisseries ne montrent pas une tache, les tapis pas un accroc, mais l'ensemble des pièces - royal - nous laisse un peu indifférents.

En plus de l'intérêt architectural (l'essentiel date du XVIIème), nous sommes frappés par la qualité des tableaux (Rembrandt, Léonard de Vinci, Brueghel, plus toute une série de Flamands) et des meubles (beaucoup de Louis XIV et Louis XV français : glaces, fauteuils, horloges, lustres, commodes et secrétaires incrustés et marquetés...). On ne peut qu'admirer un tel étalage de trésors, mais sans être vraiment émus ni séduits.


Rembrandt : portrait de la mère de l'artiste


À proximité immédiate du château, les jardins à la française sont soignés mais paraissent quasiment exigus à côté de la masse carrée un peu trapue de la bâtisse et au milieu de l'immense paysage sauvage. Bien que parfois masqué par des passages nuageux, le soleil illumine le ciel et avive les couleurs. Ce beau temps agrémente la vue tout en donnant une note plaisante  et joyeuse à notre visite.

Au bord du Loch Ken

Nous redescendons ensuite vers Castle Douglas par un autre chemin plus étroit qui traverse des paysages vallonnés et agréables identiques à ceux de l'aller. En revanche le revêtement est maintenant beaucoup plus défoncé. Comme quoi les routes de Grande Bretagne ne sont pas toutes de première qualité ! Vers 14:30, à l'occasion d'un arrêt pique-nique au bord du Loch Ken, Monique tient à nous faire manger dehors sur la plage de galets. La vue est aimable, mais le bruit incessant sur la route - voitures et camions - et sur le lac - hors-bord - gâche un peu notre plaisir...


 Castle Douglas : la tour


Notre itinéraire s'infléchit vers le sud jusqu'à Castle Douglas, une petite ville sans particularité en dehors du Threave Garden créé par le National Trust of Scotland pour former ses jardiniers. La variété des compositions et des bordures, les ensembles d'arbres et de fleurs sont remarquables, même si parfois certaines sections des jardins sont délaissées pour raison pédagogique. 



Nous passons deux heures fort agréables dans ses allées et sur ses pelouses, avant de repartir jusqu'à la mer atteinte à Kircudbright.

Pas de curiosité pour nous y accueillir puisque Broughton House, ses peintures et son jardin japonais sont fermés depuis longtemps. Mais un tour sur le petit port de pêche nous donne l'occasion de faire le plein d'eau sur une vanne destinée aux pêcheurs. Nous poursuivons vers l'ouest, longeant la plage à partir de Cardoness qui se signale par son donjon en ruines. Impossible de trouver un bivouac près de la plage ni même dans le village de Creetown, tous les sites favorables étant occupés par des caravan-parks. Nous nous rabattons vers l'intérieur et allons dormir sur un stationnement déserté de la National Forest Commission derrière Palnure, loin de la rumeur de la grande route.
 

Mardi 16 juillet 1996 : de PALNURE à CULZEAN CASTLE (189 km)

Silence absolu sur notre stationnement entouré par la forêt, jusqu'au matin où la grande lumière - et la chaleur - du soleil nous éveille. Pas une voiture ne passe avant 8:30, lorsque nous prenons notre petit déjeuner. Décidément ce Forest Garden de Kirroughtree est un asile de paix et de tranquillité !

Si la température reste fraîche durant la journée (autour de 17º avec un maximum de 19º), le grand soleil ne nous quittera pas de toute notre excursion. Nous filons vers le Rhins (Péninsule) of Galloway où j'ai repéré le Logan Botanic Garden. La route est sans attrait majeur, mais elle offre des vues agréables sur la campagne verdoyante sous le soleil.
A partir de Glenluce, nous longeons le fond de la Luce Bay où la ligne bleutée des côtes encadre un large paysage maritime. La plage de petit galet est déserte mais peu invitante, d'autant que le vent glacial (±15º) dissuade d'aller y faire du "bronzing", comme nous le vérifions brièvement à Sandhead. Nous poursuivons vers le sud de la presqu'île, toujours en vue de la mer qui prend une teinte bleue de plus en plus intense.
Luce Bay, en route pour le Mull of Galloway

Nous renonçons à visiter Ardwell House dont les jardins ont depuis longtemps vu faner leurs jonquilles, arrêtons quelques minutes sur le petit port de Drummore où quelques pauvres barques de pêche font la figuration pour les touristes, à côté d'un appontement où les yachts des plaisanciers sont presque aussi nombreux.

Mais la destination vraiment intéressante demeure le Mull of Galloway, le cap situé à l'extrême sud de la presqu'île, une plate-forme herbue et étroite tombant à-pic sur des falaises rocheuses. Les couleurs y sont particulièrement vives : bleu du ciel et de la mer, verdeur intense du gazon serré ras tondu par les vaches et les moutons qui y paissent en liberté, brun des rochers déchiquetés qui tombent de 80 mètres jusque dans les vagues écumantes. 
Tout au bout, un phare pointe son doigt blanc vers le ciel, et une réserve naturelle protège une multitude de fleurs, de papillons et d'oiseaux.
Phare du Mull de Galloway


Ceux-ci nichent à flanc de falaise en populations criardes et denses : mouettes, goélands à dos et tête grises, cormorans noirs et guillemots se serrent côte à côte sur les étroites corniches, dans les trous de roche et les anfractuosités, nourrissant leurs petits et tachant les rocs sombres du blanc de leur guano. Nous les observons longuement avec nos jumelles, jouissant de l'air pur, de la lumière et de la vue extraordinaire sur la bande de terre encadrée par l'étendue marine.

Pour achever en beauté cette superbe excursion, nous sortons la table et les chaises le long de notre Aigle et déjeunons en plein soleil devant le magnifique paysage. Puis nous traversons à nouveau la péninsule vers le nord. Monique me fait renoncer à la visite du Logan Botanic Garden, trop rigide selon elle, puis à celle du Castle Kennedy, peu emballant d'après la description du guide, pour nous diriger au plus tôt vers l'attraction majeure de la région, le Domaine de Culzean.
C'est près d'une centaine de kilomètres que nous parcourons alors, sur une fort belle route qui suit presque tout au long le rivage. Assez accidentée et sinueuse, elle est donc pittoresque mais peu rapide. Au loin en mer se profile la grosse bosse étrange de Aisla Craig, une île ronde qui semble jaillir de l'eau comme un ballon de plage...
Culzean Castle sur son rocher
Nous arrivons enfin dans cet autre domaine du N.T.S.. Long chemin d'accès à travers bois et prairies avant de stationner tout près de l'immense château construit fin XVIIIème par Robert Adam. Il est trop tard (17:15) pour visiter la maison.
Nous avons juste le temps d'acheter le guide de la propriété à la boutique, puis nous nous lançons dans le country park qui nous donne l'occasion d'une agréable balade. Elle passe d'abord par le grand green bordé de terrasses fleuries qui occupe le "fossé" du château...
Le Green de Culzean Castle


...puis nous entraîne à travers bois le long des falaises d'où l'on jouit de vues superbes sur la côte rocheuse, sur Culzean Bay et sur la silhouette du château perché au dessus.
Nous revenons enfin sur nos pas en faisant le tour de Swan Pond, un grand étang à moitié envahi par les nénuphars où s'ébattent des canards et une bande de rares cygnes muets ("mute swans").

Le temps de regagner notre petit chez-nous, et il est temps de souper (19:30). Un bon potage à la poule au pot nous réchauffe un peu car, avec le soir, la fraîcheur devient plus perceptible. Nous traînons un peu sur le stationnement que nous aimerions bien adopter comme bivouac, mais la prudence finit par l'emporter : nous éviterons de nous faire chasser par les gardiens en allant nous installer quelques kilomètres plus loin, sur le stationnement d'une longue plage, juste entre deux grands caravan's parks.
 

Mercredi 17 juillet 1996 : de CULZEAN à GLASGOW (143 km)

Nuit sans surprise, mais une fois encore le soleil nous réveille tôt. Cette fois le ciel est absolument bleu, sans un nuage... Et nous qui nous attendions à sortir quasi quotidiennement le parapluie ! Depuis notre bivouac rustique au milieu des blés s'étend une large vue sur la baie avec, au loin, la masse plus claire du château de pierre crème juché sur sa falaise brun foncé. Nous rejoignons bientôt le grand parc paysager où nous tâchons de trouver une place à l'ombre avant de nous rendre d'abord au Visitor Centre luxueusement aménagé dans l'ancienne ferme modèle (home farm) du château. Autour de sa belle grande cour carrée à arcades rayonnent des bâtiments extérieurs perpendiculaires à chaque côté. Décidément Robert Adam s'est bien montré l'architecte génial qui sut unir harmonieusement un classicisme quasi fonctionnaliste avec les premières tendance du romantisme.

Culzean Castle :  le Grand Escalier
Puis nous nous lançons dans la visite du château lui-même. Ses intérieurs ont été assez bien préservés et surtout admirablement restaurés par le N.T.S. Celui-ci a retrouvé sous les couches successives les couleurs des peintures originales, a réparé frises et stucs des plafonds, fait tisser à neuf les tapis usés, etc. Le décor d'Adam a ainsi retrouvé toute sa fraîcheur et son élégance, nous permettant d'imaginer sans ombre la vie luxueuse et raffinée que menait ici, au fin fond de sa campagne et au bord d'une mer plutôt rude, le riche landlord comte de Cardwillis et baron d'Aisla. Après l'armurerie où sont exposés en superbes trophées géométriques plus de 1000 pistolets, sabres et baïonnettes, les salons, salle à manger, chambres et bibliothèque se succèdent, tous plus finement décorés les uns que les autres, garnis de lustres, de glaces et de tableaux soulignés de dorures, et distribués autour du grand escalier ovale du plus bel effet.

Nous allons de ravissements en émerveillements, comprenant d'autant mieux ce qui nous est présenté que la bénévole préposée à l'accueil a eu la gentillesse de nous prêter une traduction française du guide officiel. La Grand Salon circulaire, dont les 5 hautes fenêtres donnent sur la baie et sur la mer limitée par le contour bleuté de l'île d'Aran, est sans conteste la pièce maîtresse de la noble maison.

Nous sortons sous le charme et nous enfonçons dans le parc pour voir la Maison aux Camélias, en fait une orangerie dessinée par un élève d'Adam en 1814. Architecture aérienne qui fait rêver d'une future résidence semblablement inspirée à la campagne. Puis nous faisons le tour du walled garden qui se signale surtout par les deux magnifiques bordures longeant les murs nord et ouest. Finalement nous rejoignons notre Aigle un peu fatigués (il est près de 15:00...) mais surtout émerveillés par toutes les beautés contemplées depuis notre lever.
Culzean Castle : la Maison aux Camélias

Nous décidons alors de remonter vers Glasgow en longeant la côte. La route est assez belle mais lente tant à cause de la circulation que des nombreux virages. La température monte derrière les vitres de notre maison à roulettes (même si l'air extérieur culmine à 19º au plus chaud de la journée !) et nous sommes bientôt rouges de coups de soleil. Pique-nique devant la mer à Irwine, à deux pas du Scottish Maritime Museum que je ne pourrais visiter avant sa fermeture à 17:00. Un peu indécis, nous nous dirigeons tranquillement vers le nord : chaque village est devenu une station balnéaire regorgeant de touristes rougeauds s'adonnant aux plaisirs grégaires des jeux de plage et des attractions foraines. Très peu pour nous... Après quelques kilomètres toujours très ensoleillés mais décevants, nous arrêtons dans les dunes d'Ardrissan où, bien en vue du quai d'où partent les ferries pour Arran, j'étale guides et cartes sur la dînette pour préparer la visite de Glasgow, notre prochaine étape.

Comme nous passerons tout près du site de la Burrell Collection que nous voulons absolument découvrir, nous décidons de nous en rapprocher dès ce soir pour être à pied d'œuvre demain matin. Retournant un peu sur nos pas, nous empruntons la petite B 769 qui, par monts et par vaux, de courbes en virages, nous amène en vue de la grande ville. Grâce au guidage impeccable de ma copilote nous tombons pile sur le grand parc où l'on a construit en 1984 le bâtiment très moderne abritant la collection. Avec la bénédiction du ranger de service, nous nous installons sur son stationnement gazonné pour y passer la nuit.

 
Bâtiment de la Burrell Collection (1984)


Été 1996 - Un tour d'Écosse : 2. de GLASGOW à PLOCKTON

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