Page optimisée pour un écran de 1024 x 768 pixels

SIX MOIS D'ERRANCES EN EUROPE

(CONGÉ SABBATIQUE 1997)

Monique et Jean-Paul à bord de l'Aigle

5. Côte amalfitaine, Capri et Italie du Sud


Jeudi 13 février 1997 : de POMPEÏ à RAVELLO (57 km)

Une certaine fatigue due à nos deux dernières journées de marche sans interruption dans les rues de Pompeï puis de Naples retarde notre lever jusque vers 9:00. De plus le temps, gris et proche de la pluie, ne nous invite guère à nous activer. Nous voilà donc forcés à renoncer à l’excursion sur le Vésuve dont on n’aperçoit même plus la cime (1 200 m) masquée par les nuages. De plus nous sommes las du bruit (circulation, trains...) et de l’agitation qui nous entourent. Nous profitons encore une fois des douches chaudes du camping puis des installations ad hoc pour vidanger W-C et eaux grises avant de faire le plein d’eau propre. J’arrange encore quelques babioles sur le camion pendant que Monique fait la vaisselle et nous sommes enfin sur la route à 11:00.

Naples et la Côte amalfitaine
Baie de Napoli, Côte amalfitaine (au sud) et Capri

 Nous tentons d’abord de rallier Sorento par la côte en suivant la fameuse côte amalfitaine. Vains efforts car la route a été coupée par des glissements de terrain début janvier et n’est pas encore réparée. Ceci nous vaut un très long détour par la route de l’intérieur jusqu’à Salerno, alors que nous aurions dû emprunter l’autoroute rapide et paysagée qui nous aurait mené directement à destination. Ce détour s'avère d’autant plus malheureux que le paysage manque totalement d’intérêt et que les agglomérations qui se succèdent sans interruption ne montrent que saleté, désordre, façades décrépites ou croulantes, déchets partout répandus, bref un paysage de fin de guerre ou de banlieue minable telles qu’on en voyait encore parfois en France il y a 50 ans...


En ratrappant la côte à Vietri-sul-Mare

Nous finissons par atteindre les faubourgs de Salerno, à peine plus présentables, et bifurquons plein ouest vers la côte immédiatement magnifique. La montagne tombe dans la mer, les caps se succèdent jusqu’à se perdre dans les lointains, les villages perchés s’accrochent à mi-pentes, entourés de leurs plantations de citronniers en terrasse ou blottis au fond des anses derrière leurs barques de pêche colorées alignées sur la grève.
 La route en corniche, très sportive car très étroite et extrêmement sinueuse, offre sans cesse de magnifiques points de vue. N’était-ce la conduite souvent barbare de Napolitains (coupant les virages en arrivant sur nous ou doublant sans aucune visibilité) et la rareté des espaces permettant de s’arrêter, rien ne gênerait le spectacle grandiose qui se déroule devant nous.  Cetara
Cetara près de sa tour normande

Amalfi
Il commence à Vietri sul Mare, se poursuit au panorama du Capo d’Orso, puis à Maiori et Minori... 
A Atrani nous trouvons une petite place juste devant la plage et y pique-niquons au soleil avant de grimper ensuite à l’intérieur des terres jusqu’à Ravello.

Plage d'Amalfi


Site en balcon de Ravello

Je cause une vive frayeur à ma copilote en doublant un gros camion que je suis de près, déboîtant trop brusquement au goût de Monique. Il faut dire que la route étroite et sinueuse, avec ses nombreux passages à une voie, où l’on doit croiser camions et autobus, est loin d’être une sinécure... Le village perché est mignon, avec ses ruelles et ses vieilles maisons, mais c’est surtout le panorama sur la route parcourue cet après-midi depuis le Cap d’Orso, sur la Baie de Maiori et le Golfe de Salerno qui est magnifique. 
Près de l’antique cathédrale malheureusement fermée se trouve la Villa Rufolo, un ancien prieuré aménagé depuis fort longtemps en villa de plaisance. Son architecture tout en décrochements présente plusieurs pièces charmantes (cloître aux arcs entrelacés, loggia salle à manger pleine de plantes exotiques, etc.). 
La tour médiévale gardant l'entrée
de la Villa Rufolo à RAVELLO



Le cloître à 2 étages de l'ancien prieuré Villa Rufolo


Le jardin en terrasses de la Villa Rufolo

Le clou est bien entendu le jardin entassant ses terrasses en escalier assez peu fleuri (nous sommes en février...) mais d’où s’étend une vue grandiose sur la mer, ses falaises et ses anses. Après un petit tour dans les ruelles menant au Belvédère, nous regagnons notre Aigle pour établir notre bivouac sur le grand stationnement, juste sous la grande place devant l’église, face à la montagne constellée des petites lumières des hameaux et des habitations dispersées.

 
RAVELLO : vue sur la côte amalfitaine depuis le Belvédère


Jardin de la Villa Rufolo

Jardin de la Villa Rufolo


Autre jardin en terrasse à Ravello



Vendredi 14 février 1997 : de RAVELLO à SORENTO (73 km)

Nous faisons la grasse matinée sur notre parking rural dont la tranquillité contraste agréablement avec nos trois nuits urbaines à Pompeï. Lever vers 9:30 pour refaire, sous un ciel merveilleusement clair et lumineux cette fois, la petite balade jusqu’au Belvédère...

Monique sur la terrasse du Belvédère de Ravello


La duomo de Ravallo

... et surtout pénétrer dans la duomo en grande réfection dont la porte est aujourd’hui ouverte. Le bedeau qui époussette les bancs tient à nous découvrir les deux battants des portes de bronze divisées chacune en deux douzaines de petits panneaux illustrant la vie du Christ ou portant des effigies de saints : un beau travail assez fin, reflétant une certaine naïveté, qui suggère une influence byzantine. 
Si les murs sont nus et attendent le badigeon blanc qu’on s’apprête à leur appliquer, les arches séparant la nef des bas-côtés, d’un roman tout simple, sont soutenues par de belles colonnes de marbre monolithes couronnées de fins chapiteaux corinthiens. Manifestement du réemploi antique, comme les linteaux des trois portes de la façade en marbre blanc finement sculpté. L’attraction majeure du monument réside bien plus encore dans l’ambon d’épître et la superbe chaire au dessin un peu pisan. 

La chaire de l'église de Ravello (1272)
(inspiration byzantine ou pisane ?)

Mais ici ces chefs d'oeuvres sont décorés de très fines mosaïques dorées formant des dessins animaliers stylisés, plutôt que couverts de sculptures touffues et réalistes comme sur les chaires admirées en Toscane.
Lorsque nous ressortons de l’église, la place en avant s’est animée (jeux d’enfants, groupes d’hommes en discussion...) et surtout le magnifique environnement de montagnes où sont dispersés des hameaux se révèle aujourd’hui en pleine lumière. Nous partons finalement assez tard, redescendons - très lentement cette fois-ci - la route acrobatique jusqu’à Atrani et poursuivons le parcours de la magnifique côte amalfitaine. Amalfi elle-même ne présente guère d’intérêt particulier, en dehors de son site équivalent en beauté à celui des autres ports de la région que nous avons déjà contemplés. 
Positano


Monique au dessus du Vallone di Furore

Vettica Minore offre une vue superbe sur la côte derrière nous. La route continue de zigzaguer à flanc de montagne, coupant le profond Vallone di Furore, une gorge aux parois resserrées et escarpées se terminant par une petite plage de galets encaissée où la mer roule avec fracas. Quelques barques de pêches sont échouées sur la grève caillouteuse et, tout au fond dans l’ombre, quelques maisons de pêcheurs accotées au rocher à pic encadrent le lit du torrent. Côté mer, ses eaux boueuses et grisâtres forment un long ruban qui tranche avec le bleu profond de la Méditerranée et s’y fond progressivement en s’éloignant vers le large.
Au delà du Capo Sottile, après Vettica Maggiore, surgit l’étonnant spectacle de la petite ville de Positano dont les maisons blanches ou pastel semblent empilées sur la pente et dégringolent en un raide escalier jusqu’à la mer bleu émeraude.

Positano sur sa colline

 

Positano

Positano

Nous engageant sur une rue étroite dans le centre du village, nous allons pique-niquer au cœur de ses terrasses, une vue*** à la fenêtre de la dînette. Au moment de repartir, des travaux de voirie barrent l’unique sortie, nous obligeant à une longue et délicate marche arrière jusqu’à un bref élargissement de la rue qui nous permet enfin de faire demi-tour.
Entassement des maisons de Positano


Minori : le village et la plage à l'embouchure du Reginuolo

 La route superbe continue jusqu’à la montée au col de San Pietro, avant la descente du versant nord vers Sorento et le Golfo di Napoli. L’environnement redevient plus sale et moins spectaculaire. Nous contournons Sorento sans nous en rendre compte, passons le Capo di Sorento et voyons apparaître la silhouette montagneuse de Capri à contre-jour. Monique tient absolument à vérifier la possibilité de visiter la fameuse île, aussi continuons-nous de poursuivre Sorento devant nous jusqu’à nous apercevoir de notre erreur après Massa Lubrese.

Il ne nous reste qu’à faire demi-tour et revenir par l’infecte petite route défoncée jusqu’à la ville pour découvrir, au hasard de ses rues en fête (encore le carnaval...), un itinéraire menant jusqu’au port, à sa billetterie et au stationnement des visiteurs.

Le prix (15 000 lire, soit 12,50 $) pour 15 minutes de traversée aller-retour en vedette rapide nous semble raisonnable, aussi demeurons-nous à flâner sur le quai en comparant les prix des différentes compagnies de navigation. L’hydroglisseur est plus rapide mais hasardeux car il ne circule pas si la mer n’est pas d’huile, tandis que le traversier plus lent prendrait aussi l’Aigle pour 78 000 lires de plus. Le soir est maintenant tombé, les différents bateaux de Napoli et Capri ont ramené leurs passagers et le stationnement se vide. Nous nous installons en plein centre pour y passer la nuit, bercés par le bruit des vagues.
Nuit sur le port de Sorento et sur le quai où nous bivouaquons


Vers 21:30 le sommeil commence à nous gagner lorsqu’une forte explosion nous relève en sursaut : c’est la première fusée d’un feu d’artifice de Carnaval qui, durant 30 minutes, embrase le ciel et la mer, accompagné d’une formidable pétarade amplifiée par l’écho des falaises. La nuit ensuite se déroule fort calmement, une fois terminé le débarquement du dernier bateau arrivant de Naples vers 22:45.

 

Samedi 15 février 1997 : SORENTO - CAPRI - SORENTO (0 km)  

À 6:00, réveil pour préparer notre départ vers Capri malgré  le ciel assez chargé : le temps change tellement vite ici que l’espoir demeure toujours permis... Petit démêlé avec le gardien du parking qui commence par exiger 20 000 lires (comptant notre stationnement de nuit) alors que le carabinier hier soir et le panneau d’information indiquent clairement un stationnement payant uniquement entre 8:00 et 20:00... Il finit par laisser tomber et nous embarquons à 8:00 sur le Cuma, un petit ferry assez lourdaud et lent... 
Jean-Paul sur le pont arrière du Cuma
au départ de Sorento


Monique sur le pont du Cuma en arrivant à Marina Grande

...qui nous mène, après une traversée pleine de houle, de roulis et de tangage, jusqu’au quai de Marina Grande, le principal port de l’île.
Le temps ne s’est pas amélioré, le ciel est uniformément gris et le vent assez frais. L’île est très montagneuse et les habitations s’étalent sur les pentes là où elles ne sont pas trop fortes. Le relief devient beaucoup plus élevé dans la partie ouest (Anacapri) qui reste cachée dans un nuage de mauvais augure car porteur de pluie. Depuis le petit port typiquement amalfitain (barques de pêche et façades colorées) nous gagnons le centre de la ville quelques centaines de mètres plus haut par un minibus qui fait des prouesses sur la route étroite aux multiples épingles à cheveux.

Le petit port de Marina Grande


Dix minutes plus tard, nous sommes sur la place Umberto 1er, au pied de l’église toute blanche et du municipio (Hôtel de Ville) jaune. Il y règne une ambiance de petite bourgade provinciale, mais comme la vue est belle sur Marina Grande à nos pieds, sur la Baie de Naples devinée au loin, le Punto Sorento un peu plus près et les deux extrémités montagneuses de l’île qui se relèvent de chaque côté.


Ruelle typique de Capri

Un dédale de ruelles coupées de voûtes et bordées de jardins luxuriants nous mène d’abord au belvédère Cannone. 


Les fameux Faraglioni depuis le belvedere Cannone


Marina Minore



Au débouché des maisons, panorama*** stupéfiant sur les falaises qui tombent à pic et sur les fameux îlots rocheux jumeaux des Faraglioni. De brèves éclaircies illuminent certaines portions de ce magnifique paysage...


L'ïle, la ville, les Faraglioni et le Punto Sorento depuis Anacapri

De retour au centre du village, nous partons cette fois-ci en direction de l’est pour prendre le chemin de la Villa Jovis, un fabuleux palais que l’empereur Tibère s’était fait construire à la pointe extrême de l’île, en vue du continent, tout en haut de la falaise abrupte. Long cheminement dans les ruelles étroites et silencieuses. On n’y circulait autrefois qu’à dos de mulet, maintenant avec des petits chars électriques larges de moins d’un mètre. Pas d’autos, pas même de pétrolettes ici interdites, uniquement des piétons comme nous, parfois lourdement chargés. Puis les maisons s'espacent, les jardins s’agrandissent, deviennent vergers ou arpents de vigne.
La vue s’élargit sur le reste de l’île au fur et à mesure de notre lente montée, faisant apparaître la mer, le golfe et surtout la falaise verticale d’Anacapri qui divise l’île en deux. Malheureusement le temps se dégrade encore, la visibilité diminue graduellement et la pluie qui sourd du nuage dans lequel nous entrons nous transperce lorsque nous atteignons enfin la villa. Découverte rapide des ruines intéressantes qui gagneraient cependant à être illustrées par l’image. Mais ici c’est surtout le panorama exceptionnel (vue sur la totalité de l’île d’un côté et sur la falaise, la mer, le Golfe de Naples et la côte amalfitaine de l’autre) qui doit suffire à remplir toutes les attentes lorsqu’il est pleinement visible ! 
L'ïle et la colline d'Anacapri depuis les ruines de la Villa Jovis
bâtie par l'empereur Tibère

Les maisons de Capri entassées
sur la colline au-dessus de la mer

Trempés et pestant contre notre malchance, nous regagnons le village pour y chercher une taverne, nous y réchauffer, nous reposer et manger à l’abri : la marche, ça creuse ! Les quelques restaurants ouverts sont chers et manifestement uniquement destinés aux touristes. 
Nous nous résignons à nous asseoir dans l’un d’eux. Depuis la belle terrasse couverte, la vue est limitée par la pluie qui crépite sur le toit, le poêle qui tente de réchauffer l’atmosphèreforte répand une insinuante odeur de mazout. Si la cuisine est passable, l’additiona est gratinée (58 000 lires) et encore faut-il exiger sa correction car on y compte deux fois à Monique son plat principal...
La place
Umberto !er, très touristique (restaurants, bouttiques de souvenirs...) devant l'église et la Tour de l'Horloge

Dans une ruelle typique,
fillettes revenant de l'école

 Il est passé 14:00 et notre bateau ne repartira pas avant 17:00, mais la pluie persistante rend impossible toute autre balade, d’autant plus qu’Anacapri, la partie ouest de l’île non encore parcourue, reste cachée dans le nuage... Il ne nous reste plus qu’à traîner devant les boutiques chic, chères et pour la plupart fermées et à flâner dans les ruelles en nous abritant sous une voûte ou une arcade à chaque averse. Plusieurs bijouteries  (perles, corail, ...) et quelques marchands de cartes postales reçoivent aussi notre visite. A 15:00 nous déplaons notre ennui vers Marina Grande en empruntant le même petit autobus acrobate : peut-être pourrons-nous embarquer sur un ferry regagnant plus tôt le continent. Plusieurs partent devant nous mais aucun de la compagnie auprès de laquelle nous avons acheté nos passages aller-retour... 
La pluie persistant, nous faisons passer le temps en bavardant avec un couple de Français pourtant peu sympathiques, nous allons nous réchauffer d’un chocolat chaud dans une gargote... pour embarquer tard sous un ciel des plus gris sur le Cuma enfin de retour. La mer assez forte nous réserve force embardées dans un roulis et un tangage constant. Bien calé sur la plage arrière, je regarde et filme l’île magnifique qui s’éloigne tandis qu’à son coucher un timide rayon du soleil perce sous les nuages pour illuminer la mer.
Monique sur le pont arrière du Cuma
en laissant Marina Grande derrière nous...


La nuit est tombée lorsque nous retrouvons Sorento après cette journée décevante. Il est trop tard pour reprendre la route et chercher un autre bivouac. Nous demeurons donc sur notre stationnement au bord du quai, soupons et nous couchons tôt (21:10) pour partir demain dès que possible. Chauffage en faisant tourner le moteur faute de chaufferette autonome en état...

 

Dimanche 16 février 1997 : de SORENTO à PODERIA (avant SAPRI) (220 km)


La baie de Naples et le Vésuve depuis la terrasse d'un hôtel...
par beau temps !

Réveillés tôt par la pluie battante et par l’agitation du départ du premier ferry à 6:30, nous simplifions la toilette faute d’eau chaude et démarrons dès 7:15. Tout un exploit ! Si la pluie se calme un peu, le vent demeure très violent. Nous nous perdons un peu dans les rues du vieux Sorento, près des grands et vieux hôtels chics dominant les falaises. La baie de Naples est belle malgré la pluie et les nuages qui l’envahissent.


Vue vers Capri depus le Punto de Sorento


Vue générale de l'ïle de Capri : à gauche les Faraglioni, à droite le prommontoire rocheux dominé par la Villa Jovis,
au fond la colline d'Anacapri

Nous reprenons la route panoramique faisant le tour de la presqu’île de Sorento. Points de vue toujours aussi extraordinaires, en particulier vers Capri et en dépit du temps aujourd’hui encore bien maussade sur l’île. La petite route aux virages incessants nous hisse jusqu’à Santa Agata sul Due Golfi où apparaissent, grandioses, les deux golfes de Sorento et de Salerno séparés par une crête rocheuse très accidentée.
Puis ce sont les tours et les détours de la superbe côte amalfitaine, certes moins spectaculaire que sous le grand soleil d’avant-hier mais dont les rochers blancs et gris tombent à pic dans l’eau d’azur malgré le ciel gris. Positano, Vettica Maggiora, Vallone di Furore défilent à nouveau, parfois illuminés par de brefs coups de soleil. 
Depuis le Punto de Sorento,
vague sillhouette de Capri dans la pluie...


Capri depuis le Punto de Sorento sous le soleil de fin d'après-midi

Nous allons pique-niquer cette fois encore sur le port d’Amalfi puis rattrapons Salerno sous un ciel qui s’éclaircit de plus en plus. La grande ville ne nous offre rien d’attirant hors une belle vue générale dans sa vaste baie sertie de montagnes (dont les plus hautes en arrière pays montrent des traces de neige). Nous rejoignons l’autoroute qui contourne l’agglomération puis filons sur une cinquantaine de kilomètres jusqu’à Éboli. Après le plein d’eau et d’essence, une petite route traversant la plaine de Campanie intensivement cultivée nous mène aux ruines de Paestum.

 Curieusement la ville ancienne a intégralement conservé ses remparts sur une hauteur de 4 à 5 mètres. Nous stationnons juste devant la billetterie et nous lançons à la découverte du vaste champ de ruines balayé par un vent formidable. La Via Sacra, une belle voie romaine pavée et bordée de trottoirs, traverse toute la ville d’une porte à l’autre. D’un côté, deux temples qui présentent encore toutes leurs colonnes extérieures, malheureusement enveloppés dans l’échafaudage dense de poutrelles métalliques des restaurateurs. 
Temple de  Cérès (Athenaion) à Paestum



PAESTUM : la soi-disant Basilique, en fait un temple dédié à Héra (6ème s. av. J.C)

Temple de Poseidon (Neptune), en fait consacré à Héra, à PAESTUM

De l’autre, le dédale habituel des bases de maisons, villas et autres boutiques. Coup d’œil à la Maison à la piscine, elle aussi en cours de restauration, son grand péristyle entourant un large bassin central (à sec pour l’instant...). Sautant de murets en ruelles plus ou moins délimitées, je rattrape Monique qui parcourt déjà le vaste péristyle cernant le forum. Il reste bien peu de colonnes debout mais quelques fûts en indiquent l’emplacement, en avant des différents temples et autres bâtiments officiels coutumiers en ces lieux.  Nous poursuivons la Via Sacra, coupons le Decumanus Maximus qui a également conservé son grand dallage typique et atteignons le superbe Temple de Cérès (en fait un temple dédié à Athéna...) lui aussi tout emmitouflé dans des échafaudages qui cachent ses belles proportions. Nous regagnons la billetterie en passant près de l’amphithéâtre puis à côté du bouleuterion dont les degrés circulaires tout juste dégagés accueillaient les délibérations du sénat de la ville.


Fresque de la tombe du Plongeur : les amants au banquet
Il nous faut deux bonnes heures ensuite pour faire le tour du musée où l’on a rassemblé toute une série de trouvailles faites à Paestum et dans les cités de la Grande Grèce en Campanie : statuettes de bronze et de terre cuite, vases décorés de figures noires sur fond ocre, casques, cuirasses et jambières de bronze et surtout une extraordinaire collection de peintures apposées sur les parois internes des tombes grecques des 5ème au 3ème siècle avant J.C. La plus célèbre, la tombe du Plongeur (480 av. J.C.), montre avec une grande fraîcheur une scène de festin pleine de vie et de détails croustillants.

Le cavalier en noir
Le cavalier en noir : décoration de tombeau
Le plongeur
Fresque de la tombe du Plongeur :
l'image ayant donné son nom au tombeau

Lorsque nous reprenons la route, le soleil descend déjà mais le vent toujours aussi fort a nettoyé le ciel. La route quitte la mer à Agropoli pour s’enfoncer dans la montagne : paysage grandiose allant de la Méditerranée scintillant à l’ouest jusqu’aux hautes montagnes couvertes de neige à l’est. La route ne tarde guère à se montrer acrobatique, toute en virages, montées et descentes, jusqu’à ce que nous empruntions pour une cinquantaine de kilomètres une voie expresse dont les grands virages redressés s’appuient pour une large part sur de hauts piliers de béton. Quel travail de Romains dans ce désert ! Lorsqu’elle s’arrête brusquement, incomplète, nous sommes en pleine montagne, cherchant de village en village un téléphone pour appeler Juliette comme convenu tous les dimanches soir vers 18:00.  La nuit tombe, nous finissons par aboutir très fatigués dans le village de Poderia où seul fonctionne un taxiphone. Appel depuis la terrasse d’un café sur laquelle veillent les jeune de l’endroit autour d’un gros juke-box tonitruant. Hélas, pas de réponse rue Hartland à Outremont. Nous allons dormir à deux pas sur une petite place au pied du clocher de l’église.

 

Lundi 17 février 1997 : de PODERIA à PALMI (313 km)

Longue route aujourd’hui après une nuit où seuls les tintements des cloches de l’église (marquant chaque quart d’heure...) ont par moment troublé notre sommeil. Nous finissons par sortir de la montagne en atteignant la mer à Sapri. Le temps est magnifique, le ciel totalement bleu, le vent frais mais léger. A deux pas du minuscule port de pêche où il fait bon flâner un peu au soleil, nous faisons une épicerie succincte et décevante car les produits sont peu variés, chers et de qualité médiocre dans le petit supermarché. En revanche depuis le quai on jouit d'une vue magnifique sur le Golfo di Policastro, ses montagnes et ses anses encadrées par une suite de promontoires à pic tombant dans la mer.


Jean-Paul sur le sentier menant à la statue du Cristo Redemptore
 en haut du Monte Biago

Le paysage devient plus grandiose encore sur la route de corniche menant à Maratea. Nous montons jusqu’au pied de la statue blanche du Cristo Redemptore, haute de 22 mètres, qui couronne le sommet du Monte Biago d'où se déploie une vue époustouflante sur le Golfo de Policastro et sur la côte calabraise.
Déjeuner dehors en plein soleil puis nouvelle tentative d’appel à Juliette, cette fois-ci infructueuse pour cause de panne du téléphone local... Nous redescendons rapidement et finissons par rejoindre notre fille en utilisant le téléphone d’un hôtel.
J-P prend le café après le pique-nique
sur le Mont Biago, juste avant Maratea

Le Golfo de Policastro et la Baie de Porto de Maratea
La route en corniche surplombe ensuite une mer d’émeraude sur laquelle s’ouvrent de nombreuses et charmantes criques : Porto de Maratea, Praia a Mare, etc. Nous retrouvons un peu plus loin la voie rapide qui file entre mer et montagne, traversant à vive allure toute une série de villages de vacances aux lignes plus ou moins réussies mais uniformément fermés. Faute de curiosité vraiment alléchante, nous profitons du beau temps, de la circulation très clairsemée et de la bonne qualité de la route pour parcourir le maximum de chemin vers Reggio di Calabre où nous devons embarquer pour la Sicile.

Lorsque le soir descend, nous retrouvons une zone beaucoup plus habitée près de S. Eufemia Lamezia : cultures maraîchères intensives, villes grouillantes et sales où la circulation est un perpétuel slalom, nombreuses grandes maisons aux structures de béton et remplissage de brique inachevées, comme en Grèce. On se croirait d’ailleurs en plein Péloponnèse... Il fait nuit lorsque nous traversons Rosano puis Gioia Tauro, à la recherche d’un bivouac acceptable. Quittant la grande route SS 18 juste avant Palmi, nous trouvons l’endroit recherché dans un village en bord de mer, sur le stationnement d’une petite épicerie où Monique va acheter les œufs de l’omelette du souper.


6. Côte est et sud de la Sicile, de Palmi à Enna

Accueil « Sabbatique 97 »

Accueil de l'Aigle

© 2006