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SIX MOIS D'ERRANCES EN EUROPE

(CONGÉ SABBATIQUE 1997)

Monique et Jean-Paul à bord de l'Aigle


14. Remontée de l'Italie

jusqu'aux sources du Clitunno (Ombrie)


Samedi 22 mars 1997 : de Villa San Giovanni à Melito di PS (après-midi)  

Troupeau de chèvre sur une petite route de Calabre
Troupeau de chèvres sur une petite route de l'Aspromonte (Calabre)

Nous cherchons un peu notre chemin en débarquant, voulant suivre la route nationale SS 18 vers le sud plutôt que l’autoroute pour rejoindre ensuite la petite route S 184 qui grimpe à 1100 m jusqu’à Grambarie, au centre du massif de l’Aspromonte. Les abords de San Giovanni, puis des autres bourgs côtiers sont comme souvent sales, désordonnés et mal construits, mais la vallée dont nous escaladons la pente ensuite par une très longue suite de virages serrés et d’épingles à cheveux nous réconcilie avec une nature plus nette et plus sauvage. 
Notre progression très lente nous fait traverser plusieurs villages assez pauvres, tandis que les pentes sont envahies par les oliviers jusque vers 700 à 800 m. Au dessus, ce sont des feuillus qui occupent les terres jusqu’à ce que nous atteignons la station de Grambarie. Pensions, hôtels et chalets d’été sont fermés et la lumière grise (car nous sommes juste sous le nuage qui fait chuter la température à 7 degrés) confèrent à l’ensemble un air de grande tristesse et d’abandon. Nous ne nous attardons donc pas et cherchons la S 183. Aucun panneau indicateur en vue encore une fois, pas plus que d’indigène... Il nous faut parcourir une bonne dizaine de kilomètres dans un paysage fantomatique (solitude complète, écharpes de nuages flottant entre les arbres, route en corniche au dessus de précipices) pour nous confirmer enfin que nous sommes dans la bonne direction.

La descente ensuite vers Melito est spectaculaire, à coup d’épingles à cheveux qui se succèdent sans interruption et dont nous apercevons les méandres successifs loin en dessous de nous. Enfin apparaît la mer, nous sortons de la forêt pour retrouver les oliviers et longer le large lit caillouteux et sec d’un torrent aboutissant au petit port. Celui-ci est aussi minable que les villages de montagne qui l’ont précédé, aussi préférons-nous longer le rivage un peu plus loin vers l’est pour aller dormir sur une plage totalement déserte. Silence presque complet - le ressac est assez loin - petites lumières des navires qui doublent la pointe sud de l’Italie au large, lune évanescente masquée par de vastes bancs de nuages à la dérive...


Dimanche 23 mars 1997 : de MELITO di PS à COSENZA (313 km)  

 Nuit tranquille sur notre plage déserte où le seul bruit qui nous atteigne est la cloche du passage à niveau par lequel nous avons franchi la ligne du chemin de fer longeant la côte. Niveaux du moteur, fin du lavage du linge, plein d’eau sur le robinet d’une douche de plage désaffectée pour l’hiver avant de reprendre à 9:10 la route côtière vers l’est puis vers le nord.  Le paysage se déroule sans grandes variations devant nous : à droite la mer bleu émeraude qui étincelle sous le soleil de plus en plus chaud, en avant la route, dans l’ensemble excellente, qui traverse d’interminables villages, des cultures maraîchères ou le large lit de torrents rocailleux qui tombent des montagnes plus ou moins proches à notre gauche.

Près de Soverato, nous arrêtons sur un petit promontoire entre une belle plage et une anse rocheuse pour déjeuner à 12:30. Bientôt Cantazaro apparaît à l’intérieur des terres, juché sur les premières pentes du massif de la Sila. Nous faisons deux fois le tour de la petite ville (sens uniques et ruelles tortueuses encerclant le pic que coiffent les maisons) avant de trouver l’entrée du Jardin Trieste signalé par le Guide Vert pour son beau panorama. En fait, ce petit parc d’une luxueuse villa du siècle dernier transformé en jardin public ne découvre qu’une faible partie du paysage, mais le profond ravin creusé par un torrent impétueux - lit à sec - et les monts sauvages qui l’entourent valent à eux seuls le léger détour. Déjeuner sur le promontoire  de Soverato
Déjeuner sur le promontoire de Soverato,
entre plage et anse rocheuse

Massif de la Silla : Cormigliato
Massif de la Silla : Cormigliato, village de Gozzolino Soprano

Nous avons décidé de traverser le Massif de la Sila par les petites routes très accidentées qui le parcourent. Longue montée jusqu’à Villagio Mancuso, au dessus de  1 000 m d’altitude, qui se révèle une nouvelle station de villégiature en plein développement (avec marchands de souvenirs atroces...) où il fait actuellement très froid (4 degrés C). Les quelques promeneurs du dimanche portent anorak et manteaux de fourrure et nous dévisagent les yeux ronds lorsque nous allons quérir quelques cartes postales en chemisette à manche courte et sandales pieds nus. 
Le long de la route en montant, belles vues sur les ravins à pic, le moutonnement des collines et montagnes à perte de vue, les villages assez nombreux perchés sur les sommets ou accrochés à mi-pente. Une petite d’erreur d’orientation nous ramène 12 km plus bas vers Cantazaro : la signalisation en dehors des grandes routes n’est guère meilleure qu’en France et notre carte au 1/1 000 000 est nettement insuffisante... Nouvelle grimpée pénible, les virages serrés de la petite route mettant à dure épreuve la direction et la suspension de l’Aigle comme les bras du chauffeur.  Lac de barage du Lago di Sillante
Lac de barrage dans le Massif de la Sila : Lago del Passante

Descente sur Cosenza
Descente abrupte du Massif de la Sila sur Cosenza

Après 2 heures de route de montagne, nous écourtons un peu la balade prévue autour des lacs, le paysage de forêts et les incessants virages finissant par nous sembler répétitifs. Une fois escaladé le col d’Ascione à 1384 m, nous traversons une sorte de plateau très " montagne à vaches " où, sur un terrain relativement plat, des troupeaux paissent dans des prairies à l’herbe drue. Puis la route reprend ses lacets ininterrompus pour une vingtaine de kilomètres de descente vers Cosenza que nous atteignons à la tombée de la nuit.

Il fait juste assez clair pour découvrir, après quelques recherches, l’Hypermercato Carrefour dont nous avions vu les publicités lors de notre descente vers la Sicile il y a un mois. Puis nous retournons au centre ville pour téléphoner à Juliette : Monique éprouve bien des déboires avec plusieurs cabines téléphoniques défectueuses avant de rejoindre enfin Mathieu venu faire la veille à la place de sa sœur partie en week-end de ski. Tout va bien... il change de boulot pour un mieux payé ! La conversation est presque inaudible tant la ligne est mauvaise. Après un vrai gymkhana dans les ruelles étroites de la vieille ville, nous retrouvons le parking de Carrefour où nous nous installons pour la nuit. Un garde de sécurité vient pour nous en chasser, mais lorsqu’il aperçoit notre immatriculation française puis lorsque je lui affirme que nous attendons pour magasiner demain matin, il laisse faire et disparaît... Coucher tôt à 9:25.

 

Lundi 24 mars 1997 : de COSENZA à SANTERAMO in COLLE (256 km)

 Encore une autre nuit paisible sans aucun dérangement. A 9:00 je passe les barrières du grand stationnement devant le magasin pour constater que, malgré la présence des voitures des employés rassemblées dans un coin, les portes de l’hypermarché et de la galerie marchande restent closes, et pour cause, puisqu’elles ouvrent seulement à 14:00 le lundi... Nous renonçons donc à remplir notre cambuse d’épicerie française et poursuivons notre remontée vers le nord. Pas pour longtemps, car en quittant l’autoroute à la bifurcation vers Sibari, des vibrations dans le train arrière m’obligent à arrêter pour constater qu’une grosse enflure affecte la roue arrière droite de l’Aigle. Il s’agit en fait de  la roue de secours d’origine du véhicule qui a plus de 14 ans et que j’avais dû monter lors de notre première crevaisons à Matmata, dans le sud tunisien. Les plis d’acier de sa semelle devaient être rouillés à l’intérieur du caoutchouc et ont fini par céder maintenant. Je dois donc réinstaller l'actuelle roue de secours sur laquelle j’avais fait monter l’un des pneus avant usés, et nous repartons vers Sibari.

Je suis épouvanté par la conduite automobile des Italiens qui doublent sur les lignes blanches, sans visibilité, en comptant que la voiture en face se tassera suffisamment pour les laisser passer. C’est encore pire en ville où l’on ne respecte pas les stops et où l’on stationne n’importe où, en travers voire perpendiculairement à la rue si l’espace le long du trottoir est insuffisant. Il n’est pas rare non plus que l’on arrête son véhicule en pleine rue pour piquer une jasette avec un ami passant sur le trottoir, ou même dans une voiture que l’on croise !  Tout cela à grand renfort de coups de klaxon ou d’appels de phares... La conduite est plus sage sur l’autoroute fort bien dessinée ou sur la route express qui prend le relais le long de la côte. Nous progressons dans les paysages un peu monotone du Golfe de Tarente : rivage bas, plages assez belles mais côte parfois marécageuse, au pDétour après Trabisacce pour aller voir le village médiéval dominé par le château de Frédéric de Souabe à Rocca Imperiale. Le site est joli : les petites maisons s’entassent autour de la masse imposante du château qui couronne la colline, et les ruelles raides mais bien pavées serpentent entre les maisons anciennes plus ou moins bien retapées. Mais en arrivant devant la grille tout en haut, nous devons constater que celles-ci sont verrouillées et que, de toute façon, les bâtiments ne sont plus que ruines... Au moins la balade nous aura-t-elle valu un bon bol d’air - assez frais d’ailleurs - et une large vue sur le vaste Golfe de Tarente. Nous déjeunons et poursuivons la route côtière rapide jusqu’à Metaponto où nous bifurquons à l’intérieur vers l’ouest par une grande 4 voies très rapide suivant en longues courbes la vallée du Basento.ied de l’arrière pays montagneux.

Une petite route plus pittoresque et accidentée ensuite mène jusqu’à Matera où le Guide Vert signale une curieuse agglomération de " sassi ", en fait un entassement de maisons mi troglodytes mi voûtes de calcaire très tendre. Ce quartier populaire date de l’époque médiévale et occupe les deux versants d’une crête où se trouvent églises, duomo et maisons plus bourgeoises ou nobles d’allure beaucoup plus conventionnelle.

Effectivement le coup d’œil est pittoresque et la balade dans ce quartier plébéien a dû valoir le déplacement lorsqu’il était vivant et habité. Pour l’heure il est en complète " réhabilitation ", vidé de ses occupants, livré aux pioches des démolisseurs, des poseurs d’égout, d’adduction d’eau et autres aménagements ou simplement aux maçons qui remontent les murs croulants ou remplacent les pierres très friables et donc très abîmées. Impression de ville morte, coup d’œil insolite sur ces murs blancs percés des sombres trous béants des fenêtres vides, déception de trouver fermées les petites églises à demi troglodytes contenant, paraît-il, de jolies fresques naïves.  Les sassi de Matera
Les sassi caveaso de Matera

Nous flânons un peu puis remontons sur la colline en empruntant un lacis de ruelles défoncées par les travaux. En haut, on découvre quelques bâtiments nobles dont la cathédrale au beau décor extérieur sculpté en fin de restauration mais dont l’intérieur lourd ne nous retient pas. Téléphone à Jehanne pour lui préciser les dates de notre passage à Florence au cas où elle désirerait nous y rejoindre, puis retour à l’Aigle que des automobilistes malotrus ont coincé en stationnant tout contre sur des espaces interdits...

Il faut trois tentatives malheureuses avant de trouver un Bancomat (guichet automatique) fonctionnel et retirer un peu d’argent. Nous arrêtons dans quelques boutiques d’alimentation pour quérir de quoi souper ce soir et quittons la ville à la nuit. Dans les collines aux douces ondulations couvertes de cultures de céréales, les maisons sont rares ou invisibles... Nous arrêtons 25 kilomètres plus loin en bordure du gros village rural de Santeramo in Colle, pour manger et dormir sur une rue peu passante. Coucher à 9:45.

 

Mardi 25 mars 1997 : de SANTERAMO IN COLLE à ZAPPONETA (289 km)

Il pleut durant la nuit et le ciel reste très chargé au matin. Nous nous levons assez tôt et sommes sur la route à 8:15, après un bon sommeil sans dérangement. La pluie reprend lorsque nous nous mettons en route pour tâcher de gagner Alberobello, la ville des trulli. Ce sont des maisons de pierres sèches constituées d’une base carrée surmontée d’un cône de pierres plates se chevauchant. Mais la signalisation confuse sur la route - ou carrément l’absence d’indications - fait que notre itinéraire d’une quarantaine de kilomètres se trouve presque doublé lorsque nous nous engageons dans de mauvaises directions et devons faire demi-tour par deux fois.

Trulli rural près d'Alborello
Trulli rural près d'Alberobello

Autour de nous, dans des champs de terre très rouge semés de cailloux en calcaire blanc, des trulli encore debout servent de maisons rurale, de bergerie ou même encore parfois d’habitation. Certains sont isolés, d’autres groupés en se raccordant par leurs angles, leurs courbes se mariant avec élégance. Courses d’épicerie dans un supermarché moderne bien équipés mais où nous sommes encore une fois surpris du peu de variété des produits, en particulier conserves de légumes, plats préparés, pâtes (en Italie !) et desserts.
Lorsque nous atteignons enfin Alberobello, c’est pour découvrir un quartier entier de trulli qui comprend plusieurs rues et a été préservé depuis son classement en 1924. Rue d'Alborello en 1920
Rue d'Alborobello : la Via Montenero en 1920

Les toits d'Alborello
Les toits d'Alberobello
Rue d'Alborello
Rue d'Annunzio à Alberobello
Malheureusement le site est devenu uniquement commercial, tous les trulli alignés le long des ruelles de pierres abritent maintenant des magasins de " souvenirs " et d’artisanat locaux. Les produits sont tous un peu pareils : tissage et broderies, poterie, cuirs, etc., le plus souvent d’un mauvais goût criard. Dans la rue d'Alborello
Une autre rue d'Alborello
Trulli urbain à Alborello
Trulli urbain à Alborello

De plus les habitants qui vivent uniquement de l’exploitation des touristes sont assez agressifs, depuis le gardien de la place au pied du quartier transformé en parking lucratif (5 000 lires pour les " campers " !) que je m’empresse d’éviter jusqu’au moindre commerçant qui vient nous racoler jusqu’au milieu de la rue.
Vite lassés de leur insistance agressive qui enlève beaucoup du plaisir à la découverte, et un peu déçus de l’uniformité qu’une restauration trop " utilitaire " masquant toutes différences a imposé au quartier, ainsi que du vide culturel ou anthropologique (aucune notice ni indication architecturale ou sociologique sur ce type d’habitat), nous abrégeons notre balade. Maquette d'Alborello
Maquette dui quartier des trulli à Alberobello

Gouffre de Castellana
Gouffre de Castellana : la Grave

Nous récupérons notre Aigle laissé sur une rue voisine et prenons la direction de Castellana Grotte où se trouve l’autre attraction *** de la région. C’est un extraordinaire couloir souterrain de plus d’un kilomètre de long creusé par les eaux souterraines dans le sous-sol calcaire. Le long de la route, sous les champs d’oliviers et au milieu des cultures, entre les murets de pierres blanches, de nombreux trulli en même pierre blanche, la plupart encore en très bon état, montrent combien ce style d’habitat était répandu dans les années passées. En arrivant sur le site de la grotte - très aménagé lui aussi, on doit se presser en foule ici en saison - l’accueil plus qu’empressé du gardien du parking me fait bondir et quitter les lieux à peine arrivé. Nous allons stationner un peu plus loin, Monique me calme et nous revenons à pieds pour visiter - sans gardien agressif dans les jambes cette fois-ci - les fameuses grottes. Si le prix de la visite est assez élevé (15 000 lires chacun), le long parcours souterrain vaut largement le déplacement.
Il dévoile des concrétions étonnement élégantes accrochées un peu partout dans les grandes salles ou les couloirs qui s’enchaînent, subtilement mises en valeur par un éclairage indirect discret mais efficace. Après les vastes salles vues au Mexique, l’Aven Armand et les grottes de Han/Lesse en Belgique - les plus belles selon nous - en voilà une qui complète bien notre collection... Stalagmite de la grotte de Castellana
Stalagmites de la grotte de Castellana

Balade au centre de la Terre (Castellana)
Balade au centre de la Terre dans la Grotte Blanche (Castellana)

En sortant de Castellana Grotte, nous essuyons encore quelques averses sur la route de la côte rattrapée à Polignano a Mare, une quelconque station balnéaire où seul le petit promontoire sur lequel se serrent les modestes maisons de l’ancien village de pêcheur vaut le coup d’œil. Longue route côtière ensuite dans des terres basses, un peu marécageuses, traversant d’autres petites stations balnéaires tout aussi insignifiantes. Nous contournons Bari par la tangenzialle (périphérique) sans trouver le grand hypermercato français Auchan pourtant annoncé tout le long de la route. Dommage, notre stock de conserves est devenu bien bas... La morne route côtière se poursuite ensuite. Après une tentative avortée - et exaspérante tant les Italiens conduisent mal - pour suivre le rivage, nous rejoignons la quatre voies rapide qui le longe un peu en retrait dans les terres. La nuit tombe, nous essayons de trouver un bivouac à Margherita di Savoia sans succès, poussons un peu plus loin au milieu des lagunes et des salins dans le village très rural - maraîchers - de Zapponetta où nous arrêtons sur une rue peu bâtie, proche de la caserne des carabinieri. Petit tour coloré sur la place du village très animée : les hommes discutent un peu partout, jouent aux cartes ou au billard dans les sièges des partis politiques, les femmes et les enfants - et quelques rares hommes – s’entassent dans l’église où on lit la Passion. Bruit, cris, agitation, klaxons jusque tard dans la nuit.

 

Mercredi 26 mars 1997 : de ZAPPONETTA à CAMPOBASSO (347 km)

Nous parcourons beaucoup de route aujourd’hui car nous avons décidé de faire le tour du Promontoire de Gargano. Après une longue nuit qui heureusement mène à un jour radieux, nous longeons la côte assez plate du Golfe de Manfredonia jusqu’à la petite ville éponyme. Au dessus des terrains marécageux bonifiés d’abord pour l’agriculture et maintenant pour le tourisme (nombreux campings et villages de vacances) se profilent bientôt les hauteurs du Gargano encore relevées par une couronne de nuages. Nous en escaladons les pentes par une bonne route où s’enchaînent les épingles à cheveux jusqu’à Monte San Angelo, un gros bourg en balcon. Le grand nombre de maisons anciennes en rangées et de grands immeubles récents nous questionne sur l’origine de la richesse locale, car les ressources tant agricoles qu’industrielles semblent minces... Coup d’œil aux ruines du château médiéval fort peu restaurées et closes de toute façon avant de s’enfoncer dans la foresta umbra qui recouvre la presque totalité du massif. La route traverse d’abord des terres aux pentes douces plus ou moins cultivées, puis des pentes odorantes de maquis avant de franchir une vraie forêt de plus en plus dense, très bien soignée - clairières, belles futées - lorsqu’elle devient domaniale et aménagée en parc naturel.

Promontoire du Gargano : Peschici
Promontoire du Gargano : Peschici

Une très longue descente dans cette futée nous amène à Peschici, petite ville juchée sur un promontoire, vivant autrefois surtout de la pêche et maintenant plutôt du tourisme. Beau panorama sur la côte accidentée qui se poursuit pendant tout le long parcours de route de corniche au dessus de la mer, dans le maquis et les pins odorants. La route fait le tour de chaque anse, tournicotant sans arrêt mais offrant sans cesse des vues renouvelées sur la mer bleu émeraude, les rochers de calcaire blancs qui s’y précipitent et les pentes couvertes de la verdure sombre des pins et du maquis. 
Les innombrables installations touristiques - campings, villages de vacances, pizzeria et quelques hôtels club - sont nichées au creux des anses et entourées d’arbres, si bien qu’on ne les voit pas trop. Si le spectacle vaut le détour, il nous rappelle cependant beaucoup le tour de la Chalcidique en Grèce, autrement plus sauvage, et les incessants virages finissent par fatiguer surtout lorsqu’ils ne révèlent plus de nouvelles vues surprenantes. Promontoire du Gargano : route côtière
Promontoire du Gargano : route côtière


Lorsque nous bouclons notre itinéraire peu après Mattinata, le soleil descend et nous avons vidé le réservoir rempli à Castellana hier, ce qui représente 359 km... Nous décidons de nous avancer vers le nord et empruntons alors d’excellentes 4 voies et autoroutes jusqu’à Foggia que nous contournons par la tangenziale, puis filons sur la route expresse vers Campobasso. D’abord assez plate, la route s’élève progressivement puis adopte de grandes courbes en fond de vallée en approchant de notre but. Nous arrêtons pour bivouaquer à la nuit tombée dans le village de Campodipietra, quelques kilomètres avant Campobasso.
 

Jeudi 27 mars 1997 : de CAMPODIPIETRA (Campobasso) à POPOLI (Abruzzes) (210 km)  

Montagne autour de Campobasso
Montagne autour de Campobasso dans les Abbruzzes

Notre premier choix de bivouac (un petit terrain vacant à côté du jardin d’enfants local) s’avérant être le point de ralliement nocturne des ados du coin (cris, jeux, bousculades, pétrolettes et tutti quanti...), nous nous éloignons un peu pour nous installer au milieu d’une petite route dans un grand champ encore vide (probablement un futur lotissement), et trouvons là le calme recherché pour toute la nuit. Grand soleil au matin, qui réchauffe notre chambre assez fraîche durant la nuit (nous sommes à une altitude de près de 600 m). Il est assez difficile de se diriger dans la ville de Campobasso fort mal signalisée, et je m’enrage encore une fois devant un chauffard qui brûle un stop juste devant moi et manque de percuter mon aile avant...
Difficultés d’orientation identiques à Isermia, quelques 50 km plus loin. Le paysage compense largement pour ces quelques désagréments si habituels ici : notre route longe une haute chaîne de montagnes enneigées dont les cimes dessinent l’horizon loin au dessus de nos têtes. Cette route de vallée, large et rapide aux courbes redressées, laisse place à un chemin beaucoup plus lent à partir d’Alfedena : le voie se rétrécit, devient beaucoup plus inégale, adopte des virages serrés et très pentus pour escalader de front la montagne. Vue pittoresque sur le lac bleu et les vieilles maisons du village de Barrea, puis de Viletta Barrea. Abbruzzes : Lac Barrea
Dans les Abbruzzes : Lac Barrea et son village homonyne

Col de Godi
Passage du Col de Godi à 1 630 m

Nous gagnons ensuite de merveilleux paysages de haute montagne puisque nous finissons par atteindre le niveau de la neige. Vastes horizon, pentes éblouissantes, terres sauvages d’où disparaissent villages et maisons... Seul le refuge signale le passage du Col de Godi, à 1 630 m d’altitude.
Longue descente ensuite dans l’autre vallée aboutissant au pittoresque - et encore assez peu touristique - village de Scanno.  Scanno
Le village de Scanno accroché à la montagne

Rue de Scanno
Vieilles rues pentues de Scanno

Procession et pénitents à Scanno
Scanno : procession traditionnelle de la Semaine Sainte

Quelques vieilles femmes en lourd habit noir typique demeurent encore dans le lacis des ruelles où se serrent les maisons grises, autour des églises fichées sur un éperon rocheux, au dessus de la vallée profonde. Tout en bas, la route fait le tour d’un petit lac aux eaux bleues enchâssé entre les pentes abruptes. Plein d’eau sur une fontaine dont l’eau coule directement de la montagne. Femmes de Scanno tout en noir
Femmes de Scanno tout en noir


Puis le chemin se creuse, nous entrons dans les gorges profondes du Sagittario dont les eaux remplissent plusieurs barrages successifs très étroits mais très hauts. La vallée s’élargit ensuite jusqu’à atteindre la ville de Sulmona. Nous stationnons juste devant la belle porte médiévale de Napoli et allons faire un tour au centre ville : agréable place Garibaldi, vaste, bien construite et bordée par les arches d’un ancien aqueduc, et surtout superbe façade de N.D. de l’Annunziata dont une restauration parfaite permet d’apprécier pleinement les fines et élégantes sculptures (fenêtres gothiques, portail Renaissance). Ambiance plaisante dans les rues qui commencent à s’animer (il est 18:30) mais qui demeurent paisibles en l’absence de circulation automobile. Magasins aux vitrines soignées, belles façades débarrassées de leurs anciennes publicités, fils et autres enlaidissements sans pour autant avoir été ravalée, rues sinueuses et pavées...

Il fait nuit lorsque nous reprenons la route après avoir requis l’aide d’un agent de police pour dégager notre Aigle coincé par un malotru stationné juste derrière. Encore une vingtaine de kilomètres et nous allons nous installer sur une rue résidentielle tranquille de la petite ville de Popoli. Souper, courrier, journal et coucher à 20:45.

 

Vendredi 28 mars 1997 : de POPOLI à SPOLETO (279 km)  

Abbazia de San Clemente
Abbazia de San Clemente (IXe- XIIème s.) : façade

 Aucun bruit durant la nuit au milieu des maisons, au point de penser que nous avons quitté l’Italie ! Le soleil réchauffant le toit et le grand ciel bleu nous promettent une belle journée. Un bref parcours dans la vallée entourée de hautes pentes aux sommets enneigés nous mène au petit enclos entourant l’Abbazia di San Clemente. Tout ce qui reste de la riche abbaye fondée au IXème siècles (871) par l’Empereur Louis II est l’église, assez petite mais d’une grande finesse ornementale, la façade en particulier. Une merveilleuse restauration met pleinement en valeur les sculptures délicates de ses trois arcades, sa frise et ses quatre fenêtres décorées.

Tympan de San Clemente
Tympan du portail de l'Abbazia de San Clemente

A l’intérieur, trois pièces extraordinaires : un ambon (chaire) monumental d’une grande richesse, surtout si l’on considère son ancienneté (1176-1182),  Ambon de San Clemente
Ambon de San Clemente

Candélabre pascal de San Clemente
Candélabre pascal de San Clemente

et un candélabre pascal supportant un double chapiteau très travaillé orné de mosaïques.
Dans le chœur en cul-de-four, un ciborium protège un autel constitué d’un sarcophage du IVème siècle. Une architecture romane très sobre, cistercienne, sert d’écrin à ces chefs d’œuvre auxquels il faudrait ajouter le précieux coffret d’albâtre servant de reliquaire aux restes de St-Clément. Dans la crypte, plusieurs colonnes nervurées montrent clairement une origine antiques. Trésor architectural, mais aussi ambiance particulière dans les restes de ce monastère situé en pleins champs, donc au calme et dans la verdure, avec tout autour le grandiose décor des montagnes. Luxe supplémentaire, nous sommes les seuls visiteurs durant l’heure passée dans ses murs. Ciborium de San Clemente
Le ciborium de San Clemente et son sarcophage antique

Nous faisons demi-tour vers Popoli puis parcourons 80 km de belle route de vallée, dans le cadre montagnard des Abruzzes : sous la neige des sommets, des villages de pierre grise s’accrochent à mi-pente ou sur des crêtes intermédiaires, serrés autour de leur église ou de leur château, tandis que de riches cultures occupent le fond des vallées. En atteignant la grande ville de L’Aquila, capitale des Abruzzes, séduits par l’air pur et la grande lumière, nous décidons de faire un tour du cœur de la cité. Balade un peu décevante, la cathédrale St-Bernardin étant assez lourde malgré un beau - mais chargé - plafond baroque en bois peint et doré derrière une façade assez carrée et sans grâce. Les rues aussi manquent d’originalité, seule la façade en pierre rose de la Basilica Santa Maria di Collemagio vaut le détour. Nous déjeunons devant le parc municipal un peu quelconque malgré ses beaux arbres bien entretenus puis prenons la direction du Gran Sasso d’Italia, le sommet des Abruzzes à 2 914 m.

La route, évidemment très sportive (virages, fortes montées), met encore une fois à dure épreuve les 75 petits chevaux de notre moteur et les bras du chauffeur... A 1 100 m, nous atteignons la gare inférieure du téléphérique au pied de la longue barre rocheuse dont les hauts disparaissent dans les nuages. En effet le ciel s’est progressivement couvert depuis notre départ de L’Aquila, au point que le soleil a pratiquement disparu. Plusieurs camping-cars près de la station attendent une bonne cinquantaine de skieurs en tenue qui se déharnachent et semblent gelés. Le froid et le manque de visibilité nous font renoncer à l’ascension en téléphérique. Nous décidons plutôt de suivre l’itinéraire contournant le Gran Sasso vers Campo Imperatore, par une route qui continue de s’élever au milieu des pentes désertiques où la neige devient de plus en plus présente. Sauvage grandeur du paysage couvert d’herbe rase, totalement dénué d’arbres, semé d’affleurements rocheux et de plaques de neige glacée, encadré de hautes pentes grises qui disparaissent dans les nuages... Nous faisons une vingtaine de kilomètres ainsi, jusqu’à ce qu’une barrière vienne nous arrêter : la route " pericolissima" est fermée à la circulation, nous devons renoncer à notre circuit autour de la montagne.

Cascade triple de Marmore
Cascade de Marmore l'été, avec le l'eau...

Il ne nous reste donc qu’à faire demi-tour dans le vent très froid (7 degrés) et la grisaille, redescendre jusqu’à L’Aquila puis filer sur une route express vers l’ouest. Les montagnes s’abaissent, retrouvant une dimension plus habituelle (de 800 à 1 000 m), la neige disparaît, nous quittons les Abruzzes pour gagner Rieti puis Terni en suivant de profondes vallées. Arrêt quelques minutes pour contempler la grande triple cascade créée par les Romains à Marmore, mais elle manque à peu près totalement d’eau et il commence à faire très sombre. Je préfère nous avancer un peu plus vers Spoleto, nous roulons donc encore un moment sur la route très vallonnée, suivant et croisant de nombreux camping-cars (le week-end de Pâques qui commence ?). Nous quittons la grande route juste avant Spoleto et allons dormir sur un terre plein au bord d’une piste en pleine montagne. Monique sollicite l’hospitalité du proprio voisin qui la lui accorde chaleureusement. Repos dans le grand silence de cette petite montagne.
 

Samedi 29 mars 1997 : de SPOLETO à ASSISI (89 km)

La pluie et surtout le vent violent qui secoue l’habitacle nous réveillent à plusieurs reprises, empêchant Monique de dormir tout son saoul. Nous nous levons donc assez tard sous un ciel bleu ensoleillé parsemé de nuages. Sortant de notre campagne, nous rattrapons la grande route juste à l’entrée de Spoleto dont la vieille ville, bâtie à flanc de colline et dominée par les tours et les murs de son château, offre un coup d’œil impressionnant.

Temple des sources du Clitunno
Temple des sources du Clitunno et son entrée latérale

Une quarantaine de kilomètres de route rapide nous fait parcourir la vallée d’Ombrie où nous découvrons les sources sacrées du Clitunno près du charmant petit temple qui les célèbre.
Malgré sa petitesse, il présente les volumes et les décors habituels à ce type de bâtiment : une jolie colonnade travaillée supporte de fins chapiteaux et deux frontons (avant et arrière) couverts de fines sculptures refaites à l’époque chrétienne lorsqu’il fut converti en église. Temple des sources du Clitunno : façade
Temple des sources du Clitunno : façade

Sources du Clitunno
Sources du Clitunno

Quant aux sources, à quelques centaines de mètres, ce sont de beaux bassins avec îles et cygnes formant un parc soigné qui rassemble des dizaines de sources s’écoulant du rocher à la base de la montagne et surgissant du sol ou du fond des bassins.


15. Assisi (Italie) et retour à Couty (France)

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