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SIX MOIS D'ERRANCES EN EUROPE

(CONGÉ SABBATIQUE 1997)

Monique et Jean-Paul à bord de l'Aigle

8. La Tunisie, de Tunis à Tamerza

Drapeau de la Tunisie


Lundi 24 février 1997 : de TRAPANI à TUNIS (La Goulette)
Centre de Tunis
TUNIS : le centre de la ville moderne,
autour du minaret de la Zitouna;
au fond la Goulette et les hauteurs du Cap Bon

Cette longue journée nous fera passer d’Europe en Afrique. Nous sommes debout à 5:45 pour l’ouverture de la billetterie de la Tirrania, après un sommeil assez léger entrecoupé par le vrombissement des grosses vedettes et autres traversiers menant aux îles. Nous devons attendre en ligne jusqu’à 7:15 l’arrivée du guichetier très décontracté. Monique réussit à obtenir des billets aller/retour pour 720 $ (840 000 Lires), somme énorme si on la compare à celle demandée pour la traversée Caen-Portsmouth qui nous avait coûté 411 $ (1770,00  FF) en juillet dernier. Impression d’abus accentuée par l’état de saleté et le manque d’entretien du navire. Nous faisons alors connaissance avec Georges et Danièle Gilbert, un couple de jeunes retraités français, qui vivent dans les Landes et descendent en gros 4 X 4 Land Rover faire un raid de 10 jours dans les dunes de sable de Libye. Nous passons d’abord deux bonnes heures sur le pont après avoir attendu deux autres heures le départ retardé (de 9:00 à 11:00) suite aux fouilles et formalités interminables exigées des voitures surchargées des Tunisiens qui retournent au pays.

Puis le temps fraîchit un peu avec la disparition du soleil derrière les nuages et nous rentrons dans un grand salon. Nos échanges s'y poursuivent, tant sur nos voyages que sur leur projet d’excursion dont ils nous expliquent toutes les formalités - longues et complexes - surtout pour entrer en Libye. Coup d’œil aux cartes et aux guides pour arriver enfin en vue de La Goulette, le port de Tunis, à 19:15.

 Là, au moment de sortir de la soute, le levier de vitesse de l’Aigle s’avère complètement mou, désengagé et ne commande plus rien... Instant de panique... ! Un Tunisien fort aimable - trop poli pour être honnête ? - nous propose alors d’appeler un mécanicien tout proche. Est-ce vraiment un hasard ? Georges au volant de sa Land Rover nous remorque à l’extérieur et le mécano indigène se glisse sous le camion pour replacer en un tournemain le levier déboîté, durant les interminables formalités de police, d’immigration et de douanes qu’il faut patiemment subir avant de sortir de la gare maritime.  Encore deux heures plus tard, soulagés de cette réparation simple et facile - mais allégés aussi de 50 $ - dont nous ne saurons jamais s’il s’agit d’une arnaque bien montée, nous allons dans l’obscurité nous installer sur une esplanade entre la plage et un poste de police pour y dresser notre bivouac.

Mardi 25 février 1997 : de LA GOULETTE à NABEUL (238 km)
Nuit excellente et réveil tôt sous un ciel légèrement brumeux qui ne tarde pas à se dégager. Nous décidons de prendre la journée « mollo », sans trop de marche ni de visites et réservons donc le parcours de la fameuse médina (vieille ville arabe) de Tunis pour un autre jour.  Minarets de Tunis
Minaret de la Zitouna à TUNIS

Potier au travail à Tunis
Potier au travail à Tunis

Après le passage à l’Office du tourisme de Tunisie pour obtenir cartes et opuscules sur chacune des régions que nous visiterons éventuellement, nous faisons un tour de l’Office National de l’Artisanat où nous sommes particulièrement fascinés par les tapis, très beau mais fort coûteux (3500 $ pour 1,50 m x 2,50 m en soie).

Puis nous montons admirer la ville depuis le Parc du Belvédère : vue en fin de compte assez quelconque d’une grosse ville moderne étendant ses immeubles blancs à perte de vue.

 
Nous prenons ensuite la route du Cap Bon. Les 20 premiers kilomètres traversent un zone industrielle peu reluisante; le paysage commence à peine à se dégager lorsqu’en virant vers Soliman, brusquement éclate le pneu arrière droit écorché par un morceau de rail enfoncé verticalement dans le sol pour baliser un virage... Je peste sur cette façon barbare d’aménager les routes mais dois me rendre à l’évidence : ce pneu est bel et bien fusillé. C’est la première crevaison de l’Aigle et j’expérimente sans trop de déboires la mise en place de la roue de secours sous l’œil goguenard de deux chalands. Première crevaison vers SOLIMAN...
Première crevaison vers SOLIMAN...

Station thermale de Korbous
Station thermale de Korbous

La route vers le cap se poursuit, proche du rivage. Pique-nique devant un village de pêcheurs sur la plage de Sidi Raïs, avant une belle route en corniche courant sur des falaises qui tombent dans la mer. À Korbous Monique se risque à ingurgiter quelques gorgées de la source d’eau chaude sulfureuse aux vertus purgatives et remplit une bouteille. Ensuite la route s’éloigne du rivage pour traverser les terres jusqu’à Kélibia : plateau fertile, champs d’oliviers, villages pauvres avec parfois de grosses maisons riches. Partout les gens sont souriants, aimables, nous saluent et nous renseignent avec gentillesse. Nous passons près de Kerkane sans nous arrêter pour visiter l’ancienne ville punique car la nuit tombe et le site est maintenant fermé. 
En passant par Kélibia nous achetons une bouteille de vin de muscat sec, une spécialité de la région. Puis nous filons dans le soir et dans l’obscurité qui tombe jusqu’à Nabeul pour rejoindre nos amis français au camping où nous nous sommes donnés rendez-vous. Dégustation du vin blanc ensembles, puis nous soupons en fêtant notre anniversaire de mariage (25 ans !) : au menu confit de canard, petites pommes de terre rissolées (achetées au marché 50 ¢ le kg) et vin de Kélibia. Consultation des cartes et autre documentation fournie par l’O.N.T. ensuite pour se coucher tard (11:20). Ah, le petit vin blanc de Kélibia... !
Ah, le petit vin blanc de Kélibia... !

Mercredi 26 février 1997 : de NABEUL à THUBURBO MAJUS (118 km)

 La nuit tranquille nous laisse prêts à l’action à 9:30. Notre premier souci est de remettre en état notre roue de secours. Nous nous mettons donc à la recherche d’un vendeur de pneus ce qui, compte tenu des vagues indications données par les différents informateurs auxquels nous nous adressons, prend un bout de temps. Une fois repéré le fournisseur des autres petits revendeurs de Nabeul, il faut négocier le prix, s’assurer que les différentes caractéristiques sont correctes puis passer à la banque puisque la boutique en question ignore l’utilisation des cartes de crédit... Comme il est impossible d’obtenir un Michelin identique à ceux qui sont déjà montés, je préfère placer à l’arrière les deux pneus avant (les plus fatigués à 55 000 km) pour les remplacer par des Avon anglais qui me semblent bien adaptés. Le pneu arrière encore bon servira de 2ème roue de secours (on ne sait jamais avec ces routes !) et nous en serons quittes pour remplacer les pneus avant placés à l’arrière lors de notre retour en France.

La grande plage déserte de Nabeul
La grande plage déserte de Nabeul

Vers 12:30 nous repartons chaussés à neuf. De retour au camping nous retrouvons Georges et Danièle avec lesquels nous allons prendre l’air et le soleil sur la belle grande plage déserte de Nabeul jusque vers 16:30. La température est splendide, la mer et le ciel parfaitement bleus, Monique enfile son maillot de bain, va prendre une plonge dans l’eau pourtant encore bien fraîche... 

Puis nous examinons les différents itinéraires vers le sud et décidons de rallier ce soir Thuburbo Majus, un beau site romain en pleine campagne, avant de visiter Kairouan demain. Le plein d’eau ayant déjà été fait au camping ce matin, nous prenons immédiatement la route.

Nous suivons d’abord la grande route côtière jusqu’à Hammamet qui nous semble bien mériter sa réputation de première station balnéaire de Tunisie : des hôtels partout le long de la route, une vieille ville exiguë ceinte de murailles au-dessus du petit port, partout restaurants, pizzeria et boutiques de souvenirs...  Hammamet : le borj au bord de la mer
Hammamet : le borj au bord de la mer

Nabeul ; potiers céramistes
Nabeul : potiers céramistes
Hammamet
HAMMAMET : rêve de Méditerranée...


Hammamet

...Méditerranée de rêve.

Nous nous enfonçons ensuite à l’intérieur des terres par une bonne route revêtue (contrairement aux indications de la carte de l’O.N.T...) qui traverse de vastes vallées entre des montagnes joliment colorées par le soleil descendant. Scènes pittoresques de paysans revenant des champs avec leur âne surchargé, femmes aux vêtements colorés remplissant leurs bidons de plastique à la fontaine, enfants revenant de l’école en groupes joueurs et bavards... Passant Zaghouan, nous continuons à traverser cette campagne très cultivée couverte de champs verts de céréales qui viennent de lever et d’oliviers méticuleusement alignés, jusqu’à atteindre la petite ville d’El Fahs. Le soleil rougeoie et atteint l’horizon lorsque nous traversons le gros bourg où les élèves quittant les écoles secondaires ont envahi les rues ou traînent par groupe en attendant l’autobus. Encore 2 kilomètres et nous sommes devant la grille du site archéologique où nous nous installons pour la nuit. Le gardien commence par afficher une certaine réticence à nous voir rester stationnés là, mais finira par tolérer notre présence et nous proposera même d’aller regarder la T.V. avec lui ! Petite marche dans le crépuscule sur la route de campagne (calme, odeurs, obscurité qui noie progressivement le paysage) puis souper, petite conversation avec Danièle et Georges, planification de la journée de demain à Kairouan et coucher à 20:20 dans un silence complet sous un beau ciel clair immensément étoilé.

 

Jeudi 27 février 1997 : de THUBURBO MAJUS à SBEÏTLA (228 km)  

À la découverte de Thuburbo Majus en compagnie de Danièle
À la découverte de Thuburbo Majus en compagnie de Danièle
Un vent très fort a soufflé toute la nuit et continue de rafraîchir l’atmosphère lorsque nous émergeons à 7:15. Le soleil vient juste de se lever derrière le principal groupe de colonnes bien visible depuis notre bivouac. En compagnie de Danièle et Georges, nous contournons la grille de façade et entrons dans le champ de fouilles par l’antique porte nord-est.
L’ensemble de la ville est resté pour l’essentiel à l’abandon, seuls les alentours du forum avec sa palestre, son temple de Jupiter Capitolin et quelques autres monuments ont été suffisamment dégagés et relevés pour donner une idée de l‘ancienne cité romaine. Reste une belle balade dans un agréable paysage (pentes douces très cultivées et verdoyantes près de nous, montagnettes bleutées à l’horizon) sous un ciel parfois nuageux mais surtout ensoleillé. Thuburbo Majus au matin
Thuburbo Majus au petit matin


Une heure et demie d’une assez bonne route nous mène ensuite à Kairouan dont les faubourgs blancs apparaissent au milieu des voiles de poussière levés par le vent. Il souffle en rafales et m’oblige à une conduite attentive sur l’étroit ruban d’asphalte de la « grande » route. Nous repérons vite l’Office du Tourisme où nous achetons les billets donnant accès aux différents monuments historiques. Nous y louons aussi les services d’un guide, histoire d’éviter les fâcheux et de trouver plus rapidement les monuments dans cette ville touristique d’assez mauvaise réputation.

Mosquée du Barbier à KAIROUAN
Mosquée du Barbier à KAIROUAN

Notre cicérone, bavard et imbu de sa science - par ailleurs indiscutable - nous conduit d’abord à la zaouia  de Sidi Sahab, dit « le Barbu » car, compagnon de Mahomet, il portait toujours sur lui quelques poils de la barbe du Prophète... Très belle architecture, élégante et raffinée : cour entourée de fines colonnades, carreaux de faïence superbes, plâtres et stucs magnifiquement travaillés.
Après une pause devant le bassin des Aghlabides, un grand réservoir de 128 mètres de diamètre flanqué de 48 contreforts massifs construit au IXème, c’est le clou de la tournée : la Grande Mosquée construite en 774.  La Grande Mosquée de Kairouan vue du ciel
La Grande Mosquée de Kairouan vue du ciel

Minaret de la Grande Mosquée de Kairouan
Minaret de la Grande Mosquée de Kairouan
Entrée et minaret de la Grande Mosquée
Entrée et minaret de la Grande Mosquée de KAIROUAN
Cour de la grande Mosqueée, au desus de la citerne
Cour de la grande Mosqueée, au dessus de la citerne centrale
Sa grande cour pavée de marbre blanc est entourée d’une double galerie de colonnes de marbre d’origines romaine, byzantine ou arabe aux chapiteaux tous différents ; au centre, un collecteur d’eau de pluie présente une forme un peu bizarre qui permettait une première décantation des eaux recueillies avant leur conservation dans une immense citerne cachée en dessous de la cour (sur piliers).
Porte incrustée de la Grande Mosquée de Kairouan
Porte marquetée de la Grande Mosquée de Kairouan
Détail de la porte sculptée
Détail des marqueteries de la Grande Porte en cèdre sculpté
de la Grande Mosquée de KAIROUAN

Cloître de la cour de la Grande Mosquée
Cloître de la cour de la Grande Mosquée
Chapiteau de réemploi de la Grande Mosquée
Chapiteau de réemploi dans la Grande Mosquée

A une extrémité de la cour s’élève le minaret haut de 35 mètres et à l’autre la salle de prière garnie de tapis sous une forêt de colonnes. Les infidèles ne peuvent y pénétrer mais le spectacle depuis la grande porte n’en est pas moins impressionnant.

Minaret de la Grande Mosquée de KAIROUAN
Minaret de la Grande Mosquée de KAIROUAN
Jean-Paul devant la porte du minaret
Jean-Paul devant la porte du minaret
Salle de prière de la Grande Mosquée
Salle de prière et grands lustres dans la Grande Mosquée de KAIROUAN
Colonnade dans la cour
Peristyle double autour de la cour de la Grande Mosquée de KAIROUAN

 
Entrée de la grande Mosquée de Kairouan
Porche de la grande Mosquée de Kairouan
Rue le long de la Grande Mosquée de Kairouan
Rue le long de la Grande Mosquée de Kairouan
En sortant de l’enceinte sacrée, notre guide nous fait embarquer à nouveau pour contourner les remparts, stationner devant Bab ech Chouhada et nous présenter la production locale, i.e. nous faire faire l’article par un marchand de tapis. Coup classique mais qui ne lui rapporte guère, vu notre peu d’intérêt pour les grandes carpettes multicolores aux teintes et dessins peu raffinés qu’on étale allègrement devant nous. Chez le marchand de tapis...
Chez le marchand de tapis,
l'une des spécialités de la ville...

Tisserand à l'ouvrage
Tisserand à l'ouvrage
Marchand de couscoussiers
Marchand de couscoussiers et autres dinanderies en alu...
Portail de cimetière
Portail de la Zouia de Sidi Sahib, dit le Barbier
Cour de medersa (Université coranique)
Patio de la Zouia de Sidi Sahib, dit le Barbier

ssi.

Petite mosquée au détour des rues...
Petite mosquée au détour des rues tranqiuilles de KAIROUAN...

Dans la rue...
Dans la rue...
Scène de rue
Puis il nous abandonne sur la rue Habib Bourguiba, l’artère centrale du souk. Monique commence par prendre des nouvelles de Juliette à Montréal, puis nous parcourons la rue qui serpente entre des rangées de boutiques manifestement bien plus destinées aux touristes qu’aux indigènes kairouanais. Nous nous rendons jusqu’au souk aux fruits et légumes, Monique marchande au passage un pouf sans succomber aux charmes commerciaux du vendeur, puis un peu déçus du manque de pittoresque des lieux, nous regagnons nos véhicules. Marchand de poufs dans le souk
Marchand de poufs dans le souk

Remparts de Kairouan
Les remparts de Kairouan

Beaucoup d’agitation et d’énervement causés par des gamins sortant de l’école et tournant autour des voitures, grimpant sur l’échelle, tapant sur la carrosserie, etc. font que nous renonçons à préparer le thé en ville et prenons immédiatement la route de Sbeïtla. 

Le vent souffle encore très fort, rendant le contrôle de l’Aigle un peu délicat sur la grande route dégagée qui traverse une steppe semi-désertique sur 90 km : vastes paysages doucement ondulés limités par de hautes collines. Notre destination est une petite ville sans caractère particulier (toute en longueur, trop récente pour être pittoresque...) mais le champ de ruines protégé derrière sa grille semble remarquable. Bivouac sur le stationnement de l’hôpital tout neuf, Aigle et Land Rover côte à côte.

 

Vendredi 28 février 97 : de SBEÏTLA à METLAOUI (236 km)

Levés tôt après une excellente nuit, nous nous lançons dès 8:30 dans l’exploration de Sbeïtla, l’antique Sufetula romaine. Longeant la voie romaine fort bien dégagée, nous rejoignons d’abord l’arc de triomphe de Dioclétien qui trône au bout de l’avenue, côté ville nouvelle. Arc de triomphe de Sbeitla
Arc de triomphe de Dioclétien à Sbeitla


Puis nous allons explorer l’intérieur de deux maisons fortifiées à l’époque byzantine dont les murs, les piliers et les cloisons intérieurs forment un labyrinthe à trois dimensions incompréhensible. Coup d’œil à un pressoir à olives en excellent état de conservation avec support de levier, base de marbre creusée d’une rigole et bacs de réception. Nous passons ensuite devant des petits thermes « tardifs » puis devant une première église paléochrétienne toute simple (nef rectangulaire intégrant deux bas-côtés et presbyterium central isolé). Nous longeons une vaste citerne publique avant de faire le tour des grands thermes dont les différentes salles, fort bien conservées, ont gardé leurs bassins et piscines avec enduits étanches. Juste en arrière, coincé au-dessus du lit de l’oued, le théâtre est en restauration - donc peu visible - et reçoit de superbes gradins tout neufs en marbre blanc.

Entrée du Capitole et arc d'Antonin-le-Pieux
Sur le foorum entrée du Capitole et arc d'Antonin-le-Pieux
La voie dans laquelle nous nous engageons alors est bordée de restes de boutiques (petites pièces carrées ou rectangulaires communiquant avec les maisons en arrière) et mène au capitole, une grande place dallée entourée d’un péristyle à laquelle on accède par un bel arc dit d’Antonin-le-Pieux. S’y encadre une vue étonnante sur la façade bien conservée des trois temples des divinités principales de la cité : Minerve (Athéna), Jupiter et Junon (Héra).
Portail du Capitole de Sbeitla
Portail d'Antonin-le Pieux donnant accès au Capitole de Sbeitla
Temple de Jupiter dans le Capitole de SBEITLA
Temple de Minerve dans le Capitole de SBEITLA
J-P devant les temples du Capitole de Sbeitla
J-P devant les temples de Minerve et de Jupiter
dans le Capitole de Sbeitla

L’état de conservation et la majesté de cette place frappent l’imagination et nous demeurons un bon moment sous le charme : équilibre, puissance, harmonie des lieux. On sent là toute l’assurance de la Rome impériale faisant régner l’ordre latin sur le monde entier alors connu. 
J-P sur les marches du Capitole
J-P sur les marches du Temple de Jupiter dans le Capitole de SBEITLA
Corniche de temple
Colonnes engagées et corniche du temple de Minerve
En arrière du capitole se trouvent trois autres églises installées dans d’anciens temples ou bâtiments dont le plus remarquable présente des restes de sols et de cuves baptismales décorés de mosaïques (une  dédicace à Vitalis et Cardella - les donateurs ? - est inscrite dans la mosaïque). Une bonne marche vers le nord-ouest sur la voie antique bien dégagée donne accès à quelques maisons luxueuses dont les vastes péristyles et les salons sont décorés de chapiteaux, corbeaux et linteaux de marbre sculpté ainsi que de mosaïques. Cuve baptismale paléochrtétienne
Cuve baptismale paléochrétienne dédicacée à Vitalis et Cardella

Un beau panneau (scène de naïades) se retrouve d'ailleurs dans le petit musée où nous passons en quittant. Bref une superbe balade dans un site très intéressant et fort bien remis en valeur et, ce qui ne gâte rien, sous un magnifique ciel bleu et malgré un vent fort et frais.

Celui-ci nous accompagne tout au long de notre rapide descente vers le sud par Kasserine, Feriana, Sidi Boubaker..., autant de pauvres petites villes étalées le long de la grande route rectiligne avec leurs boutiques sans étage, leurs devantures de couleur, leur attirail étalé sur le trottoir... spectacle rustique en tous points égal à celui du Maroc il y a huit ans. Se détachent de cette médiocrité architecturale les bâtiments gouvernementaux signalés par le drapeau rouge frappé de l’étoile et du croissant blancs dont la plupart semblent très récents (hôpitaux, écoles primaires, lycées, postes de police,...). Le paysage devient aussi plus aride : champs de terre rouge pointillés d’oliviers espacés, haies hérissées des palettes piquantes de figuiers de Barbarie, moutons accompagnés de leur inévitable berger... On sent que l’eau se raréfie : tuyaux d’irrigation le long du chemin, châteaux d’eau et citernes espacés, fontaines publiques isolées au bord de la route où des femmes et des enfants vont remplir une flopée de bidons de plastique chargés sur des bourricots. Je m’arrête près de l’un de ces robinets pour faire le plein d’eau.

L'Aigle dans le désert près de Sidi Boubaker
L'Aigle dans le désert près de Sidi Boubaker, entre Sbeitla et Metlaoui

Puis nous atteignons de vastes étendues carrément désertiques que nous traversons sur notre première piste au sud de Sidi Boubaker. Cela nous vaut de perdre le contact avec nos coéquipiers que nous tentons de rejoindre à Moulares - en vain - avant de les retrouver avec soulagement sur la place centrale de Metlaoui, un gros bourg industriel pollué par les mines et usines de traitement de phosphates. Coup d’œil aux boutiques de la grande rue identiques à celles décrites plus haut, puis balade au bout de 5 kilomètres de piste poussiéreuse jusqu'aux gorges de l’Oued Selja.
Vallée de l'Oued Selja : départ de la balade
Vallée de l'Oued Selja : départ de la balade
Gorge
Gorges de l'Oued SELJA : une première approche
dans les dernières lueurs du soir

Un « guide » importun nous retarde un peu, nous finissons par nous en débarrasser, franchir les deux tunnels ferroviaires annoncés par le Guide du routard et découvrir le grandiose spectacle des rochers rouges entaillés et usés par les eaux sauvages de l’oued en d’impressionnants précipices. Mais le soir tombe, nous devons interrompre la balade que nous comptons bien mener demain matin jusqu’à son terme. Nous redescendons près de la bourgade pour aller bivouaquer derrière un bâtiment officiel (une école normale semble-t-il) qui nous abritera du vent froid encore fort et du bruit de la route. Le train de la mine de Metlaoui
Le petit train industriel transportant la potasse extraite
de la mine en amont des gorges de l'oued Selja

Samedi 1er mars 1997 : de METLAOUI à TAMERZA (100 km)

Après une nuit assez calme et un lever entouré par une dizaine de gamins curieux venus observer le campement des étrangers, nous remontons à la station de pompage de la mine de potasse, point de départ de la balade dans les gorges de la Selja. Temps superbe, vent juste comme il faut pour rafraîchir le grand soleil du sud... Le « gardien » collant n’est pas encore arrivé sur le petit stationnement au-dessus du débouché de l’oued où nous laissons nos véhicules. Georges retourne en ville surveiller la réparation de sa roue crevée hier soir sur notre bivouac (un morceau de fer à construction laissé sur le terrain...) et nous rejoindra plus tard.

JP devant le ruisseau
J-P hésite à faire le saut...

Danièle est donc seule avec nous pour descendre dans le lit de l’oued par lequel nous tentons de rejoindre directement la gorge sans utiliser les tunnels ferroviaires qui inspirent peu mes compagnes. Mais les méandres du ruisseau aux eaux noires lourdement chargées en potasse (ses eaux servent au « lavage » du minerai en amont) interdisent le passage.
Devant la gorge
Gorges de l'Oued SELJA
Le sol craquelé au bord de l'eau noire
Les eaux noires et boueuses de l'oued, chargées de potasse
En marchant le long de la voie ferrée
En suivant les rails...

Il faut donc remonter au-delà du premier tunnel jusqu’à la voie et poursuivre comme hier en suivant les rails. Paysage magnifique, sauvage et exotique qui devient plus accidenté à mesure que nous remontons le cours du torrent et finit par beaucoup ressembler aux sites marocains des Gorges du Todra ou du Dadès : hautes falaises rocheuses ravinées ocre jaune, petits buissons de tamaris et palmiers épars dans un sol très rocailleux, absence totale de trace humaine en dehors des deux rails dont nous suivons les détours dans la vallée encaissée. Georges nous rejoint à un élargissement de la gorge où nous soufflons un peu car cette première marche rapide au soleil met vite à l’épreuve nos habitudes de sédentaires.
Nous poursuivons la balade vers l’amont en nous enfonçant dans quelques autres tunnels. On les franchit dans un noir quasi absolu en guettant le bruit d’un éventuel convoi, prêts à se plaquer contre la paroi, cherchant vers le sol la lumière de la sortie se reflétant sur l’acier poli des rails. Les passages à l’air libre offrent des vues époustouflantes sur les gorges, le lit caillouteux du torrent et les parois verticales des falaises où la lumière joue sur toutes les aspérités. Danièle et Monique abandonnent à deux kilomètres de la gare où chargent les trains de minerai, gare que nous finissons par atteindre Georges et moi après une autre demi-heure de marche rapide. La gorge et les tunnels
...et en passant les tunels.

Rien de passionnant à cette issue, sinon la satisfaction un peu vaine d’être allé jusqu’au bout du chemin. Le retour, en légère descente, n’offre guère de surprise sinon des points de vue renouvelés - parcours en sens inverse et soleil plus haut - sur la vallée et ses détours. Mais la chaleur du midi et les jambes qui commencent à être lourdes me font souhaiter de regagner l’Aigle sans trop tarder.

A 13:15 nous retrouvons épouses et véhicules. Monique achève de coudre l’ourlet de sa robe, Danièle la préparation du lunch. Affamés par ces 4 heures de balade sans pause pour nous reposer ni nous désaltérer, nous nous précipitons sur la salade, le prosciutto et surtout la bonne bière fraîche... Les pieds libérés des grosses chaussures de marche, le gosier désaltéré et les jambes reposées dans le fauteuil de la cabine, nous voilà prêts à poursuivre notre exploration de cette région quasi désertique. Nous repassons par Metlaoui et ses usines de potasse dont la laideur nous frappe encore, à l’image de Moulares. Au moins le paysage entre les deux bourgades est-il sauvage à souhait, comme ensuite vers Redeyef et El Ouchika : route toute droite, large vallée semi-désertique bordée à l’horizon par des petites montagnes aux couleurs somptueuses de mauve et d’ocre, de plus en plus violacées et contrastées au fur et à mesure de la descente du soleil.

Le canyon de Midès
Le canyon de Midès

La poussière de sable très fine s’infiltre partout, à l’extérieur comme à l’intérieur du camion, nous obligeant à boire souvent à même la bouteille de thé à la menthe toujours à portée de main. Petit détour vers Midès pour admirer le canyon entourant l’ancien village perché maintenant abandonné.
Nous y achetons des dattes succulentes et de jolies cartes postales - denrée plus rare en Tunisie que la première - et empruntons, à la suite du 4 x 4 et pour aller voir une cascade, quelques centaines de mètres d’une piste sableuse qui nous laissent des sueurs froides... Les équipages à Midles
Les deux équipages à Midles
Autre vue du canyon de Midles
Autre vue du canyon de Mides
Mides
Le canyon de Mides
<>Paysage du Sud
Paysage du Sud
Nous sommes bientôt à Tamerza nichée dans un site superbe, sa palmeraie verdoyante remplissant le fond d’une vallée encadrée de rocher totalement secs et désertiques, dorés et violacés par le soleil descendant. Arrivée sur l'oasis de Tamerza
Arrivée sur l'oasis de Tamerza

L'oasis de Tamerza
L'oasis de Tamerza
Ruines pittoresques à Tamerza
Ruines pittoresques à Tamerza

3e soir descend doucement sur Tamerza
Le soir descend doucement sur Tamerza...

Quelques photos, recherche d’un bivouac (il est déjà 17:15...) ; un autochtone nous aborde et nous propose de nous guider jusqu’à un stationnement tranquille près de son jardin dans l’oasis. Nous suivons sa mobylette pétaradante jusqu’à une clairière juste sous les palmiers. Bivouac dans l'oasis de Tamerza
Bivouac dans l'oasis de Tamerza

Tamerza
Tamerza

Il éloigne pour nous les gamins curieux et quémandeurs, nous emmène cueillir des olives dans l’oasis irriguée par un petit canal où court l’eau claire. Couscous « Saveur du monde » Maggi, dattes de Midès et vin rouge d’Italie au menu du souper, avant une longue séance d’écriture et un sommeil au calme à 21:15. Dans la nuit, rumeur lointaine des chants et tambours berbères accompagnant une noce, appels du muezzin et magnifique ciel étoilé.


9. Tunisie : de Tamerza à Tatouine
 

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