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SIX MOIS D'ERRANCES EN EUROPE

(CONGÉ SABBATIQUE 1997)

Monique et Jean-Paul à bord de l'Aigle


13. Sicile (côte nord) et retour en Italie

Itinéraire en Sicile
Notre périple autour de la Sicile : au nord lors du retour vers l'Italie.


Mardi 18 mars 1997 : de TRAPANI À PORTICELLO (Santa Flavia) (163 km) 

Billet de la Tirenia Longue et dure journée aujourd’hui car nous dormons peu et mal sur nos durs fauteuils de salon. C’est pourtant le bruit de l’accostage qui nous réveille brusquement à 5:45, mais les formalités de débarquement sont si longues pour nos voisins de cale tunisiens qu’il nous faudra attendre presque jusqu’à 9:00 avant de franchir la passerelle de débarquement. Cela nous aura au moins laissé largement le temps de prendre notre douche et de déjeuner dans l'Aigle...

Sans nous attarder à Trapani dont les ruelles un peu sales dans la vieille ville ne nous attirent guère, et sans remonter à Erice dont nous avons déjà découvert le charme il y a trois semaines, nous rattrapons l’autoroute côtière et filons vers Palerme. Beaux paysages de pentes douces intensivement cultivées entre des montagnes beaucoup plus dénudées qui limitent l’horizon. Quel contraste avec le nord de la Tunisie qui jouit pourtant d’un climat et d’un sol comparables mais dont la mise en valeur et l’aménagement (les gourbis sales et en perpétuel chantier...) sont si loin ! Ici les petites fermes dispersées sont blotties au milieu de quelques pins, eucalyptus ou même palmiers, les chemins vicinaux sont goudronnés, les clôtures nettes et propres. Pas de poussière, pas de vaches ou de petits troupeaux de moutons vaguant sous la surveillance nonchalante d’un berger en burnous...

Le parcours est rapide mais nous sommes si fatigués de notre mauvaise nuit que nous quittons l’autoroute peu avant Palerme pour tenter d’aller nous reposer sur une plage au calme. Malheureusement tous les espaces ont été bâtis directement sur l’eau et nous ne pouvons arrêter que devant un petit chantier naval, près de l’écoulement d’un égout à l’air libre, ce dont je ne m’aperçois que plus tard, lorsque l’odeur ténue mais nauséabonde aura suffisamment envahi l’air pour que je décide de continuer plus loin... Monique descend du lit haut pour s’installer sur le lit de la dînette et je reprends la direction de Palerme par un lacis de petites routes très étroites serpentant entre les murs des jardins et des petites propriétés rurales. Incapable de trouver quelque espace libre, je finis par reprendre l’autoroute qui nous entraîne jusque dans Palerme.

Piazza Pretoria
Fontaine monumentale sur la Place Pretoria à Palerme

Trafic intense, vacarme des klaxons, conduite anarchique, signalisation hermétique... J’erre pendant une demi-heure dans les différentes avenues, à la recherche du centre historique décrit dans le Guide Vert mais dont la carte a disparu... Découragés, fatigués et affamés (il est passé midi et nous avons déjeuné très tôt), nous arrêtons sur le premier espace libre venu, dévorons un lunch et nous reposons un peu. Après la recherche d’un téléphone pour rejoindre Juliette à Montréal, nous nous résignons à demander l’aide de passants... nous étions bien loin du coin recherché !
Il faut donc traverser à nouveau la moitié de la ville et contourner le port pour aller stationner devant le jardin Garibaldi. Au dessus de nous, de jolies fenêtres ogivales percent les hauts murs normands du Palazzo Chiaramonte (1307). Malgré notre méconnaissance de la ville, nous nous lançons à la découverte des places et églises citées par le Guide Vert, rejoignons le Corso Vittorio Emmanuele aux grands immeubles chic mais noirâtre, puis la Piazza Pretoria occupée par une superbe fontaine du XVIème qu’animent de multiples statues.  Fontaine
Fontaine de la Place Pretoria

Martorana
San Cataldo

Juste en arrière, c’est la Piazza Bellini où nous visitons la Martorana dont les merveilleuses mosaïques byzantines nous éblouissent, au delà de l’élégant clocher porche du XIIème. Un peu à côté, d’autres monuments (églises, théâtre Bellini) donnent son cachet à la petite place mais auraient bien besoin de ravalement...
Nous faisons aussi le tour de San Cataldo, une autre église adjacente du XIIème dont le sévère volume rectangulaire, les trois coupoles en " chapeau tunisien " (chéchia) rouge et les merlons dentelés rappellent fortement l’architecture arabe. MArtorana
Le roi René sacré par le Christ
Martorana : le couronnement du Roi René

Le roi René
Martorana : le couronnement du Roi René : détail
Martorana : St  Georges d'Antioche
Saint Georges d'Antioche aux pieds de la Vierge

Nativité
Mosaïques de la Martorana : Nativité
Ses portes arborant la croix potencée sont malheureusement closes ; nous renonçons à trouver les Quatro Quarti, une autre place originale, rejoignons notre Aigle en zigzaguant à travers les ruelles et décidons alors de dénicher l’Information touristique qui nous fournira le plan indispensable pour nous retrouver dans cette grande ville. Il faut à nouveau affronter la circulation affolante mais nous réussissons, au prix de quelques virages, de bien des tours de volant et de force coups de Klaxon, à trouver le bureau devant le théâtre Politeana.  Annonciation par Antonio de Messine
L'Annonciation,  par Antonio de Messina

Chapelle Palatine
Nef et choeur de la Chapelle Palatine de Palerme

Hélas il est passé 17:00 et la Chapelle Palatine aux merveilleuses mosaïques (dans le fameux Palais des Normands) vient juste de fermer. 

 
Voûte de la Chapelle Palatine
Christ en Gloire (Pantocrator)
dans le choeur de la Chapelle Palatine de PALERME

Coupole de la Cahpelle Palatine
Dôme de la Chapelle Palatine et ses mosaïques

Nous prenons la direction du nord pour au moins contempler l’extérieur du bâtiment mais je dépasse le carrefour prévu, m’engage - pour me rattraper - dans la rue suivante et nous entraîne malencontreusement dans le dédale des ruelles étroites et encombrées menant au Marché Ballaro. J’en suis quitte pour arracher le portillon de la prise de courant extérieure accroché sur le pneu avant d’une voiture stationnée du mauvais côté. Échaudé par cette mésaventure, tancé par Monique pour ma légèreté à m’engager dans des rues si peu faites pour nous, lassé du tintamarre et du stress de la circulation urbaine, je préfère renoncer à nos velléités de visite palermitaine. Encore un peu de patience - c’est maintenant l’heure de pointe dans le centre ville de Palerme ! - et nous gagnons péniblement la sortie de l’agglomération.  Palerme : Puerta Nova
Palerme : la Puerta Nova


Nous longeons la côte sur une vingtaine de kilomètres et finissons par aboutir, à la recherche d’un bivouac, sur le petit port de Porticello. Trouvant un stationnement fort tranquille à l’écart des quais animés, nous nous y installons près d’un chantier naval juste au dessus de l’eau, soupons et nous couchons aussitôt, épuisés.
 

Mercredi 19 mars 1997 : de PORTICELLO (Solunto) à CEFALÙ (64 km)

Rattrapant notre mauvaise nuit de traversée et nos déconvenues d’hier, nous dormons longtemps et décidons d’y aller doucement pour cette journée.

Port de Porticello
Le port de Porticello au pied du Mont Catafaldo

De toute façon, le village est fort tranquille, le temps magnifique, la brise tiède et le cadre des plus agréables : devant nous la superbe Baie de Capo Zafferano entourée de montagnes qui limitent l’horizon, à notre gauche le Cap lui-même et derrière le Monte Catalfano portant les ruines de l’antique Solunto. Nous prenons tranquillement le soleil lorsque nous sommes abordés par Antonio, un aimable pêcheur et batelier qui promène dans sa barque durant l’été les touristes sur les récifs de Formica (algues, corail et poissons extraordinaire) mais qui pour l’heure est libre comme l’air, pique une jasette avec nous et nous indique les points d’intérêt - nombreux et variés - de son village.
Nous commençons par grimper sur le Mont Catalfano. Les ruines de l’ancienne Solonte s’étendent sur le flanc du mont, à 200 mètres au dessus de la mer. Si les restes des villas, des rues, du forum et des citernes ne sont plus pour nous étonner, le site en revanche est magnifique, offrant des vues très étendues sur le Golfe de Palerme du côté ouest et sur le Golfe du Cap Zafferano de l’autre. Monique, un peu réticente à parcourir encore une fois un champ rempli de vieilles pierres, convient de la beauté du lieu et nous flânons un long moment dans les hauteurs, profitant pleinement du soleil, de l’espace et de l’air pur et tiède.  Solunto
Solunto sur le Monte Catalfano : ruine de la ville antique


De retour sur le port de Porticello, nous croisons à nouveau Antonio sur son vieux scooter qui tient à nous guider vers d’autres attractions : son petit village de pêcheur de Santa Elia et le Cap Zafferano. Sympathique, il m’embarque sur son siège arrière pour explorer le chemin et en vérifier la viabilité pour notre gros véhicule. Sage précaution, car la route très étroite menant au phare aurait été trop délicate pour nous, mais son offre me vaut une bien belle balade au grand vent sur cette monture toute nouvelle. C’est en effet la première fois que j’enfourche cet engin pourtant si commun ici et dont nous avons côtoyé tant d’exemplaires depuis un mois. Paysage superbe et assez sauvage lorsqu’on atteint le phare inoccupé depuis que la lanterne a été automatisée.
 
Nous déjeunons ensuite devant la plage de Santa Elia où les pêcheurs - dont Antonio - ont tiré au sec leurs barques aux couleurs vives fraîchement repeintes en prévision de l’été. Un dernier tour du hameau nous mène des plantations de palmiers amoureusement soignées par notre guide à l’anse étroite aux eaux émeraudes dans laquelle Antonio plongeait depuis le rocher en surplomb lorsqu’il était enfant. Après embrassades avec notre nouvel et bref ami et sa jeune fiancée polonaise Judith, nous reprenons la route. Antonio et sa copine polonaise
Antonio, Judith et J-P  devant le port de Santa Elia

Le GOLFE
Vue sur le Golfe de Zafferano à Termine Imerese

Elle longe le golfe, offrant à plusieurs reprises de magnifiques vues sur le Cap et sa baie derrière nous. Le panorama est particulièrement étendu des deux côtés à Termine Imerese où nous grimpons sur le belvédère au dessus du port.
Nous arrivons enfin à Cefalù dont le vieux bourg s’étend au pied de sa Rocca, un promontoire abrupte s’élevant à 270 m au dessus de la plage bordant la ligne des vieilles maisons. Les deux tours carrées de sa cathédrale siculo-normande (XIIème) émergent des toits de tuiles unis, signalant de loin le monument exceptionnel.  Arrivée à Cefalu
L'arrivée à Cefalu au pied de sa Rocca arrondie

Plage des pêcheurs
Plage et barques échouées à Cefalu en été

JP sur la plage
J-P sur la plage de Cefalu en fin d'après-midi

Nous stationnons le long de la plage pour partir à la découverte des petites rues : façades anciennes à trois étages, grand pavé en dalles rectangulaires datant des Romains (1er siècle av. J.C.), ambiance chaleureuse et vivante d’une petite ville méditerranéenne en début de soirée. Fontaine médiévale
Le lavoir médiéval de Cefalu

Barques sur la plage
Barques sur la plage de Cefalu

La vieille ville autour de la cathédrale
La vieille ville de Cefalu autour de sa cathédrale

Façade de la cathédrale
Façade de la cathédrale de Cefalu


En approchant du vaste parvis devant l’église, la foule devient plus dense et nous croisons plusieurs groupes portant la chape et les insignes de différentes congrégations se dirigeant vers la nef.
 Le bâtiment est magnifique, reflétant à la fois la tradition normande dans sa structure :
Abside de la cathédrale
CEFALU : la cathédrale romane et son abside
Les deux tours jumelles de la cathédrale
Tours « normandes » de la cathédrale de CEFALU
deux tours jumelles carrées et dissymétriques, large façade en avant,
longue et haute nef aux colonnes élancées, croisée du transept surélevée et abside en cul de four,
Nef de la cathédrale
Nef romane de la cathédrale de CEFALU

et les inspirations arabes et byzantines dans le décor : arches du pronarthex, merlons et fenêtres arrondis, remarquables mosaïques dorées du chœur.

Christ Pancreator
Christ en gloire dans le choeur de la cathédrale de Cefalu
Anges et chérubins
Mosaïque des archanges et des séraphins au-dessus
du choeur de la cathédrale de CEFALU

Mais nous détournons bientôt notre attention de cette superbe architecture lorsque nous découvrons l’origine de l’agitation qui nous entoure : une statue de St Joseph posée sur une civière attend devant le chœur, une douzaine de porteurs alentours. Une processions du clergé et des différentes congrégations se prépare car c’est aujourd’hui la fête du saint patron de la cité.  Fanfare en tête, chanteurs de cantiques ensuite, personnages costumés très dignes, le cortège s’ébranle, suivi par la foule, puis quitte lentement la place pour faire le tour des rues. Je capte tout ce que je peux à la vidéo, enchanté de ce spectacle impromptu si démonstratif du goût italien pour la fête et le théâtral.
 
Tour de la cathédrale
Tour et nef de la cathédrale de CEFALU
Le vendeur de thon
Musée Mandralisca de CEFALU : Le vendeur de thon,
cratère provenant de Lipari, manufacture siceliote du 4ème s. av. J.C.

Portrait d'un inconnu, par
Musée Mandralisca de CEFALAU : Portrait d'un inconnu,
(1465-1470) chef d'oeuvre d'Antonella da Messina


La nuit est tombée pendant ce temps. Nous parcourons un peu la grande rue en chinant les bijoutiers et en admirant les monuments dont, en particulier, l’Osterio Magno aux belles fenêtres ogivales, maintenant transformé en musée. Un aimable couple de Romains nous aborde alors : lui est écrivain et nous raconte qu’il vient d’achever une traduction de l’article "Italie pittoresque" de Charles Didier qui passa 6 mois à parcourir à pieds l’Italie. Il nous conseille, en un français impeccable, un petit itinéraire qui nous fera découvrir la Sicile des montagnes et des villages de l’intérieur.

Enchantés par cette autre charmante rencontre - rarement aurons-nous été si bien accueillis ! - nous retournons vers notre Aigle dans la nuit maintenant complètement tombée, en échangeant au passage notre bouteille de Camping-Gaz vide dans un magasin encore ouvert (il ferme à 20:00 et il n’est encore que 19:30). Souper devant la plage, puis coucher au bout de la promenade en impasse devant la mer et dans la solitude. Crépuscule sur le port
Coucher de soleil sur le port de CEFALU, à travers l'arc gothique de la porte Marina ou Pescara

Jeudi 20 mars 1997 : de CEFALÙ à NICOSIA (120 km)  

Le trafic au bout de la promenade le long de la plage diminue puis cesse complètement dès 22:00, ce qui nous garantit un sommeil paisible. Au matin, le ciel est variable, vent et mer assez agitée laissent flotter dans l’air une vapeur ténue et couvrent vitres et lunettes d’une fine couche d’embruns. Nous commençons par nous rendre à l’extrémité de la Baie, sur le cap bientôt barré par la porte cadenassée et bardée de fils barbelés du Club Med local, un vrai camp de concentration...  La plage au matin
La plage de CEFALU au matin

Cefalu au pied de la Rocca
Le site de CEFALU au pied de la Rocca

De là haut, belle vue sur le village, sa plage et son énorme rocher trônant au dessus, au delà de la mer blanchie par l’écume des vagues qui déferlent violemment. 
De retour à l’Aigle, nous gagnons le centre du village en faisant le plein d’eau sur une fontaine au centre de la promenade le long de la plage. Je laisse ensuite l’Aigle sur une ruelle au pied de la Rocca, le promontoire qui culmine à 270 m au dessus de la petite ville et dont j’ai convaincu Monique d’escalader la pente abrupte. 
La vieille ville au pied de la citadelle
CEFALU : le village de pêcheurs au pied de la citadelle sur la Rocca
 
Plage des Pêcheurs
CEFALU : barques de pêche échouées sur la plage devant la vieille ville
Jeux sur le quai
CEFALU : on joue au foot sur le quai devant la vieille ville
Si le sentier, maçonné sur presque toute sa longueur, est excellent, il n’en exige pas moins un bon coup de cœur. Mais au fur et à mesure qu’il s’élève au dessus des pins puis franchit les différents murs et fortifications qu’ont laissé les Byzantins, le superbe panorama s’élargit d’abord sur la courbe de la plage et sur la ville moderne à nos pieds, puis sur la suite de caps au loin et enfin, une fois atteinte la ligne de remparts restaurés ceignant la Rocca, sur la vieille ville aux toits de tuiles roses disposés en désordre autour de la cathédrale. 
Vieille ville depuis la montée à la citadelle
Vieille ville depuis la montée à la citadelle de CEFALU sur la Rocca
 
La cathédrale depuis le chemin de la citadelle
La cathédale depuis la Rocca
Cathédrale vue du sentier de la citadelle
Vieille ville et cathédrale depuis la Rocca

Celle-ci laisse apparaître en plongée les lignes remarquables de sa structure normande et les détails de son décor arabisant. Spectacle magnifique où l’architecture savante profite du grandiose cadre naturel qui l’entoure autant qu’elle l’enrichit. Malgré le vent qui nous gifle, nous flânons un bon moment sur le chemin de ronde, profitant des points de vue changeants sur le village, l’église et le cap en toile de fond. La ville et la plage
La vieille ville et la plage de CEFALU

Temple de Diane
Le « temple de Diane » (en fait monument
mégalithique proto-historique) sur la Rocca

Puis je me lance dans la deuxième partie de la balade sur un sentier beaucoup plus escarpé, seul car Monique essoufflée préfère m’attendre au pied d’un pin en prenant le soleil. La rude montée au milieu des fleurs et des plantes odoriférantes m’amène au sommet de la Rocca, dans les quelques restes du kastello byzantin entourés de citernes. Ruines peu significatives, mais vues magnifiques sur les deux golfes côtés ouest et est. 
Les caprices du soleil que cachent les nuages de plus en plus nombreux m’obligent à patienter pour les prises de vue que je veux pleines de lumière, rendant toute la vivacité des couleurs et la netteté des plans qui s’étagent jusqu’à l’horizon. Il est donc presque 13:00 lorsque je rejoins Monique sur la grande plate-forme inférieure, et 13:30 lorsque nous retrouvons notre salle à manger roulante. Nous sommes affamés mais la cambuse est vide... Le temps de faire le plein d’essence puis quelques courses dans une petite épicerie, et nous allons déjeuner au bord de la grande route à la sortie de la ville. Ruines médiévales sur le promontoire à l'est de Cefalu
Ruines médiévales sur le promontoire à l'est de Cefalu

Le reste de l’après-midi sera consacré à une longue excursion dans les montagnes de l’intérieur, vers les villages signalés par notre aimable traducteur rencontré hier soir. La petite route grimpe longuement vers Collesano en s’éloignant progressivement de la mer qui finit par disparaître derrière nous. Vastes pentes semi-désertiques, larges vallées verdoyantes, cimes encapuchonnées dans les nuages sombres qui masquent bientôt complètement le soleil. Un peu partout autour de nous, des petites maisons modestes sont dispersées sur les pentes jusqu’à ce que nous arrivions dans l’agglomération aux rues étroites et intriquées. Faute de signalisation, nous devons demander notre chemin à un autochtone qui, très serviable, nous conduit hors du dédale des ruelles sur la route de Polizzi Generosa.

Nous continuons de monter dans le vent et dans la pluie jusqu’à cet autre village perché sur une crête. L’architecture reste très simple dans l’ensemble, les hautes maisons sans décor particulier sont toutes serrées les unes sur les autres... Impression d’austérité mais aussi de beaucoup de vitalité dans ces gros bourgs isolés à plus de 1000 m d’altitude, bien loin des plages à touristes et des ports de la côte. Nous passons ensuite Petralia puis Gangi sous des averses de grêle qui refroidissent l’atmosphère jusqu’à 5 degrés C. Vastes paysages encadrés par de hautes montagnes couronnées de neige et culminant à 1 500 - 2 000 m, lumière grise parfois égayée par un rayon perçant les nuées épaisses... Nous arrivons à la nuit tombante à Nicosia, un autre bourg pittoresque perché à 1 100 m, où nous allons poser notre bivouac sur la grande place centrale. Elle est encombrée de voitures mais offre une fort belle vue sur les maisons et les églises accrochées aux pentes. Il pleut encore, l’obscurité envahit le paysage, nous nous enveloppons dans notre cocon, soupons puis Monique fait la vaisselle pendant que je rédige ce journal en écoutant la retransmission radio du " Turc en Italie " de Rossini donné en direct depuis la Scala de Milano... Plus Italien, tu meurs...

 

Vendredi 21 mars 1997 : de NICOSIA à VILLAFRANCA TIRRENA (220 km)

Le temps clair et dégagé réchauffe l’atmosphère après une nuit très fraîche et pluvieuse. C’est même la chaleur du soleil tapant sur notre toit qui nous réveille à 7:45, au bout de cette excellente nuit de repos. La vue sur les différents rochers autour de nous couverts de maisons et dominés chacun par une église est fort pittoresque, mais ne suffit pas à décider Monique à une quelconque excursion à pieds. Nous prenons donc la route vers 8:45 en direction de Troina

Paysage de montagnes peu élevées (entre 1000 et 1500 m) mais dont le relief assez accusé amène la route à serpenter continuellement en épousant les courbes de niveau. De plus la nature marneuse du sol a entraîné des glissements de terrain et des affaissements de la chaussée qui entravent sans cesse la marche, soit que la moitié en soit condamnée, soit que de grands creux dans l’asphalte bordés de fissures obligent à des ralentissements considérables. Les terres semblent assez pauvres, souvent livrées au pâturage de quelques moutons portant clochette, ou montre les débuts timides d’un reboisement de toute évidence indispensable. Notre progression est bien entendu très lente; la circulation demeure assez clairsemée, mais les constants ralentissements dus au mauvais état de la route, aux virages qui s’enchaînent sans interruption et aux longues rampes assez raides rendent la conduite fatiguante sans que les kilomètres défilent rapidement au compteur.

Troina
Troina

De temps à autre, le panorama s’élargit ou montre des lignes frappantes qui m’amènent à sortir la vidéo. C’est surtout le cas lorsqu’apparaissent les villages perchés caractéristiques, entassés sur une crête au dessous d’un rocher ruiniforme. Il pointe comme la tour d’un château fort protecteur, alors que souvent c’est plutôt une église ou quelques gros blocs nus qui couronnent le village. 

Nous passons ainsi Troina, puis Cesarò où nous grimpons jusqu’à la base d’un grand " Christ Rédempteur de la Montagne " en bronze qui tend ses bras largement étendus sur le grandiose paysage de montagnes. Celles-ci s’élèvent encore plus lorsque nous bifurquons vers le nord en direction de Monte Soro (1 847 m). La neige apparaît sur les bermes puis dans le sous-bois des forêts de chênes que nous traversons alors. Il fait froid (7 °C), partout on entend l’eau ruisseler, la route est humide, la neige encombre encore suffisamment la piste menant au sommet du mont pour nous empêcher de la gravir, Monique refusant que je pose les chaînes... C’est ensuite la longue descente qui commence vers San Fratello. Nous déjeunons à côté d’une fontaine abreuvoir où, pendant que Monique prépare le déjeuner je puise l’eau nécessaire à un lavage extérieur complet de notre Aigle vraiment crasseux. Il sort resplendissant du traitement et nous achevons notre descente vers la mer dont le bleu se confond avec celui du ciel.

Nous y retrouvons une température et une végétation méditerranéennes : 15° à 16°, oliviers, palettes de figuiers de barbarie et même citronniers lorsque nous atteignons les plages de San Agata de Militello. Malheureusement la route 113, pourtant surlignée de vert sur notre carte Michelin, n’a pas grand chose de panoramique : elle suit le chemin de fer qu’elle croise parfois ou franchit par des ponts trop bas, nous obligeant à de grands détours, ou bien traverse d’interminables zones bâties comme à Capo Orlando ou à Brolo sans offrir aucune perspective intéressante sur la côte. Passage un peu plus spectaculaire lorsqu’elle monte en corniche sur quelques kilomètres jusqu’à Patti mais au prix de virages incessants aussi fatiguants que la montagne de ce matin.

Nous errons un petit moment ensuite dans la petite ville à la recherche du site de Tyndaris, très mal indiqué, avant de gravir enfin le promontoire qui se signale surtout par une grande église de pèlerinage à une Vierge noire... Des ruines, il ne reste pas grand chose; même la haute porte dite « Basilique » est trop déglinguée pour donner une bonne idée de sa grandeur antique. Le théâtre a gardé presque tout son volume, mais ses gradins, tout comme son mur de scène, sont très dégradés... Quelques curiosités intéressantes ont trouvé refuge dans le petit musée - statues, céramiques - mais c’est surtout le site, superbe entre les deux golfes éclairés par le soleil couchant, qui aura valu le déplacement.  Banc de sable de Tyndari
Tyndari : le banc de sable Marinello

Villa romaine de Tyndaris
Villa romaine de Tyndaris
Gymnasium de Tyndaris
Tyndaris : ruines du gymnasium romain

Odeon de TYNDARIS
Théâtre grec de Tyndaris

Nous hésitons à dormir sur le petit parc de stationnement très calme car il nous semble encore trop venteux et froid. Nous préférons nous avancer en filant sur l’autoroute en direction de la pointe extrême nord-est de la Sicile, à Villafranca, où nous allons dormir au bord de la plage, en vue des Îles Éoliennes baignées par les dernières lueurs violacées du jour finissant.
 

Samedi 22 mars 1997 : de VILLAFRANCA TIRRENA à MELITO DI P.S. (140 km)

Nuit calme que nous prolongeons comme pour compenser la fatigue de la longue route montagneuse d’hier. C’est donc assez tard que je vais flâner un peu sur le boulevard en bord de mer où des pêcheurs débarquent leurs prises qu’ils offrent aux badauds de plus en plus nombreux. Nous nous avançons un peu en direction du Cap en empruntant la petite route verte (sur la carte). Déception : le village de vacances vide où nous arrêtons un moment ainsi que la route en corniche  présentent un intérêt fort limité, n’étant entourés que de maisons de vacances, de clubs et autres restaurants fermés, ou de cultures maraîchères fort peu esthétiques. Qui plus est, la voie est bientôt coupée par un éboulement qui nous oblige à un détour fort mal fléché.

Messina et son détroit
Messine et son détroit, au fond la Calabre
Nous atteignons alors Torre Faro qu’un " urbanisme " brouillon a transformé, de modeste village de pêcheurs ayant grandi trop vite, en annexe de loisir de la grande ville de Messine toute proche, avec son cortège de gargotes, de restaurants et de dancings... Depuis la grève en dessous du phare, à la pointe nord-est de la Sicile, nous jetons quand même un coup d’œil au détroit, le " stretto ", puis allons déjeuner un peu plus loin au bord de la route pour admirer le panorama : de notre côté s’étale l’agglomération messinienne au pied du Monte Peloritani, de l’autre Villa San Giovanni et, plus au sud, Reggio de Calabre dominés par les hauteurs de l’Aspromonte. Lorsque nous repartons, c’est pour gagner directement le traversier (36 000 Lires, soit 30 $) qui nous ramène rapidement sur le continent en offrant de belles vues sur les deux rives du détroit.


14. Remontée de l'Italie jusqu'aux sources du Clitunno

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